TRAITÉ DE DOCUMENTATION

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TRAITÉ

DE

DOCUMENTATION

LE LIVRE SUR LE LIVRE

THÉORIE ET PRATIQUE

PAR

PAUL OTLET

Les Livres et les Documents. — La Lecture, la Consultation et la Documentation. — Rédaction, Multiplication, Description, Classement, Conservation, Utilisation des documents. — Edition et Librairie; Bibliographie, Bibliothèque, Encyclopédie, Archives, Muséographie documentaire, Documentation administrative. — Organismes, organisation, coopération. — Office et Institut International de Bibliographie et de Documentation. — Réseau Universel d’information et de Documentation.

[002 (02)]

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EDITIONES MUNDANEUM PALAIS MONDIAL BRUXELLES

1934


Qui scite ubi scientia
habend est proximus

OTLET, Paul. 002 (02)

1934 Traité de Documentation. — Le Livre sur le Livre. — Théorie

et Pratique, 1 vol. (21 1/2 X 16 1/2), p., deux colonnes, Bruxelles, Editiones Mundaneum, Palais Mondial, Imp. Van Keerberghen & fils).

0 Fundamenta. - 1 Sciences bibliologiques. — 2 Le Livre et le Document en soi.— 3 Les Livres et les Documents : Unités et Ensembles considérés au point de vue de la Bibliologie comparée. — 4 Organisation rationnelle des Livres et des Documents. 5 Synthèse bibliologique.

Notice bibliographique.

Commencé d’imprimer 1932.00 Achevé d’imprimer 1934.04

Tous droits réservés.

Imprimé par D. Van Keerberghen & fils

Bruxelles

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PRÉSENTATION

O le travail des ans. O le travail des heures.

Ce qui ne fut d’abord que songe et que rumeur
Dans telle âme profonde
Devint bientôt le bruit et la clameur
Du monde.

E. VERHAEREN.

Cet ouvrage est consacré à un exposé général des notions relatives au Livre et au Document, à l’emploi raisonné des éléments qui constituent la Documentation.

Notre temps, parmi tous les autres, se caractérise par ces tendances générales : organisation et rationalisation des méthodes et procédés, machinisme, coopération, internationalisation, développement considérable des sciences et des techniques, préoccupation d’en appliquer les données au progrès des sociétés, extension de l’instruction à tous les degrés, aspiration et volonté latente de donner à toute la civilisation de plus larges assises intellectuelles, de l’orienter par des plans.

C’est dans un tel milieu qu’ont de nos jours à évoluer les Livres et les Documents. Expressions écrites des idées, instrument de leur fixation, de leur conservation, de leur circulation, ils sont les intermédiaires obligés de tous les rapports entre les Hommes. Leur masse énorme, accumulée dans le passé, s’accroît chaque jour, chaque heure, d’unités nouvelles en nombre déconcertant, parfois affolant. D’eux comme de la Langue, on peut dire qu’ils peuvent être la pire et la meilleure des choses. D eux comme de l’eau tombée du ciel, on peut dire qu ils peuvent provoquer l’inondation et le déluge ou s’épandre en irrigation bienfaisante.

Une rationalisation du Livre et du Document s’impose, partant d une unité initiale, s’étendant à des groupes d’unités de plus en plus étendus, embrassant finalement toutes les unités, existantes ou à réaliser, en une organisation envisageant, à la base, l’entité documentaire individuelle que forme pour chaque personne la somme de ses livres et de ses papiers; l’entité documentaire collective des institutions, des administrations et des firmes; l’entité des organes spécialement consacrés au Livre et au Document, à l’ensemble ou à quelqu’une de ses fonctions Bureau, Institut, Rédaction des Publications, Bibliothèques, Offices de Documentation.


Le présent ouvrage en donne une esquisse générale et en présente une méthode coordonnée.

Les exposés ne manquent pas qui ont dit comment faire, de simples notes, les feuilles d’un manuscrit; d’un amas de livres, une bibliothèque bien ordonnée; d’un amas de pièces de correspondance, de comptabilité, des archives en bon ordre; d’un ensemble divers de textes, une codification coordonnée. Mais ces publications en grand nombre, excellentes quant à leur but, n’ont envisagé chacune qu’un aspect des choses du livre, et par suite ont donné l’impression qu’il y avait comme autant de domaines spécifiques, distincts et séparés par des cloisons étanches, qu’il y avait, en abordant chacun d’eux, à s initier à des notions toutes nouvelles, à se familiariser avec des pratiques sans connexion avec celles déjà acquises.

Le présent Traité vise avant tout à dégager des faits, des principes, des règles générales et à montrer comment la coordination et l’unité peuvent être obtenues.

Cette coordination, cette unité, l’Institut International de Bibliographie, l’Office International joint à lui, les Instituts qui coopèrent au Palais Mondial, le Mundaneum, s’efforcent depuis leur fondation en 1893, en 1895 et en 1920, de les étudier, de les définir, d’en faire une réalité vivante et tangible. Les Congrès internationaux de ces organismes, et d’autres, ont arrêté déjà un ensemble important de données régulatrices.

C’est d’elles que, dans cet ouvrage, on s’est inspiré directement et c’est à les développer qu’il s’applique sous une forme libre et n’engageant aucune institution. L’objectif est de préparer ainsi de nouvelles ententes, de nouvelles standardisations, de nouvelles œuvres à établir et à sanctionner en commun.

Pour des buts particuliers, d’autre part, on s’est efforcé de présenter distinctement les notions générales que l’analyse et la synthèse permettent actuellement de dégager. On les a aussi montré à l’œuvre dans des cas spéciaux, s’attachant à faire voir quels moyens la théorie et la pratique offrent maintenant aux organismes documentaires de tout ordre pour réaliser leurs opérations. Comme il ne saurait s’agir d’une standardisation et d’une mécanisation totales du travail, il est laissé à chaque organisateur de son propre travail, ou de celui d’autrui, de fixer finalement lui-même ses propres principes, directives et règles. C’est à chacun à composer, pour son propre usage, ou celui de ses services, un ((Manuel de Documentation» retenant, adoptant et appliquant celles des données organisatrices générales dont il a pu faire choix dans le présent exposé; car celui-ci, s’il contient de nombreuses formules, n’a cependant en réalité rien d’un Formulaire.


6 FUNDAMENTA II

0 Fundamenta

Pour rendre accessible la quantité d’informations et d’articles donnés chaque jour dans la presse quotidienne, dans les revues, pour conserver les brochures, comptes rendus, prospectus, les documents officiels, pour retrouver les matières éparses dans les livres, pour faire un tout homogène de ces masses incohérentes, il faut des procédés nouveaux, très distincts de ceux de l’ancienne bibliothéconomie, tels qu’ils sont appliqués.

En vue des fins nouvelles proposées :

1° Les Buts de la Documentation ont été dégagés. 2° Les diverses Parties de la Documentation ont été distinguées les unes des autres, complétées et coordonnées, 3° Une Méthode documentaire générale a été élaborée et appliquée à toutes ces parties. 4° De même les diverses Opérations de la Documentation. 5° Les organismes documentaires ont été définis comme les entités qui groupent, élaborent et administrent tous les éléments ainsi traités. 6° La mise en relation de tous les organismes a été proposée et entreprise pour constituer sur des bases rationnelles et efficientes. Inorganisation internationale du Livre et de la Bibliographie et constituer par coopération un Réseau Universel de Documentation. 7° La constitution d’une science et d’une technique générales du Livre et du Document a été poursuivie.

Voici le développement que prennent ces idées :

I. Buts de la Documentation.

Les Buts de la Documentation organisée consistent a pouvoir offrir sur tout ordre de fait et de connaissance des informations documentées : 1° universelles quant à

leur objet ; 2° sûres et vraies ; 3° complètes ; 4° rapides ; 5° à jour; 6° faciles à obtenir; 7° réunies d’avance et prêtes à être communiquées; 8° mises à la disposition du plus grand nombre.

II Parties de la Documentation.

La Documentation comprend, en principe, les sept parties suivantes qui s’amalgament et se combinent :

A. Les Documents particuliers : Chacun d’eux est constitué d’un ensemble de faits ou d’idées présentés sous forme de texte ou d’image et ordonné selon un classement ou un plan qui est déterminé par l’objet ou le but que se proposent ceux qui les rédigent,

B. La Bibliothèque : C’est la collection des documents eux-mêmes maintenus chacun dans leur intégrité individuelle (Livres et publications diverses de toutes espèces), La collection est disposée en des réceptacles adéquats et rendus facilement accessibles (rayons, livres, magasins); elle est classée et cataloguée.

C. La Bibliographie : C’est la description et le classement des documents (Livres, périodiques et articles de revues, etc.) en distinguant la Bibliographie titre et la Bibliographie analytique. 1° Utilisation directe des bibliographies spéciales existantes. 2° Dépouillement, au point de “vue des répertoires à former, des Bibliographies générales, et dépouillement des comptes rendus d’ouvrages paraissant dans les revues. 3° Relevé systématique des articles paraissant dans les revues de la spécialité et dans des articles se rattachant à cette spécialité paraissant dans les revues générales, 4° Analyse interne des publications (Livres, rapports, articles, comptes rendus, etc.), catalographie, indexation des éléments distincts contenus dans ces publications en se plaçant au point de vue des question» entrant dans l’objet de l’organisme de documentation qui y procède.

D. Archives documentaires (Dossiers, matériaux de la documentation) : Les Archives ou dossiers comprennent les pièces originales et les petits documents dans leur intégrité ou par fragments. Elles sont disposées en dossiers. Leur formation donne lieu au découpage des publications pour en redistribuer les éléments selon un ordre différent et former des ensembles de tout ce qui relève des mêmes questions. Les dossiers comprennent les extraits ou découpures de livres,

de périodiques, de journaux, les notes manuscrites dactylographiées ou ronéographiées. Ainsi constitués, ils ont deux grands avantages : 1° Ces dossiers groupent les pièces réduisant ainsi au minimum l’effort de la consultation. 2° Ils permettent pour ainsi dire d’une manière automatique de saisir les choses plus objectivement et


V OUTILLAGE 7

dans leur totalité, chaque document envisageant un point de vue, la réalité totale étant faite de l’ensemble de ces points de vue. 3° Ces dossiers portent en eux la possibilité d une critique immédiate. Qui les consulte n’a pas à subir d’influence tendencieuse, mais est libéré des < préjugés » par la diversité même des sources réunies et aussi par le» critiques variées présentées en tous les sens.

E. Les Archives administratives ; Elles comprennent tous les plis, lettres, rapports, statistiques, comptes relatifs à un organisme. Elles donnent lieu à la formation : 1° de dossiers consacrés chacun À une personne ou entité, À une affaire ou question; 2° de répertoires ou fichiers réunissant selon les cadres unifiés les données analytiques de l’administration (Répertoire administratif général) ; 3 de tableaux avec texte, colonnes, schémas, images, condensant ces mêmes données sous une forme synthétique.

F. Las Archives anciennes : Elles sont constituées par les documents anciens, ordinairement manuscrits et originaux, relatif à l’administration d’autrefois et qui comprennent notamment les titres juridiques des organismes publics et les papiers privés de familles et des établissements commerciaux.

  1. Les documents autres que bibliographiques et graphiques : c’est la musique, ce sont les inscriptions lapidaires, ce sont les procédés relativement récents par lesquels s’enregistre et se transmet l’image de la réalité en mouvement (cinéma, film, filmothèque) et la pensée parlée (phonographe, disque, discothèque).
  2. Les Collections Muséographiques : Ce sont les échantillons, spécimens, modèles, pièces diverses, tout ce qui est utile à la documentation mais qui se présente comme objets à trois dimensions. C est la documentation objective a traiter comme celle de la Biblio?? thèque et des archives quant au collectionnement, au catalogue et au classement.
  3. L’Encyclopédie comprend l’œuvre de codification et de coordination des données elles-mêmes. Elle donne lieu a extraits et retranscriptions dans les cadres d une systématisation unique. Ce qu’on pourrait appeler le Livre Universel par opposition aux livres particuliers.

Les données elles-mêmes sont bien distinctes des documents dans lesquels ils sont relatés ? Il s’agit d’organiser systématiquement des ensembles de ces faits et données. Pour chacun de leur ordre est établie une notice systématique type déterminant : a) les éléments qui sont à relever pour chaque catégorie des faits; b) le mode selon lequel il y a lieu de les disposer sur la notice (Règles documentaires).

Pour l’établissement de ces notices, on met à contribu-tion toutes les sources recueillies. Les documents de la bibliothèque, les dossiers sont dépouillés et on utilise aussi les données documentaires recueillies par voie d’enquête. On a soin d’indiquer sur chaque notice la source des données.

L’Encyclopédie est formée : des Répertoires de faits sur fiches. Ces répertoires se rapportent soit aux questions, choses, objets, produits, soit aux pays, soit à l’historique, soit aux personnes et aux organismes. Ma sont disposés d’après les divers ordres fondamentaux de classification systématique (matière), historique (date), géographiqu-(lit u) ; 2° de dossiers ou atlas dont chaque feuille mobile est consacrée à la mise en tableau (tabulation) d une donnée disposée selon les formes bibliologiques les plus adéquates (schémas, illustration) en original ou provenant du dépouillement systématique du contenu des publications de n. I. B.

III. Opérations.

Le Document est l’objet d’un Cycle d’opérations, réalisant la plus complète division du travail et l’utilisation la plus dispersée de ses résultats. Un document est établi d’abord en original, ou prototype. Ensuite il est multiplié, puis il est distribué à ceux à qui il s’adresse. Puis en sont formés des collections ou ensembles où il ne perd rien de son individualité. En outre, il devient l’objet d’un travail complémentaire tendant à le juger et à l’apprécier, à en incorporer les données particulières aux données déjà existantes de la connaissance; finalement il est utilisé. L’étape ultérieure, éventuelle, mai?? non obligée, est la destruction du document entourée de mesures de précaution.

IV. Méthodes.

Elles comprennent : 1° le collectionnement systématique des documents eux-mêmes ; 2° la classification offrant un cadre commun à toutes les divisions de l’organisme et sous les numéros desquels figure tout sujet susceptible de l’intéresser ; 31 le système de rédaction monographique et le système des fiches et feuilles à classement vertical ; 4” le système des dossiers déposés dans les classeurs verticaux formant des ensembles organisés; 5° l’établissement des fiches catalograpbiques, multipliées et très détaillées de manière à mentionner les documenta dans les diverses séries fondamentales de la classification auxquelles ils se réfèrent ; 6° l’outillage mécanique et les processus chimi?? ques pour couvrir, établir, reproduire, multiplier, sélectionner. classer, transporter les documents.

V. Organismes documentaires.

Les Organismes de la documentations sont : a) les Bibliothèques publiques générales; b) les bibliothèques spéciales; c) les Offices ou services de documentation soit indépendants, soit rattachés à des institutions scientifiques, des administrations publiques, des établissements ayant des buts sociaux; d) les offices ou


8 FUNDAMENTA VII

services d’information et de documentation des organismes industriels, commerciaux ou financiers; e) les bibliothèques privées, studios, cabinets de travail des travailleurs intellectuels où l’on trouve aménagées les collections de livres, les documents et répertoires en vue de l’étude et de l’élaboration des travaux intellectuels. ,

VI. Organisation Universelle.

De l’enquête sur les faits et de leur examen général on peut dégager l’esquisse suivante d’une Organisation universelle :

1° L’organisation couvrira le champ entier des matières de connaissances et d’activité, ainsi que l’ensemble des formes et des fonctions de la documentation.

2° L’organisation implique la mise en œuvre des principes de coopération, coordination, concentration et spécialisation du travail, répartition des tâches entre organismes existants ou création d’organes nouveaux aux fins d assurer des tâches anciennes. L’organisation se réalisera par concentration verticale, horizontale, longitudinale.

3° Les Offices de documentation seront multipliés de manière à répondre aux besoins constants. Ils seront spécialisés et couvriront chacun la partie du domaine général qu’il sera déterminé de commun accord.

4° La Répartition se fera selon les trois bases combinées a) de la matière (répartition verticale) (sujet ou science) ; b) du lieu (répartition horizontale) ; c) de l’espèce de fonction ou opération documentaire (répartition longitudinale.) [Publication, bibliothèque, bibliographie, archives, encyclopédie ou muséographie; locaux régionaux, nationaux ou internationaux ; généraux ou spéciaux! ; la solution complète du problème mondial comporte : cent matières, soixante pays, six formes de documentation, sous les deux modalités, production ou utilisation, soit un bloc ou réseau de 72,000 alvéoles. Au centre, au siège de l’Office mondial, seront rassemblées les collections générales ainsi que les services centraux d’échanges et de prêts, placés sous un régime de propriété commune et de gestion coopérative.

5° Afin de rationaliser leurs activités et de les rendre plus efficientes, il sera procédé graduellement à une refonte des organismes documentaires ou de leurs activités par voie de fusion, séparation, concentration ou décentralisation.

6° Le Réseau général sera organiquement et hiérarchiquement constitué de telle manière qu’en chaque matière les offices locaux seront reliés aux régionaux, ceux-ci aux nationaux, ces derniers aux internationaux et ceux-ci à l’Office mondial.

7° L’organisation nationale sera confiée à des organes nationaux groupant les forces officielles ou privées (Bibliothèques. offices et services existants).

L’Organisation internationale sera confiée à des organes internationaux sous l’autorité et avec la coopération des quels œuvreront les organes spéciaux. Les organismes spéciaux seront les uns privés (Associations internatio nafes), les autres officiels (Société des Nations, Union Panaméricaine, Unions officielles des Gouvernements).

8° Les noyaux d’une telle organisation existent déjà largement mais épars, incomplets plus ou moins développés, travaillant sans coordination ni souci d’éviter les doubles emplois et de combler les lacunes. Ce sont : a) Les offices de documentation, les œuvres d information, les bibliothèques spéciales en certains pays; b) Les Unions nationales de Documentation ; c) Les Bibliothèques nationales avec leurs services de catalogues collectifs et de prêts; d) Le Service international des échanges; e) Les organisations productrices des catalogues et des bibliographies ; f) Les Bureaux des grandes publications périodi ques ou des publications à édition renouvelée : Revues, grands traités, encyclopédies; g) les Offices publics, scientifiques ou sociaux, qui recueillent et distribuent des informations utiles aux administrations publiques de tous degrés; h) Les organes de documentation, information et publication fonctionnant au sein des Associations privées, mixtes ou officielles; les services de cet ordre en liaison avec la Société des Nations; Secrétariat, Bureau International du Travail, Commission de Coopération Intellectuelle, Organisation internationale des Transports, Orga nisation économique et financière. Comités nationaux de coopération intellectuelle; i) L’Office et l’Institut International de Bibliographie, l’Institut International de Docu mentation ainsi que l’Union des Associations Internationales. Celle-ci, d’accord avec I I. I. B. s’est attachée à susciter une meilleure organisation de Ildocumentation au sein des Associations Internationales.

9° Il sera organisé, par voie de libre Convention internationale groupant les organismes publics et privés, et à l’intermédiaire d’un Office centra) mondial, un Réseau Universel mettant en rapport coopératif tous les Offices particuliers de documentation, à la fois pour la production et pour l’utilisation.

VII. Sciences Bibliologiques.

La systématisation des connaissances relatives au Livre et à la Documentation comporte les données concernant leur systématique, terminologie, notation et mesure; la position des problèmes de recherches, les corrélations entre les sciences bibliologiques ethics autres dans le cadre général de la classification des sciences, l’organisation des recherches et des études, (’historique de ces sciences.


1 BIBLIOLOGIE 9

1 La Bibliologie ou Documentologie

Sciences du Livre et de la Documentation

11 NOTION. DÉFINITION. CARACTÉRISTIQUES

111 Notion.

1. Livre (Biblion ou Document ou Gramme) est le terme conventionnel employé ici pour exprimer toute espèce de documents. Il comprend non seulement le livre proprement dit, manuscrit ou imprimé, mais les revues, les journaux, les écrits et reproductions graphiques de toute espèce, dessins, gravures, cartes, schémas, diagrammes, photographies, etc, La Documentation au sens large du terme comprend : Livre, éléments servant à indiquer ou reproduire une pensée envisagée sous n’importe quelle forme.

2. Le Livre ainsi entendu présenté un double aspect: a) il est au premier chef une œuvre de l’homme, le résultat de son travail intellectuel; b) mais, multiplié à de nombreux exemplaires, il se présente aussi comme l’un des multiples objets créés par la civilisation et susceptible d’agir sur elle; c’est le propre de tout objet ayant caractère corporel et agencé techniquement.

112 Nécessité d’une Bibliologie.

II y a une langue commune, une logique commune, une mathématique commune. Il faut créer une biblio-iogie commune : Art d’écrire, de publier et de diffuser les données de la science.

Nous avons besoin maintenant non plus seulement de Bibliographie, description des livres, mais de Bibliologie, c’est-à-dire une science et une technique générales du document. Les connaissances relatives au Livre, à l’Information, et à la Documentation sont demeurées trop longtemps dans l’état où était la Biologie il y a un siècle; il y avait alors de nombreuses sciences sans lien entr’eJlea et qui avaient cependant toutes pour objet les êtres vivants et la vie (ana;omie, physiologie, botanique, zoologie).

La Biologie a rapproché et coordonné toutes ces sciences particulières en une science générale. Pour le livre, nous possédons dès maintenant des traités de rhétorique, de bibliothéconomie, de bibliographie, d imprimerie. Mais nous n’avons pas encore bien formée, de Bibliologie, c’est-à-dire une science générale embrassant l’ensemble systématique classé des données relatives à la production, la conservation, la cir- culation et l’utilisation des écrits et des documents de toute espèce. Cette science conduirait les esprits à réfléchir plus profondément sur les bases mêmes qui servent de fondement aux diverses disciplines particulières du livre; elle permettrait d’envisager de nouveaux progrès, grâce à des définitions plus générales et plus approfondies, grâce à l’expression de besoins plus larges et à la maîtrise d une technique qui puisse résoudre les nouveaux problèmes.

Des efforts doivent donc être faits pour constituer en science autonome toutes les connaissances théoriques et pratiques relatives au Livre, la Bibliologie. Cette science est appelée à faire sortir de l’empirisme les applications et les réalisations.

Nous devons former d’immenses bibliothèques, nous devons élaborer des répertoires puissants. Mais, de même qu’après de Jussieu et Linné décrivant des milliers d’espèces sont arrivés, les Darwin et les Claude Bernard qui ont créé la Biologie, science théorique explicative, évolutive de l’ensemble des êtres vivants, de même les temps sont venus maintenant où il faut fonder la Bibliologie, la science théorique, comparative, génétique et abstraite, embrassant tous les livres, toutes les espèces et toutes les formes de documents. Comme la sociologie, synthèse des sciences de la société s’est constituée avec toutes les sciences sociales particulières. Comme il existe une mécanique générale appliquée, indépendante de toute étude particulière du livre, science de toutes les formes particulières bibliologie : synthèse bibliographique, science particulière du livre, science de toutes les formes particulières de livres,

113 But.

La Bibliologie doit se proposer comme but :

1. Analyser, généraliser, classer, synthétiser les données acquises dans les domaines du livre et en même temps promouvoir des recherches nouvelles destinées surtout à approfondir le pourquoi théorique de certaines pratiques de l’expérience.

2. Elaborer une série complète de « formes docu?? mentaires » où puissent venir se déverser les données


10 BIBLIOLOGIE 115

de la pensée scientifique ou pratique, depuis le simple document jusqu aux complexes des grandes collections et aux formes élevées que constituent le Traité et l’Encyclopédie.

3. Faire progresser sinsi tout ce qui peut tendre à l’Exposé plus méthodique et plus rationnel des données de nos connaissances et des informations pratiques.

4. Provoquer certaines inventions qui sans doute pourront rester longtemps isolées et sans application, mais qui un jour seront peut-être le point de départ de transformations si profondes qu’elles équivaudront en cette matière à de véritables révolutions

5. La Bibliologie élabore les données scientifiques et techniques relatives à ce quadruple objet : 1° l’enregistrement de la pensée humaine et de la réalité extérieure en des éléments de nature matérielle dite documents; 2° la conservation, la circulation, l’utilisation, la catalographie, la description et l’analyse de ces documents ; 3° l’établissement à l’aide de documents simples, de documents plus complexes, et à l’aide de documents particuliers, d’ensemble de documents; 4° au degré ultime, l’enregistrement des données de plus en plus complet, exact, précis, simple, direct, rapide, synoptique, de mode à la fois analytique et synthétique; suivant un plan de plus en plus intégral, encyclopédique, universel et mondial.

6. Au point de vue scientifique, le principe biblio-logique fondamental, principe-tendance de la publication optimum s’exprime en ces quatre desiderata ; 1° Dire le tout d’une chose. 2° Dire une fois tout. 3° La vérité sur le tout. 4° Sous la forme la plus apte à être comprise. Ce principe est tempéré de quatre manières : 1° Ce qui est encore ignoré. 2° La thèse de la vérité, le doute, la discussion, les thèses diverses. 3° La variété des intelligences : langue, degré, âge. préparations antérieures. 4° La pluralité des formes possibles, d’exposé à raison du goût de chacun, et du progrès possible dans la présentation, l’accessibilité, le prix.

114 Conditions de la constitution de la Bibliologie en science.

La Bibliologie doit répondre aux huit conditions suivantes qui sont nécessaires pour qu’il y ait science complète :

  1. Un objet général ou spécial (êtres, entités, faits).
  2. Un point de vue spécifique ou objet intellectuel distinct pour envisager ces faits et les coordonner.
  3. Généralisation, faits généraux, concepts fondamentaux, lots.
  4. Systématisation, résultats coordonnés, classification,
  5. Méthode: avec ce qu elle comporte: a) méthodes de recherches. procédés logiques ou de raisonnement; b) classification, terminologie; c) ?? système des mesures; d) instruments; e) enregistrement et conservation des données acquises (Sources, Bibliographie).
  6. Organisation du travail (division du travail, coopération, organismes nationaux et «internationaux, associations, commissions, congrès, instituts couvrant les fonctions de recherches, discussion, décision des méthodes, enseignement et diffusion).
  7. Histoire.
  8. Application des divers ordres d’études et d’activité.

115 Objet propre de la Bibliologie.

1. Qu’est-ce qui dans le Livre lui est propre, qu’est-ce qui est proprement bibliographique? On a déjà dit la distinction entre: a) la Réalité objective, b) la Pensée subjective ou l’état de conscience provoqué ou le moi par la réalité, c) la Pensée objective qui est l’effort de la réflexion combinée et collective sur ces données premières jusqu’à la science impersonnelle et totale, d) la Langue, instrument collectif de l’expression de la Pensée. Collée tion totale, tout livre contient ces quatre éléments associés concrètement en lui-même et que, par abstraction seulement, il est possible de dissocier et d’étudier à part. Ce qui est propre au livre, c’est le cinquième élément : la pensée désormais fixée par l’écriture des mots ou l’image de choses, signes visibles, fixés sur un support matériel.

  1. D’où ces trois conséquences: a) La Réalité, la Pensée objective ou subjective, la Langue ont chacune une existence antérieure et indépendante du livre. Elles s’étudient dans leurs connaissances respectives (Psychologie-Science-Linguistique). b) Au contraire, signes et supports sont bien le propre du livre et il s’agit dans les sciences bibliologiques de les étudier sous tous les aspects, c) Mais à son tour le complexe concret des idées, des mots, des images tel qu’il est incorporé dans le livre et le docu^ ment («biblifié» ou «documentalisé» ) sont, à l’égard les unes des autres, dans la position de contenu et contenant. Leurs rapports, interinfluences, répercussions, sont à examiner. à leur tour et c’est là un domaine commun aux sciences du a et à celles du h.
  2. Il y a lieu de poursuivre études et réalisations de la Documentation dans le cadre général de l’ensemble des connaissances et des activités en établissant des corrélations : a) avec les diverses sciences; b) avec les diverses techniques et leur objet (Science Universelle, Technique Générale) ; c) avec les divers plans d’organisation (Plan Mondial).

4. Définir la Bibliologie, c’est caractériser le domaine sur lequel cette science étend son empire et en même temps indiquer les limites qui séparent ce domaine des

voisins.

  1. Il y a lieu de distinguer l’objet d’une science de la science de cet objet. La science c’est l’organisation des connaissances d’un objet. L’objet existe en dehors de la

12 PARTIES DE LA BIBLIOLOGIE 11

connaissance qu’on en a. La science géologique, par exemple, est de création récente, alors que la terre préexistait. Il y a eu des livres longtemps avant qu’il y ait eu des sciences bibliologiques.

6. La Biblioiogie a un caractère encyclopédique universel, à raison du fait que les documents (son objet) se référent à l’ensemble de toutes les Choses.

La Biblioiogie participe de la même généralité que la Logique et la Linguistique: tout est susceptible, à la fois, d’expression, de documentation. La Logique, ont dit les Logiciens, est une science générale en ce sens qu’elle règle le contenu de toutes les autres et que toutes doivent se constituer d après ses lois. Son objet d une simplicité extrême et d’une extension illimitée est l’être de raison. La Biblioiogie, en tant qu’elle considère les conditions du meilleur livre fait ou à faire, ne règle pas la pensée pour elle-même. Toutefois son influence est grande sur chaque pensée, car, de plus en plus, chacun tend à s’exprimer, à se communiquer aux autres, à les interroger, à leur répondre sous une forme documentaire. Or une telle forme peut ou altérer ou exalter la pensée elle-même. Par conséquent on doit tenir la Biblioiogie comme une science générale, auxiliaire de toutes les autres et qui leur impose ses normes dès qu elles ont à couler leurs résultats en forme de « document ». L’objet de la Biblioiogie, comme celui de la Logique, est d’une simplicité extrême et d’une extension illimitée. C’est ici l’ «être documenté», comme l’objet de la Logique est l’cêtre de raison».

  1. Le point de vue propre à la Biblioiogie générale est celui du Livre considéré dans son ensemble, de la totalité des Livres. De mème^ue la Sociologie s’occupe, non des phénomènes qui se passent dans la société, mais des phénomènes qui réagissent socialement, de même la Biblioiogie s’occupe des faits qui ont une action générale sur le Livre.
  2. Le domaine propre de la Biblioiogie doit être déterminé et exploré. Au sens large, il comprend l’Histoire de la Littérature et la Critique. Mais à côté de l’histoire des Livres et celle des auteurs, il y a parallèlement l’Histoire de la pensée.

116 Fondement.

Il y a une réalité faite du total et qui est ce qu elle est. Au sein de cette réalité, nous voyons à l’œuvre l’Homme, les Hommes et leur Société au sein de la Nature. En l’homme, constatation sinon définition et explication, nous sommes amenés à distinguer deux éléments: 1° le moi profond, personnel, vécu ; libre mobilité qualitative dans in durée étrangère à lui ; mémoire pure plongeant dans le mouvement indivisible de l’éian vital ; 2° le moi intelligent, aux fonctions pratiques, au mécanisme déterministe. Les deux éléments coexistent, produisant toutes les œuvres avec leurs deux méthodes, intuition et connaissances directes pour l’un; logique et connaissance diseur sive pour l’autre. On retrouve ces deux éléments dans l’individu, dans la vie de la société (pensée, sentiment, activité) et on les retrouve dans les livres qui en sont la manifestation ou l’expression.

L’intelligence, en le disputant à l’instinct, en procédant du conscient à l’inconscient, s’est faite claire, communicative, démonstrative, coopérative dans deux grandes créations qui lui sont largement propres, qui sont sociales: la Science systématique et la Civilisation coordonnée. Le livre est par excellence l’œuvre de l’intelligence, mais non pas exclusivement, car l’Intuition (Instinct, sentiment) y a aussi sa grande part. Une bifurcation a été déterminée parmi les espèces de livres selon deux grandes lignes divergentes: le livre de science et de pratique raisonnée; le Livre de littérature qui va de la simple notation spontanée aux fixations écrites et graphiques du mysticisme le plus élevé.

12 DIVISION ET MODES D’EXPRESSION

121 Parties des sciences bibliologiques

1. La Documentation doit se constituer en corps systématique de connaissances comme science et doctrine d’une part; en technique, d’autre part; en corps systématique d’organisation de troisième part.

A) Comme Science : l’étude de tous les aspects sous lesquels son objet peut être examiné, c’est-à-dire en lui-même, en ses parties, dans ses espèces, dans ses fonctions, dans ses relations, envisagé dans l’espace et dans le temps. Comme toute science la Biblioiogie a donc pour objet: a) la description des faits dans le temps, ou histoire. et des faits dans l’espace, ou étude comparée (Graphie, soit Bibliographie) ; b) la compréhension et l’explication théorique des faits jusqu’aux relations nécessaires les plus générales (Nomie, soit Biblionomie).

B) Comme Technique : les règles d’application des faits aux besoins de la vie pratique et de la production. Ces règles embrassent tout le cycle des opérations auxquelles donne lieu la production des documents, leur circulation, distribution, conservation et utilisation (Technie, soit Biblio-technie).

C) Comme Organisation: l’aménagement rationnel des forces individuelles et du travail en collectivité en vue d’obtenir des résultats maximum par corrélation. Tout ce qui par entente et par coopération peut y amener plus d’ampleur et d’unité, par suite faciliter le Travail intellectuel et le développement de la Pensée (Economie ou Organisation, soit Biblio-économie).

2. La science est spéculative ou pratique. A côté de la science il y a l’art.


12 BIBLIOLOGIE 122

La science spéculative s’arrête à la connaissance de son objet; la science pratique fait servir la connaissance de son objet à une action ou à une œuvre ultérieure. L’art est un ensemble de règles pratiques» directives de l’action. La tendance moderne est de donner à tout ensemble de connaissances les trois caractères spéculatif, pratique, normatif. La Bibliologie tendra donc à être a la fois science spéculative, pratique et art. Les connaissances relatives à la Langue ont déjà ces mêmes caractères. De même la Logique qui est l’étude réfléchie de l’ordre à mettre dans les pensées dans le but, non seulement de connaître leur coordination, mais pour la direction ultérieure de la pensée.

La Bibliologie comprend deux sciences distinctes : la Bibliologie générale, globale et synthétique, qui contient l’observation du livre en son ensemble, avec les comparaisons et les indications qui en découlent, et les sciences bibliologiques partielles et analytiques contenant l’observation successive et séparée de chacun des aspects divers du livre : bibliologie économique, technologique, sociologique, esthétique, etc. (I).

  1. Le phénomène du livre relève de la Logique et de la Psychologie, de la Sociologie et de la Technologie. C’est l’Intelligence qui crée le livre et qui s’en assimile le contenu. C’est la Technique qui le confectionne. C’est sur la Société qu’il réagit puisqu’il sert à mettre en relation au moins deux individualités et à les modifier.

la Bibliologie doit donc comprendre quatre grandes branches qui la relient à l’ensemble des sciences : a) La Bibliologie logique. ou les rapports du Livre avec l’exposé de la science; b) La Bibliologie psychologique, ou les rapports du Livre avec l’auteur; c) La Bibliologie technologique ou les rapports du livre avec les moyens matériels de le produire et de le multiplier; d) La Biblio-hgie sociologique ou les rapports du Livre avec la Société qui le fait naître dans son ambiance et l??y accueille.

122 Terminologie. Nomenclature.

1. Comme toutes les sciences, la Bibliologie doit avoir et possède effectivement une nomenclature, c’est-à-dire une collection de termes techniques. Malheureusement, comme pour l’Economie politique et la Sociologie en général, la plupart des termes de la Bibliologie sont empruntés au langage usuel. I’l manque des termes spécialisés ou des définitions fixant le sens conventionnel des termes usuels. Ce n’est pas définir

(\ D’après 7.ivny. la Bibliologie qui tiaile du livre dans le sens le plus général est divisée en théorique et pratique. Ces divisions comprennent : 1° la Bibliologie physique qui traite : a) la matière, écriture ou typographie, reliure et formes du livre comme unité (technologie des arts graphiques. Bibliographie graphique et descriptive) ; b) le livre comme un agrégat (catalogue bibliographique). 2° La Bibliothéconomie, production et distribution du livre.


un mot que d’expliquer sa valeur philosophique ou métaphysique en lui laissant toutes les significations vagues du langage habituel. Définir un mot au point de vue d’une science c’est délimiter exactement et avec précision le sens au point de vue de la science envisagée.

  1. La définition des mots doit reposer sur la définition des choses, des faits et des notions elles-mêmes qu’ils doivent servir à exprimer. Une définition doit être un exposé précis des qualités nécessaires et suffi?? santés pour créer une classe afin d’indiquer les choses qui appartiennent et n’appartiennent pas à cette classe (Stanley Jevons, Traité de Logique).
  2. Afin d’éviter des doubles emplois, il est préférable d’exposer la Bibliologie dans toutes ses parties et d’en présenter les termes et les définitions au moment où sont analysées et exposées les choses, les faits et les notions. Les définitions conduisent aux lois. Celles-ci sont l’expression de rapports entre les choses. Il n’y aura d’expression claire que si les choses mises en rapport ont été elles-mêmes clairement bien définies. Réciproquement, toute définition implique déjà certaines lois, rapports constants), ne fût ce que les lois des élément« constitutifs des choses définies.
  3. En attendant que l’accord soit fait sur l’unité de la terminologie, nous employerons indifféremment les termes formés des quatre radicaux suivants, deux gîtes, deux latins, en leur donnant pat convention une signification équivalente ; 1° biblion, 2° grapho (gram-mata gramme), 3° liber, 4° documentant.
  4. Ce demeure un problème de disposer d’un vocabulaire de termes généraux et d’adjectifs suffisamment étendus, réguliers et adéquats pour exprimer ici les idées générales, les ensembles et les propriétés communes. On y tend. Le grec a donné le mot biblion, le latin le mot liber. On a fait, de l’un Bibliographie. Bibliologie, Bibliophilie, Bibliothèque; d© l’autre Livre, Livresque, Librairie.

« Schriftum » disent les Allemands et, d’autre part, partant du radical « Buch », ils forment « Buchwesen » et « Bücherei ». Les Allemands aussi se servent du radical « Biblion », mais ils ont introduit à côté des mot» <t Bibliothek », « Bibliographie » des expressions nouvelles « Inhaltverzeichnis, Zeitschriftenschau ?? (Bibliographie du contenu des périodiques), «Referate» (Compte rendu analytique et critique), « Li-teraturübersichten in Kartenform » (fichier), « Lite-ratur-Auskunftdienst, Beratungstelle », etc.

  1. L’historique des termes est intéressant :
  1. Le mot « Bibliographie » est né dans les temps grecs post classiques. Il signifiait alors l’écriture ou la copie, c’est-à-dire la production des livres. Au XVIIIe siècle encore, on entendait par Bibliographie l’étude des anciens livres manuscrits. La technique et

124 BIBLIOMETRIE 13

l’histoire de la production du livre sont encore une partie de la science des livres. Pour le spécialiste de quelque partie de la science, la Bibliographie désigne toutes sortes de listes de livres; pour le bibliothécaire elle comprend le collectionnement, le soin et l’administration des livres dans les bibliothèques (Hoosen),

  1. Le radical gramma a donné lieu autrefois à (- — )

ligne ; c’est un terme de géométrie. Grommir, arum L pl. (au lieu de grammata). lettre, caractères. Gramatica (/) et grammatice ( )grammaire, la science grammati-

cale. Pour Cicéron la grammaire comprend l’interpréta lion des mots Grammaticus. Homme de lettres, littérateur, savant, érudit, critique, philologue; Grammatopho-rus. Messager (porteur d’un écrit) ; Grammatophylacium, Archives; Graphice, art du dessin, Graphion, dessin, plan, esquisse et l’art de lever des plans, graphium style, poinçon (pour écrire sur la cire).

Dans les temps modernes, le radical Gramme a formé télégramme, diagramme, cinégramme, barogramme et pourrait former photogramme. Des documents qui exposent le sujet selon l’ordre des choses, du lieu ou du temps, pourraient se dire « ontogramme », « topogramme », « chronogramme »,

  1. Il y a lieu de construire la terminologie à partir du mot Document, plus général que Livre ou Biblion ; ce changement de radical est justifié: 1° par les motifs qui ont fait admettre le mot Document, Documentation, 2° par le retard des pratiques du monde du livre qui n’ayant pas évolué assez rapidement, a laissé se créer toute une nomenclature à part pour des objets et notions dont il s’est désintéressé au début.

Les branches nouvelles que le mot livre n’a pas couvertes sont : a) les documenta mêmes : estampes, pièce: d’archives, documents d’administration, disques, photographies, films, clichés à projection; b) les collections constituées de documents : cartothèque, hémé-Tothèque, périodicothèque, discothèque, filmothèque; c) le matériel spécial ; fiches, rayons, casiers, classeurs, dossiers, fichiers, répertoires.

La série de base du Radical : Document serait donc : Document (substantif) L’objet (signe -f support). — Documentation (substantif) Action de documenter et ensemble de documents. — Documentaliste (substantif) ou Documenteur (substantif, même désinence que docteur) : la personne, les techniciens de la Documentation. — Documenter. L’action de faire usage du document. — Documentaire (adjectif) qui est relatif à la documentation. — Documcniatoire : qui remplit la qualité d’être une suffisante documentation. — Documentorium ou Documento-thèque, Institut de Documentation. — Documento-technique ; Technique de la documentation.

  1. Le problème de la Terminologie de la Documentation a été discuté à la XIe Conférence Interna-

tionale de l’I. I. B, (I. I. D.), à Francfort. Rapports Gérard, Dupuy, Ledoux, Otlet (Voir les Actes).

En ce qui concerne la Terminologie Technique, les dix dernières années ont vu des avancements révolutionnaires. Ce qui exigeait autrefois de longues périphrases (trois ou quatre mots), a fini par pouvoir s’exprimer en un tout. Le « Pitman’s Technical Dictionary », traite maintenant de 60.000 a 70.000 choses distinctes.

124 Le Livre et la Mesure. Bibliométrie.

124.1 Notions.
  1. En tout ordre de connaissance, la mesure est une forme supérieure que prend la connaissance.

Il y a lieu de constituer en un ensemble coordonné les mesures relatives au livre et au document, la Bibliométrie.

  1. Les mesures sont celles relatives aux objets, aux phénomènes ou faits, aux relations ou lois. Elle concerne le particulier (métrie proprement dite) ou les ensembles (statistique) ; elle concerne ce qui est ou ce qui devrait être (unité et standardisation).

Les mesures des rapports principaux considérées par une science prennent la forme d’indices. (Par exemple les géographes considérant les rapports de l’eau pluviale et des territoires ont créé l’indice d’aridité).

  1. Les données acquises de la métrie en général, de la Sociométrie en particulier sont à prendre en considération pour réaliser la Bibliométrie.

L’adage « omnia in mensura », tout dans la mesure, est devenu l’idée directive de toutes les sciences qui tendent à passer du stade qualitatif au stade quantitatif. Le passage est désormais accompli pour les sciences astronomiques et physiologiques.

Les sciences biologiques ou bio-psychologiques s’efforcent de joindre à la description minutieuse la mesure aussi exacte que possible. La fréquence de la répétition d’un type permet une mesure indirecte de la vitalité de l’espèce végétale ou animale; la longueur, la portée des organes, leur diamètre, leur poids, la variabilité des caractères essentiels permettent de nouvelles précisions. L’anthropologie bénéficie de l’établissement de corrélations et de coefficients; l’anthropométrie a aidé la criminologie. La psychologie est entrée à son tour dans la voie des mesures multiples, indirectes, grâce aux corrélations psychologiques laborieusement établies. La sociologie tend aussi à devenir quantitative. Elle opère sur des groupes et les groupes sont susceptibles de dénombrements, dont la statistique établit les méthodes et enregistre les résultats. Les choses du livre ne sont guère mesurées, ni dans leur réalité objective et matérielle, ni dans leur


14 BIBLIOLOGIE 124.2

réalité subjective et intellectuelle. Des efforts dans ce sens sont donc désirables.

Les sciences du Iívtc, elles aussi doivent tendre maintenant à introduire la mesure dans leurs investigations. En tant que le livre est objet de psychologie, de sociologie et de technologie, ses phénomènes sont susceptibles d’être mesurés.

La « Bibliométrie » sera la partie définie de la Biblio-logie qui s’occupe de la mesure ou quantité appliquée aux livres. (Arithmétique ou mathématique bibliolo-gique).

Tous les éléments envisagés par la Bibliologie sont en principe susceptibles de mesure et il faut tendre de plus en plus à revêtir leurs données de la forme précise du nombre, à passer de l’état qualitatif ou descriptif à l’état quantitatif.

  1. La mesure du livre consiste à rapporter toutes les parties et éléments d’un livre quelconque à ceux d’un livre type, standard, unité. Ce type devrait être le meilleur des livres.
124.2 La mesure des livres.

1. Unités de mesure bibliologique. — Etant donné que tout livre contient une portion de la matière bibliologique générale, on pourrait établir conventionnellement des unités de mesure de cette quantité et les comparer directement aux unités de mesures psychologiques et sociologiques en général, et, à l’aide de ces dernières les comparer aux unités physiques. La Physique a établi un système d’unités mesurant ses forces élémentaires et directement comparables les unes avec les autres. Elle a établi que ces forces sont d’ailleurs convertibles et transformables les unes en les autres, selon un rapport constant (loi de la conservation des forces). Les unités bibliologiques, elles, auraient & évaluer la quantité de matière ou d’énergie bibliologique emmagasinée dans chaque organisme bibliologique (ou livre). Cette évaluation serait faite en décomposant le livre en ses éléments composant ultimes, lesquels, d’autre part, auraient été mesurés par les mêmes unités.

  1. La Stylistique. — La stylistique ou stylométrie a été créée récemment pour l’étude de la manière de s’exprimer des auteurs. On a introduit la statistique dans l’analyse des phrases, dans celles des expressions employées pour traduire les émotions dans le langage. (Ex. B. Bourdon).
  2. La stichométrie. — Les anciens ont imaginé des moyens pour mesurer l’étendue des livres. On convint de prendre pour unité de mesure l’hexamètre grec renfermant en moyenne de 15 à 16 syllabes et 35 à 36 lettres. Cette unité s’appela stique ou épos (vers épique, en latin versus). On obtenait le nombre de stiques d’un ouvrage soit en écrivant un exemplaire

type en lignes normales, soit par une évaluation approximative. Les Muses d’Hérodote avaient de 2.000 à 3.000 stiques.

C’est la mesure qu’observèrent plus tard les prosateurs, historiens, philosophes, géographes, auteurs de traité didactique. Quelques auteurs ne donnent exceptionnellement à leurs livres que 1.500 ou même 1.200 stiques, d’autres atteignent ou dépassent le nombre tout à fait anormal de 4.000 ou même 5.000 stiques, mais la très grande majorité oscille entre 1.600 et 3 000 stiques. La stichométrie ainsi entendue affirme un triple avantage : renvoyer au stique comme on renvoie maintenant au chapitre et au verset; fermer la porte aux suppressions et aux interpolations plus ou mcins considérables ; déterminer une fois pour toutes le prix de l’ouvrage et la rétribution due au copiste. ( 1 )

  1. On a entrepris des recherches statistiques, d’après les dictionnaires biographiques, sur la ratio plus ou moins élevée dés savants nés dans tel pays ou partie de pays. Recherches de la supériorité de tel écrivain sur tel écrivain (par exemple Sophocle sur Euripide) d’après la longueur des articles qui leur sont consacrés, d’après le nombre d’adjectifs élogieux ou non (pro et contra) qui leur sont attribués dans ces articles, travaux basés sur la longueur des exposés et le degré d’éloge dans les expressions. (2)
  2. Mesures des incunables, — Les procédés d’identification des incunables ont donné lieu à des mensurations d’une extrême précision.

6. Bases de bibliométrie. — Combien 1.000 mots représentent-ils : a) de lettres dans les diverses langues (français, anglais, allemand) ; b) d’espaces en différents textes réduits en centimètres carrés sur page (exemple perceptible : combien dans une pièce de théâtre, un roman, un journal, une séance) ; c) de temps de lecture à haute voix ou de lecture silencieuse.

Didot a fixé le point à la sixième partie de la ligne de pied de roi. Le mètre légal équivaut à 443 lignes et 296 millièmes. En négligeant l’infinitésimale fraction d’un tiers de point, nous avons 2.660 points dans un mètre.

Le centimètre vaut donc 26 points 6 et le millimètre 2 points 66.

Par suite, si l’on veut connaître le nombre de points contenus dans une mesure métrique, il suffit, suivant qu’il s’agit de centimètres ou de millimètres, de multiplier par l’un de ces nombres. Une feuille de papier, format 4°, mesure 0.45 X 0,56. Elle aura donc :

(1) Voir Vigouroux, Dictionnaire de la Bible. V°. Livre n° 2.

(2) Frédéric Adams Woods. - Historiometry as an exact science. Reprinted from Science; N. S. Vol. XXXIII. n° 850, p. 568-574, April 14. 1911.


124.2 BIBLIOMETRIE 15

0 m, 45×26,6 — 1.197 points; sur 0 m. 56×26,6 = 1.490 points. Mais le point a un multiple qui sert à simplifier. Ce multiple, certains l’appellent le cicéro, en souvenir des Offices de Cicéron, qui furent imprimé?? dans un caractère dont le corps y correspondait à peu près. Il est préférable de dire un douze, des douzes, c’est a la fois plus précis, plus commode et cela ne prête pas à confusion.

Quand on a une justification à prendre, on parle en douze?? et quand on connaît le nombre de points, comme dans l’exemple ci-dessus, il faut diviser par douze. Il est donc plus simple de chercher immédiatement le nombre de douzes, et cela est assez facile si l’on veut se donner la peine de retenir que, dans un mètre ou 2.660 points, il y a 222 douzes moins 4 points (221 d. Ô points). Il faut souligner « moins 4 points »; c’est ce qui permet une approximation aussi exacte que possible. Quand la mesure métrique approche du quart de mètre, on aura à déduire un point et on fera dî même pour chaque quart de mètre.

Dès lors, en douzes, le centimètre équivaut à 2,22, le millimètre à 0,222. En multipliant par ces nouveaux nombres, on a une approximation suffisante.

  1. Les coefficients. — Les coefficients portent notamment sur :

1° les formats; 2° les points typographiques; 3° le poids du papier, étendue au poids, épaisseur des livres de type; 4° les prix unitaires.

La bibliométrie résume les statistiques et donne les indices de comparaison.

  1. Fréquence de lecture d’un auteur ou d’un livre, — Il serait intéressant de savoir combien un auteur a été lu. Voici Voltaire. De 1740 à 1778 il se fit

19 recueils des œuvres, sans compter les éditions séparées, très nombreuses pour les principaux écrits (I). De 1778 à 1815, QuérardSndique six éditions des œuvres complètes sans compter deux éditions incomplètes et déjà copieuses. Enfin pour la période de 1815 à 1835, en vingt an??. Bengesco rencontre 28 éditions des œuvres complètes (2). Puis rien de 1835 à 1852. De 1852 à 1870.

5 éditions, dont l’édition de propagande du journal * Le Siècle *.

Depuis 1870, une édition, celle de Moîand, de caractère purement littéraire et historique et tout à fait sans rapport avec la conservation ou la diffusion du voltairisme. Au total, grande consommation jusqu’à la Révolution î puis ralentissement ¿usqu’en 1815; prodigieuse recrudescence de la demande sous la Restauration ; puis de nouveau ralentissement ; reprise sensible sous le second Empire. Cette courbe correspond assez à celle des mouvements libéraux ; on imprime et on réimprime Voltaire, surtout aux époques où ces mouvements rencontrent le

  1. Bengesco. Q. IV. N°s 2122-2141.
  2. Ibid. N°s 2145-2174.

plus de résistance et prennent le plus de violence. Cependant, il faut aussi tenir compte du fait que, sous la Révolution, après l’édition encadrée de 1775 et les deux éditions de Kehl ; et, sous L.ouis-Pbilippe, après les 28 éditions qui se succédaient depuis vingt ans, le marché put être encombré ; il fallut donner au public le temps d’absorber la production de la librairie. Toujours est il que l’abondance même de l’offre, de la part des éditeurs, indique une demande considérable de l’opinion libérale.

Il faudrait connaître le tirage de ces éditions. Le gouvernement de la Restauration a essayé de se rendre compte de la diffusion «des mauvais livres». D’un rapport offi ciel qui fut alors analysé par les journaux, il résulte que. de 1817 à 1824. douze éditions de Voltaire se sont impri mées, formant un total de 31,600 exemplaires et de I million 598.000 volumes. En même temps. 13 éditions de Rousseau donnaient 245,000 exemplaires et 480.500 volumes. Les éditions séparées d’écrits de l’un et de l’autre jetaient sur le marché 35,000 exemplaires et 81,000 volumes. Au total, c’étaient 2,159.500 volumes philosophiques qui étaient lancés en sept ans contre la réaction légitimiste et religieuse et de ce nombre effrayant de projectiles. Voltaire fournissait plus de trois quarts. (1)

  1. Bibliosociométrie. — Comment mesurer l’action du Livre et du Document sur l’homme et la société ?

a) Voici par exemple un Traité de Physique, il est tiré à 2.000 exemplaires; chacun constitue comme une sphère d’influence ayant la potentialité d’agir sur tout lecteur qui s’en approchera. En ses 500 pages, supposons que le traité comprenne 15 chapitres avec en tout 50 sections et 600 alinéas, constituant chacun l’exposé d’une idée ayant un sens complet. Le « volume documentologique » global offert en lecture dans la société par ce traité est 600 alinéas x 2.000 exemplaires = 120,000 idées documentalisées. Mais les 2,000 exemplaires ont des sorts bien différents: exemplaires destinés aux livres de texte des étudiants du cours de professeur, circonstance qui a déterminé l’édition ; exemplaires dans les Bibliothèques : exemplaires chez les particuliers : exemplaires dans les librairies ; exemplaires de presse ; exemplaires donnés en hommage ; exemplaires restés en stock chez l’éditeur ou l’auteur. Après un certain temps ont agi aur le corps matériel des exemplaires du livre, les causes d’usure et de destruction et sur les idées exprimées par les livres, des causes du vieillissement (par ex, les livres de sciences dépassés). La chance pour les exemplaires de rencontrer, leurs lecteurs est donc inégale et avec le temps, elle diminue ou s’accroît, proportionnellement à la notoriété de l’auteur et de l’ouvrage. D’autre part, les lecteurs sont de complexité et formation différentes. En présence d’un ensemble de données bibliographiques déterminé, ils procéderaient chacun à la lecture suivant leur spécialité, leur curiosité et leur réceptivité. Intervient aussi le degré de


16 BIBLIOLOGIE 124.3

saturation, en fonction des connaissances ou des impressions antérieures acquises ou éprouvées et qui, pour un lecteur déterminé, diminue l’appétit et profit de la lecture.

  1. Le problème général de « bibliosociométrie » consiste à déterminer les lieux et les temps et, eu égard aux lecteurs, la chance qui existe pour les ouvrages d’être lus, partant d’exercer leur action sur la société. Qu’il soit possible de poser théoriquement un tel problème, alors même que sa solution serait retardée ou empêchée par manque de données concrètes, c’est déjà une étape vers la solution, la seule mise en relation des termes indique déjà avec précision comment se présente la question et problème bien posé est à moitié résolu. D’autre part, une comparaison est à faire ici avec la nourriture. Quand il s’agit de nourriture capable d’alimenter les forces corporelles, on se préoccupe aussi d’établir l’unité générale de me«ure alimentaire. Les livres à leur manière et pour l’esprit, sont une nourriture dont on doit pouvoir mesurer les « calories » intellectuelles. Les calories ce sont les idées susceptibles d’être transmises et comprises (!). Si nous supposons que dans les écrits l’unité correspondante à l’idée susceptible d’être comprise, soit non pas le mot, qui n’implique aucun jugement, ni la phase qui est trop peu explicite à elle seule, mais bien l’alinéa (verset ou articulet) qui exprime une idée complète, en conséquence, on pourrait poser les définitions conventionnelles des termes suivants avec les unités de base qui en résulteraient :

Idée : la plus petite partie d’un exposé présentant en soi un tout complet.

Idéogramme : la partie d’un document qui contient l’idée ainsi définie et qui par convention est l’alinéa.

Idéogrammite : l’unité d’idée (énergie intellectuelle) incorporée dans l’idéogramme et assimilable au moyen dr la lecture. L’idéogrammite est ainsi, à la calorie, ce qu’est la réception d’une idée par le livre à l’alimentation par la nourriture.

Lecture : le fait de lire.

Lecturité : le rapport entre les livres existants et les occasions fournies d’être lus (de lecturus, gérondif de legere, lectus). (2)

  1. Le mot « Education ». qui est très récent, a remplacé le mot « nourriture » dont usaient les grands écrivains du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle. L’éducation nourriture physique et intellectuelle dans le cadre naturel est l’idée maîtresse de la philosophie de J.-J. Rousseau. L’Antiqité disait « Nutrimentum Spiritus — Educit nutrix ».

(2) La théorie de la lecturité est mise en lumière par des analogies avec deux théories d’ordre économique qui toutes deux ont été traitées par les méthodes mathématiques (calcul différentiel).

1° La loi du débit donnant lieu à la théorie des maxima et des minima traitée par Cournot. La quantité de marchandise débitée annuellement dans l’étendue du pays ou du marché considéré en fonction des prix (Aug. Cournot, Recherches, pp. 55-56) ;


Légibilité : Possibilité physique de lecture, quant aux livres.

Lecturabilité : Possibilités psychiques de lecture, quant aux lecteurs.

  1. Si donc l’on généralise le cas du Traité de physique, pris antérieurement comme exemple, et qu’on en exprime les rapports en terme de formule, on a

Lecturité = (Livres différents × Exemplaires × Idéo- grammites × Lecturabilités) : Légitibilité

ou en abrégé : \(\text{Lu} = \frac{\text{L}\times\text{E}\times\text{I}\times\text{Lb}}{\text{Lg}}\)

  1. Pour toute communauté désireuse d’assurer par la lecture la culture de ses habitants et d’accroître l’usage social du livre, on doit conclure à la nécessité de pourvoir ses habitants d’un certain nombre de livres placés dans de bonnes conditions de lecture.
124.3 La statistique.
  1. La statistique du livre se confond avec la Biblio-métrie. bien que jusqu’ici elle se soit appliquée principalement à dénombrer la quantité produite des livres (éditions). Mais la statistique commence à s’étendre maintenant aux tirages, à la circulation du livre, aux Bibliothèques, à la Librairie, aux pTix, etc... Déjà des travaux considérables ont été entrepris sur la statistique du livre. Ils ont porté sur les chiffres absolus et aussi sur les coefficients. Sans doute, il ne faut pas exagérer la valeur de ces chiffres car les dénombrements sont loin encore d’être complets, exacts, comparables. D’autre part, les coefficients que nous pouvons obtenir ne sont que des moyennes, qui comportent toutes sortes de variations, en fonction d’innombrables variables. Mais en tenant les nombres que déjà nous possédons comme provisoires, ils doivent être pour nous un acheminement vers des nombres plus exacts et plus complets. (1)
  2. Statistiques. Voici quelques données chif-

frées à titre d’évaluation avant que des études systématiques poursuivies aient permis de dégager des coefficients.

Nombre des œuvres. — Il nous reste plus de 1,600 ouvrages de l’antiquité grecque ou latine.

La production actuelle. — Elle varie de pays à pays, de branche a branche, d’année à année. La production


2° La propriété de l’ophélimité, étudiée par Pareto et qui se définit : « L’ophélimîté pour un individu, d’une certaine quantité d’une chose, ajoutée à une autre ciuan tité déterminée (qui peut être égale à zéro) de cette chose déjà possédée par lui, est le plaisir oue lui procure cette chose ». (Vilefredo Pareto. Manuel d’Economie Politique Traduction Bonnet. Paris, 1909, pp, 158-159).

Voir aussi le résumé et le commentaire des deux théories dans L. Leseine et L. Suret, Introduction mathématique à VEconomie Politique, pp. 75 et 122.

  1. Voir par analogie Alfredo Niceforo : La misura délia Vita. Extrait de la Rioista drAnthropologie,

124.3 STATISTIQUE DU LIVRE 17

littéraire allemande en 1932 a été de 27 % inférieure à celle de l’année précédente.

D’après Holden, la statistique du nombre des ouvrages sur l’astronomie jusqu’en 1600 a été, siècle par siècle : 2e siècle (2), 3e siècle (2), 4e siècle (3), 5e siècle (5), 6e siècle (2), 7e siècle (2), 8e siècle (2), 9e siècle (5), 10e siècle (4), 11e siècle (8), 12e siècle (13), 13e siècle (14), 14e siècle (19), 15e [*] siècle (190). 16e [†] siècle (1933).

Pour la zoologie, la statistique a relevé les travaux suivants :

Périodes Accroissement de la période Total
1700-1845 13.560 13.560
1846-1860 40.750 54.310
1861-1879 125.000 179.310
1880-1895 115.000 294.310
1896-1908 104.415 398.725
1700-1908 Total 398.725 398.725

De 1911-1913 le nombre des ouvrages et mémoires scientifiques publiés sur les poissons atteint 1.178.

Quelques chiffres disent l’extension qu’a prise la Bibliographie médicale. L’Index Catalogue, dont la publication se poursuit, comprend 342.895 titres de livres et 1.527.038 titres d’articles de périodique. La Bibliothèque du General Surgeon Office de Washington, consacrée exclusivement à la médecine, comprenait en 1929, 842.395 volumes et brochures et 7.618 portraits.

On a établi que, sans compter les brevets, il paraît annuellement de un a un million et demi d’articles scientifiques et techniques (Dr. Bradford, The necessity for the standardisation of Bibliographical Methods, 1928).

L’U. R. S. S. déclare les chiffres suivants : 500 millions d’exemplaires en 1930, comparés à 120 millions avant la guerre. Maintenant 50 % d’ouvrages sur les matières économiques et sociales et 30 % sur les matières techniques au lieu de 5 et 14. On a publié 16 millions d’exemplaires d’œuvres de Lénine et 50.000 par an du « Capital » de Marx, 30 millions d’exemplaires classiques. L’an dernier il y aurait eu 52.000 titres d’ouvrages des 58 nationalités au lieu de 24 en 1913.

André Suarés écrit : « Il y avait cent manuscrits d’un poème pour cent princes amis de la poésie. Avec la Renaissance et l’incunable il y a eu cinq ou six mille exemplaires du même ouvrage pour vingt mille

[*]
  1. Le siècle de l’invention de l’imprimerie.
[†]Grand ouvrage de Copernic, qui fut publié en 1543.

lecteurs. Il y a maintenant un million de volumes pour dix millions de gens qui lisent ».

Un humoriste a dit : puisque beaucoup d’imprimés, à raison des subtilités de leurs rédacteurs, doivent être lus entre les lignes, il y a de quoi doubler bon nombre de chiffres.

On estime à I 2 millions le nombre de livres publiés depuis l’invention de l’imprimerie; à près de 200.000 la production annuelle de l’ensemble des pays; à plus de 75.000 le nombre des périodiques et journaux, à 1 millier celui des grandes bibliothèques générales et spéciales.

Il y a environ 30.000 revues scientifiques et techniques. On estime à plus de 3 millions le nombre des articles qui y sont publiés.

La Textil Chemiscbe Gesellschaft a publié plus de un million d’analyses bibliographiques classées par matières et par auteur.

Quelques chiffres donnent une idée du nombre des documents.

Les chansons populaires lettones sont au nombre de 218.000.

A son 85?? anniversaire (oct. 1932), le Président Hindenburg a reçu 22.000 lettres, cartes-postales. dépêches et cadeaux; 1.700 télégrammes. Ces envois ont été enregistrés et il y a été répondu.

Durée d??élaboration des œuvres. — Le temps d’élaboration des œuvres varie d’une extrême rapidité a une extrême lenteur.

L’œuvre de Forcelïini (Totius latinitatis Lexicon) fut commencée en 1718. Interrompue à plusieurs reprises, elle ne fut terminée qu’en 1753, soit après 35 ans. Près de deux ans furent ensuite employés à la révision; le manuscrit fut transcrit par Louis Vio-lato, qui consacra huit ans à ce travail et l’acheva seulement en 1761. Le Lexique ne parut qu’en 1771. soit après 53 ans. Forcelïini était mort avant la publication de son œuvre.

Etendue des œuvres. — L’Odyssée se compose de 12.118 vers. L’Illiade se compose de 12.210 vers et chaque vers d’environ 33 lettres, cc% qui donne un total de 501.930 lettres Les poèmes épiques, lyriques ou didactiques des latins ne dépassaient guère mille vers dans un chant. Le roman de François Coppée. Henriette, soit un volume de 193 pages comporte 19.029 mots.

l^e MahabHhavata, est un poème de 200.000 vers dont chaque chant (il y a en a 18) égale presque rilliade en étendue. (Il y a, en outre, le Rigveda et le Ramayana).

Les chansons de geste ont une étendue très imposante. Ils renferment, en général, vingt, trente, cinquante mille vers qui se suivent par tirades de vingt à


18 BIBLIOLOGIE 124.3

deux cents, et quelquefois davantage, sur une même assonance.

Le Roman de la Rote, œuvre capitale de la littérature française et même européenne, est un monument de 22.000 vers.

La National Education Association, fondée il y a 65 ans, accusait en 1923 pour le seul volume de ses comptes rendus (formant 1/10° du total de ses publications), une distribution de 111.000.000 pages. Son journal, de grand format, est envoyé à ses 130.000 membres.

En 1907 l’Armée du Salut possédait 69 journaux et périodiques et avait publié 1.013.292 exemplaires. (Dépt. des publications, Fortees Road, 79, London).

Les « Calendars » des Universités de l’Empire Britannique comprennent, pour une seule année, près de 50.000 pages.

Un milliard en billets de 1.000 francs formerait 2.000 volumes de 500 feuilles.

Tirage. — Au début de l’imprimerie, le chiffre du tirage habituel était de 275 à 1.000 exemplaires.

Le sermon de Spurgeon a été publié et répandu à un million tous les ans.

Le tirage du « Rotschilds Taschenbuch für Kaufleute », 60° édition, a atteint 1/2 million d’exemplaires L’Abécédaire Géorgien a été distribué à raison de 500.000 exemplaires sous le régime tsariste.

Edition. — De tous les livres, c’est la Bible qui a eu le plus grand nombre d’éditions. On lui connaît environ 700 traductions complètes ou partielles.

Poids. — « La plupart des livres anglais dépassent le poids de 409 grammes. »

Un livre de 3 centimètres sur papier India peut contenir 1.000 pages. (Exemple : l’Encyclopedia Britannica).

Prix. — On estime à 200 millions ce que coûte la production et l’organisation de la documentation chimique. De 1885 à 1893 de « Meyers Conversation Lexikon » il a été vendu pour plus de 24 1/2 millions de marks, soit plus de 143.000 exemplaires. Pour un livre scientifique de 350 pages tiré à 1.000, l’éditeur Alcan, avant la guerre, payait à l’auteur 500 francs et lui remettait gratuitement 50 exemplaires.

Typographie. lignes, lettres, mots. — Il y a 400 millions de lettres dans le grand Dictionnaire Larousse et à raison de 4.000 mots à la page (2 7.500X4.000) 90 millions de mots. Un volume de la € Bibliothèque scientifique Flammarion contient :

  1. pages : 300.
  2. lignes à la page : 29, total : 8.700;
  3. lettres à la ligne : 50, total : 435.000;
  4. mots à la ligne ; 8 à 9;
  5. mots n la page, environ 215;
  6. mots au volume, environ 65.000.

Il y a le type de volume de 320 pages (20 feuilles) à 33 lignes par page ( = 10.560 lignes) à 10 mots par ligne ( = 106.600 mots). Certains livres de type courant ont 60 lignes en moyenne à la page. On estime qu’un ouvrage compte en moyenne deux volumes.

Lecture. — Un roman de 109.000 mots se lit en 4 heures I heure = 25.000 mots,

1 minute = 400 mots,

1 seconde = 6 mots 1/2,

soit une ligne en 2 secondes et une page à la minute.

Destruction, — On a évalué qu’en Russie, pendant la révolution, on a publié 60.000.000 de volumes, tandis qu’on en a brûlé I 5 millions.

Espace cubique occupé par les Livres dans les Riblio-thèques :

à Hannovre ; 220, à Stuttgart : 225, à Boston : 225, au British Muséum : 224; la division type des rayons sera :

I rayon in-folio — 45 centimètres

1 rayon in-4° =35 >

5 rayons in-8” =125 »

espace libre 4” 21 ?? 7 rayons 224

ou 8 rayons in-8?? = 200 24 = 224 centimètres.

La largeur des livres a été calculée : à Goettingen : 8”, 20 cent. à Halle : 8°, 35-

4°, 30 cent. 4a, 25-35

fol.. 40 cent. fol.. 35-45

grand in-folio 4- 45

On peut compter 80 livres par mètre carré de surface latérale. C’est la moyenne, des calculs ont donné respectivement 100, 66 et 63. Il y tendance à diminution de la grandeur des livres.

Outillage. — La puissance de l’outillage technique du livre peut être mesurée par les chiffres suivants : machine à fondre les caractères (Wicks), 60.000 caractères à l’heure; machine à composer Langston Monotype. 12.000 lettres à l’heure; machine à imprimer ou presser, 50.000 feuilles à l’heure, quadruple ou Pall Mail, 200.000; machine à relier, à ronder, 6.000 volumes par jour; machine à couvrir de toile ou de papier, 22.000 volumes par jour.

De3 1910, les machines géantes débitèrent à l’heure 66.000 exemplaires d’un journal de 24 pages, pliés, ficelés en ballots, prêts à partir par la poste. Il suffirait de 10 compositeurs et 5 pressiers dans un grand journal pour faire le travail de 300.000 copistes.

Dès le commencement du XXe siècle, en Allemagne. 2 75.000 personnes étaient occupées dans les industries du livre et produisaient 100 millions en valeur pour l’exportation. Au même moment 125.000


124.3 STATISTIQUE DU LIVRE 19

vivaient à Pari», de la presse, la pensée imprimée. Aux Etats-Unis, les capitaux investis dans les industries du livre étaient de 200 millions de dollars avec une valeur de produits annuels de 375 millions de dollars.

  1. En face de cette statistique du livre et du document devrait se dresser celle de l’état actuel de notre civilisation dont ils sont l’expression et où ils doivent servir à œuvrer. Rappelons celle-ci : nous sommes deux milliards d’êtres humains, répartis en trois continents. cinq parties du monde, 60 Etats. Nous avons construit un million de kilomètres de chemins de fer; nous possédons quelque 60.000 navires; nous pouvons par Zeppelin faire le tour du monde en 21 jours et par radio en quelques secondes. Annuellement le commerce extérieur universel dépasse un milliard et demi de livres. Des industries toutes récentes, celle de l’auto et du cinéma investissent respectivement des milliards de capital. Et quand nous nous mettons à nous battre et à tout détruire, sans que nous disparaissions, nous pouvons, comme dans la guerre mondiale, aligner au tableau 10 millions de morts, autant de blessés et 2.000 milliards de dépenses, francs-or.

Mais quand nous édifions ce sont d’immenses organisations. 400 associations internationales. 200 trusts internationaux, 5 religions internationales, une Société des Nations comprenant déjà 54 Etats.

Véritablement notre temps est celui du colossal.

  1. Il y a lieu de travailler ensemble à l’établissement d’une Statistique Générale du Livre en envisageant à la fois, les matières, les pays, les dates, les formes et les langues des publications. Divers essais de synthèse sta tistique ont été entrepris, dont le premier en date est celui de l’Institut international de Bibliographie. La difficulté de réunir des données exactes est considérable, mais On doit y tendre constamment. D’ailleurs, des données approximatives valent mieux que l’absence de toute donnée.

Le travail de préparation doit être réparti entre le?? divers pays et les diverses grandes spécialités, La statistique présentée au Congrès International de Bibliographie en 1910. publiée dans ses actes et aussi dans le Bulletin de l’Institut International de Bibliographie (1911), fasc. 1-3, page I, constitue une première base. Des formules unifiées et coordonnées (Tableaux) indiquent le but vers lequel il faut tendre. Le résultat final du travail et de ses conclusions, a été présenté en une série de diagrammes.

La préparation de la statistique générale du livre repose sur le dépouillement des bibliographies exis tantes. Il se combine aussi avec un travail d’inventaire des sources principales à centraliser et coordonner dans le Répertoire Bibliographique Universel. Il s’agit aussi de produire une sorte de Bibliographie des Bibliographies choisie, limitée aux grands Recueils fondamentaux de la bibliographie, la notice de chacun d’eux, étant accompagnée d’indications relatives à l’état actuel d’achèvement ou avancement, ainsi qu’au nombre des unités enregistrées. Ces recueils constituent les sources, toujours contrôlables de la statistique elle-même. L’Institut International de Bibliographie a établi sous çette forme des états statistiques et des listes bibliographiques préparatoires.

  1. La méthodologie de la statistique des imprimés a progressé. La Chambre centrale du Livre à Moscou a donné ses soins particuliers à l’élaboration de la statistique des imprimés russes envisagés sous les points de vue les plus divers î nombre total des unités imprimées. nombre des feuilles imprimées, tirage, réédition et reproduction, littérature originale et traduction, prix de vente, réparation territoriale de la production, groupes d’éditeurs (éditeurs privés, éditeurs scientifiques, éditeurs d’Etat), sujet traité, répartition de la production par groupes de lecteurs. Chacun de ces points est examiné sous quatre aspects différents : 1“ nombre de spécimens imprimés; 2° nombre des feuilles imprimées contenues dans un spécimen imprimé; 3° tirage; 4° nombre de feuilles imprimées contenues dans le tirage total de toutes les publications. (N Jcnitzky).

La statistique des imprimés de R. S. F. S. R. (Russie) en 1926 (142 pages), dont les chiffres de la production des imprimés russes sont présentés dans une série de tableaux analytiques et synthétiques. Les questions posées et les réponses numériques qui leur sont données constituent une remarquable méthode. La classification décimale sert largement de cadre aux tableaux fondamentaux. (Travaux de M. Yanaitski.)

  1. Les premiers travaux d’ensemble sur la Statistique du livre ont été établis il y a quelque vingt ans par le Bureau International du droit d’auteur à Berne (M. Rôthlisberger) et ensuite par l’Institut International de Bibliographie. Récemment, la Commission internationale de Coopération intellectuelle a demandé à l’Institut International de Statistique d’inclure plus de données intellectuelles dans les cadres recommandés aux administrations, et par conséquent aussi quant au livre. Il est projeté que l’Institut International de Coopération Intellectuelle publie un Annuaire de la Statistique Intellectuelle qui réunira notamment les stat:stiques scolaires et bibliographiques des différents pays. Parmi les récents travaux particuliers, citons celui fort suggestif de E. Wyndham Hulme ; « Statistical Bibliography in relation to the Growth of Modern Civilization. 1923 ». Il y est mis en œuvre notamment les données, non publiées ailleurs, relatives à l’International Catalogue of Scientific Literature.

L’ouvrage statistique de Enrique Spam <r Las Bibliothecas con 50.000 y mas volumenes. (Cordoba.


20

Statistique générale des Livres 0- Ouvrages généraux

  1. Philosophie
  2. Religion
  3. Sciences sociales. Droit . . .
  4. Philologie, Linguistique ....
  5. Sciences pures
  6. Sciences appliquées, Technologie
  7. Beaux-Arts
  8. Littérature
  9. Histoire, Géographie

Total. . .

  1. Ouvrages généraux
  2. Philosophie
  3. Religion
  4. Sciences sociales et Droit
  5. Philologie, Linguistique
  6. Sciences pures
  7. Sciences appliquées, Technologie. . .
  8. Beaux-Arts
  9. Littérature
  10. Histoire, Géographie

Total. .


22 BIBLIOLOGIE 124.4

gentine, 1924)», demeure une source générale pour la statistique des bibliothèques. — Dans le Jahrbuch der Deutschen Bibliotheken 1929 a été donnée la carte des bibliothèques et instituts allemands-

124.4 La Mathé-Bibliologie.
  1. Une place aux mathématiques doit être faite dans la Bibliologie. Toutes les sciences tendent sinon à prendre la forme mathématique, tout au moins à recourir à l’aide des mathématiques comme à une méthode de recherches complémentaire (physique, chimie, biologie, mathématique, sociologie, économie mathématiques). L’absence presque complète de travaux théoriques de cet ordre n’est pas un motif suffisant pour ne pas introduire le sujet dans le cadre général de la systématique de la Bibliographie. La

Mathé-bibliologie se rattache a tout ce qui est de In mesure du livre (statistique du livre, bibliométrie).

La mathématique constitue un langage. Elle exprime les rapports logiques entre les faits objectifs. Dans le domaine social, elle est le moyen de mettre en œuvre et d’utiliser la statistique et de la relier, par un sys-¿me de relations exactes, aux lois définies par la sociologie. On a montré, par exemple, qu’il est possible d’introduire l’économie dans le domaine des sciences précises, comme une théorie mathématique analogue à la théorie statistique des gaz par exemple, ou même à la thermodynamique en général.

On a montré, en un autre exemple, Que dans chaque nation il existe un rapport mathématique entre les prix de détail, le salaire et le nombre de chômeurs. (I)

    1. Arnould : Theoritical study of unemployment, 1932.

13 MÉTHODE DE LA BIBLIOLOGIE

131 Généralités.

  1. En général les méthodes valables dans les autres sciences le seront en Bibliologie. Mais il faut réfléchir a ces applications, en examiner la légitimité, voir comment on peut en étendre l’usage et les assouplir, sans en diminuer la rigueur, pour les conformer aux exigences des recherches dans les domaines nouveaux.

Venant après tant de sciences, la Bibliologie doit composer sa méthode de la comparaison de toutes les méthodes. A. Observation. B. Expérimentale : les nouveaux livres. C. Historique. D. Déductive. E. Inductive. F. Ma thémat.que (emploi des symboles). G. Statistique.

Les mathématiques ont été primitivement empiriques et inductives ; les sciences de la nature tendent à devenir comme les mathématiques conceptuelles et déductives. Il y aurait lieu de faire un effort pour traiter la documentation à la manière abstraite et de constituer par raisonnement des systèmes documentaires qui seront simplement possibles.

  1. Les règles de la méthode scientifique consistent essentiellement à dénombrer les divers facteurs intervenant dans le problème posé et à élucider successivement l’influence de chacun d’eux pris isolément, tous les autres étant maintenant invariables.

Conformément donc a la méthode dans toutes les autres sciences: il s’agit: a) de déterminer les faits particuliers; b) après avoir établi ces faits, de les grouper en une construction méthodique ou système pour découvrir les rapports entr’eux. On doit isoler les faits pour les constater, les rapprocher pour les comprendre.

La première question est donc d’établir la manière de déterminer les faits. Elle consiste dans l’observation di-


recte des faits. Mais le procédé est insuffisant. Beaucoup de faits sont passés et ce n’est que par les traces qu’ils ont laissé dans les documents que nous pouvons en avoir connaissance. D’autre part, les faits sont épars avec les objets même de la bibliologie : les livres. Il est impossible a un homme seul de procéder à l’observation peisonncllc et directe de tous ces faits. Force est donc d’ajouter à cette observation celle des autres observateurs et de corn biner les observations propres avec des documents rédigés par les autres observateurs. Observation directe et méthode indirecte par les documents, tels sont donc les deux moyens d’arriver à déterminer les faits de la Bibliologie.

  1. Les sciences, les techniques et les organisations les plus avancées constituent aussi des modèles dont il y a lieu de s’inspirer et de tenir compte pour sa constitution. En se poursuivant en toute autonomie, elle peut par ses desiderata, ses initiatives et ses inventions, offrir elle-même des modèles aux autres sciences, techniques et organisations.
  2. Une science complète des faits et théorie; l’esprit d’observation et la spéculation. Ainsi la science linguistique par ex. est formée de l’histoire linguistique (fait) et de la psychologie linguistique (théorie). La science do cumentaire sera donc constituée: a) de l’Histoire du Livre et du Document (faits observés) ; b) de leur interprétation idéologique : Psychologie, Technologie, Sociologie.
  3. Le Livre est un objet d’observation bibliologiquc. De même qu’un mathématicien, un chimiste, un biologiste sauront, dans les objets qu’ils observent, ne considérer que les caractères qui fondent leur science propre, de même le bibliologue sait dans un livre ne voir que les caractères biblioîogiques en laissant de côté le contenu même du livre, le sujet traité. Ainsi à un chimiste importe peu s’il analyse les matières organiques du corps d’un lapin ou d’un poulet. On a

23

thode de l’Histoire naturelle en Bibliographie, on lui o ? donné le nom de bibliographie systématique. ( 1 )

Dans les sciences de la nature l’objectif est double : description des faits et leur explication ou théorie. Les faits ici échappant à l’homme, il faut leur reconstituer un commentaire satisfaisant. En Bibliologie l’objet d’étude est de création humaine. Il n’offre rien de caché, de mystérieux, mais ici l’invention, l’imagination préfigurant les formes futures est appelée à remplir un rôle analogue à celui ce la théorie et des sciences de la nature : il s’agit dans les deux cas d’une construction scientifique.

  1. Ayant décriL et comparé les livres (de tous temps, pays, matière, forme, langue) et les ayant classés d’après leurs diverses caractéristiques (Bibliologie descriptive, Bibliologie théorique) en dégager : I” les possibilités re?? latives diverses pour l’expression des idées (production, conservation, compréhension, diffusion) (Théorie technique) ; 2° les lois suivant lesquelles s’est opérée la transformation des livres au cours des âges (Evolution du iivre) ; 3° les applications principales à en déduire (Applications),
  2. Pourrait-on, en Bibliologie, s’inspirer de la méthode mise en œuvre par la Rhétorique et la Poétique. Toutes deux cherchent à résoudre en formules et en préceptes ce qui dans les œuvres littéraires a paru le plus beau. Les chefs-d’œuvre leur ont servi de base, mais elles ont su se dégager d’elles jusqu’à s’élever, pour partie au moins au rang de science rationnelle. C’est que les chefs-d’œuvre de l’étude desquelles elles se déduisent sont eux-mêmes issus d’opérations logiques et naturelles de l’esprit humain.

La Rhétorique et la Poétique, l’art de la composition littéraire recherchent cette suite d opérations, l’analysent, se rendent compte de leur valeur et les traduisent en formules. I] faudrait étudier similairement les livres en tant que formes documîntaires.

  1. La dernière opération de la construction bibliographique. c’est de grouper les phénomènes successifs pour arriver à dresse^ le tableau de l’évolution. L évolution est une série de changements qui va dans une direction qui nous paraît constante. L’évolution est un phénomène fondamental dans toutes les sciences qui étudient des êtres vivants.

Il faut préciser le sens de l’évolution bibliologique. Elle se rattache à l’évolution de la société et des usages, faits tout différents de l’évolution d’une espèce animale. Il n’y a de commun entre elles que le fait d’une transformation dans un sens continu, mais le processus de la transformation diffère.

Hérédité et Sélection sont les deux facteurs de l’évolution des espèces. L’évolution y étant purement biolo-

  1. (Cole, George Watson. — Bibliographical problems: In Bibl. Soc. of Amer. Papers. 19, 1914, p. 119-142). — In Bibliog. Soc. Transactions, 1912 13, p. 40-53). Greg. — W’hat is bibliography.

gique, ces facteurs sont purement biologiques. En bibliologie, comme en sociologie en général, les faits sont mixtes : partie physiologique, développement de l’Homme qui modifie le milieu et partie psychology que (intellectuel). Deux facteurs dominent: a) l’hérédité = tous les matériaux accumulés par le passé; b) sélection — choix fait pour beaucoup de raisons entre ces matériaux pour continuer à transmettre les uns, à rejeter les autres.

  1. Le livre sera successivement comparable à un mécanisme, à un organisme, à un psychisme, à un sociologisme.

132 L’analyse et la synthèse des éléments.

On distingue l’analyse et la synthèse, l’induction et la déduction, par suite les sciences rationnelles reposant sur la déduction et les sciences d’observation reposant sur la déduction. La documentation est une science d’observation qui, une fois arrivée à l’expression de certains rapports généraux, se sert de la méthode déductive pour en généraliser les données, et des méthodes de combinaison et d’invention pour imaginer des données nouvelles. Les recherches ont pour objet de déterminer les propriétés du livre et du document, et moyennant celles-ci, leur nature spécifique conséquemment les lois de leur action. L’objet de recherche est ou la découverte des causes ou celle des lois et la définition des types.

Après avoir décrit et comparé les livres de tous temps, pays, matières, formes, langues et les ayant classée d après leurs -diverses caractéristiques (Biblio-logie descriptive, Bibliologie théorique), il y a lieu d’en dégager : I ” les possibilités relatives diverses

pour l’expression des idées (production, conservation, compréhension, diffusion des idées) (ce sont les questions techniques); 2° les lois suivant lesquelles «’est opérée la transformation des livres au cours des âges (Evolution du livre); 3° les applications principales à en déduire.

L’analyse et la synthèse sont constamment à l’œuvre dans le livre comme dans la science et dans les langues elles-mêmes. Il y a un système, le système bibliologique dont les éléments sont incessamment en action les uns sur les autres et subissent tous, à chaque moment du temps, les iafluences du total du système. Association des éléments, dissociation, redistribution dans des associations nouvelles, ces trois opérations sont continues. Toute forme bibliologique particulière ou analytique (par ex. l’exposé chronologique ou géographique, la disposition des termes dans la démonstration, la formulation des conclusions récapitulatives), en se perfectionnant, agit pour désintégrer les autres formes moins parfaites fixées dans certaines


24

synthèses. Toute forme bibliologique, générale ou synthétique (par ex. un Traité, un Périodique) en se perfectionnant de son côté, entraîne la transformation, non seulement de ses propres formes particulières, mais de proche en proche, par imitation et par nécessité de coordination, entraîne les autres formes intégrées dans d’àutres ensembles. A l’ensemble de ces mouvements, la Bibltologie doit apporter une attention spéciale : son étude constitue un point important de son objet,

i

133 Pluralité des systèmes bibliolo-giques.

  1. Les peuples, au cours des âges, ont constitué leur système bibliologique, soit séparément, soit par imitation, soit par interinfluence. Il en est ici comme en Histoire naturelle. La cellule est au fond de toutes les formations, mais cependant chaque être a pu, à partir de l’existence purement cellulaire, prendre une direction divergente. Il en est ainsi comme en linguistique, le point de départ n’a pas été le même pour toutes les langues, elles se sont séparées dès l’origine avant de suivre leur route particulière et si leur évolution ultérieure est parallèle, elle ne coïncide pas entre elles dans leur système général. Les systèmes bibliologiques, Assyriens, Egyptiens, Grecs, Occidentaux, Orientaux, Primitifs, chaque peuple a donné naissance au sien. Ultérieurement, les évolutions ont fini par se confondre ou tout aux moins un système, le plus avancé, s’est substitué aux autres.
  2. Il y a donc un « phénomène bibliologique », « effet bibliologique » (le mot effet est entendu ici dans le sens de phénomène bibliologique comme on dit par exemple l’effet photoélectrique). Il consiste essentiellement dans l’application de signes sur des supports (en surface ou en volume).

3. On doit se demander dans quelles mesures les propriétés bibliologiques reconnues ici affectent-elles vraiment la pensée coulée en forme documentaire ? Pour y répondre, il faudrait pouvoir dresser en parallèle le tableau d’un même ordre de pensée dans les divers cas considérés : a) parole improvisée, enregistrée par la sténographie; discours écrit; discours prémédité, mais non écrit; b) récit spontané et conte ou roman écrit; c) poésie orale et poésie écrite; d) théâtre improvisé et théâtre écrit; e) méditation interne sur un sujet scientifique, et exposé documenté du même sujet; f) tradition orale de souvenirs historiques et 133 1

annales écrites; g) recettes et pratiques d’un métier et doctrine professionnelle écrite.

  1. Il y a lieu : 1° d’observer directement les faits; 2° de les noter, de les décrire succinctement, de les répertorier; 3° de les analyser sous tous leurs aspects, de les disséquer; 4° de découvrir un rapport commun et constant liant tous les faits, prélude indispensable à l’élaboration de toute loi, à l’explication et à la détermination de la causabilité.
  2. Il y a deux manières différentes de pratiquer la comparaison ; 1° pour en tirer des lois universelles; 2° pour en tirer des indications historiques.
  3. Une science avancée est faite d’un ensemble de

principes fondamentaux qui ne sont plus discutés par les savants; d’un système de vérités établies, de lois démontrables et vérifiables expérimentalement. Mais le premier aspect d une science, disait Kant, est un fouillis de phénomènes (Gewühl der Erscheinungen), une rapsodie de perceptions (Rhapsodie der Wahrnehmungen). Ainsi à la base de toute connaissance, il y des descriptions : 1° bien exactes; 2U faites en

termes compréhensibles; 3° mesurées; 4° classées. D’où l’on s’élève à la considération des rapports généraux existants entre les éléments de la science envisagée et qui ont eux-mêmes été déjà décrits, dénommés et mesurés.

  1. Toute méthode (metaodos, chemin vers) s’exprime complètement dans un système et elle repose sur des principes. Il peut y avoir des systèmes divers et même nombreux, comme autant de chemins conduisant au même but et coordonnant les mêmes données que dégagent la pratique ou les discussions. Plusieurs systèmes aussi peuvent ne pas être opposés de principes, ni même de méthodes, mais exprimer seulement les différences d’étapes et de phases quant à leur élaboration.

134 Méthode d’exposé de la Biblio-logie.

Deux méthodes dans l’exposé sont possibles. Ou bien traiter séparément en trois parties et même en trois ouvrages distincts: 1° la Bibliologie ; 2° la Bibliotechnie ; 3° les Règles, recommandations arrêtées ou préconisées par l’organisation internationale de la Documentation. — Ou bien traiter simultanément de ces questions, dans les cadres d’une classification unique dont les divers points seraient envisagés chacun à ces divers points de vue.

Dans le présent exposé, on a combiné les deux méthodes.


25

14 PROBLÈMES GÉNÉRAUX DE LA BIBLIOLOGIE

Comme toute science la Bibliologie a un problème ion-camemal sur lequel t»e concentrent constamment tous les eüorU. Puisque le document consiste essentiellement en un mécanisme de transmission de la pensée par l’écriture et la lecture, ce problème peut être exprimé en ces termes; a J Lire la plus grande quantité, b) dans le moindre temps, c) avec le minimum de peine et de fatigue, a) le maximum d assimilation, e) le maximum de mémo nsat.on, J) le maximum de réaction intellectuelle (travail ne la peinée), g) le maximum d agrément,

  1. Pour faire progresser la bibliologie il importe de pré ciser, de systématiser et d étendre les recherches nouvelles. Les théories reposent souvent sur des données incomplètes, vagues, livrées par le hasard plutôt que choisies,
  2. Il faut des observations toujours plus précises, La matière à observer ce sont les livres et les documents. Mais il ne suffit pas qu ils soient déposés dans les Bibliothèques. il faut encore qu’ils y soient examinés du point de vue bibliologique (la fo.me) qui est tout différent du point de vue scientifique (le contenu). Il faudrait aussi des centres d eludes, de vrais laboratoires où puissent travailler de concert des a bibliologues a exercés à manier les matériaux et les instruments d’étude. Les problèmes doivent être posés eu commun et résolus par la coopération commune,

141 Problèmes pratiques.

  1. D’une manière directement pratique le problème fondamental de la Documentation a deux aspects, l’un de fond, l’autre de forme.
  1. Quant au fond.

La documentation n’est que le troisième terme d’un trinaire ; Réalité, Connaissance, Document, En consé-quence, la Documentation a pour problème fondamental de formuler des méthodes propres, à dégager de l’amoncellement des documents les vérités originales, importantes, non répétées et placées dans le cadre systématique des sciences. Ce problème n’est pas sans analogie avec celui de la métallurgie, qui a pour objet une méthode pour séparer de la gangue les minerais dont le titrage est plus ou moins élevé,

  1. Quant à la forme,

Le document n’est que le moyen de transmettre des données informatives à la connaissance des intéressés, qui, éloignés dans le temps et dans l’espace, ou dont l’esprit discursif a besoin qu’on luî montre les liens intelligibles des choses. Par conséquent la documentation doit tendre à réaliser au maximum pour l’homme des conditions dont la limite à atteindre, soit l’ubiquité, l’éternité et la connaissance intuitive. Ces conditions sont idéales, étant impossiblej à atteindre puisqu’elles sont celles-là où est placé le pur esprit. Mais on peut le tenir comme conditions-tendance.

Le problème est donc de chercher le perfectionnement du livre en lui-même (rapidité, richesse, extension, prix, etc.), le perfectionnement de chacun des éléments analysés, et le perfectionnement des substituts du livre, c’est-à-dire des autres moyens d’atteindre le but, des autres organes capables d’exercer la même fonction. La Documentation est partie d abord du livre tel qu’il était donné par les auteurs cl les éditeurs et elle a cherché à l’organiser. On doit se préoccuper maintenant d’étudier systématiquement le perfectionnement du livre et sa ré forme en général et en lui-même. Ce mouvement soulève une suite de problèmes qui s’échelonnent ainsi :

  1. La Bibliographie et la Bibliothéconomie; Traitement des livres reçus tout faits, b) La Publication. Les types rationnels de publications et la règle pour les établir, c) La structure d’une science : La manière d’ordonner et de systématiser l’ensemble des données relatives à une science, d) La classification générale des connaissances: la manière d’organiser les rapports entre les diverses sciences, e) La synthèse scientifique: principes, lois et méthodes devant déterminer et dominer les données de chaque science particulière.

La Bibliologie doit envisager successivement ces deux questions :

  1. Etant donné les livres produits au cours des âges et qui continuent à être publiés, quelles caractéristiques, matérielles, graphiques et intellectuelles présentent-ils. et comment ces divers éléments sont-ils capables d’exprimer des data intellectuels?
  2. Réciproquement, étant donné les data intellectuels, quels éléments matériels graphiques et intellectuels sont les mieux appropriés pour leur expression bibliologique et documentaire ?
  1. En résumé, le problème pratique fondamental de

la documentation peut encore être formulé en ces termes i

  1. Comment toute pensée qu elle soit intellectuelle pure, sentiment et émotion, ou tendances et volontés; qu’elle se réfère au moi ou au non-moi, comment toute pensée peut-elle s’exprimer au moyen de documents, c’est-à-dire de réalités corporelles et physiques, incorporant ou supportant les dites données de la pensée à l’aide de signes ou de formes ou d’éléments différenciés perceptibles par les sens et reliées à l’esprit par une correspondance.
  2. Comment les documents de toute espèce, pris

26

mant à certains principes, certaines dispositions raisonnées et coordonnées.

  1. Comment comprendre la pensée de l’auteur exprimée graphiquement, en le moins de temps possible (vitesse), avec le moins d’effort possible, c’est-à-dire avec le maximum d’efficience (quantité, qualité).
  2. Comment dans l’élaboration du livre opérer l’union de tous ceux que la division, conventionnelle ou historique, du travail, semble avoir séparés (coopération, rapprochement).
  3. Comment obtenir un accroissement de l’efficience totale du livre d’une part en perfectionnant chacun des éléments composants du livre; d’autre part, en dégageant, de mieux en mieux, le but total et final à atteindre des buts particuliers et transitoires de chacune des parties. Et pour ce faire, comment se fonder sur les moyens traditionnels, ou inventer des méthodes et des moyens nouveaux.

142 Problèmes théoriques : La Biblio-logie pure.

  1. La question se pose d’une bibliologie pure, conçue à la manière de toute science pure, reposant sur quelques concepts fondamentaux, dont dans toutes les directions seraient déduites toutes les conséquences logiques et les possibilités imaginables. Sur de telles bases on a créé par exemple une mathématique pure, une physique pure, une économie pure, un droit pur.

On pourrait appeler du nom de Meta-Documenta-tion ou Documentation pure les formes les plus hautes de la documentation. On affirmerait aussi ce fait : qu’il ne faut se laisser arrêter dans le raisonnement et l’invention par le désir seul d’aboutir à des résultats immédiatement pratiques et généralement applicables, mais pousser sans cesse plus loin. L’algorithme mathématique n’est pas à l’usage de tous; la mesure des phénomènes physiques s’opère par une instrumentation compliquée (par exemple celle de Ja lumière, celle du pendule). On connaît de même des conflits extrêmement confus pour lesquels le juge ou l’arbitre n’ont que faire des dispositions toutes populaires du mur mitoyen.

La documentation pure doit revendiquer la possibilité de s’élever aussi haut que le peuvent les facultés, non de tous, mais de quelques-uns, d’aboutir a des transcriptions documentaires rares ou uniques, des combinaisons de documents compliquées et inusuelles. Demain, c’est fort probable, saura simplifier, généraliser et tirer de l’utile de ce qui aujourd’hui serait simplement vrai et rationnel.

  1. Le précédent des mathématiques est remarquable. Jusqu’au XIXe siècle toute investigation mathématique avait son inspiration et son importance seulement en

142 ?

fonction des problèmes pratiques posés depuis les débuts de la pensée humaine ou en fonction des nouvelles découvertes et inventions de la Physique. En ce sens la mathématique était la servante des autres j sciences. Mais à partir du XXe siècle, sur la base du ; patrimoine de résultats accumulés par les génies synthétiques de Newton, Euler, Lagrange, Gauss et tant d’autres, les mathématiques s’afffirment un édifice ! logique et indépendant. La critique les libère de toute dépendance de l’intuition et elle-même, sur la base de ses propres concepts et poslulats indépendants, éta blit un système de théorie logique toute enfermée en ; soi et n’ayant aucun besoin de reposer sur ce qui n’est pas elle-même.

  1. Une Bibliologie pure pourrait être édifiée sur la base d’un concept composé des quatre éléments suivants : a) la représentation du monde; b) par un système de signes; c) sur des supports pratiques et maniables; d) donnant Heu à des enregistrements qui 1 puissent être conservés, communiqués et diffusés.

On pourrait établir par le raisonnement logique toutes les possibilités inhérentes aux quatre termes, et à leur combinaison deux à deux, trois à trois, quatre à quatre. La représentation du monde serait étendue à celle du monde réel et du monde idéal. Quant aux signes, on envisagerait les signes visibles et les signes audibles, les signes abstraits et concrets, les signes fixes et les signes en mouvement. Le support serait envisagé sous le rapport des diverses dimensions, deux (surface), trois (volume) et du mouvement (dynamisme). La communication serait envisagée sur place ou à distance, et comme s’adressant aux divers types d’intelligence destinés à la recevoir.

  1. Dans le cadre de la Bibliologie pure — cadre abstrait, sans cesse élargi par la critique, la déduction et l’induction — trouveraient donc place toutes les réalisations existantes ou ayant existé, c’est-à-dire tous les types de livres et de documents. Ceux-ci ont vu le jour dans un certain lieu, à une certaine époque et ont traité d’une certaine chose individualisée. La Biblio. logie pure aurait pour caractéristique d’être dégagée de ces trois modes de contingence pour ne retenir, des données concrètes et réalisées, que ce qu’il y a en elles de généralisable.
  2. Pourra-t-il arriver un jour à la Bibliologie ce qui est advenu de la Mathématique? Une transformation radicale de celle-ci s’est opérée au XXe siècle. Elle était d’abord simple moyen auxiliaire pour la seule description quantitative des phénomènes et non essentiellement pour la conception quantitative des phénomènes. Elle a été promue maintenant à la dignité d’élaborer les nouvelles catégories de pensées nécessaires pour la systématisation logique et pour la c conceptibilité > même de nouveaux phéno-

27

mènes (nouvelles conceptions du temps et de l’espace ; géométrisation des phénomènes de gravitation, expression de la catégorie causale). Une transformation analogue en Bibliologie pourrait se concevoir, mais en sens inverse. Le document jusqu’à ce jour est essentiellement descriptif de qualités. Un perfectionnement des catégories bibliologi-ques pourrait tendre vers tels détails, vers une précision et une telle corrélation des parties avec les ensembles qu’on approcherait de la description quantitative par une voie autre que la mathématique elle-même. Ce serait le cas notamment avec une classification scientifique exprimée en indices ordinaux dans les cadres de laquelle auraient pris place les données scientifiques et grâce à laquelle pourraient ctre opérés mécaniquement des rappro chements, des décompositions et des compositions d’idées.

D’autre part, dans l’évolution humaine, on constate les quatre phases : sensations, intelligence, langage, écriture-documentation. Sans le langage, l’intelligence n’aurait pu se perfectionner, sans récriture-documentation le langage serait demeuré dans un état inférieur. Or, de même que par le langage les catégories de la pensée se sont constituées plus fortement et plus pleinement, de même en pourrait-il être avec une documentation à un stade plus avancé. Par son moyen, on entrevoit la possibilité de doter un jour la Pensée de nouvelles catégories élaborées par le processus indirect du document à la manière dont la mathématique contemporaine a elle-même élaboré de nouvelles catégories de pensée.

  1. Lorsqu Aristote créa sa logique. Athènes était en proie à un mal intellectuel redoutable. Les Rhéteurs y prétendaient pouvoir indifféremment prouver le faux et le vrai, l’utile et le nuisible. Plus tard, après les abus et les déviations de la scolastique vint un temps où la Logique et ses procédés furent profondément méprisés. La faute n’en est pas à l’œuvre d’Aristote qui est demeurée immortelle. mais à celle de ses successeurs qui en méconnurent l’esprit. Le chaos du livre et des documents appelle de nos jours une science qui obvierait au mal de la documentation devenue désordonnée, répétitive, contra-

dictoire, un mal comparable sous certains aspects à celui des Rhéteurs dont Aristote finit par triompher. Cette science serait pour l’ordre à mettre dans les documents le prolongement de la Logique, qui est la science de l’ordre à mettre dans les idées. Quels que soient les abus auxquels donnera lieu infailliblement la nouve.le «cience, son utilité et sa nécessité sont incontestables.

  1. Les transformations futures des livres. — Par une ascension extrême, on arrive à concevoir presque une documentation sons documents. Y pourrait conduire une généralisation extrême qui rappellerait dans ce domaine la marche qui a conduit les mathématiciens à ce qu’on pourrait appeler une mathématique sans nombre ni espace f Les géomètres, en transportant des éléments géométriques vulgaires dans des espaces de plus en plus complexes, ont conduit à des géométries généralisées dont celle vulgaire, la géométrie d’Euclide, ne serait qu un cas particulier. Les algébristes ont construit des arithmétiques généralisées. (1)

Le document élémentaire correspond à la pensée discursive. Il sert d’appui à cette pensée en lui permettant un développement explicite de plus en plus étendu et abondant. Le document du degïé supérieur qu’on entrevoit correspondrait à la pensée intuitive. Il dépouillerait le document élémentaire de ses propriétés fondamentales, physiques et psychologiques pour le sublimiser et réduire à peu de chose et son substratum et la série enchaînée de ses signes. Quoi T Comment? C’est difficile à formuler dès maintenant. Disons que la musique réduite à de purs tons, n’ayant peut être jamais été notés en peut donner quelque pressentiment ; qu’aussi la radio agissant c ubiquiquement » audible à volonté, venant subitement emplir de ses ondes ou l’en vider, un espace donné, celui à notre portée et par la seule pression d’un bouton. Disons que la musique et la radio nous permettent ici des anticipations bien que difficiles à pousser au delà de leur simple énoncé.

  1. Harris Haucock. — Foundation of the tbeory of alge-bric numbers. 1931.

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15 RAPPORTS DE LA BIBLIOLOGIE AVEC LES AUTRES CONNAISSANCES

La Bibliologie, comme toute science, a des rapports avec les autres connaissances. Ces rapports sont dans deux directions : elle leur emprunte et elle leur donne. Les principales connaissances avec qui de tels rapports existent sont la Linguistique, la Technologie, la Logique, la Psychologie et la Sociologie.

Mais il y a aussi des rapport» tout à fait généraux avec l’ensemble des connaissances et de la science comme telles et c’est eux qu’il y a lieu d’examiner tout d’abord.

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151 Corrélations Générales.

Les rapports entre les choses, ceux entre les sciences qui y correspondent sont en principe des rapports mutuels. On a donc « Logique : Livre » et « Livre : Logique », « Psychologie : Livre » et « Livre : Psychologie », «Technologie : Livres et «Livre ! Technologie », « Sociologie : Livre » et « Livre : Sociologie ».

La mutualité de ces rapports s’exerce cependant, en chaque cas, suivant deux directions différentes. Ainsi, il y a lieu d’envisager les influences de la Logique su


28 BIBLIOLOGIE 152

fe Livre, mais inversement celles du Livre sur la Logique à laquelle il est venu apporter un instrument propre à des démonstrations rigoureuses et enchaînées en vaste système. (Par exemple qu’aurait été la Logique en œuvre dans la géométrie si elle n’avait pu s’exprimer dans les VJJJ livres d’EucJide). De même les influences corrélatives du Livre sur la Psychologie (formation de l’Esprit) sur la Technique (signification claire donnée aux choses produites) sur la Société (extension et précision du lien social), manière dont le livre réagit sur les phénomènes sociaux, en particulier, action du livre sur un public ou une ioule dispersée et réciproquement.

Une formation systématique des termes pourrait exprimer clairement ces corrélations dans les deux sens. On dirait Logique, Psychologie, Technologie et So-ciologie bibliologiques. On dirait corrélativement Biblio-logie, logique, psychologique, technologique et sociologique

152 La Linguistique ou Philologie fiibliologique.

  1. Les rapports de la Bibliologie et la Linguistique constituent ce qu’on pourrait dénommer la Philologie bibliologique. Celle-ci a pour objet de montrer comment, à l’origine, s’est opéré le prolongement du langage dans le signe, après que la pensée elle-même sensation, sentiment, idée) se fut frayée un chemin extérieur par ce même langage, comment la langue a trouvé dans le livre le moyen de se fixer et progresser jusqu’aux formes complexes de la littérature, comment elle continue sans cesse de se développer par plus de livres, par la nécessité d’incorporer plus de pensées dans plus de documents, comment à cette fin elle procède sans discontinuer à l’amplification du vocabulaire, de la nomenclature, de la terminologie.
  2. Les systèmes phonétiques, les systèmes morphologiques. les systèmes psychologiques du langage sont aussi complétés par un système bibliologique. Les travaux poursuivis depuis plusieurs siècles sur les langues, les études de grammaire comparée sont une indication de ce qui peut être attendu des études sur les livres. On a envisagé d’abord de classifier les langues envisagées successivement à divers points de vues, puis envisagées dans leur ensemble. On a examiné ensuite l’évolution de chaque groupe systématique de langages à travers le temps et vu fa marche qu’il a suivie et du suivre. D’où des études du point de vue étymologique et généalogique, des études dans les trois parties bien distinctes du langage, la phonétique, la morphologie, la syntaxe ou partie psychologique. Les formes bibliologiques étudiées d’après des méthodes analogues fourniront des résultats non moins remarquables.
  3. Les textes pour l’étude des langue« offrent des clé ments précieux. Pour les langues anciennes les faits se laissent observer seulement avec leur aide. C’est sur de?? documents écrits qu’on observe par exemple l’attique, le gothique ou le vieux slave. On peut aussi déterminer l’étal d’une longue à un certain moment, dans certaines conditions et l’examen des textes est alors le substitut de l’observation directe devenue impossible. Mais la langue écrite est bien loin d enregistrer exactement tous les changements de la langue parlée, il y a des différences variables suivant les individus et leur degré de culture. Or, les langues romanes n’ont pas continué le latin littéraire, mais surtout le latin vulgaire. Les textes d’époques diverses fournissent des états de langue successifs. Les changements essentiels auxquels est dû le passage du type latin ancien au type roman, du IIIe siècle au Xe siècle après J.-C. trouve sa trace dans les monuments écrits. Mai» la transformation des langues s est faite aussi hors des textes. La Linguistique fait ses rapprochements en posant une « langue commune » initiale (Ursprache). Chaque fait linguistique fait partie d’un ensemble où tout se tient (système linguistique). On rapproche donc non pas un fait de détail d’un autre fait de détail, mais un système linguistique d’un autre système,
  4. Dans chaque région il y a un groupe de parler« locaux de même famille et une langue écrite, langue de civilisation qui sert à tous les usages généraux, aux relations avec l’ensemble du pays et qui est la langue du Gouvernement, de l’école, des administrations, de la presse, etc. En pareil cas, la langue écrite a sur les parlers locaux une forte influence (I). Ainsi en France. Au Ve siècle avant J.-C., en Grèce, presque chaque localité grecque avait son parler propre alors qu à partir de cette époque l’uction de la langue générale de plus en plus forte élimine les unes après les autres les particularités locales et une langue commune fondée sur l’usage attique se répand sur toute la Grèce. Cette observation éclaire la notion de « langue classique s.
  5. Il advient qu’une population toute entière sans voir renouveler sa population change de langue. C’est le cas de l’Egypte où après avoir persisté durant encore 4.000 ans de?? périodes historiques, J??égyptien est sorti de l’usage et a été remplacé par l’arabe. Sur le territoire actuel de la France, le gaulois a dû arriver avec la conquête celtique durant la première moitié du millénaire qui a précédé l’ère chrétienne ; puis il a cédé la place au latin après la conquête romaine. On ne peut donc pas identifier un pays avec la langue qu’on y parle, ni inversement une langue avec un pay». Cette observation a son importance dans la classification des documents.

( I ) A. A. ME1LLET : La méthode comparative et linguistique historique, p. 73.


153 SOCIOLOGIE BIBLIOLOGIQUE 29

  1. La Parole, — Antérieurement à tout livre il y a la Parole et celle-ci coexiste parallèlement au Livre.

La vie en commun, la civilisation a besoin de la parole : entretien, communication, accord, ordre, avertissement, enseignement; la Parole dans les maisons, les salons, les bureaux, les ateliers, les administrations, les assemblées, les conférences.

Le téléphone c’est la parole portée au loin. Il y a eu le «Journal Téléphoné??. Le radiophone est aussi un mode de transmission de la parole.

Le langage offre les cinq degrés suivants dans f’étheïfe de l’ordre mis dans les pensées exprimées : a) Parler; b) Conversation; c) Débat; d) Cours et conférences d’après des notes; e) Théâtre d’après un libretto.

On retrouve dans les formes bibliologiques les équivalents des formes parlées, Ainsi, la conversation. Vin-terrogatoire (interview), dialogue, le récit, le débat.

  1. La Conversation ressemble au chant. Le chant répond à un besoin organique tout autant qu’intellectuel. On chante pour chanter, et cela sans un but défini. De même, on peut converser par le besoin physiologique et psychologique de parler, et non point pour informer, décrire, prouver ou persuader. Il est vrai que le chant ordinairement exprime les sentiments les plus élevés et que ses paroles traduisent des idées élevées en forme poétique. Au contraire, la conversation peut se trouver terre à terre et formuler les lieux communs les plus ordinaires.

Les Salons furent très importants au XVIIIe siècle. Plus mondains et littéraires avant 1750 (les bureaux d’esprit), Ils servent dans la dernière moitié du siècle surtout à fa propagation des nouvelles idées. La Cour de Sceaux de la duchesse du Maine, les salons de Mme de Lambert, Mme de Teneur, Mme Geoffrin (rendez-vous des encyclopédistes), Mme de Deffand et Mlle de Lespinasse, Mme Necker.

fi. L’improvisation est restée l’essentiel de f art oratoire. L’improvisation fut à l’origine de la poésie. Il y avait alors uniformité des tournures, simplicité des rythmes, licences nombreuses du langage. Les aimées savantes de l’Egypte, les rapsodes de?? Grecs, les bardes d’Ecosse, les scaïde?? du Nord, les trouvères et les troubadours, ont eu, à des degrés divers, le don de I improvisation. Chez les peuplades sauvages qui existent encore aujourd’hui, on peut entendre des improvisation». Les tribus nègres elles-mêmes »e réjouissent aux chants improvisés de leurs griots.

Avec les progrès du temps et des langues qui s’enrichissent et se compliquent, l’improvisation, devenue difficile, céda la place aux œuvres plus travaillées et finit par disparaître. Du moins elle cessa d’être le mode même de la poésie et n’en fut plus qu’une particularité, en genre inférieur. En musique, J’improvisation n’est généralement qu’un jeu d’esprit. La distraction d’un grand artiste dont l’imagination féconde est aidée par de longues études et une science consommée. Beethoven, Mozart, ont été de grands improvisateurs. Toutefois, une improvisation si brillante, si étonnante qu’elle soit, n’atteindra jamais à la hauteur d’une œuvre mûrement réfléchie, élaborée avec amour et dans le silence qui convient à l’enfantement d’une véritable création. L’orgue, sa raison et ses conditions matérielles exigent l’improvisation.

  1. La tradition, scientifique ou autre, continue à jouer un grand rôle. C’est la transmission des connaissances, elle s’opère non seulement à l’intermédiaire des documents, mais sans documents, par la parole, les objets ou les actes de l’habileté professionnelle (apprentissage, éducation).

153 La Sociologie Bibliologique.

  1. Les rapports de la Bibliologie et de la Sociologie constituent ce qu’on pourrait dénommer la Sociologie bibliologique.
  2. La sociologie est la science des phénomènes sociaux. IJi oii deux ou plusieurs hommes sont en présence il y a phénomène social. De nos jours une science générale s’est constituée embrassant toutes les disciplines qui étudient les phénomènes sociaux, c’est la sociologie.
  1. Le Livre naît dans ta société; ce sont les circonstances de temps et de lieu de la Société qui lui donnent sa physionomie propre. Tel Livre eût été impossible à concevoir et à publier avant tel moment ou en dehors de tel pays.

Les circonstances sociales sont celles qui déterminent les formes de la coopération intellectuelle ou matérielle et les modalités commerciales ou autres selon lesquelles s’opère la diffusion des écrits dans le corps social. Pour les étudier dans leur véritable cadre, la Bibliologie emprunte à la Sociologie ses données fondamentales. Inversement elle lui apportera les conclusions d’ordre social de ses propres investigation».

  1. La Sociologie d’aujourd’hui a mis en lumière ces trois principes : 1° La Société humaine est une totalité et chaque phénomène partiel s’y répercute sur tous les autres ; 2° Toute chose particulière dans la vie sociale est à considérer en fonction des autres : la notion des fonctions se substitue à celle des causes : 3° Le point de vue prévalant dès lors doit être celui-ci de la relativité. Ces principes sont trois corollaires quant à la documentation, considérée comme expression de la pensée sociale : 1° La Documentation est une totalité ; 2° Les facteurs agissant dans chaque domaine de la documentation sont à considérer comme des fonction» dépendant les unes des autTes : 3° La valeur intrinsèque e

30 BIBLIOLOGIE 154

  1. La conception nouvelle se fait jour d’une justice effective, d’une santé contrôlée, d’une économie dirigée, d’une politique scientifique, d’une Intelleclualité largement coopérative. C’est la mise à contribution de tout l’ensemble des résultats déjà acquis par Tes sciences et des résultats qu’elles obtiendront demain. Il y a conséquemment un rôle immense entrevu pour la Documentation puisque la collectivité humaine, étendue jusqu’au degré mondial, ne saurait pratiquement établir son action, la poursuivre régulièrement, la prolonger dans toute la sphère internationale qu’en usant des documnets.

Dans cette conception nouvelle de la société qui tend à prévaloir, toute réalité si petite soit-elle, apparaît fonction de toutes les autres réalités existantes. C’est dès lors une harmonie et un équilibre permanent qui est à rechercher entre elles toutes, et ceci n’est possible que par une documentation de plus en plus perfectionnée (l).

Il faut attendre des événements mêmes certains effets psychologiques. Ils doivent conduire à une claire vision chez tous des exigences de notre époque. C’est à l’information documentée mise sous les yeux du public à acce-lérer ces effets psychologiques.

L’Intelligence de la Nation doit être mise en œuvre en même temps que celle de ses mandataires et de leurs organes d’exécution. Tout citoyen a sa responsabilité; il doit être entraîné à agir. Parmi les idées nombreuses et confuses, il doit être rendu habile à clarifier et à choisir entre elles. Il doit s’exercer à l’acte et sortir du chaos où il se débat.

(t Examiner » à quoi correspondent les problèmes, dans l’esprit des peuples et des hommes d’Etat, les pensées, les projets, les raisonnements auxquels sont suspendus le destin, la prospérité ou la ruine, la vie ou la mort des humains.

Point ne suffit que des hommes, des groupes, des organisations travaillent à dégager et dire ce qu’il faut faire. C’est la masse des citoyens qu’il faut toucher. Leur information est nécessaire, afin qu’avertis, ils fassent vouloir la coopération et contraignent à passer à la réalisation. Tout cela met en lumière le rôle de la Documentation dans la Société.

  1. Dans l’Evolution, le rôle du livre à un certain moment est devenu capital. Améliorer le livre c’est améliorer la civilisation, terme global sous lequel vien nent se ranger tous les éléments qui composent la société. On constate que l’évolution du corps de l’homme est devenue à peu près stationnaire depuis les temps historiques. Il n’y a guère eu dç changements dans ses organes, ses membres, ses sens. Mais il s’est constitué comme un prolongement externe de sa personne. L’un, l’outil proion-

(I) Paul OTLET ; a) Conslifafion mondiale, 1917; b) Programme mondial, 1932; c) La Banque mondiale et le Plan Economique mondial, J 932. gement de sa main (main-outil); l’autre, le livre, proion geinent de son cerveau (cerveau-livre). Il y a là une sorte de développement exodermique opposé au développement endodermique (hors les limites de l’enveloppe cutanée du corps). Ce qui fait penser à ce que les métapsychicieti?? appellent ectoderme. Perfectionner le livre, c’est perfec tionner l’Humanité.

154 Science ou Logique Bibliologique.

il y a lieu cîe remonter à la conception synthétique a se faire de toutes choses (Universalisme). A cet effet les distinctions fondamentales sont à rappeler. 1° La Réalité objective (l’homme et la société), 2° La Pensée qui cherche à se représenter cette réalité et qui l’associe à la réalité subjective du moi, 3° L’Expression et la formulation de cette pensée, soit par le langage qui est fugitif, soit par ses signes, l’écriture ou le dessin, en des docu ments. Le Livre à caractère scientifique peut donc être tenu comme déformations auxquelles ceux-ci sont soumis.

D’autre part la classification des sciences distingue

Les connaissances, d’abord toutes confondues, sans ordre et d’ailleurs fort élémentaires, se sont ensuite successivement spécialisées à l’extrême. Nous sommes entrés dans une période de synthèse où la corrélation de toutes les sciences est revenue au premier plan des préoccupations.

Il y a donc lieu d’envisager les sciences bibliologique?? au même point de vue. Les corrélations seront de deux ordres: 1°) ce qu’elles?? empruntent aux autres sciences. 2°) ce qu’elles leur apportent.

La Bibliologie n’est pas encore constituée en science et devrait l’être en corrélation et en coopération.

JJ y a utilité à rappeler les notions fondamentales sur la Science en général et sa formation.

  1. Notion de la Science. —- Une science est un ensemble de propositions qui constituent un système, un tout qui tient debout.

Laplace (O. C. VII. p. VI) a donné cette formule de la Science: «Une intelligence qui a pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective de ces choses, si d’ailleurs cette intelligence était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse ??. La documentation peut fonder la nécessité de son universalité sur cette définition de la science dont elle doit être l’auxiliaire.

Toute réalité concrète n’offre que de l’individuel. C’est l’intelligence qui par abstraction peut en dégager ce qu’il y a de général. La science d’un objet, d’un ensemble d’objets est précisément constituée par ce qu’ils offrent de général. Dans les conditions d’existence à remplir par les réalités concrètes il y a quelque chose de nécessaire. On peut donc intellectuellement déterminer des types, des espèces, et déterminer les conditions auxquelles doit satisfaire tout objet, tout phénomène imagi nable de l’ordre


31 LOGIQUE BIB 31

Les conceptions philosophiques, que ce soient Celles de l’exemplarisme ou du mécanisme, conduisent au principe que dans T intelligence résident non pas les choses mais des portraits des choses, des images intellectuelles dont le système, la ressemblance est ou n’est pas suspecte.

2 Facteurs de la Systématisation. — Il y a trois

facteurs de la systématisation scientifique :

  1. la définition qui dit ce qu’une chose est; b) la démonstration, qui passe des principes aux conclusions ; c) fa division ou différenciation.

On peut définir ainsi l’idéal d’une science parfaite: un ensemble de propositions évidentes et certaines, nécessaires et universelles, systématiquement organisées, tirées immédiatement ou médiatement de la nature du sujet et qui donne la raison intrinsèque de ses propriétés ainsi que des lois de son action.

Travaux analytiques. Travaux synthétiques, les deux sortes de travaux, avec les documents et les publications qu’ils comportent, sont a envisager distinctement et en corrélation. Analyse, synthèse sont les deux mouvements essentiels de la pensée, qui alternativement ou successivement décomposent un ensemble d’éléments et ses élé mentx forment un ensemble. Une économie dans la pensée, un gain dans le travail consistent à procéder à l’analyse et à la synthèse en liaison si étroite que sans peine l’une conduise b l’autre et réciproquement.

3 But. — Le but de la Science est de former et de constituer l’image intellectuelle du Monde mouvant (science statique, dynamique) et la détermination des points d’action sur lesquels est possible une action en vue de la transformation du monde selon les besoins humains (desiderata matériels et intellectuels).

Ainsi «r Savoir pour prévoir afin de pouvoir ». Or. cela n’est possible pour l’esprit ni spontanément, ni immédiatement, ni directement, ni isolément. Il lui faut : 1° du temps ; 2° de la coopération ; 3° une méthode ; 4° un outillage (langue, classification, logique, documentation).

  1. Espèces de sciences. — Les sciences sont de deux ordres : 1° Sciences d’objets (sciences de réalités concrètes). Elles envisagent des choses éventuellement uniques comme la Terre, objet de la Géographie envisagé dans la synthèse totale qu’elle forme), 2° Sciences de phénomènes, d’aspecls. Science abstraite, analytique, envisageant les choses ou quelques-uns de leurs éléments donnant lieu à des Types ou classification et à des lois), il y a les Sciences exactes et les autres. Pour être une science exacte, suivant la terminologie admise, il faut qu’une science s’exerce sur des objets mesurables : a) les sciences de la Nature et les sciences de l’Homme et de la Société ; institutions, objets artificiels et idées créés par l’Homme; b) les sciences des faits, sciences de lois, et les sciences d’application ou disciplines pratiques.

Le passé a connu la division des sciences en deux parties, l’une occulte, réservée aux initiés en savoir, sages et prêtres en même temps, et l’autre publique, ésotérique, pour le vulgaire et révélée par le moyen de symboles. (Les Egyptiens constructeurs de pyramides. Zoroastre, les Pythagoriciens, tou« les tenants de la Gnose). Le Livre a été l’instrument de l’une et de l’autre de ces formes de science.

D’autre part, la pensée réfléchie exprimée dans les documents (écrits, images) relève de quatre ordres de production s’élevant des unes aux autres selon une progression croissante de précision et de généralisation abstraite:

  1. Folklore; b) Littérature; c) Science; d) Philosophie.
  1. Mouvements internes dans la constitution de la Science. — La constitution générale de la science est affectée en ce moment par de grands mouvements internes qui tendent à embrasser toutes les connaissances et dont la Bihliologie devra tenir compte. Ces mouvements sont :
  1. L’Interdépendance plus étroite de toutes les parties (à l’intérieur et à l’extérieur).
  2. l’Explication génétique, évolution historique. Actuellement dans les deux directions : approfondissement de son propre domaine; utilisation du domaine des autres sciences en offrant à celles-ci ses propres résultats.
  3. la Mathématique des sciences, formulation de leurs lois, en langage mathématique (concentration, déduction).
  4. l’Elimination de la distinction entre sciences pures et sciences appliquées. (I)
  5. ln Substitution de la notion de fonction b celle de

cause.

  1. In Substitution de la notion de loi statistique donnant lieu aux probabilités, à celle de détermination des causes. Restauration de l’individuel et de son libre arbitre relatif. Une révolution s’est accomplie dans cette conception b la suite des grandes découvertes de la Physique. La conception déterministe a été attaquée, on veut recon naître une sorte de libre arbitre dans le monde des corpus cules (Heisenberg. Bohr). Impossible de connaître à la fois la position et le mouvement précis d’un corpuscule et son état immédiatement postérieur. Seules des considérations statistiques définiront un état le plus probable parmi les divers états possibles. La notion de loi, fondamentale jusqu’ici, serait par suite singulièrement modifiée.
  2. l’importance grandissante du finalisme volontaire, humain, social, sous le nom de Plan (Téîéologie).

5 Constatation, Prévision, Action. — Il faut aujourd’hui une science développée jusqu’à ces trois degrés : 1° Enregistrement des faits quand ils se produisent ; 2° Prévision des faits et établissement des conséquences


32 BIBLIOLOGIE 155

utiles avant leur plein épanouissement ; 3° Action en vue de produire ou de modifier les faits.

  1. Science générale comparée. — Sans qu’un nom distinct, ni même une organisation distincte la caractérise, il se constitue sous nos yeux une Science générale comparée; c’est-à-dire une manière commune de constituer chaque science particulière, son contenu, son expression, son organisation. Telle science particulière sous l’empire de son développement propre peut ne pas avoir ressenti [e besoin de telle méthode ou de telle forme d’organisme, ni avoir été amenée à poser tels ordres de problèmes, que ces besoins cependant naissent dès que les sciences se rapprochent et se comparent, t.a Bibliologie bénéficiera de tout ce qu’apportera cette « science commune s. Avant qu’elle ait été formulée, elle devra se confronter directement elle même avec les plus importantes et les plus caractéristiques des sciences.
  2. Science et objet de la Science. — Une première et fondamentale distinction est à faire entre la chose et sa science, ici entre le Livre-Document lui-même et la science du Livre-Document. La Zoologie, science des animaux, est bien distincte de ceux-ci : elle a une histoire (évolution des conceptions concernant les animaux) bien distincte de l’Histoire des Animaux, leur évolution, laquelle donne lieu elle-mcme à une science propre : la Paléontologïr.
  3. Caractère complet ou choisi des sciences. Importance des sujets traités. — Décrire le Monde, décrire la Pensée des Hommes, décrire ce que cette Pensée conçoit de la Nature, de l’Homme, des Société»; quelle tâche immense. A priori, il est impossible de la réaliser 100 °o. Pour écrire une histoire intégrale, par exemple, il faudrait écrire, seconde par seconde, ce qui s’est passé au cour» du temps ; pour décrire une géographie intégrale, il faudrait décrire non seulement la Terre, mais tout l’espace, mètre par mètre, au moins Kilomètre par Kilomètre. (1) Impossible et surtout inutile de construire et de communiquer un savoir complet. On a donc procédé de deux manières: en créant des types gé néraux auxquels sont supposées correspondre les entités particulières et en choisissant les sujets à traiter. Il y a bien des sujets qui sont sans intérêt. Les personnes d’esprit médiocre et sans portée, souvent qualifiées d?? curieux, s’attaquent volontiers à des questions insignifiantes. La liste des titres bibliographique?? en fait foi. • Toute science doit tenir compte des conditions pratiques de la vie. au moins dans la mesure où on la destine A devenir une science réelle, une science qu??on peut arriver A savoir. Toute conception qui aboutit A empêcher de savoir, empêche la science de se constituer. — I-a science est une économie de temps et d’efforts obtenue par un procédé qui rend les faits rapidement connaissables et intel-

(I) André George. — L’œuvre de Louis de Broglie et la Physique d’aujourd’hui. ligibles ; elle consiste A recueillir lentement une quantité de faits de détails et A les condenser en formules portatives et incontestables. Les sciences ont le choix entre deux solutions: être complètes et inconnaissables: ou être connaissables et incomplètes. File s ont choisi la seconde, 1 elles abrègent et condensent, préférant le risque de muti- fl 1er et de communiquer arbitrairement les faits à la certi- j tude de ne pouvoir ni les comprendre ni les communi- j quer. » (Ch v. Langlois et Cb. Seignobos. — Introduc- I tion aux Etudes historique??, p. 228.)

  1. La Science et le Livre. — Notre temps a créé j la recherche scientifique. C’est un accroissement illimité ] des connaissances provoquées a la fois par le désir intense j de les conquérir et par une organisation pour le réaliser (personnel, plan, méthodes, outillage). Si de tout temps ? il y eut amour et effort de savoir, le point essentiel et ] 1h grande nouveauté est maintenant dans la recherche, j ainsi définie. Or, les conditions sine qua non sont que les j résultats se puissent comparer exactement et qu’ils puis- j sent s’aiouter les uns aux autres. Il s’agit par des procédés très puissants, par une action continue, de cons-tihier un capital — capital intellectuel — de lois et de procédés puissants. Continuité, addition, comparabilité, capitalisation, elles ne sont pleinement possibles que par la Documentation. Réciproquement, il n y a Documentation satisfaisant aux desiderata de la science que si elle correspond A ces mêmes quatre but-desiderata.

155 La Psychologie et Je« Activités de l’esprit ou Psychologie Biblio-logique.

  1. En Bibliologie s’est ouvert un chapitre nouveau La Psychologie Bibiiologique: l’étude des rapports mentaux entre auteurs et lecteurs A l’intermédiaire du livre, étude du livre considéré comme une cristallisation des idées, des sentiments des volontés de qui le produit, une cristallisation qui a son tour va influencer cette autTe cristallisation, plus souple et susceptible de modification qu’est l’utilisateur du livre. Nicolas Roubakine a poursuivi cette étude depuis plus de trente ans; pendant la guerre, il a été contraint par ses amis A sortir du milieu exclusivement russe ou il présentait des faits et des idées de portée universelle. Par une action jointe. l’Institut Rousseau (Ecole des Sciences de l’Education A Genève) et l’Institut International de Bibliographie ont amené la création en 1916 d’une Section de Psychologie Bihliologique. transformée en 1928 en Institut International de Psychologie hiblioloffiqae. Celui-ci installé d’abord A Clarens. maintenant A Lausanne, a produit un très actif travail sous la direction et l’impulsion de N. Roubakine lui-même, assisté de sa collaboratrice Marie Betbmann. Les Principes de la nouvelle branche de science ont été exposés dans deux volumes écrit» en français, forts de

155 PSYCHOLOGIE BIBLIOLOGIQUE 36

600 pages (Introduction de la Psychologie Bibliologiqtic. Paris. Povolosky, 1922) et en deux volumes russes de 900 pages parus en 1923 1924 et contenant les derniem développements. Une Enquête internationale de Psycho. logie Bihliologique a été entreprise en 1932. Elle a fourni d’excellents matériaux pour l’étude de cette science et pour la précision des types de lecteurs, étudiés longuement et en détail d’après leurs propres réactions biblio-psychologiques. Nul qui s’intéresse aux sciences du Livre ou aux sciences de l’esprit ne pourra plus désormais ignorer les nouveaux problèmes posés et les premières solutions y apportées. Car il s’agit d’une science mixte ; elle entre à la fois dans la Psychologie et dans la Bjbliologie ; elle est une résultante de l’une et de l’autre, un apport de l’une à l’autre,

  1. Les scolastiques, après Aristote, avaient posé trois termes : l’objet, l’esprit, la vérité ; ou en leur langage : l’objet connu, le sujet connaissant, le rapport de l’un à l’autre qui devait être une «equatio» pour mériter le nom de vérité. Toute leur logique, en grande partie encore celle d’aujourd’hui, est basée sur ce fondement. Mais leur psychologie était sommaire et derrière la Logique comme derrière elle, la métaphysique régnait tn affirmation de principes absolus, il a fallu la révolution scientifique et les patientes analyses de la^Paychologie physiologique pour se pénétrer du point de vue phéno-ménaliste, relativiste et reconnaître tout ce que le « sujet connaissant » offre de modalités et d’individualités diverses. S’il n’y a pas deux hommes physiquement identiques, comment croire à la structure uniforme de l’esprit. F.t alors, comment ne pas refaire sur de nouvelles bases l’œuvre individuelle et sociale de la Raison, conçue comme trop raisonnante ».
  2. La biblio-psychologie est une branche spéciale de la psychologie scientifique ; elle s’appuie avant tout sur les méthodes des sciences naturelles et des sciences exactes en général. Son obiet est l’étude de tous les phénomènes psychiques liés à la créat:on du livre, a »a circulation, à son utilisation et a son influence. Dans la biblio-psychologie. le mot « Livre » prend son sens le plus large: il indique a la fois: livre, journal, gazette, discours, conférence, etc.

Comme on le sait, l’attention des savants a été attirée jusqu’à nos jours principalement sur l’étude de l’origine des phénomènes littéraires. La biblio-psychologie, par contre, étudie la perception de ces phénomènes (paroles. ‘ livres, discourt, etc.) et leur influence sur le lecteur ou l’auditeur. Elle passe de l’étude préliminaire du lecteur et du processus de la lecture à l’étude de l’auteur et de son travail créateur. Elle démontre que le lecteur ne connaît lame de l’auteur et le contenu dr son œuvre que dans la mesure de leur action sur lui, dans des conditions données intérieures et extérieures (race, I milieu social et son histoire, etc.). L’effet produit par un meme livre sur un même lecteur dépend non seulement de l’individualité, mais aussi de toutes ces conditions, qui changent continuellement. C’est pour cela que la biblio-psychologie a formulé sa thèse fondamentale de la manière suivante : « Le livre n’existe qu’en fonction du lecteur. » C’est-à-dire: tout ce qui n’a pas été perçu par le lecteur, n’existe pas pour lui. Dans la mesure où deux lecteurs se ressemblent, le contenu d’un même livre leur parait identique, et vicc-vcrsa. De ce point de vue: le livre n’existe, pour le lecteur, que dans la mesure où il en a aperçu le contenu, et ce contenu lui-même, pour autant qu’il est aperçu, n’est que l’expression de toutes les facultés du lecteur, de son âme, complexus des phénomènes psychiques excités par la lecture du livre. Le contenu du livre, en dehors du lecteur, n’existe pas, parce que pour chaque lecteur pris séparément il se trouve dans la projection des excitations produites par le livre sur l’âme du lecteur. Il s’en suit que pour étudier urt livre, il est indiypensahle d’étudier ses lecteurs et leurs qualités physiologiques, psychologiques, anthropologiques, ethniques, sociales.

  1. L’influence d’un livre est déterminée par l’individualité du lecteur, par la « mnème » de celui-ci. Le mot « mnème », d’un usage si commode pour tous les travailleurs du livre, a été introduit dans la science par le professeur R. Scmon. il indique la mémoire organique héréditaire de l’espèce, et la mémoire individuelle qui permet d’acquérir et de conserver les engrammes, c est-à dire les changements produits dans la matière organique par des excitations quelconques. Dans ce sens, la mnème est le total des engrammes. ( l ) La mnème ne se compose pas seulement des connaissances et des idées, mais aussi des émotions, des sentiments, des désirs et des réserves de conscience et de subconscience. Le livre représente pour le lecteur un ensemble d’aperceptions. c’est-à-dire d’excitations de ces centres psychiques tels qu ils ont été constitués en lui par la mnème, par la totalité de ses expériences raciales et individuelles. Or. chaque mot n’excite pas seulement un, mais presque toujours un ensemble de phénomènes psychiques. Le lecteur peut enregistrer ces phénomènes suivant ses aptitudes personnelles. et l’état de sa conscience dans des circonstances et dans un moment donnés. Si nous écrivons sur l’axe des aheisses le texte et sur Taxe des ordonnées n importe quelle classification des phénomènes psychiques. L’individu peut indiquer les impressions produites par chaque mot du livre au cours de la lecture et les classer respectivement. Chaque individualité se caractérise par le nombre et par la distribution de ces indications. En faisant la statistique de ces annotations, correspondant aux diverses catégories de phénomènes psychiques, on obtient la
    1. Scmon. Die Xfneme. 3. Auf. S. 15. — A. Fore!. Gchim un A Seele. S. 8, 94.

34

«omme rl le pourcentage des excitation« produites sur un lecteur par un livre et dans un moment donné

  1. De cette manière on peut obtenir des eoetficierifs biblio-psychologiques numérique?? qui caractérisent le îec teur à un moment donné. La théorie de la statistique permet de passer de ces coefficients individuels à des coefficients moyens (pour un même lecteur, pour des lecteurs differents, etc.). Cette méthode spéciale conduit la biblio-psychologie à l’analyse des différents lecteurs, à préciser leurs types psychiques et à obtenir ainsi une série ou une échelle d’étalons d un lecteur moyen (en général), d’un lecteur spécialiste (d’une branche déterminée d’une science), d’un peuple, d’une classe sociale, d’un moment de l’histoire, etc. ; on peut comparer avec ces étalons des coefficients individuels. Une telle comparaison permet de caractériser non seulement qualitativement. mais aussi quantitativement n’importe quel lecteur. On remplace de cette manière l’étude subjective des ouvrages littéraires par l’étude objective; la même méthode nous permet d’introduire dans les opinions des critiques et des commentateurs leurs « correctifs comme lecteur » (équation permonnelle) soit le correctif du critique. On arrive ainsi î» expliquer le rôle des faux témoignages dans le domnine de la littérature et de ‘a critique.

Cette méthode spéciale de la biblio-psychologie (la statistique des excitations produites par chaque mot du livre) donne la possibilité d’appliquer la théorie des probabilités et les courbes mathématiques à l’étude de tous les phénomènes psychiques de la lecture. De cette étude du lecteur, on passe a l’étude des livres eux memes, puisque les coefficient» moyens bihlio-psycholo giquen, caractérisant le lecteur moyen d’un livre ne «ont autre chose que la caractéristique de ce livre (conformément à la loi des grands nombres de Quetelet). L’étude par les mêmes procédés de toutes les œuvres d’un écrivain conduit à la constatation objective des qualités de se«

travaux et à leur action dans tel ou tel sens sur les

lecteurs. La comparaison de coefficients biblio-psycbolo giquen se rapportant K toutes les œuvres d’un écrivain donné avec les étalons de différents types de lecteurs permet de caractériser chaque auteur aussi objectivement et a des points de vue différents.

  1. En développant de plus en plus l’application de cette méthode et en basant toujours l’étude des livres sur l’étude préliminaire des lecteurs et celles des auteurs

sur celle de leurs œuvres, la biblio-psychologie tend à transformer 1’bistoire et la théorie de ta littérature en une des branches de la psychologie scientifique, en une science étudiant la qualité et la quantité des excitations psychiques produites par les livres. La même méthode permet de déterminer avec exactitude les notions fondamentales du type des livres, des lecteurs, des auteurs

et de leurs relations réciproques. Les lois fondamentales de la hiblio-psychologie sont les suivantes :

  1. Loi de W. HumboldtPotebnia : « Le mot est un excitateur et non pas un transmetteur de la pensée ».
  2. Loi de E. Hcnncquin : « Un livre produit un effet maximum sur le lecteur dont l’organisation psychique est le plus analogue à celle de l’auteur ».
  3. Lot de H. Taine : « La race, le milieu et le moment de l’histoire déterminent la mentalité des lecteurs ».
  4. Loi de R. Semon ; « La compréhension du livre est une fonction de la mentalité du lecteur, c’est-à-dire de la totalité des engrammes formés en lui par la mnème ».
  5. Loi de Ernest Mach : « L’économie du temps et des forces du lecteur s’accroît à mesure que le type du livre se rapproche de celui du lecteur ».

Les recherches biblio-psychologiques permettent donc de constater la dépendance fonctionnelle de?? trois fac teurs : 1. le lecteur; 2. le livre; 3. l’auteur, et de l’exprimer par des coefficients numériques. Il s’ensuit qu’on peut utiliser un livre comme réactif sur le lecteur et réciproquement.

  1. La Psychologie bibliologique récente est allée plus loin. Elle s’appuie maintenant sur des lois cosmiques, écrit M. Roubakine. elle n’étudie plus uniquement les phénomènes du livre et de la littérature d’après le point de vue social et des sciences naturelles. Elle tend à formuler la loi de la conversation et des critères. Elle a déjà formulé, et expérimentalement prouvé, la loi très importante des consonances et des div>nances des émotions. Cette loi e«t la vraie base du travail pratique dans le domaine du livre et de la parole. Elle détermine la biblio-psychologie comme science du comportement verbal et étudie In dépendance fonctionnelle entre le percipent, l’agent et le milieu (temps et espace).
  2. Les applications possibles de la Biblio-psychologie ont été résumés en ces termes par N. Roubakine :

1° la possibilité de rédiger les livres scientifiques de vulgarisation et les manuels scolaires de telle façon qu’ils «oient plus lus que les belles-lettres; 2° au lieu d’étudier dans les buts de l’instruction et de l’auto-instruction une quantité de livres, poursuivre ce travail avec un nombre de livres relativement petit, sans porter préjudice aux connaissances reçues et au développement mental ; 3° transformer les bibliothèques en des laboratoires où l’on étudie la circulation des idées et de l’opinion publique; 4° organiser l’activité des maisons d’édition, des rédactions de livres et leur distribution de façon que cette activité ne ressemble plus à un tir désordonné sur un but invisible ; 5° et c’est là peut-être le plus important, faire comprendre à tous ceux qui. »ous le régime social ^ actuel, sont opprimés, humiliés, offensés et appauvris et qui maintenant n’ont ni les connaissances ni les possibilités pour travailler pour la création de meilleures con-


157 BIBLIOLOGIE PEDAGOGIQUE 35

ditions. qu ils peuvent, eux aussi, lutter et travailler avec succès, sans verser ni larmes, ni sang ; tous ils peuvent apprendre à créer une vie nouvelle, et la créer toujours et partout avec insistance et ferveur, et cela sans >e faite te marquer par ceux qui. maintenant, construisent leur bonheur et leur aisance sur les malheurs des autres.

» La force du livre et de la parole n’est pas encore utilisée pleinement, dit N. Roubakine. Nous n’avons pas encore trouvé les meilleurs moyens de nous en servir. Nous ne savons pas encore les mettre en pratique. De nos temps, le livre n’est pa?? encore un instrument de la lutte pour la vérité et la iustice. Mais nous pouvons et nous devons le rendre tel. ?? (l)

156 Les rapports du Livre avec la Technique ou Bibliologie technologique.

L La Bibliologie Technologique envisage les rapports du livre avec les moyens matériels de les reproduire et de les multiplier.

Il y a de nos jours une Technique Générale qui embrasse dans ses cadres tous les moyens raisonnés d’action de l’homme sur la matière; tous lej processus chimiques, mécaniques, électriques de l’industrie. Plus elle progresse et plus sont appelées à progresser ses appli cations au Livre et aux Documents.

L’invention dans un domaine retentit sur tous les autres; il y a emprunts et apports réciproques entre les domaines. Par exemple : les principes des presses, du clavier de la machine à écrire, inspiré lui-même du clavier du piano, la redistribution automatique dans la machine à composer ont suggéré maints dispositifs dans d’autres domaines que l’imprimerie.

  1. Il n??y a pas eu une technique complète du livre, il y a encore bien des recettes. Le traditionalisme domine toute cette matière où il semble que l’on ne soit pas plus avancé que dans les premiers arts, alors que les progrès étaient la plupart inconscients et s’élaboraient avec une lenteur que nous nvons peine à nous représenter.

    1. Ferrière « La biblio-psychologie d’après les travaux de N. Roubakine » dans les « Archives des Pyschologics». 1916. N° 12, — Du même auteur: «Transformons l’école », 1920, p. 93-98. — T. Kellen ?? Die Bibliologbche Psychologie. Eine neuc Wissenschnft von Büchern uud. Letetn ?? Deutsche Verlegerzcitung j», Leinzig, 192!, N° 22). — S. Salvoni ?? N. Rouhnkine » (?? Culture Populaire ». N° 6, 1923). — Careî Scharten « De Mensch en dr Ge^eerde Nicolas Rouhakîne » (« Telegraaf ». 17. VIII, 1922. Amsterdam), — V. Bauer « Biblio-psychologie, novà weda o knize », dans le « Ceska Osveta », 1925. N° 6. — Thomson. J. « De macht van het boek » (?? Algemeen Handelshl^d ». 4 en 5 Maart, 1921). — Rocznîk Padagogiczny, Serja II Tom 11. 1924 (par Prof. H. RadlinxVh).

157 Enseignement ou Bibliologie pédagogique

  1. Dans une mesure considérable, les livres et les document» constituent un enseignement. Les livres, dès lors, jouent un grand rôle dans l’enseignement et réciproquement les cours enseignés donnent naissance à un grand nombre de livres.
  2. L’importance de l’Enseignement oral relativement aux autres moyens d’étude n’a pas cessé de dominer. Avant la découverte de l’imprimerie, c’était le moyen principal de transmettre les idées. Les manuscrits ne pouvaient pas rivaliser alors avec la parole, mais peu à peu les imprimés ont pris In place principale dans les affaires intellectuelles. Ils ont porté la lumière hors des écoles, hors des villes, hors de?? pays civilisés. Les paroles fugitives ont été remplacées par quelque chose de durable et de précis, qui permet à chacun de réfléchît sut le?? Tnisonneîueot?? et de comparer exactement les opinions. Pourvu qu’un livre soit bien fait, il a plus de lecteurs qu’on ne voit d’auditeurs dans les cours les plus fréquentés, (de Candolle).
  3. L’art d’exposer s’inspirera de l’art d’enseigner. Or, celui-ci a subi une transformation profonde. Les nouvelles méthodes de pédagogie n’ont rien de commun avec le?? ancienne». Celles-ci étaient basée?? »ut le principe faux que toute connaissance doit se fixer dans l’esprit au moyen de la mémoire. Il n’en est rien. On pouvait le croire à une époque où l’art d’enseigner consistait pour le professeur a transmettre ce qu’il avait lui-même appris et l’art d’apprendre a recevoir In parole de maître comme parole sacrée. Maintenant on s’est mis à étudier les phases de l’esprit humain, les manières dont les connaissances s’acquièreut dans l’enfance et dans le restant de la vie. Or, le cerveau humain b raison de la plasticité de son organisation cellulaire, est ainsi fait qu’il peut approvisionner les connaissances et les rappeler au moment voulu. Il est des circonstances qui peuvent aider ou contrarier le fonctionnement des centres nerveux. Tout ce qui est acquis ne doit pas être rappelé en même temps à la mémoire.

L’acquisition de la connaissance dépend de la force de l’impression. Acquérir la possession de la connaissance. sans imposer au cerveau un travail sui-i hauffé et énervant. Toute forme d’activité moderne est agréable, tout travail fait avec plaisir, concentre sur lui toutes les forces mentales et, en conséquence tend à produire une impression profonde. Plus grande, pour un individu, est la facilité d’apprécier des ressemblances et des différences, plus surs et plus rapides seront son jugement et son raisonnement. Le principal de l’association fondé sur les ressemblances et les différences est un élément de grande valeur pour la


36 BIBLIOLOGIE 159

transmission du savoir scientifique; il apporte une économie de temps et de force. Il suffit de rappeler les ressemblances qui sont connues et de ne plus insister que sur les différences, lesquelles constituent de nouveaux éléments pour l’esprit. Il faut connaître le mode naturel de travail de l’esprit. C’est l’ignorer que de placer subitement l’esprit en présence de choses abstraites, difficiles, indéfinies, complexes, de poser devant lui un corps de doctrine déjà établi et de principe qui sont le produit d’un long travail. L’enfant est capricieux, crédule, curieux et a besoin d’une grande autorité d’esprit, (1)

  1. Pourquoi donc faut-il que l’esprit n’arrive à la synthèse des choses, à la sagesse de la vie qu’à une époque tardive, à un moment où les forces positives sont diminuées ? Pourquoi, dés l’éducation, les fondements de la synthèse ne pourraient-ils, grâce aux livres, être posés dans les jeunes esprits ? Le problème consiste, d’une part, à simplifier l’exposé des notions particulières, d’autre part, à mettre à meme de comprendre le vaste ensemble, l’Univers.

158 Le livre et la vie, la Réalité.

  1. Le Livre tend toujours à chasser les réalités vivantes î Ainsi les étudiants lisent leurs livres d’anatomie sans assez se reporter à l’illustration vivante qu’ils emportent nécessairement avec eux. leur propre corps. Ainsi l’administration envisage les faits de la vie sociale à travers les rapports écrits ; elle a une vue artificielle des situations qui exigeraient des décisions rapides.

Les problèmes se posent donc d’une part, lutter contre ce qui est trop « livresque ». contre la lettre qui tue l’esprit ; d’autre part enserrer la réalité dans les textes de plus en plus précis, dans des documents de plus en plus représentatifs et complets.

  1. Si le livre sort de la vie, l’inverse est vrai aussi. Le livre, à son tour, produit la vie: vie extérieure, vie »Intérieure. Îl produit In vie extérieure en ce qu’il introduit et entretient dan?? le corps social un nombre immense d’idées qui sont comme les prototypes d’actions entreprises. Il produit la vie intérieure en ce que, dans la pensée de chaque lecteur il fait naître un monde et l’en fait jouir. Par le livre chacun est conduit dans tous les pays, introduit dans tous les milieux, initié à toutes les expériences de la vie. Par lui. la représentation mentale s’élève, s’élargit, s’approfondit: elle peut prendre une précision et une acuité extraordinaire, avance de l’auteur, avance du lecteur et tout se passe bientôt comme si les choses vraiment étaient présentes n’étant cependant représentées que par leur double, le livre. Il est des romans qu’on ne lit pas.
  1. OU and New Methoda of Teaching. bv E. A.

I opez. Annual Reports of the Commissioner of Education.

(U. S. A.) 1904, ït. P. 2427. mais que l’on vit, et, s’ils sont vraiment des chefs-d’œuvre, dont on est tout bouleversé.

  1. Et le livre doit exprimer toute la vie. Or, bien ou mal, le caractère entier de la vie a changé avec ces inventions de l’ordre intellectuel qu’on appelle le journal quotidien, la « téhéseff », le cinéma et, en perspective, la télévision ; avec la machine et la vitesse; avec la dureté des conditions économiques et l’ébranlement social, profond. Une grande difficulté de l’esprit n notre époque c’est de prendre la mesure des changements qui modifient sans cesse les habitudes de la société, les rapports des hommes et des peuples entr’eux et l’apparence du monde. (L. Ro-mier).

159 L’Evolution simultanée des Instruments intellectuels.

Les instruments que l’homme a forgés pour traiter intellectuellement les choses sont : 1° la Logique; 2° la Classification; 3° le Langage. 4° le Livre; 5° îa Science coordonnée et écrite. Il y a un système et une théorie de chacun de ces cinq instruments.

Sans cesse il faut distinguer la réalité de la pensée (méditée, parlée, écrite). Or, la réalité, les faits, dépassent de beaucoup les besoins d’ordre de l’homme, son esprit de système et ses conceptions logiques. En effet, il y a, d’une part, les faits nouveaux, d’autre part, les points de vues nouveaux sous lesquels se perçoivent les faits anciens. Ainsi les groupements de la Classification ne sauraient être stables, et il faut sans cesse un effort pour faire cadrer les concepts nouveaux avec la classification établie et avec l’état des connaissances déjà systématisées en science. La distinction entre ce qui était confondu jusque-là, et le chevauchement d’un sujet sur un autre sujet sont constan’s. A cette difficulté s’ajoute celle du langage, de la Terminologie. Les mots ont des significations consacrées par les dictionnaires ou par les idées dominantes. Ils n’éveillent pas dans l’esprit de qui les entend, ou les lit, des images identiques à celles qui sont dans l’esprit de celui qui les prononce ou les écrit. Il reste alors à inventer de nouveaux mots. Mais l’écueil alors est qu’ils seraient moins compris encore. Conscient d’une terminologie inadéquate, on en arrive à accoupler plusieurs termes, à superposer significations et après avoir énoncé les mots à y ajouter d’autres pour marquer des nuances. Ainsi, un travail continu se poursuit simultanément, parallèlement ou con-nexement, dans les cinq domaines : Science, Logique, Classification, Terminologie, Livres. Ce travail est largement fragmentaire et occasionnel; il ne prend que rarement des formes assez imposantes pour retenir l’attention et c’est à la longue qu’on en perçoit le résultat.


16 ORGANISATION DES RECHERCHES 37

16 ORGANISATION DES RECHERCHES ET DES ÉTUDES

La science est une chose, l’organisation de la science en est une autre, l’une et l’autre sont intimement liées. La Bibliologie s’organise en tant que science de la Documentation et du Livre, tandis que ceux-ci considérés du point de vue de la science particulière dont ils traitent (Médecine, Droit, Technique, etc.) sont eux-mêmes des facteurs d’organisation dans leur domaine respectif. Í1 s agit donc en réalité de « l’organisation d’une partie de l’organisation », et il s’agit de recherches, d’enseignement et diffusion.

L’organisation des recherches et des études s’opère en tout domaine d’une manière de plus en plus systématique. Dans ses congrès suivis des travaux de réalisation qui en ont été la suite, l’Union des Associations Internationales s’est spécialement occupée de ces questions. (Voir Actes du Congrès mondial et Introduction aux volumes de Y Annuaire de la Vie Internationale.) Dans son Afonuel de Bibliographie historique (t. fI), M. Langlois a montré à propos de l’Histoire tout l’intérêt qui s’attache à l’organisation des Etudes dans une branche spéciale.

161 Recherches.

Divers organismes s’occupent de recherches tendant à faire avancer soit la Bibliologie en général, soit certaines de ses questions. Ces organismes sont ou bien des centres spécialises à cet effet, ou des départements d’organismes plus généraux.

162 Enseignement.

l^a Bibiiclogic, comme science ou comme technique n’est guère enseignée dans les Universités. Les choses du livre et du document ont donné lieu assez têt à un enseignement dont le caractère était surtout professionnel : préparer des Bibliothécaires et des Archivistes.

L’Enseignement de l’Ecole des Chartes, Paris, a eu très tôt un caractère ccientifique. Il y a tendance maintenant à incorporer l’enseignement du Livre dans les Universités.

Ce devient une nécessité d’organiser dans toutes les branches de l’enseignement supérieur un cours de bibliographie et de documentation apprenant à connaître les sources de la science et la manière de se documenter, d’utiliser les documents. Savoir chercher est tout un art.

L’A. S. L. I. B. (Londres) dans sa Conférence de 1930, a par une résolution demandé que les autorités des Universités fassent donner aux Etudiants un enseignement sur Tunage efficient des Bibliothèques, que pour le moins les Bibliothécaires soient chargés de donner une fois Tan une lecture sur ce sujet.

Une Ecole des Bibliothécaires avait été organisée à Paris par l’American Library Association. Elle avait un certain caractère international. Cette Ecole a été fermée. L’Enseignement des matières du livre doit lutter contre des difficultés énormes parce que la Bibliologie n’est pas présentée comme science centrale ou unique et que ses différentes branches se présentent en ordre indépendant et dispersé.

163 Associations.

Il y a autant d’espèces d’associations qu’il y a de branches du livre. Ainsi celles des éditeurs, des libraires, des bibliothécaires, des archivistes, des bibliographes, celles des bibliophiles. Celles des auteurs et des imprimeurs. Il y a des associations tout à fait spécialisées comme celles des amateurs d’ex-libris, des timbrophiles, etc.

164 Encouragement au livre.

Diverses questions intéressant les Livres et le Document, comme tels ont déjà fait l’objet de concours, par exemple pour T hygiène. Il y a tous les prix littéraires ou scientifiques que décernent périodiquement les Académies et les Sociétés littéraires, il y a les bourses d’études qui, en favorisant les étudiants, facilitent l’établissement de leurs thèses, dissertations, rapport. Il y a les prix Nobel de littérature. médecine, physique et chimie dont chacun est d’environ 172,000 couronnes, soit environ 780,000 francs français.

165 Sources.

  1. La Bibliologie possède un recueil important de Bibliographie dans l’Internationale Bibliographie des Buch und Bibliothckswcsen : li paraît régulièrement depuis 1926, année où il se sépara du « Zentralblatt » et de ses suppléments, ( I )
  2. La Bibliologie possède aussi des recueils de matériaux, récents ouvrages ou périodiques qui sont à la base de toutes les considérations sur le livre. M. F. C. Lon-champ a publié un Manuel du Bibliophile français en 4 volumes, 1600 p. avec 385 illustrations. C’est un ouvrage d’ensemble, historique et bibliographique sur tout le livre et ses arts, depuis les origines jusqu’à nos jours. (1470-1921). (Imprimerie, illustration, reliure, ex-libris, etc.).

3. Les listes bibliographiques placées in fine de cet ouvrage, ainsi que les notes inframarginales au cours de l’exposé, indiquent les principales contributions. Tout l’ensemble constitue à ce jour la source des sciences biblio-logiques et documentaires. (I) (I) HOECKER, R et VORSTIUS, J. Internationale Bibliographie des Buch und Bibliothekswesen, mit besonderer Berücksichtigung der Bibliographie. — In Kritischer Ausv/ahl Zusammengestcllt von R. Hoecker und J. Vors-tius (Leipzig Harrassowitz).


38 BIBLIOLOGIE 17

17 HISTOIRE ET ÉVOLUTION. PHASES DES SCIENCES BIBLIOLOGIQUES

  1. Trois points de vue tendent à prévaloir dans toute science : le statique, le dynamique, le génétique ou évolutif. De même en Bibliologie. Très longtemps statique, elle même doit se faire maintenant largement évolutive et génétique.

La loi d évolution es1, générale. On la retrouve dans les phénomèmes biologiques, sociaux et ceux qui portent l’objet des autres sciences. Influence du milieu, procédés organiques divers et réitérés d’agrégation des parties en un tout; transition incessante d’un ordre moins homogène, moins organique, moins efficace et moins parfait à un autre plus homogène, plus organique, plus efficace et plut parfait.

Sous le nom d’« Histoire du Livre », des matériaux considérables ont été rassemblés, mais ils visent les détails plus que les ensembles. L’Histoire du Livre, distincte ds l’histoire des sciences bibliologiques, sera traitée au chapitre qui envisage les livres aux diverses époques.

Une histoire du livre détaillée est une source incomparable pour la compréhension réelle du livre tel qu’il se présente aujourd’hui. Le livre est l’aboutissement d’une longue, très longue évolution et bien peu de ses détails qui soient le résultat d’un hasard et d’un fac teur arbitraire. On est stimulé ainsi à créer de nouveaux types, en connaissance plus complète des pos sibilités. Les notes historiques éclairent tout exposé et lui donnent une signification plus vive.

Il semble que pour nos objets familiers comme pour nos connaissances, le plus difficile est d’en prendre conscience, de les détacher pour ainsi dire en nous-mêmes, pour leur faire prendre existence et consistance propre. C’est le « désaxement » facilité par l’histoire, qui rend possible cette c autonomisation ».

  1. La Documentation, vieille comme l’homme au mo ment où il inscrivait ses premiers signes, a offert trois phases dans son développement récent :

Io Au sortir des temps modernes, les Bibliothèques constituent de grands centres d’érudition. Elles commandent l’activité intellectuelle et entreprennent l’œuvre de leur catalogue concurremment avec celle du collectionne-ment. C’est d’autre part chez elles et c??est avec leurs ressources en matériaux de toute nature que s’entreprennent alors les grandes compilations, recueils, dictionnaires, encyclopédies.

2” Ensuite la Bibliographie se dégage peu à peu de la Bibliothèque. Elle naît des besoins, non d’une collection déterminée, qui est satisfaite par le catalogue, mais de ia Science, désireuse de se servir des livres où qu’ils soient entreposés. Pour se constituer une méthode, — celle de la description des livres et des études sur les ensembles de livres. — elle arrive bientôt à élargir la conception qu’elle se fait du livre lui-méme jusqu’à lui substituer la notion du document. A partir de ce moment, à l’étroit dans les anciens cadres, la Bibliog.aphic s’affirme autonome, l’égale même de la Bibliothéconomie, et critique son particularisme. En travaillant dans la catégorie de l’universel, elle influence rapidement la science, la production inte lee-tuelle elle-même, à laquelle elle apporte le moyen de se représenter plus clairement sa propre universalité.

3U Et maintenant voici qu’une nouvelle phase est commencée. Ce n’est plus ni celle de la Bibliothéconomie, ni celle de la Bibliographie, c’est celle de l’ensemble du Livre et du Document, (a Documentation. L’une et ( autre en sont des parties, mais des parties rattachées à un corps plus vaste, dont l’existence les élargit, les élève, les transforme.

On peut rapprocher tout ce développement de celui de la Chimie à travers les Âges. Science théorique, industrie pratique, on ne trouve d’abord que les officines du moyen âge avec chez quelques esprits la préoccupation du problème de la matière, de ses espèces et de ses créations. La chimie naît lentement de l’Alchimie et de la Philosophie naturelle, et un moment vient, le nôtre, où toute la pharmacie est absorbée et réordonnée par la Chimie.

  1. Il ne faudrait trop s’étonner que la Bibliologie ne se constitue que de nos jours. Il fallait d’abord que les livres existassent avant de pouvoir les décrire, les analyser et dégager de leur existence même des faits généraux. De même la Critique littéraire est apparue tardive ment « le dernier produit d’une longue expérience disait Longin. avec la tâche de constater l’état-civil des vivants et de relever les morts ».

Proudhon (sur VEconomie politique), a dit :

« L’Histoire de la Bibliologie est nécessairement prématurée si on la juge ou point de vue d’une Science faite. Mais elle est lumineusement utile sous ce rapport qu’elle est le dernier degré que nous ayons à monter pour arri-c ver au sanctuaire ».

Il y a des sciences qui se sont formées au sein des universités. D’autres hors les universités : ainsi la Sta tistique. Il est compréhensible que la Bibliologie se soit constituée hors les universités et qu elle s’impose aujourd’hui à elles,

  1. L’histoire des moyens de communications montre les phases suivantes :

Première époque. — D’abord le langage est le seul moyen de communication. Plus tard, les nouvelles se transmettent par des signaux (feux de nuit, signaux par le langage des tambours en Afrique). Plus tard, le système des messagers.


17 HISTOIRE ET EVOLUTION 39

Deuxième époque. — Communication pur l’Ecriture.

Le livre, l’écriture sont si importants qu’on dénomme période préhistorique celle qui va des premières manifestations humaines aux premiers documents écrits.

froisième époque. — Communication par des appareils mécaniques, imprimerie (journal). Télégraphie, Téléphone, Poste. Radiophonie.

XXe Siècle. — Nous nous sommes trouvés subitement en présence du livre en large collaboration de la publication périodique et continuelle, de la commercialisation, des formes matérielles nouvelles, notamment des répertoires sur fiches, de l’invasion du texte par l’image, des procédés de notation, de chiffrage et de diagramme, de /a culture simultanée de toutes les sciences de leur application.

Peut-être sommes-nous à un moment aussi important dans l’Histoire du Livre qu’a été la découverte et la généralisation de l’imprimerie au XVe siècle. En toute matière les grands changements d’orientation nécessitent de longues et patientes préparations. Après les efforts particuliers des dernières décades, nous assistons maintenant à ce qu’on pourrait appeler à rénovation de la pensée bibliologique,

5. Les phases du livre correspondent aux phases de la Pensée : 1° Les pensées primitives. 2° L’expression littéraire de la pensée morale, philologique, scientifi- que. 3° La science constituée. 4° L’étape nouvelle : la science synthétisée, documentée, visualisée, mathéma-tisée, se condensant, se ramassant pour mieux bondir plus loin et plus haut.

C’est la parole extérieure, la vérité, la phonation, qui a fini par modeler la parole intérieure, et a donné au travail de notre pensée l’expression verbale, une réalité presque tangible. De même, c’est l’écriture qui a donné une forme, une réalité à la science : l’écriture a peu à peu constitué les livres. D’une manière générale, on peut suivre cette histoire de la pensée cérébrée (cogitée) et se constituant peu à peu en un vaste organisme intellectuel, la science.

  1. La scierice bibliologique dans sa première phase a été purement descriptive ; Ja Bibliographie proprement dite. Dans une deuxième elle a tendu à devenir théorique : Bibliologie. Voici qu’elle tend à devenir technique, c’est-à dire à influencer la confection du livre par des règles déduites de la théorie (Bibliotech nie). Cessant d’être la servante de livres tout fait«, et insuffisamment bien faits, elle revendique une action sur les livres à faire. Elle prescrit à la fois les meilleures formes (abstraction faite du contenu) et l’opportunité d écrire certains ouvrages selon les besoins scientifiques reconnus, ce qui est aujourd’hui livré entièrement à l’ar bitraire des éditeurs et souvent des auteurs. Cette fonction, les sciences du livre ont à la partager avec l’organisation scientifique de chaque science.
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Le livre et la representation du monde


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L’ univers, l’intelligence, la science, le livre

Les choses

L Univers , la Réalité, le Cosmos Les intelligences

qui pansent les choses fragmentairement La science Remet et coordonne en ses cadres les pdnsr.es de toutes les intelligences particulières Les Livres

Transcrivent et photographient la science selon l’ordre divise des°connaissances La Collection de livres forment la Bibliothèque La Bibliographic Jnventone et catalogue les Iivres

la reunion de notices Bihliographiquos forme le repertoire B?? bl‘0(jcaP^‘9oC universe!

-L’Encyclopédie

. (Texte etlmage]

Dossier Atlas Microfilm

Concentre, danse et coordonne le contenu des livres

La Classification

Conforme à l’ordre que l’intelligence, découvre dans les choses, sert a lu fois a. J ordonnance de la science des li vres de leur Bibliographie et de l’Encyclopédie

L’Univers, l’lntellicence, la Science, le Livre


La Documentation et ses parties

A B C

0

1

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211 NOTION CT DEFINITION DU LIVRE 43

2 Le Livre et le Document

Il y a lieu d’examiner successivement: 1. La notion générale du Livre et du Document. 2. Leurs éléments constitutifs : matériels, graphiques, linguistiques, intellectuels, 3. Leurs parties. 4. Leurs espèces ou types. 5. L s documents graphiques autres que les publications imprimées- manuscrits, cartes, estampes, archives, musiques, inscriptions. 6. Les autres espèces de documents, livres ou documents graphiques qu’on peut considérer comme leurs substituts: objets et appareils de démonstration, disque, film, etc. 7. Les opérations, fonctions, activités auxquelles donnent lieu le Livre et le Document : facture, description, critique, distribution et circulation, conservation, utilisation, destruction.

21 LE LIVRE EN GÉNÉRAL

211 Notion et Définition du Livre et du Document.

  1. Définition générale.

Les livres — étant entendu par ce terme générique les manuscrits et imprimés de toute espèce qui, au nombre de plusieurs millions, ont été composés ou publiés sous forme de volumes, de périodiques, de publications d’art — constituent dans leur ensemble la Mémoire matérialisée de l’Humanité, en laquelle jour par jour sont venus «’enregistrer les faits, les idées, les actions, les sentiments, les rêves, quels qu’ils soient, qui ont impressionné l’esprit de l’homme.

Les livres sont devenus les organes par excellence de la conservation, de la concentration et de la diffusion de la Pensée, et il faut les considérer comme des instruments de recherche, de culture, d’enseignement, d information et de récréation. Ils sont à la fois le réceptacle et le moyen de transport des idées.

Le développement de la production, le bon marché et l’excellence des éditions, la variété des matières traitées, la refonte à intervalles rapprochés des ouvrages fondamentaux selon des ensembles de plus en plus complets, de mieux en mieux ordonnés, ce sont là des circonstances qui concourent à accroître l’importance du rôle social des livres,

A côté des livres proprement dits, il y a la multitude des documents de toute espèce qui n’ont pas été publiés ou ne sont pas destinés à l’être.

La définition la plus générale qu’on puisse donner du Livre et du Document est celle-ci t un support d une certaine matière et dimension, éventuellement d’un certain pliage ou enroulement sur lequel sont portés des signes représentatifs de certaines données intellectuelles. %

  1. Les plus petits documents.

Le plus petit document c’est une inscription, la borne miliaire qui porte le nom d’une localité et un kilométrage. Le poteau qui porte « stop » ou ralentissement, une simple figure conventionnelle de la signalisation (rond, triangle, barrière fermée). C’est même moins, c’est le signe que le boyscout trace à la craie sur les arbres ou les rochers; sur papier c’est la carte de visite un nom suivi éventuellement des titres et de l’adresse; c’est le timbre-poste tout petit, plus petit encore le timbre réclame et toutes les petites étiquettes.

  1. Le Biblion.

Il y a désormais un terme générique (Biblion ou Bibliogramme ou Document) qui couvre à la fois toutes les espèces : volumes, brochures, revues, articles,

cartes, diagrammes, photographies, estampes, brevets, statistiques, voire même disques phonographiques, verres ou films cinématographiques.

Le « Biblion » sera pour nous l’unité intellectuelle et abstraite mais que l’on peut retrouver concrètement et réellement mais revêtue de modalités diverses. Le biblion est conçu à la manière de l’atome (ion) en physique, de la cellule en Biologie, de l’esprit en psychologie, de l’agrégation humaine (le socion) en sociologie. L’atome a donné lieu à une représentation de plus en plus précise et sur la base de laquelle se sont engagées toutes les recherches et discussions. (C’est Bohr qui en a donné la première figure.)


44 BIBLIOLOGIE 211

  1. Dan» le cosmos (ensemble des choses) le livre ou 1 Document prend place parmi les choses corporellea (non incorporelle»), artificielle?? (non naturelles), et ayant une utilité intellectuelle (non matérielle).

Les créations matérielles sont ou des productions ou des moyens de produire. Il y a : a) les moyens de produire les choses utiles et consommables (les machines) ; b) les moyens pour produire des phénomènes naturels, abstraction de toute préoccupation d utilité (les appareils) ; c) les moyens de mesurer les phénomènes (les instruments).

Le Livre est un moyen de produire des utilités intellectuelles.

  1. Les chotcs ont avec les documents des rapports de diverses espèces :

1° Rapport de choses signifiantes à choses inaignafiées, ce qui constitue le fondement mime de la documentation.

2° Les choses elles-mêmes traitées comme objet de documentation quand à titre de spécimen et échantillon elles figurent dans des collections documentaires (musées, expositions).

3° Les choses créées, modèles et mécanismes pour démonstration scientifique, éducative ou publicitaire.

4° Les marques de toute nature portées sur les objets et qui servent a leur identification et signalisation.

5° L’application par analogie des méthodes de la documentation à l’administration des choses elles-mêmes (Documentation administrative).

  1. Les écrits ont la propriété dite par l’adage « scripta marient verba volant». Les écrits restent si les paroles s’envolent. Mais au point de vue de la rigueur de la pensée on peut proposer en termes latins cet autre adage, les termes s’échelonnant en degré : verba divagantur scripta concentrant constructiones coordinant mechanica logicant

1° La parole peut divaguer. Autant dit. autant en emporte le vent. La parole étant successive peut se traduire sans qu’elle soit autre chose qu’une série de points, dont le lien matériel simplement sonore, est s» léger qu’elle peut flotter en tous sens.

2° Les écrits concentrent la pensée de qui les établit. Ils sont en surface. On les lit. pouvant revenir dans le texte d’avant en nrrière. Les liens logiques de la vérité s’ils ne sont pas réels peuvent facilement être décélés.

3° Les constructions, stéréogrammes à trois dimensions, coordonnent strictement les idées. Par les vides et les surcharges, par les trois directions de l’idée qui doivent être concordantes, qui permettent un contrôle facile, il est déjà plus difficile de s’aventurer dans des développements superficiels et mal étudiés.

4° Les machines enfin sont les logiciennes par excellence. Elles ne sauraient entrer en mouvement et s’y maintenir


que par le jeu rigoureusement exact, concordant et simultané de toutes leurs parties.

  1. Le Document offre de de la Réalité une image à la sixième dérivation. On a en effet les termes intermédiaires suivants: 1° Le Monde (ou la Réalité elle-même) ; 2° Les 5eni de l’homme qui perçoivent le monde exactement et complètement ; 3° L’Intelligence, qui élabore les données sensorielles; 4° La Langue, instrument social de communication; b?? La Science, ou connaissance?? collective», 6° Le Document composé par 1??Intelligence et pour exprimer la Science.

Chacun de ses intermédiaires est une cause de déformations et de frictions absorbant l’énergie intellectuelle.

Tout effort doit donc être fait : a) pour supprimer ou atténuer les déformations et les frictions intermédiaires ; b) pour créer des moyens de percevoir ou se représenter ta réalité.

5. Définitions littéraires du Livre. L’homme passe, le livre reste. Le livre porte aux

générations futures la lumière, la consolation, l’espérance et la force (Milton). — L’imprimerie c’est l’artillerie de la pensée (Rivarol), — Le livre forme un cercle distingué, nullement bruyant, mais toujours vivant, dans l’intimité duquel on se repose à loisir (Montaigne). — Les livres réalisent la conversation imprimée (Ruskin). — Les livres sont des amis muets qui parlent aux sourds (Proverbe flamand). — L organisation humaine la plus puissante, l’avantage le plus grand pour une société, c’est la mi»e à la portée de tous des trésors du monde emmagasinés dans les livres (Carnegie). — La littérature est le souffle vital de ta civilisation, le sel du corps social (Wells).

Le livre, c’est la passion de répandre ses idées sur le monde et de les faire partager à tout les hommes (Suarez).

« Le livre, mais qu’est-ce donc pour qu’il attire à ce point qu’on l’aime avec passion quand on l’a connu ? Un livre est une voix qu’on entend, une voix qui nous parle, qui gagne notre confiance, d’autant mieux qu’elle s’insinue plus doucement, plus intimement; c’est la pensée vivante d’une personne séparée de nous par l’espace et le temps. C’est une âme, une âme dont nul ne peut prévoir le destin, la durée et qui va auprès et au loin souvent, on ne sait où, dans l’univers connu, communiquer avec d’autres âmes, leur apporter ses beautés et ses laideurs aussi, la vérité et l’erreur, hélas, souvent; une âme prenante, à peu près toujours, à cause de ton contact intime, seule à seule, avec l’autre âme qu’elle touche, capable par conséquent de la faire magnifique

et sublime, perverse ou dégradée. Et donc âme

qui réclame des soins délicats, âme qui exibe des attentions spéciales de tous ceux qui l’entourent et lui facilitent son élan. » (Gabriel Beauchesne.)

Le plus grand personnage qui, depuis 3000 ans peut être

fasse parler de lui dans le monde, tour à tour géant ou


212 ANALYSE DES CARACTERISTIQUES 45

pygmée, orgueilleux ou modeste, entreprenant ou timide, sachant prendre toutes les formes et tous les rôles, capable tour a tour d’éclairer ou de pervertir les esprits, d’émou- ? voir les passions ou de les apaiser, artisan de factions ou conciliateur de partis, véritable Protée qu’aucune définition ne peut saisir. c’est le Livre. (Egger. )

L’Humanité est un homme qui vit toujours et qui apprend »ans cesse. (Pascal.)

I ri Bibliothecis loquuntur defunctorum immortales

animae.

(Plinîus senior.)

Nullus esse lihrum tam maluni ut non aliqua porte prodesset.

(Plinîus senior.)

Librt muti magistri surit.

(Auliis Gellius.)

212 Analyse des caractéristiques du Livre et du Document.

Du nombre immense des livres particuliers existants, on dégage par analogie la notion du livre en général.

II en est du livre comme des machines. Dans les premiers temps, chaque machine était considérée comme un tout, composé de parties qui lui étaient propres. A de rares exceptions prés, les yeux de l’esprit ne distinguaient pas encore, dans les machines, le groupe de précision que nous désignons aujourd’hui sous le nom de mécanisme. Une machine était un moulin, un brocard était un procédé et pas autre chose. C’est qu’en réalité, il faut que la pensée sur un sujet donné ait déjà fait bien des progrès pour être à même de distinguer ce qu’il v a de général dans ce qui est propre à ce sujet; c’est la première distinction entre la pensée scientifique et la pensée ordinaire. (Reuleaux. Cinématique, p. 11.)

Il faut envisager les caractérisques du livre à la manière dont le naturaliste considère les espèces animales, végétales et minérales. La conception d’un type général et abstrait, le livre, s’en dégage à la manière dont la Zoologie, la Botanique, la Minéralogie, conçoivent l’animal parallèlement aux animaux, la plante parallèle, ment aux plantes, le minéral parallèlement aux minéraux, il y a lieu d’examiner successivement :

1° Les éléments constitutifs du livre ou document;

2” Ses diverses parties et leur structure;

3” Les espèces ou familles d’ouvrages.

L’examen de ces données a sa raison d’être en soi et à toute fin. Il sert aussi de base aux opérations de collationnement, de bibliographie, de catalogue et de classement et leur donne un fondement scientifique et rationnel.

La détermination des caractéristiques d’un livre est indispensable pour le reconnaître et l’identifier. Cette détermination individuelle ne saurait se faire qu’en fonction des caractéristiques générales.

212.1 Caractéristiques générales.

Le livre peut être envisagé au point de vue des caractéristiques suivantes :

1° La Vérité (le vrai); 2° La Beauté (le beau); 3° La Moralité (le bien); 4° L’Originalité; 5° La Clarté (com- préhensibilité) ; 6° La Valeur économique (commercialité); 7° La Nouveauté.

Les documents ont en commun avec la parole de pouvoir ne pas exprimer la vérité. Ils ont en plus d’elle la possibilité de se présenter sous des dehors fallacieux, fausses attributions aux auteurs erronés ou pseudonymes, fausses dates, fausses indications d’éditeur, d’imprimeur, d’édition, etc. L’erreur volontaire, le mensonge volontaire peut être le fait de l’auteur, l’a propagation des documents apocryphes, trouvés ou défigurés, la diffusion intentionnelle d’informations mensongères peut être le fait de tiers. L une et l’autre sont de nature à causer un dommage à la Vérité en soi. et aux personnes, physiques ou morales dont elles viendraient à diminuer la situation.

La nouveauté entraîne toute la documentation comme elle entraîne toute la vie contemporaine. Le journal, la T. S. F., le film, luttent de vitesse pour procurer au public insatiable le maximum d’informations dans le minimum de temps,

212.2 Qualités et défauts des livres.

Les qualités d’un livre-document répondent aux trois critères supérieurs: vrai, beau, bon. On dira par exemple un vrai et un faux bilan, les fausses Décrétales : la bonne presse, les beaux livres.

Dans un ensemble de livres, les variations individuelles oscillent autour d’une moyenne (fluctuations). Un grand nombre ont une valeur moyenne ; sont peu nombreux les réel» mauvais livres, très rares les livres supérieurs. Dans un diagramme ou statistique on retrouve la courbe dite en cloche ou de fréquence (Po’ygone de Quetelet).

Les défauts d’un livre sont : Erreur : lourdeur, désordre dans l’exposé; confusion de l’essentiel et de l’accessoire; lacunes, arriéré.

212.3 Le livre, capital et outil.

Le livre est un capital d’idées qui s’amasse et se tient en réserve. L’homme accumule les idées et les faits comme il accumule les produits.

Le livre est une arme, un outil.

« Martin Luther, qu’on juge mal parce qu’on s’obstine à le considérer comme un théologien, fut surtout un patriote allemand, le plus grand idéologue contesté de ce pays. Il manie le pamphlet au lieu du cimeterre, mais il sait l’art d’armer les nobles contre les clercs. »

(Péladan.)

212.4 Unité, multiples et sous-multiples.

L’unité physique, matière du document, est marquée soit par la continuité matérielle de sa surface (ex. : la surface d’une lettre, d’un journal), soit par un lien maté-


46 BIBLIOLOGIE 220

riel entre plusieurs surfaces (ex. : les feuilles reliées d’un livre), soit par un lien immatériel (ex. : les divers tomes d’un même ouvrage).

L’unité intellectuelle est la pensée.

Comme en toutes choses, on peut distinguer aussi dans le document: 1° l’unité ; 2° les parties; 3° leur totalité ; 4,J une pluralité d’unités ; 5° la totalité des unités.

On a vu précédemment ce qu on peut considérer comme unité intellectuelle. Il y a des multiples et sous multiples des unités matérielles et intellectuelles.

Toute chose considérée dans son ordre propre est placée au degré d’une échelle dont les deux extrémités sont le néant d’une part et la totalité d’autre part. Dans l’échelle de la série ainsi établie, on choisit plus ou moins arbitrairement une unité d’où l’on puisse procéder dans les deux directions montante et descendante. En ce qui concerne la Documentation, l’unité sera le livre, ses multiples seront les ensembles formés par le livre tels que les collections (bibliothèques) et ses sous-multiples seront des divisions telles que ses parties (chapitres, etc.).

212.5 Equation du Livre.

Sous une forme condensée et en se reportant aux tableaux ci-après des éléments et de la structure du livre. la définition générale peut prendre la forme suivante d’unr équation énumérant les facteurs :

E (M + G + L + I)

L =

S (r + I + p + c + t + a)

Ce qui se lit: Livre ~ éléments (éléments matières 4-éléments graphiques 4- éléments linguistiques -f éléments intellectuels) : Structure (reliure -f frontispice -f préliminaires 4- corps de l’ouvrage + tables 4?? appendices).

En exprimant ainsi la détermination d’un espace (lieu) et d’un temps (date) et les données relatives à l’auteur, l’équation se complète ainsi :

E

L = — X e Xt S

Francesco Lumachi (Nella república del Libro, Firenre Lumachi, 1907, p, 190) donne du livre la formule suivante non complète :

A ( t 4?? e 4?? 1)

l =- :—

p

A = auteur ; t = typographie ; e = éditeur ; l = librai re; P = public; L = livre.

22 ÉLÉMENTS COMPOSANTS DU LIVRE ET DU DOCUMENT

220 Vue d’ensemble.

I” E/émenfs matériels.

Substance, matière (support, surface). Forme matérielle (figure), dimensions (format).

2° Eléments graphiques (Signes).

T exte.

Ecriture phonétique (Alphabet).

Notations conventionnelles.

Illustrations.

Images (Reproductions concrètes). Dessinées (Images à la main). Photographiées (Image mécanique). Schéma (Diagrammes) (Reproductions abstraites).

Etablis à la main.

Résultat d’un enregistrement mécanique. Décoration du livre.

Fig urines, culs de lampe, rinceaux.

3” Eléments linguistiques.

Langue du livre.

4” Eléments intellectuels.

Les formes intellectuelles du livre (Exposé didactique; rhétorique, genres littéraires, formes bibliologiques).

Les données du livre. (Matière scientifique ou littéraire, res scripta).

Un livre est la réunion de feuilles de papier imprimé. Sur ces feuilles, l’impression, divisée par pages est dispo sée, recto et verso, de façon à ce que les pages se succèdent en ordre, après la pliure ; car ces feuilles seront pliées plus ou moins de fois sur elles-mêmes selon le format extérieur prévu pour le livre. Puis elles sont cascm-blées suivant un numérotage, indépendant de la pagina-lion. On nomme ce numéro de feuille la signature de fa feuille. Une fois réunies dans leur ordre, on y ajoute, en tête, le titre qui généralement n’est que la répétition de la couverture (le faux titre qui précède ne donne que l’indication du livre), les feuillets contenant la préface, avant-propos, avertissement. On place soit en tête, soit en fin de volume la table des matières. On ajoute les hors-texte, cartes, planches, tableaux, etc. On coud les feuilles, puis on broche, on cartonne ou on relie: C’est le livre. (Bourrelier.)

Un livre est composé de plusieurs éléments : éléments intellectuels (idées, notions et Faits exprimés), é/émenis matériels (substance ou matière disposée en feuilles d’un certain format, pliées en pages) et éléments graphiques (signes inscrits sur la substance). Les éléments graphiques sont le texte et l’illustration. Le texte se compose d’écriture alphabétique et de notations conventionnelles. L’illustration comporte les images, soit dessinées (images à la main), soit photographiées d après nature (images mécaniques). Les illustrations sont placées dans le texte ou publiées sous forme de plan-


221 ELEMENTS MATERIELS 47

ches imprimées au recto seulement, jointes au texte ou mises hors texte, ou réunies en album ou atlas séparé du texte, mais faisant partie intégrante de l’ouvrage.

Le livre peut être envisagé :

1° Comme contenu: les idées qui se rapportent a un certain sujet ou matière, considérés dans un certain lieu et dans un certain temps.

2° Comme un contenant: une certaine forme de livre et une certaine langue en laquelle les idées sont exprimées.

Ces formes, à leur tour, sont de deux espèces :

  1. la forme de l’exposé objectif, didactique, scientifique, forme susceptible de progrès constant et qui sont comme les moules préparés pour recevoir la pensée;
  2. les formes littéraires proprement dites correspondant aux genres et espèces qu’étudie la Rhétorique.

Ces éléments servent de base à la classification.

221 Eléments matériels.

Les éléments matériels du Livre-Document sont constitués par son support, dont les substances peuvent être variées, diverses les formes et dimensions, et distinct le corps même de son enveloppe ou couverture.

221.1 Substance ou support.
221.11 Notions.
  1. La principale substance sur laquelle sont portés les signes et qui en constitue le support est le papier.

« L’ère du papier », c’est même une des épithètes qui caractérise le mieux notre époque, mais le papier n’est qu’une des espèces de s matière inscrivante »,

  1. Le papier est un moyen de créer et multiplier la surface.

Le papier soulève nombre de questions : La qualité,

L’adaptation de différentes sortes aux usages variés auxquels on le destine, la standardisation proposée des formats, celle suggérée de certaine fabrication, les prix en fonction des possibilités de la consommation, les applications inattendue!« et réminiscentes des papiers et cartons. Le papier et le carton sont dans tous les pays devenus des éléments essentiels de l’organisation actuelle.

221.12 Historique.
  1. On a écrit sur pierre, sur métal, sur poterie, sur papyrus, sur parchemin et finalement sur papier.
  2. Le Livre de pierre, si solide et si durable, a fait place au livre de papier, plus solide et plus durable encore. « Ceci tuera cela. »

(Victor Hugo, Notre-Dame de Paris.)

3. Le Papyrus remonte très haut, à 3000 ans avant J. C. soit de plus 5000 ans. 47 I 4. Les livres sur papyrus ont du être interdits parce qu’on a écrit des livres en prose exigeant beaucoup d’étendue.

  1. Le Parchemin (membrana pergamcna). Il doit son origine a une querelle de Bibliothécaires.’ Pergame et Alexandrie étaient les deux grandes bibliothèques du Temps. Elles rivalisaient pour le nombre des livres. Un souverain d’Egypte, pour enlever aux copistes de Perga-me leur matière première, interdit l’exportation du papyrus. A Pergame, on y répondit en perfectionnant un procédé déjà ancien: l’écriture sur peau: parchemin.
  2. Le Papier a été inventé cent ans après l’ère chrétienne par un Chinois. Tsal-Loune surnommé Tchong. Il avait imaginé non plus d’utiliser un tissu tout formé comme le papyrus, mais de produire l’espèce de feutrage qui est le papier, avec des fibres qu’il demandait aux vieux chiffons, aux débris de filets de pêche et même à l’écorce des arbres. Tsaï Loune trouva, en somme, la méthode générale qui devait se perpétuer jusqu’à nous, dans le procédé de fabrication comme dans la matière première employée.

Le papier était inconnu en Europe jusqu’au XIIe siècle, époque où il fut importé de l’Orient par la voie de la Grèce. Sa préparation fut d’abord concentrée en Italie, en France et en Allemagne au XIVe siècle, et ce n’est que vers le milieu du XIVe siècle, alors qu’il était devenu d’uRage presque général, qu’il commença à devenir le rival du velin comme matière du livre.

Le Papier pénétra dans l’Europe chrétienne avant la fin du XIIIe siècle et alors c’était l’îta’ie qui conduisait le monde. La manufacture de papier ne gagna l’Allemagne qu’au XIVe siècle et ce n’est qu’à la fin de ce siècle qu’elle devint assez abondante et assez bon marché pour que l’impression des livres «oit une affaire pratique.

221.13 La fabrication du papier.
  1. Le papier a d’abord été fabriqué à la main, dans des appareils dit « forme ». La première machine à papier date de 1828. La fabrication maintenant est continue et aboutit à des rouleaux de papier.
  2. Depuis plus d’un demi-siècle, c’est au bois que l’on demande de fournir la matière première servant à la fabrication du papier. Le bois y sert sous forme, soit de pâte dite « mécanique » entrant dans les papiers les plus ordinaires, soit de pâte c partie chimique ». Ce dernier produit provient de la désagrégation du bois par des agents chimiques. Il a beaucoup plus de valeur que les précédents et s’emploie pour fabriquer des sortes de papiers supérieurs,
  3. L’industrie de la cellulose et du papier en Suède et Norvège est actuellement en voie de transformation. En raison d’une moindre longévité du papier préparé avec la cellulose du bois par le procédé au bisulfite de chaux, comparée avec celle du papier de chiffons, on tend à

48 BIBLIOLOGIA 221 ?

remplacer, pour la digestion de la pulpe de bois, le bisul- ? file pat la soude caustique. Celle-ci serait préparée sur les lieux mêmes d’utilisation en prenant du sulfate de soude de fabrication anglaise ; ce sel est traité pour soude pat un procédé analogue à celui de Leblanc. Ce mode de préparation de la cellulose est donc appelé fort impro prement procédé au sulfate II donnerait un papier de très bonne conservation.

  1. En principe, le papier est composé de cellulose, c’est-à dite une combinaison dans laquelle entrent 36 grammes de charbon et 41 grammes d’eau.

Le beau papier autrefois se faisait de vieux chiffons de lin et de chanvre, mais les fibres de ces végétaux ont été remplacés par tous les végétaux plus ou moins fibreux ou par ceux dont la tige creuse est désignée sous le nom de paille: riz, maïs, ortie, houblon, genêt commun, bruyère, roseaux de marais, joncs, aloès, agave, bambous, alfa, phormium, tenax, hubuscus, mûrier à papier (broussone-tia), arable papyfera, etc. On a été jusqu’à utiliser les tiges de réglisse, de guimauve, de pois, de pommes de terre, les feuilles de châtaignes, voire même les algues marines.

En Indochine, on imprime sur du papier fabriqué avec du bambou, avec de la paille de riz et du tranh ou herbes à paillottes dont il existe, là-bas, des quantités inépuisables. Le tranh donne un papier très étoffé, très solide; In paille de riz, au contraire, un papier très blanc mais fragile. On va utiliser les plus qui couvrent en Indochine des milliers de kilomètres, et le « papyrus cyperus ». qui au Gabon, produit un papier magnifique. On va utiliser également le « ravinata », le « votoro ». le « berana », végétaux très abondants à Madagascar.

On a proposé d’utiliser les feuilles des arbres. Elles se composent d’un tissu vert, le parenchyme soutenu par des nervures. Un broyage suivi d un lavage permet d isoler les nervures seules utilisables ; le parenchyme tombe en poussière et peut servir à la fois de combustible. La France importe annuellement 500.000 tonnes de pâte à papier, qu’elle paye cent millions de francs. Or ses arbres laissent choir annuellement de 35 à 40 millions de tonnes de feuilles. Il suffirait de 4 millions de tonnes pour fabriquer tout le papier consommé en France et en outre 2 millions de tonnes de fous-produits utiles. (1)

  1. La fabrication du papier a fait des progrès congidé râbles en ces dernières décades. Le progrès a porté sur les machines ; il porte maintenant sur les matières employées. On fabrique du papier au latex de caoutchouc qui, par l’imperméabilité qu’il confère aux feuilles, les met à l’abri de tout rétrécissement. N’étant pas absorbant, il demande moins d’encre ; sa souplesse facilite la pliure du papier.
  2. Le film en celluloïd est devenu un support dans la photo et dans le cinéma. Il est en voie d’être remplacé
    1. PER1ER: « Le monde vivant ». Le Temps, 10 juin 1918.

par le film sonore en papier, incombustible, complété par le film photographique en papier.

Le papier a été longtemps le support-loi. Le celluloïd, par le film, a tendu à le détrôner. Mais on entrevoit qu’à son tour le papier pourra bien l’évincer.

  1. Ainsi, de compositions en compositions, de substituts en substituts, le papier tend à ne plus être ce qu’il était à son origine, mais sa fonction dominant sa composition, peu importe sa substance, pourvu qu’il puisse le mieux servît soit de support aux signes, s’il s’agit de livres et de documents, soit de support ou de couleurs et de motifs s’il s’agit d’usage décoratif, soit encore de simple protection ou résistance s’il s’agit d’emballage, de couverture ou de confection d objets.

On sait quel immense problème d’ordre économique pose aujourd’hui le papier, à raison du fait que les forêts s’épuisent, qu’on va les chercher de plus loin. On étudie actuellement, dans les laboratoires, le moyen de substituer au bois et à la pâte de bois, des graminées que l’on pourrait faucher tous les ans. qui seraient, en quelque sorte, comme le papyrus ancien, ce qui permettrait de mettre fin à ces hécatombes de forêts, lesquelles pourraient avoir d’autres destinations.

Nous serions à la veille d une révolution dans l’industrie du papier. Les perfeefonnements techniques ont. depuis la guerre, fait passer la production journalière par machine de 30 à 100 tonnes. Mais on considère maintenant pouvoir demander à la paille un substitut du papier. Le nouveau papier pourra mieux être conservé que l’actuel, auquel une longétivlté de quinze ans seulement est assu rée. Du nouvel état de chose résultera un déplacement des centres de production du papier, qui sont aujourd’hui au Canada et en Norvège, le pin et le sapin étant par excellence des arbres à papier.

On est arrivé à une sorte de substance unie mais constamment renouvelée. Le papier blanc des usines se couvre de caractères. On le lit. Après usage on le renvoie aux usines d’où, refondu, il ressort en blanc pour servir de substratum à de nouvelles et éphémères inscriptions.

221.14 Espèce?? de papier.
  1. Les papiers sont d’espèces multiples. (1}

Papier vergé. Papier de Hollande. Papier Whatman. Vélin ; il a la transparence et l’aspect de l’ancien vélin véritable. Papier de Chine (fabriqué avec l’écorce de bambou). Papier de Japon. Simili Japon. Papier de ramie. Papier d’Alfa. Papier indien. Papier léger. Papier parchemin. Papier Jnseph. Papier végétal. Papier bulle.

  1. La durée d’un livre est en rapport étroit avec la qualité du papier dont il est fait: on pourrait classer les livres de bibliothèque en cinq catégories suivant la qualité du papier employé à leur confection.
  1. Cim. Petit amateur de livres. I. Papier.

221 ELEMENTS MATERIELS 49

  1. Les livres imprimés sur du papier léger, ordinaire, connu sous le nom d’antique ou « poids plume ».
  2. Ceux imprimés sur du papier fortement chargé et bien calandre.
  3. Ceux imprimés sur différents genres de papiers d‘art ou papiers couchés.
  4. Les livres faits en papier d’épaisseur moyenne, sans charge excessive de matières minérales et composés en grande partie de cellulose de bois et de paille.
  5. Le papier renfermant plus de 25 % de bois méca nique.

Il existe maintenant des papiers en imitalion-couché (supercalandré), si parfaits qu’on peut les utiliser à la place de papier couché. Pour les ouvrages qui réclament beaucoup de texte sous un petit volume, il y a le «papier-bible d, appelé en anglais « india-paper ».

  1. Les papiers bouffants, mis a la mode par l’Angleterre et l’Amérique, ont l’avantage d’être légers et par conséquent avantageux tant pour leur prix intrinsèque en poids que pour le prix des livres. Les papiers bouffants d’alfa sont souples et s’impriment bien, niais ils encrassent les caractères parce qu’ils sont fort pelucheux et ralentissent le tirage.
  2. Le papier indien, rapporté de l’Extrême-Orient en 1841, est fabriqué couramment depuis 1874 par la Oxford Universîty Press. Ce papier est opaque, résistant et très mince. Les ouvrages imprimés sur ce papier atteignent à peine le tiers de l’épaisseur habituelle.

Le papier « biblio-pelure-lndia » est extrêmement mince, tout en étant résistant. L’épaisseur des volumes tirés sur ce papier n’atteint que le tiers de celle des volumes tirés sur papier ordinaire. Il peut n’atteindre que 28 grammes au mètre carré, tout en étant parfaitement opaque. Le tirage sur ce papier est destiné aux appartements et aux bibliothèques encombrées.

Le papier léger en poids mais non transparent a de l’importance pour les ouvrages de documentation. Par exemple, le papier de VAnnuaire Militaire de la S. D. N. 1928-1929, 5° année, a permis d’augmenter la matière en diminuant le volume de la publication.

Papier mince, très solide pour le Bordeker de Suisse Doublé en matière sous le même volume. 568 pages plus les cartes ne forment qu’un volume de 25 millimètres.

  1. Le papier Hydroloid « Vi-Dex ?? ne craint ni les manipulations multiplet, ni la moiteur des doigts; il peut impunément être mouillé, chiffonné et sali ; après lavage et séchage, il ressort intact et utilisable. L’encre ordinaire ne subit même pas les atteintes de l’eau.
221.15 Qualité du papier.

L Le papier a pour caractéristiques :

  1. Le format ou la longueur et In largeur des feuilles ou rouleaux.

BIBLIOLOGIE 221 50

En 1886 ?? clé établi à Cross Lichterfelde près de Berlin, un institut pour l’essai du papier. A l’origine, son objet était exclusivement de contrôler tout le papier fourni aux services du Gouvernement prussien. Bientôt,

Il fut utilisé aussi par les commerçants résidant en Allemagne et meme à l’étranger, qui désiraient voir vérifier si leurs papiers étaient conformes aux règles formulées par l’Institut. Celui-ci contrôle )a composition, le format, l’épaisseur, le poids, la consistance, le toucher, la résistance à l’humidité et le pouvoir d’absorption, la perméabilité à l’égard de la lumière. Au début, les producteurs allemands se montrèrent hostiles à l’établissement de l’inMitut. Bientôt cette opposition disparut et l’on reconnaît les avantages des essais officiels du papier. Aujourd’hui on attribue à cet institut une partie du succès du développement de la fabrication du papier en Allemagne. (1)

Un laboratoire officiel d’analyses et d’essais de papier fonctionne au Bureau des Standards, à Washington.

Les questions relatives a la conservation du papier ont été examinées par la Commission de Coopération Intellectuelle. Le Ncw-Yorlç Times, pour répondre aux desiderata de la conservation du papier, imprime maintenant une édition spéciale sur «All-Rog Paper w.

La Library Association (London) a formé un Comité pour l’étude des questions relatives à la durabilité du papier. (2)

221.16 Consommation et prix.
221.161 CONSOMMATION.

Pour toute la France, la consommation du papier destiné au livre serait de 180 & 200 mille kg. pat Jour, celle du papier à journal de 60 mille kg.

Le tiers de la consommation totale du papier pourrait être du papier d’impression ordinaire, tandis que le papier d’emballage comprend environ les deux tiers.

Ces dernières années, la consommation du bois a con sidérablement augmenté. La superficie du sol en forêt est de 61 °Î, en Russie et de 4 % en Angleterre. Les forêts du Canada et de l’Amérique ont été décimées. Les Etats-Unis consomment annuellement 90 millions de traverses. Ou prévoit une famine de bois aux Etats-Unis et nu Canada dans quinze ou vingt ans.

Les Etats-Unis en 1880. consommaient trois livres de papier à journaux par tête d’babitant chaque année. En 1920, il en consomme 35. Cette année-là. le papier aurait formé un rouleau de 73 pouces de large d’une longueur de 13 millions de milles. Les quotidiens ont une circu-

(1) Essais de fournitures de bureau pour l’administration des postes d’Allemagne. (L’Union Postale, Berne novem- bre 1927. p. 336.)

(2) PAQUET. T. Le Papier et sa Conservation. Bulletin Le Musée du Livre, 1925. 61.


lation journalière de 28 millions de numéros et de l’Atlantique nu Pacifique, il y a plus de 100 quotidiens tirant à plus de 100,000.

Il faut signaler les méfaits de l’industrie du papier au point de vue de la déforestation, Ce sont de véritables forêts qu’il faut, en effet, pour assurer le tirage quotidien de 30.000 journaux, dont quelques-uns s’impriment à plusieurs millions, et celui des 200 volumes, ce chiffre représentant la moyenne de tous ceux oui se publient chaque jour dans le monde. Ces 30.000 journaux, tirant à dix milliards 800 millions d’exemplaires, consomment journellement mille tonnes environ de pSte de bois : exactement 350,000 chaque année. C’est, avec les livres et les revues, la charge de 37,500 wagons de dix tonnes, traînés par 1,800 locomotives, c’est-à-dire à peu de chose près, l’effectif du matériel d’une grande compagnie, ou encore le plein de 180 paquebots. Et encore, il n’est pas tenu compte des papiers d’emballage, cartons, prospectus, papiers à écrire, etc. Aussi bien, c’est 350 millions de m3 que doit fournir chaque année en Europe la coupe de bois. La France en donne 6.5 millions, l’Angleterre neuf millions, et la Russie, la Norvège, le Canada, les Etats-Unis fournissent le reste. Mais les Etats-Unis consomment à eux seuls 900 millions de m3. On coupe donc les arbres, on détruit les forêts pour alimenter tous les jours cette fabrication fantastique. Mais un arbre ne repousse ni en un an ni en dix.

Une semaine de publication d’un des journaux actuels à fort tirage, c’est une forêt qui sombre quelque part.

221.162 PRIX.

L’immense consommation de papier de notre temps en a fait une matière à spéculation économique considérable. Pendant la guerre mondiale, après la guerre, le papier a subi des hausses vertigineuses sans rapport avec les conditions normales du marché. La spéculation et 1 Sprete au gain ont été remarquables. La tendance générale aux trusts n trouvé ici des réalisations.

Le papier est tombé de 24 centimes en 1862 à 2 centimes en 1900.

Le papier journal qui avant la guerre se vendait 28 fr. les 100 kg., était en février 1918 à 180 fr

Le prix du papier est devenu excessif dans les pays où la monnaie a été dépréciée au cours de la guerre. On peut dire, par exemple, qu’en Belgique, alors que le coefficient de dépréciation de la monnaie est de 7, on paie jusqu’à 12. 14 et 15 le papier. C’est immédiatement une entrave à la production.

Le papier qu’on payait en 1914. 30 fr. les 100 kg. en France, y monte jusqu’à 415 fr.

Pendant la guerre, le papier et l’argent manquent. Quand le papier a manqué en France, en avril 1916, ‘a Presse a sollicité que le Gouvernement obtienne de l’An-


221 ELEMENTS MATERIELS 51

gleterre un bateau pour aller chercher la pâte nécessaire au Canada.

La disette de papier amena la suppression de l’étendue des journaux. On parla même de supprimer un grand nombre de journaux.

Arrêté français du 2 février 1918 portant restriction à l’épaisseur des papiers à imprimer, au nombre et à la dimension des affiches, aux dimensions des programmes des théâtres, a l’emploi des gros caractères dans la composition des livres.

(Bibliographie de la France, 8 février 1918.)

La cherté du papier conduit à la concision.

Antérieurement, on connut une crise de papier sous la Révolution française. (1)

Le vieux papier à sa valeur. On a payé (octobre 1932) tes rognures blanches 125 fr.. le bouquin n° 1 33 fr.. le journal blanc 65, le journal froissé. 26 fr. Par comparaison le journal appelé les bobines se payent 125 fr., le couché blanc supérieur 400, l’impression supérieure 22n

221.17 Usages du papier.

Le Papier a des usages multiples. Son usage pour la documentation (écrire et imprimer), mais ses autres usages multiples aussi : embaPage, tentures, matière d’objets usuels (serviettes, nappes, assiettes, plats, gobelets, etc.).

On a tiré du papier des effets mats ou brillants, des loques, des veloutés, des plissés, des grains nouveaux imitant les matières les plus riches, d’une variété insoupçonnée. qui ont fait d’un habillage banal un nouvel élément décoratif. II a un rôle décoratif. Le papier sert à remballage, à la tenture, a la construction de maints objets. C’est une surface souple, simple, pas coûteuse, prête à toutes fins. Le mode de présentation (emballage) exerce une influence prépondérante sur les résultats recherchés par le producteur, le papier assurant aux produits des chances de diffusion sérieuse.

L’usage des boîtes se multiplie avec une variété infinie, à mesure que leur exécution est servie par un matériel mieux adapté. D’autre part, l’emploi du cartonnage publicitaire et même simplement démonstratif et didactique s’est étendu: pancartes, étiquetage, tableaux, des vitrines, formes découpées et autres formules attractives à base de carton. Celui-ci intervient maintenant dans l’enseigne ment pour les constructions du maître et des élèves. Il intervient dans les démonstrations scientifiques et didactiques Par lu! est rendu possible l’établissement de modèles à destination muséographique.

On a opéré des tissages de fil de papier. L’article produit est la toile pour l’emballage et la fabrication de sacs, à chaîne de jute ou alternée avec fils de papier et a trame entièrement en papier. Il est question de fabriquer également des tapis, carpettes, nattes et stores en fil de papier ou combiné avec des textiles.

  1. Echo de Paris. 7h mars 1916.
221.18 Matières supports autres que le papier.

Il n y a pas que le papier. On écrit partout, on écrit de tout, on écrit sur tout. Sur tout, cela signifie sur toute matière, et quelle est vraiment de nos jours la matière qui n’ait pas été revêtue de signes ou d’images. Les inventions tendent à pouvoir écrire sur toute matière et à pouvoir fixer une maroue, fût-ce une simple lettre, un numéro sur toutes choses.

  1. On écrit et on imprime sur toile. Ex. albums indéchirables sur toile pour enfants de moins de 5 ans, publiés par la maison Hachette de Paris. Toiles dessinées et peintes avec textes indicatifs pour la confection de poupées. Les tissus ont été aussi des moyens d’écrire, peindre et dessiner. (Voir notamment le Musée des tissus de Lyon). On imprime en 3 ou 4 couleurs sur les sacs de jute à l’aide de rotatives sur lesquelles sont fixés des caractères en simili caoutchouc (système Tyger), Impression directe sur toile pégamoïde de cartes géographiques (système Cremers).
  2. Edison avait annoncé un jour l’avènement de livres en feuillets de niclcel. (Cosmopolitan Magazine. 1911.) Le nickel absorbera l’encre ?? d’imprimerie aussi bien qu’une feuille de papier. Une feuille de nickel d’une épaisseur d’un dix-millième de centimètre est meil’eur marché, plus résistante et aussi plus flexible qu une feuille de papier ordinaire, de celui qui sert couramment

I dans la librairie. Un livre de nickel épais de 5 centimètres contiendrait 40,000 pages et ne pèserait que 460 grammes. Or, Edison alors se faisait fort de fournir 460 grammes de ces feuilles de nickel pour un dollar et quart.

La ciselure repoussée peut être, au même titre que l’eau-forte et la lithographie, considérée comme un moyen de reproduction artistique. La dînanderie, qui existe depuis le XIIe siècle, est de la ciselure repoussée sur cuivre. On a plus récemment appliqué le même procédé de repoussage à d’autres métaux, même à l’or. (I)

  1. L’écriture au tableau noir dérivée de l’écriture sur l’ardoise, joue un rôle réel. La démonstration s’y poursuit en des images, des textes, des équations effacées dès que produites. Un coup d’éponge et le document produit disparaît sans autre trace que dans l’esprit des auditeurs-spectateurs. Les saPes des cours s’entourent maintenant d’une ceinture de tableaux noirs, ou concentrés derrière la chaire, ils y étagent leurs plans superposés et mobiles.
  2. On écrit non sur de la lumière mais en lumière. On a créé des lettres lumineuses permettant d’écrire de véritables phrases, quand elles sont placées dans leur cadre électrique. On écrit aussi en lettres au Néon.
  3. Pendant la campagne électorale, les trottoirs et les rues sont devenus le support des appels aux électeurs.

6. La firme Savage a créé un projecteur d’un million ( I ) L’artiste portraitiste A. Guaisnet.


52 BIBLIOLOGIE 221

et demi de bougies, avec lequel elle est parvenue à projeter de la publicité sur des nuages à 2.000 mètres de distance. Les lettres ainsi projetées ont 4C0 mètres de haut. L’appareil est monté sur wagon et un seul opérateur manœuvre toute la machine.

  1. On arrive à imprimer les affichettes sur plaque de zinc résistantes. (E.x. : Compagnie des Messageries maritimes.).

8. On écrit aussi sur la peau. Le tatouage est bien connu. Mais voici que l’hôpital de Delaware, à la suite de confusions regrettables dans l’identité des bébés qui lui sont confiés fait écrire un numero sur le dos de chacun d’eux à l’aide d’un schlabone et d’une forte lampe solaire.

La Bibliothèque royale de Dresde possèdr un calendrier ! mexicain sur peau humaine.

221.2 Formes, Formats et dimensions du Livre et du Document.

Il y a lieu de distinguer :

1° les formes ou dispositions ;

2” les formats ou dimensions.

221.21 Formes.
  1. Le livre a connu des formes très diverses. Il a été successivement en lamelles rattachées les unes aux autres (livres orientaux) ; enroulé (volumen, d’où volume) ; en feuillets distincts reîiés ou ligaturés (codex, codices d où code), la forme qu’il a aujourd’hui.
  2. L’histoire du livre montre comment insensiblement d’une forme l’on est passé à une autre forme et sous l’emprise de quelles circonstances la transformation a eu lieu. Ainsi, c’est vers 1263 que le greffier du Parlement. Jean de Montluçon, commença la rédaction du premier Olim. Son travail consista à copier sur des cahiers ou à résumer les décisions anciennes remontant à l’année 1255. qui étaient écrites sur des rouleaux, sur des rôles. Car avant Jean de Montluçon, les greffiers du Parlement, qui semblent n’avoir pas eu de registres, se servaient de rouleaux de parchemins appelés rôles.
  3. De nos jours, le livre, le document se présentent sous cinq formes fondamentales.
  1. En feuille in-folio (placard, affiche, journal, tableau mural.
  2. En volume (codex) relié.
  3. En fiche. Morcelé.
  4. En pliant (carte dans étui).
  5. En rouleau placé dans un étui (plan).

A chacune de ses formes correspondent certains avantages (coup d’œil d’ensemble, document en bibliothèque, accroissement indéfini dans les répertoire»).

Les formes nouvelles possibles restent nombreuses, car rien n’indique que l’évolution les ait épuisées toutes.

4. Voici quelques formes caractéristiques données aux document». a) L’édition imprimée d’un seul côté (sur une face) permet, soit de découper les différents résumés pour lot coller sur des fiches, soit de découper les résumés pour les introduire dans des dossiers sans détériorer ceux placés au dos, soit de prendre des notes au dos de résumés, si on conserve les fac-similés intacts.

Ex. : Bibliographie de PI. I. B.

  1. On a aussi des tirages interfolies de feuilles blanches. Ex. Enquête ethnographique et sociologique sur les peuples de civilisation inférieure par la Société belge de Sociologie.
  2. On a publié des livres formant listes d’adresses gommées a détacher et à donner. Ex. Directory of Libra-ries United States and Canada ; Wilson Cy Minneapolis.
  3. Livres à onglets ou à signets. Ex.: Les livres litur giques et les livres à lire fréquemment.
  4. Albums, atlas à transformations, combinaisons amusantes pour les livres d’enfants, combinaisons didactiques dans les livres de science, tels que les atlas anatomiques ou les albums de machines.
  5. La forme livre a été employée pour former diverses collections. Ainsi les albums de timbres, de cartes pos-
  6. Livre dont une deuxième partie est reliée de manière à permettre, après l’avoir sortie de la reliure et l’avoir déployée, consultation simultanée avec la première partir. C’est en réalité comme si Pon avait deux livres en un.

Utilité. — a) Livres dont l’index doit être consulté fréquemment. b) Atlas et index géographiques à consulter en cours de lecture, c) Livre avec recueil de planches à emporter, d) Modèles à l’appui des règles décrites.

  1. Forme harmonica ou paravent pour un exposé faisant suite.
  2. Livres à parties détachables. Ex. Le Guide allemand des chemins de fer.

Les «Guides Bædeker» ne se vendent qu’en volumes complets et reliés. Mais ils sont divisés en parties bro ebées séparément et qui peuvent se détacher. Dans ce but. on casse le livre au commencement et À la fin de la partie à séparer et Pon aperçoit de la gaze qu’il suffit de couper. Pour mettre ces parties brochées, on vend des couvertures reliées en toile.

  1. Les publications sur fiches sont venues créer un nouveau type de documents basé sur une forme matérielle caractéristique.
  1. Les innovations de formes et matières des livres et leur protection juridique ont fait l’objet d’études du Bureau Permanent du Congrès international des Editeurs (Milan 1906).
221.22 Formats.
  1. Le format de papier est la grandeur obtenue par le pliage de feuille.

Le pliage du papier conduit a son découpage.


221 ELEMENTS MATERIELS 53

4 pliages donnent à découpage 16 parties.

2, Le pliage des feuilles de papier donne des pages. On obtient successivement par

1 pliage 4 pages

2 pliages 8 pages

3 pliages 16 pages

4 pliages ?? 32 pages

Le papier se prete à tous les pliages. Un livre représente du papier plié. Mais la fantaisie des auteurs et des imprimeurs, surtout en matière de publicité, arrive à des dispositifs de pliage variés et parfois surprenants : les pliants, les dépliants. Les grandes cartes pliées indépendantes ou dans les volumes montrent aussi le parti tiré du pliage.

Le pliage des cartes permettra d obtenir devant soi, toujours la partie de la carte que l’on désire consulter.

  1. Dans les ouvrages imprimés les feuilles pliées donnent lieu aux pages; elles forment cahiers qui sont numérotés pour la facilité de l’assemblage et de la reliure. Ce numéro s’établit en petits caractères en bas de page et porte le nom de signature.
  2. La désignation : in-folio, quarto, octavo, etc. prêtent souvent à confusion ; elles n’indiquent pas les dimensions du livre, mais bien le nombre de pages à la feuille de papier.

Un in-folio 4 pages

Uri in-4” 8 pages

Un in-8” 16 pages

Un in-16° 32 pages

soit 2t 4, 8 ou 16 pages sur chaque face de papier.

En Belgique, (d’après de Ruysscher n° 10714) le format de papier commercial appelé coquille en matière de papeterie, varie entre 43,3 X 36.5 et 44 X 56.

En France, il est généralement 44 X 56 et s appelle également coquille.

En Angleterre, sous le nom de médium, l’on emploie le format 45 X 57 et large post 42 X 53.

En Allemagne, le format varie entre 44 X 56, 45 X 59 et 46 x 59.

  1. Les formats anglais sont déterminés par les dimensions suivantes en inches (pouces).

Pott 8vo Fcap 8vo . Crown 8vo Demy 8vo Med. 8vo . Royal 8vo lmp. 8vo . Pott 4to ... Fcap 4to Crown 4to 61/8x3 7/8 6 3/4x4 1/4 71/2x5 83/4x5 5/8 91/2x6 1x61/4 Il x 7 1/2 73/4x6 1/8 81/2x6 3/4 10 x 7 1/2 (Il 1/4x8 3/4 I 12 x 9 1/2 12 1/2 x 10 15 x 11 12 1/4 x 7 3/4

13 1/2 x 8 1/2

15 x 10

17 1/2 x 11 1/4

19 x 12

20 x 12 1/2 22 x 15 12 1/2 x 9 1/2 10 x 7

13 1/2 x 10 1/2

  1. Le format des livres anciennement s’indiquait sous la forme in 4“, in-160, etc. Pour avoir plus de précision, on le mesure maintenant en centimètres sous la forme de deux facteurs. le premier celui de la hauteur, le second celui de la largeur Ex. : 28 X 12.

Dimensions approximatives des différents formats : Pott Foiio

Fcap Folio

Crown Folio

Folio

Royal Folio

Imp Folio

Music sizes ;

Royal 4to

Music 8vo

Music 4to In-folio

In-4®

Petit in-4u .. Grand in-6’

ln-8”

In-18

In-12

In-32 45 x 32

33 x 25

26.5 x 19 25 x 17

22.5 x 14 19 x 12

17.5 x 10.5 16 x 10 Les formats sont quelquefois indiqués conventionnellement. Ainsi, à la Bibliothèque Centrale de Florence et dans beaucoup d’autres, on les a indiqués de la manière suivante : In-folio le volume de plus de 38 cm. de haut.

In 4” le volume de 28 à 38 cm. de haut.

ln-8” = le volume de 20 à 28 cm. de haut.

In-16 = le volume de 15 a 20 cm. de haut.

In 24 le volume de 10 à 15 cm. de haut.

ln-32 le volume ne dépassant pas 10 cm. de haut.

Pour la standardisation des formats, voir n° 412.2. (I)

  1. Table des formats de papier en fonction du poids. — Le tableau de concordance des formats de papier est basé sur la coquille qui mesure 44 X 56 cm. L’emploi du papier en bobines a introduit l’usage d’une base différente de poids au mètre carré.

Il semble, à première vue, qu’il suffit de savoir ce que le papier pèse au mètre carré ; cependant, les commandes d’imprimés se font au nombre, et par suite, on a besoin de savoir ce que pèse une rame d’un format donné dans le poids indiqué.

Il y a un certain nombre de formules connues, servant dans les deux sens et dont la table permet, soit de contrôler le résultat, soit de connaître immédiatement ce dont on a besoin. 4to

Royal 4to lmp. 4to (I) dm: Petit manuel de l’amateur de livres. Paris, Flammarion. (11. Le Format, p. 57-90).


54 BIBLIOLOGIE 221

Voici les formules les plus usuelles ; Coquille 44 × 36 formule 6

Raisin 30 × 63 formule 6,1

Jésus 33 × 70 formule 3,2

Grand Jésus 3o × 76 formule 4,7

Colombier 60 × 60 formule 4,13

Grand-Colombier 63 X V0 formule 3,32 Lx. ; La coquille de b kilo« la rame pèse bXb = 64, soit 63 grammes au mètre carré. En divisant ce poids de 63 gr. par La formule 6.1, on aura 10 kg. 633 pour la rame de raisin et l’on commandera du 10 kg. 500. On voit combien il est facile de se servit de cette concordance, de ce barème. Le technicien habitué à manier du papier, juge que celur qu on lui présente est de la force de la coqudlc 8 kg. la rame. Un coup d œil lui apprendra que ce papier pèse 65 gr, au mètre carré, que la rame raisin correspond à 10 kg. 550. il commandera du raisin de 10 kg. 500. On sait que le poids de la rame, ou kilo, multiplie par 2, donne, en grammes, le poids de la feuille ; le poids de la feuiile, en grammes, divisé par 2, donne le poids de la rame en kilos. Une rame de S kg. donne 16 grammes à la feuille. La feuille de 20 grammes provient d une rame de 10 kg.

  1. Il y a des formats usuels :

Ainsi, le format tieket.

Le format timbre poste.

On a recherché de meilleurs formats et justifications pour les romans et autre, ouvrages portatifs, plutôt destinés & une lecture rapide qu’à une conservation indéfinie.

Par le format du livre, on a cherché le moyen de le tenir d une main, refermé (lire au lit, en fauteuil, en chemin de fer), plié en deux sans l’abîmer; on a cherché aussi le moyen de mettre le livre en poche (ex.: les catalogues d’expositions et de musées).

Les formats des photographies n’ont aucun rapport avec le format des publications et répertoires.

Le format cahier scolaire.

Le format a une grande influence sur le coût d’impression. On a calculé que le format coquille imprimé sur deux colonnes donne lieu à un prix d’impression inférieur de plus de la moitié de celui du format roman ordinaire.

Le passé a connu les grands formats, les in-folio. Progressivement, on en est venu aux formats réduits d’aujourd’hui.

C’est Aide Manuce qui, pour faciliter la diffusion de la littérature latine, adopte le format petit in-8°. qu’on n’avait employé avant lui que pour des livres de messe.

Grand ou petit livre. — Ils ont l’un et l’autre des avantages suivant le cas. (Ex. : grand ou petit dictionnaire de langue). Avoir tout réuni en un volume est pratique pour la consultation, mais le volume est lourd, se déplace difficilement et son maniement est plut lent lors de la consultation.

On n’a pas renoncé aux ouvrages minuscules. L’éditeur « Taraporevala de Bombay» publie le Koran, le Bhagavad-

Gîta, le Khordeh Avesta en petites éditions d’un pouce sur 3/4 de pouce, reliées en métal avec verres grossissants.

Il existe une sorte de compétition entre typographes en vue d’établir le livre le plus petit. Les frères Salmin, éditeurs à Padoue, conservent le record avec un volume lilliputien de 10 X ¡0x7 mm. de 208 pages. Il reproduit l’œuvre de Gaedeo à .Mme Christina di Lorena (16-16).

L’éditeur Payot publie ¡a Bibliothèque miniature (7 X 10 cm.).

221.3 L’enveloppe du Livre : brochage, rognage et reliure.

Le livre une fois confectionné a trois besoins ï

1° que les feuilles n’en puissent être dispersées; c’est la fonction du brochage ou ligature;

2’ que les pages puissent être lues sans que le lecteur ait à les découper; c’est la fonction du rognage;

3’ que l’ensemble soit protégé contre les dangers de détérioration ; c’est la fonction de la reliure.

Pour maintenir ensemble les feuilles de documents de n’importe quel format et former ainsi des unités composées de rang successivement supérieur (documents distincts), il y a toute une série graduée de moyen?? ;

1° Place libre en chemise de papier ou carton correspondant à l’unité supérieure (dossier) ;

2° Reliure mobile sous couverture commune et qu’on pouira facilement défaire, soit par perforation et liens (types dits bioliorapthes ou classeurs, anneaux, agrafes), soit par pression Latérale (reliure dite électrique).

3” Reliure fixe aux trois degrés: brochage, cartonnage, reliure proprement dite.

Les trois d:spos.tifs décrits ci dessus (libre, fixe mobile, fixe) ont des avantages et des inconvénients respectifs : a) rapidité d’emploi; b) coût de l’outillage;

  1. sûreté contre l’éparpillement; d) protection contre le frottement et l’usure des feuilles; e) intercalation continue; f) espace occupé; g) aspect extérieur.

3° Broché ou relié. (1)

221.31 Reliure.
  1. Fonction. — La reliure peut avoir plusieurs fonctions ou utilités.
  1. Garantir, préserver;
  2. Orner, embellir;
  3. Evoquer le contenu. Symboles;
  4. Significative : aider à signifier, comme par ex. : reliure de couleurs conventionnelles;
  5. Rendre plus compacte. Un exemple d’extrême con-

  1. Il paraît maintenant un Annuaire International de la Reliure ancienne et moderne (Jahrbuch der Einband-kunst) von Hans Londbier und Erhard Klette: Zweiter Jahrgang 1929. Le Dr. Schreiber a proposé un répertoire d’illustration« concernant les reliures.

221 ELEMENTS MATERIELS 55

densation obtenue j’ai une bonne reliure est le «Websters New International Dictionary». Ce dictionnaire comprend

400.000 mots en 2700 pages ne formant qu’un volume.

  1. Espèces. — La reliure de l’époque moderne peut être divisée en trois parties ;

1° La reliure d’art ;

2° La reliure d’amateur ou de bibliothèque et celle ce luxe;

3° La reliure commerciale et la reliure usuelle (reliure d’éditeur). La reliure commerciale ne date que d’une soixantaine d’années; elle a pris un développement considérable; elle relève de l’industrie ainsi que la reliure usuelle qui s exécute dans un grand nombre d’ateliers et sert à protéger les volumes des bibliothèques de prêt ou les volumes de peu de valeur : les volumes de prix, étien-nes. les catalogues, etc.

  1. La reliure d’art. — La reliure de notre époque présente certaines caractéristiques. La richesse, la beauté d une matière de choix unie, polie, au grain hn et serré. La gaieté, l’éclat des coloris des cuirs employés. On les découpe en mosaïque, plus ou moins cubistes, où l’or, l’argent et l’ivoire viennent ajouter une note scintillante et qui chatoie.

On emploie les lettres du titre et celles du nom d’auteur comme unique élément décoratif. On perfore les plats du livre et on laisse apparaître des gardes généralement de cuir à travers ces orifices??

Dans la reliure décorative ainsi conçue, on se souviendra qu’un livre est fait pour être placé sur les rayons d’une bibliothèque, doit porter au dos sa signalisation eL que ses plats ne peuvent être ornés d’éléments faisant obstacle à leur insertion dans les séries ou s abîmant à la manipulation. On tiendra compte aussi qu’une décoration somptueuse et ayant exigé beaucoup de travail s’accommode mal de matière première: veau, velin, quand le maroquin existe. La femme excelle dans la reliure comme dans la toilette.

  1. Reliure d’édition. — Jusqu’au milieu du siècle dernier on ne vendra pas de livres reliés en Allemagne; la reliure était l’affaire personnelle de l’acheteur. En 1882, un libraire de Leipzig eut l’idée d’offrir à ses clients des livres reliés et prêts d’être lus.
  2. Procédés de reliure : a) par fil; b) par perforage; c) par pression.

Les machines sont venues révolutionner l’art autrefois tout manuel du relieur. Il y a des machines pour plier, brocher, ronder, recouvrir. Une machine pour ronder a fait passer de 500 ou 1000 à 5000 ou 6000 livres par jour. Machine pour recouvrir des livres et des revues, 22,000 en un jour.

  1. Matières. — Les matières mises en œuvre dans la reliure ont été le bois, le cuir (parchemin, velin chagrin, basane), les étoffes (soie, velours, toile), le papier.

On a fait des couvertures de revues en aluminium (ex.: Revue de l’Aluminium). «J

  1. Dun et Sfr ilson ( I) ont inventé un nouveau type de teiiuie pour les périodique. (Nom Fiaro). Il consiste en celluloïd non inflammable avec cuir aux angles. La couverure de revue qui est caractéristique et souvent en couleur est visible grâce à la transparence. C’est sans bruit, clair, propre et durable.
  1. Artifices de reliure. — Voici quelques artifices mis en œuvre dans la reliure.

Les coin» protecteurs et la base du livre protégées par des lamelles de cuivre.

Intercalation de pages de couleur pour marquer les divisions.

Lu reliure en tranches coloriées (dans les collections de codes).

Les signets de couleurs différentes. (Id. dans les collections de codes. )

On a proposé à l’American Library Association d arrêter pour les reliures de livres des couleurs conventionnelles correspondant aux matières traitées (selon la Classification décimale),

  1. Conservation de reliures. — La reliure, pour se conserver, a besoin de soins, surtout quand elle est faite en cuir. Le cuir, en effet, se détériore de par sa matière même. Il faut enduits et onguents pour lubrifier les fibres, les rendre souples et résistantes et parce que rendues moins poreuses, les foire résister aux gaz délétères suspendus dans l’atmosphère.
2Z1.32 Conseil, pratiques pour la reliure.
  1. Ne pas faire relier les livres récemment imprimés.
  2. Choisir l’époque propice pour l’envoi d’un train.
  3. Laisser au relieur un laps de temps raisonnable.
  4. Pas de recueil factice.
  5. Gare au rognage! Kespecter les marges.

D Conserver les couvertures imprimées.

  1. l itres à pousser.
  2. Modèles à donner au relieur.
  3. Collationner les volumes; déiete.
  4. Il est utile de porter l’auteur et le titre abrégé sur le dos, sur le plat et sur l’envers de la reliure de manière à reconnaître immédiatement l’ouvrage quel que sort sa position.
  5. On trouve dans certains livres un avis au relieur, ce qui est fort recommandable. (Ex. ; Atlas des Enfants, Amsterdam Schneider 1773.)

l) Au point de vue matériel, pour être bien proportionné, un volume ne doit être ni trop épais ni trop mince. Les lourds ouvrages placés debout s’affaissent nécessairement jusqu’à ce que le milieu de la tranche du bas touche la planchette supportant le volume. Les minces plaquettes ont au dos des titres difficilement lisibles. On a été ainsi amené soit à faire deux volumes d’un seul livre trop (I) Bellevle Bindery Falkirk, Scotland.


222 BIBLIOLOGIE 56

gros, soit à remettre en un même volume trois ou quatre trop minces plaquettes. En principe, il importe que chaque œuvre distincte conserve son indivisibilité, même uprès la reliure ; c’est la ■ condition d’un classement rationnel.

  1. Les sous titres mal appliqués par l’imprimeur peu-vent être rectifiés par le relieur, de telle sorte que l’identification ne soit pas troublée.

n ) On peut recommander un solide cartonnage sur lequel est collé le titre même du livre broché, qui conserve ainsi l’aspect donné par l’auteur et l’éditeur. (1)

221.33 Rognage des livres.

]1 est désirable que les livres soient remis aux acheteurs rognés (pages préalablement ouvertes). C’est un gain de temps pour tous ; c’est aussi une mesure de protection des livres. On peut faire des tirages spéciaux pour bibliophiles ; pour ceux-ci un volume n’a de valeur que s’il a conservé l’intégralité de ses marges; alors seulement il pourra le faire relier comme il l’entend.

Une revue de 96 pages ne peut être coupée par le lecteur en moins de 4 minutes, dont la moitié du temps ne se confond pas avec la lecture ; c’est donc pour l’ensemble de 10.000 abonnés une perte sur le temps de la coupe à la machine (qui exigerait environ 10 heures), de près d’un mois de travail à dix heures par jour.

222 Eléments graphiques : les signes.

222.0 Graphie en général.
222.01 Les signes en général.

Il y a les idées ou choses signifiées et les signes des idées ou choses signifiantes.

  1. Le livre est l’expression de la pensée par les signes. Toute pensée qui s’exprime a besoin de signes extérieurs. A la suite de l’évolution, les deux plus importants parmi les signes sont devenus la parole d’une part, l’image de l’autre. La parole a été notée par l’écriture, sorte d’image, dont les principaux types sont aujourd’hui à base phonétique. L’image à son tour, concrète au début, a donné lieu à l’image abstraite dont sont sortis d’abord les idéogrammes et les alphabets et de nos jours les graphiques, les diagrammes, les schémas, les notations dérivant des alphabets ou formés de signes conventionnels.

Dans le Document, dans le Livre, l’écriture, l’image, la notation viennent prendre place et. au stade de l’évolution qui est le nôtre, elles se combinent et s’amalgament en des dispositions et des proportions variées pour, comme à l’origine, mais plus adéquatement, exprimer la Pensée le plus intégralement possible.

Dans l’écriture alphabétique, dit Condorcet, un petit nombre de signes suffit pour tout écrire, comme un petit nombre de sons suffit pour tout dire. La langue écrite

(1) Cim; Petit manuel de l’amateur de livre, III. 222 fut la même que la langue parlée. On n’eut besoin que de savoir reconnaître et former ces signes peu nombreux et ce dernier pas assura pour jamais les progrès de l’espèce humaine.

  1. En dernière analyse tout système de signes repose sur les propriétés physiques des corps qui se manifestent en vibration et sont perceptibles par les sens. Les vibrations sont visibles, audibles ou tactiles. Les dispositifs permettent la transformation des unes dans les autres.

Il y a par suite des documents visibles, audibles et tangibles.

Tous les sens ont été utilisés pour les signes. On a imprégné le papier de certain parfum, par exemple pour écarter les mites; on pourrait donc imaginer des livres destinés à donner des impressions odorantes diverses. On a donné au papier un relief, par exemple un gaufrage, un estampage, un perforage ou encore le pointillage de Braille pour les aveugles ; le livre s’adresse ainsi au sens du toucher. Le rouleau phonographique ou le rouleau du piano mécanique sont destinés à l’audition. EU on a le livre par l’écriture et l’image, c’est-fc-dire pour la vue. Ainsi par la vue. l’ouïe, le toucher, le livre est devenu un instrument pour éveiller les sens, à tout moment, dans un ordre suivi, et pour susciter ainsi dans l’esprit un enchaînement d’idées et de sentiments.

  1. Les écritures sont de deux formes : alphabétique et idéographique.

I” Un alphabet est une série de signes ou caractères qui probablement ont commencé à être des dessins, mais qu’un long usage a abrégés et simplifiés et qui sont utilisés maintenant comme symboles des sons élémentaires de la voix humaine. Les combinaisons de ces signes, que nous nommons lettres, forment des mots. Ces mots nous nous en servons comme signe des idées et noua les combinons pour former un langage. Comme ces combinaisons sont purement arbitraires et formées par chaque langage par lui-même, elles sont inintelligibles du peuple qui pçrle un langage différent.

2” Les idéogrammes comme les lettres, ont été des dessins d’abord mais ils sont devenus par long usage de simples marques faites aisément a l’aide de la plume ou du crayon. Ils ne sont plus des dessins mais de pures symboles arbitraires des idées, intelligibles pour les per sonnes qui les ont apprises et non pour les autres. Les idéogrammes qui n’ont probablement pas commencé à être des dessins, mais qui sont connus du monde entier sont les chiffres I. 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 et 0.

Les signes mnémoniques existent à côté de l’écriture pictographique. Ex. ; Le bâton du messager; les quippos comme le nœud du mouchoir, les grains du rosaire, les encoches du boulanger.

  1. Nous avons besoin d’une théorie générale du signe, chiffre, notation, alphabet, image. Nous avons besoin d??un système graphique universel embrassant tous les signes

ELEMENTS GRAPHIQUES 57 222

d une part, adapté à tous les besoins de l’expression, d’autre part.

Au cours des âges un nombre considérable de signes graphiques ont été créés; de leur ensemble se sont dégagés progressivement les alphabets. Des divers alphabets se sont dégagés quelques alphabets principaux et la tendance se poursuit vers l’unification sur la base de l’alphabet latin. On entrevoit pour l’avenir un grand système coordonné de signes graphiques s’étendant à tous tes langages, à tous les modes d’expression susceptibles d’exprimer ‘a réalité entière perçue et réfléchie par la pensée.

222.02 Symboles. Allégories.

Toute chose sensible qui devient la représentation d’une chose morale, d’un être abstrait, est un symbole. En ico-nologie et en numismatique, les symboles sont certains emblèmes ou attributs propres à quelque divinité ou à quelque personnage. Les symboles tiennent une grande place dans l’histoire des religions. Le sens est l’aine du signe, c’est l’idée qui »e cache sous le mot, dans la phrase ou derrière le symbole. Si le sens est double ou douteux, le mot et le symbole sont des équivoques. Mais il arrive souvent que les deux ou plusieurs sen?? caché» sous le signe sont subordonnés entre eux, c’est-à-dire que le premier en réveille un second, qui peut même en réveiller♦ un troisième; de là cette distinction en sens littéral et figuré (allégorique, spirituel, analogique, mystique).

Il y a toute une mystique des nombres et des formes élaborée et transmise au sein des mystères de l’Occultisme, de la Magie et c!e la Religion. Elle trouve son application aux objets, monuments et aux objets rituels. Elle consti-tue à sa manière toute une écriture, un langage.

  1. Il arrive qu’une idée s’associe à un signe particulier et qu’un langage emblématique s’établisse. (Ejc. les objets divers que les Malais de Sumatra s’envoient et qui, selon la quantité et la disposition des objets dans le paquet, morceaux de sel, de pomme, de betel, etc, expriment tel ou tel sentiment: l’amour, la haine, la jalousie). Mais il n’y a pas encore là un système d’expression, un moyen d’exprimer indifféremment toutes les idées.
  2. La symbologic chrétienne. — C’est une langue conventionnelle. Quand on assiste à un service du culte, chaque objet, chaque geste correspond à une idée, quelle que soit l’opinion professée. Quant à la réalité de ces idées et les relations qu’elles expriment, il faut admettre que le procédé est véridique. C’est une langue par objets, et elle est artistique par le goût des objets.

3. Dans le langage de l’Ego en Théosophie. — Il ne s’agit pas d’un langage au sens ordinaire du mot, mais plutôt d’une communication d’idées, et d’une relation d’expériences au moyen d’images. Ainsi pour l’Ego, un son peut être représenté par une couleur ou une figure géométrique et une odeur par une ligne vibratoire; un événement historique apparaîtra non seulement comme une image, mais aussi sous forme d ombre et de lumière, ou encore d’une odeur écœurante ou d’un parfum suave; le vaste monde minéral ne révélera pas seulement ses plans, ses angles et ses couleurs, mais aussi ses vibrations et ses clartés.

(Eusebio Urban (Judge) The Path, juin 1890.)

222.03 Signalisation.
  1. La signalisation a deux raisons d’être.

L’homme s’adresse à l’homme par des gestes, des cris, des appels, des signaux, en dehors de tout langage parlé ou écrit.

L’homme peut dire qui il est; toutes les choses, les plantes, les animaux, à notre connaissance, ne peuvent le dire. L’homme est donc amené à étiqueter les choses, o apposer sur elles un nom, un sigle, un numéro.

  1. De grands systèmes de signaux ont été établis. Ainsi les signaux en mer, dans l’armée, sur les routes. Il y a la signalisation automatique des trains.

Il y a les signaux horaires. La Conférence Internationale de l’Heure de Paris en 1912 a admis en principe que tout point du globe devait recevoir au moins un signal horaire de nuit et un signal horaire de jour, avec un maximum de 4 par 24 heures.

  1. Il est de nombreux instruments à bouche d’appel et de signalisation qui ne sont pas des instruments de musique proprement dit, mais sont néanmoins basés sur le même principe. Ainsi les sifflets, cornes et cornets d’appel, appeaux pour la chasse, etc,, en corne, bois ou métal. Il y a des instruments d’appel et de signalisation à fonctionnement mécanique, électrique ou luminique.
  2. Les signes sonores (l’ouïe) se perdent à distance et chaque fois qu’on s’en sert, il faut les renouveler. Les signes optiques, la vue. au contraire perdurent.

Donc dans l’ensemble ils ont un développement beaucoup plus parfait que la forme parlée,

222.04 Importance de la graphie dans le livre.

Le livre tout entier est formé d’éléments graphiques : écriture, notation, illustration. Tout ce qui touche à la langue, à l’alphabet, à l’orthographe, à la forme de l’écriture, à la disposition des textes, largeur de ligne«, marges, blancs, facilite ou retarde la lecture, doit par conséquent être retenu comme facteur du progrès bibliographique. Et à côté du texte, il y a l’image.

222.1 Ecriture, Alphabet, Caractères typographiques.

De nombreuses questions se posent au sujet de l’écriture: sa notion, son histoire, ses espèces (alphabets), ses instruments, ses matières, son personnel; l’écriture chez les divers peuples, l’alphabet, phonétique international


58 BIBLIOLOGIE 222

Les méthodes pour apprendre à écrire. L’art de l’écriture ou calligraphie.

222.11 Notion.
  1. L’écriture est l’art de iixer la paro.e par des signes conventionnels, tracés à la main, qu on appelle caractères.

L’écriture est la plus merveilleuse des notations ; avec 26 signes de l’alphabet latin, on peut reproduire 1 mtini des idées, comme avec les 7 notes de la musique, on peut noter la variété illimitée de la musique universelle.

  1. Toute écriture s’appliquant sur un support consiste en réalité à y déterminer une coloration. Il s’agit de différencier selon la lotine de certains caractères ou dessins, la couleur de récriture de celle du support physique qui sert aussi de lond. Cette différence s opère, soit par incision mettant en jeu l’ombre et la lumière, soit par apposition d’une substance sur une substance (encre, couleur).

Quant à l’impression, tous les procédés eux-mêmes (typographique ou lithographique, caractères ou clichés) reviennent à réaliser un ouvrage soit en creux (gravure sur bois, clichés en métal, à la main ou par des acides), soit en relief (les lettres typographiques réalisées en relief).

  1. L’écriture est idéographique ou phonétique. Dans le premier cas, e.ie représente la pensée, dans le second, elle ne représente que le langage.

L écriture idéographique est la plus ancienne; elle peint les idées ou plutôt les choses; c’est comme une peinture abrégée et plus ou moins conventionné??!«, car elle tend à se simplifier avec l’usage. Ainsi l’écriture des Chinois; nos rebus ; certains caractères hiéroglyphiques. L’écriture phonétique exprime la parole par les syllabes (écriture japonaise) ou par les articulations et autres sons élémentaires qui la composent (écriture alphabétique) ; celle-ci par l’analyse des sons arrive à les exprimer tou?? et avec un petit nombre de lettres.

  1. La disposition donnée à l’écriture sur le papier a quelque chose de fondamental. En principe on peut écrire normalement de gauche à droite et d’en dessus en dessous, mais l’inverse est possible. De droite à gauche, de bas en haut, on peut écrire et commencer par la première page à partir de l’extérieur ou par la page du milieu.

L’écriture de gauche a droite a pour raison d’être l’usage de la main droite. On a observé que le soleil aussi décrit «a courbe apparente de gauche à droite, dans le sens opposé à la rotation de la terre.

En principe, l’écriture est linéaire, car elle suit l’énonciation des sons qui se succèdent dans le temps. La ligne a donc pris trois directions fondamentales : horizontale, verticale et retour. (Boustropheron).

L’écriture pourrait-elle être transformée de simplement linéaire en surface et y aurait-il quelque parti à tirer d’une écriture plurilinéaire a la manière des partitions musicales ou des notations chimiques) Sur des lignes superposées ayant même direction, ou sur des lignes prenant d’un po.nt central des directions diverses seraient écrits les développements d’un exposé qui se succèdent aujourd’hui linéairement. La musique est passée de l’homophonie (ainsi le plain-chant, la mélodie) à la polyphonie (plusieurs voix) enrichissant extraordinairement l’unité musicale de temps. Il n’est pas interdit de rechercher un enrichissement analogue de la forme écrite en laquelle s’exprimerait une pensée complexe, de complexité simultanée. Le tableau synoptique, le schéma, la notation moderne de la chimie se rattachent à une telle recherche.

  1. L’art de l’écriture et celui du dessin ont des rapports étroits. Par exemple: la miniature et l’ornementation

médiévale.

222.12 Histoire.
  1. ],r. rudiments primitifs et anciens du dessin, de la sculpture, de la gravure et même de la peinture, cpie l’on trouve chez les hommes des cavernes, ont été le premier jalon vers l’écriture, vers le langage peut être, en tous cas vers la civilisation.

L’écriture est passée par trois stades ï

  1. Représentation figurée des objets et des idées.
  2. Représentation altérée et conventionnelle des objets.
  3. Représentation phonétique pure des articulations de la voix humaine (écriture alphabétique). .

La plupart des peuples se sont attribués l’invention de l’écriture. Les Chinois la rapportaient à leur empereur Fou Hi, I .es Hébreux à Enoch, à Ahiaham ou à Moïse. Les Grec» tantôt à Mercure, tantôt ou Phénicien Cadum. Les Scandinaves à Qdin, Les Egyptiens a Thot, leur Hermès.

On a vu successivement : les inscriptions sur pierre égyptiennes, grecques et romaines; les tablettes sur cite e: plomb des Romains (plume et stylet) ; les parchemins persans et turcs; l’écriture sur feuille de palmiet de Ceylan et du Siam; l’écriture des Japonais et des Chinois (pinceaux) ; les manuscrit, sur parchemin du moyen âge avec plume d’oie; l’écriture avec la plume d’acier (Sene-felder).

Il en est pour l’écriture comme pour le langage. Au début, un signe signifie une phrase ou, plus encore, l’image d’une situation ou d’un incident pris dans ss totalité. Puis elle se développe en expression idéographique de chaque signe pris isolément; vient ensuite l’écriture alphabétique. Des unité» de plus en plus nombreuses sont représentées par des signes. (Jespersen.)

  1. Hiéroglyphes, — Les anciens Egyptiens employaient pour écrire leur langue des hiéroglyphes. Ce système si caractéristique met en œuvre, pêle-mêle, des figure?? d’hommes, d’animaux, de plantes, d’astres, en un mot de tout ce qui peut être reproduit. Son nom de « hiéroglyphe » signifie ?? sculptures sacrées », car de fait n l’époque tardive où les voyageurs qui nommèrent ainsi cette écriture, visitèrent l’Egypte, elle était réservée aux

222 ELEMENTS GRAPHIQUES 59

inscriptions des temples, Elle était si intimement liée au paganisme dans la vallée du Nil qu’elle disparut avec lui et que l’on put croire que le secret était à jamais perdu, Champollion, en 1822, en découvrit la ciel.

L’écriture hiéroglyphe était proprement monumentale, tant dai » l’usage public que dans l’usage privé. Sa cur sive, employée dès les temps les plus anciens pour les besoins courants de la vie, reçut le nom d’écriture hiératique ou sacerdotale, à une époque tardive où elle était réservée aux livres saints des temples. Une simplification de l’écriture hiératique elle-même, adoptée à partir du VIIe siècle avant notre ère et devenue l’écriture normale au temps des voyageurs grecs, reçut d’eux l’appellation de démotique ou populaire.

Ecriture cunéiforme, — Les Sumériens inventèrent un système d’écriture au début de l’âge du cuivre. Les premiers éléments de cette écriture, purement pictographique, représentaient des objets matériels, schématisés, de face ou de profil. Bientôt, on constate l’insuffisance de ces signes et on invente l’idéographisme ou peinture des idées : l’objet figuré sert de symbole, soit pour d’autres objets matériels, soit pour des idées abstraites, la partie est utilisée pour le tout, ta cause pour l’effet et du groupement de plusieurs idées sortent des idéogrammes composés: le signe de l’eau placé dans le signe de la bouche, par exemple, donne l’idée de boire. Ceci est encore insuffisant pour exprimer complètement la pensée ; il faut, en outre, marquer les rapporta grammaticaux qui unissent les diverses parties du discours, c’est-à-dire les sons. Les idéogrammes éveillent dans l’esprit du lecteur les noms mêmes des objets représentés: pour plusieurs d’entr’eux on retient seulement la syllabe initiale et on s’habitue à lire indépendamment de la valeur idéographique. Un même signe d’écriture sumérien peut donc avoir plusieurs valeurs distinctes, les unes idéographiques, les autres purement syllabiques ou phonétiques.

Pour faciliter la lecture, on prend l’habitude de placer comme déterminatifs certains idéogrammes devant ou derrière les noms appartenant à certaines classes d’objet», par exemple, l’usage du poisson avant le nom des poissons, et parfois on ajoute à un idéogramme son complément phonétique, c’est-à-dire la dernière de ses syllabes. Les Sumériens ont emp’oyé plus de 800 signes. Il est parfois tout à fait impossible de reconnaître l’objet primitivement représenté parce que les textes découverts sont pour la plupart écrits sur l’argile et il en est résulté une déformation complète des images. Le roseau dont on se servait pour tracer les signes les décomposait en éléments qui ressemblaient à des coins ou à des clous, d’où le nom d’écriture cunéiforme par lequel nous désignons l’écriture sumérienne, nom d’autant mieux justifié que sur la pierre et les autres matières dures, on prit de bonne heure l’habitude de copier naturellement les signes tels qu’ils étaient formé» sur l’argile et l’on finit par abandonner complètement le tracé primitif, d’épaisseur égale, rectilinéaire ou curviligne. L’écriture cunéiforme est formée d’éléments disposés de 7 façons différentes. Les plus usités sont le clou horizontal, le clou oblique de gauche à droite ou coin, et le clou vertical de haut en bas. Elle a été adoptée par les Etamiles, habitants du plateau iranien, par les peuples akkadiens, par les Assyrien»,

Au début du 3° millénaire, elle est connue en Caucase et sur le plateau d’Anatolie ; plus tard, elle se répand dans les montagnes d’Arménie; les Perses Acheménide« enfin la simplifient et inventent un syllahilaire qui coni porte seulement 41 signes. C’est grâce aux textes de?? Perses que le déchiffrement des cunéiformes a pu être effectué. (1)

Le développement de l’écriture hiéroglyphique, résumée brièvement est : image«, mots, utilisation de ces mots pour la constitution de rébus, en transformant les signes ou mots en signes phonétiques à trois articulations ou à deux articulations, dont un petit nombre ont une tendance à s’atrophier, pour donner naissance à des syllabiques proprement dits, ayant une seule articulation consonantique, mais toujours avec l’impossibilité de noter les voyelles qui sont là, cependant, à l’état latent.

Il n’est pas invraisemblable que l’on constatera un jour que la découverte de l’alphabet n’a pas été le résultat d’un développement lent et continu, d’une évolution, mais au contraire le fait d’une indication qui provoqua la brusque « mutation ». (2)

  1. L’emploi de l’alphabet a donné à la pencée humaine un essor illimité. Les Phéniciens (autochtones, non sémites et égéens) agglomérés sous le nom de Phéniciens, ont transformé l’écriture cunéiforme syllabique en une écriture alphabétique de 28 signes. (XIIIe siècle avant J. C.)

L’alphabet qui est devenu commun à tous les peuples indo-européens, est d’origine sémitique et dérive de l’écriture égyptienne par l’intermédiaire de l’alphabet phénicien. Il a subi des modifications nombreuses.

Bien qu’on attribue aux Phéniciens l’invention de l’alphabet, il est établi que les premiers signes devenus ensuite des caractères, remontent à la préhistoire. Cadmus aurait importé l’alphabet phénicien chez les Grecs qui le transmirent aux Etrusques et par eux aux Romains. L’alphabet romain est devenu le nôtre, l’alphabet latin. Comme le phénicien, l’alphabet grec n’eut d’abord que 16 lettres. 7 y furent ajoutées ensuite: g, h, k, q, x, y, z. L’alphabet français n’est que de 23 lettres, jusqu’à ce que la distinction de l’i et du j, de l’u et du v fut bien étabfie (XVIIIe siècle). L’alphabet de l’Inde, le plus 1 2 (1) M. Petit. — Histoire générale des peuples. La Mésopotamie, p. 22. (2) Jean Capart : Quelques découvertes récentes relatives a l’histoire de l’alphabet. Bull. Classe des lettres de l’Académie de Belgique. 1920, n° 7-6, p. 408.


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parlait, compte 50 caractères disposés non pas au hasard comine le nôtre, mais d’une manière méthodique.

  1. Dans le système d’écriture grec, les inscriptions sont le plus souvent gravées sur marbre, sur airain, plus rarement sur plomb. L’écriture est ou rétrograde, ou bous trophède, ou stoîchedon. (Chaque lettre était placée sous la lettre correspondante à la ligne supérieure : inscriptions artiques du Ve siècle ou en colonnes (fcuonèdon); c’est le système chinois et proto-assyrien.) Le plus souvent elle est disposée comme dans nos livres, mais la ponctuation est absente ou capricieuse, les signes manquants toujours et les mots ne sont pas séparés. Les fautes d’orthographe ‘ et de gravure ne sont pas rares.
  2. Les Runes sont les caractères dont se servaient les Scandinaves et les autres Germains. L’alphabet runique comporte 16 lettres et chacune est l’initiale du nom qu’elle porte et reproduit ordinairement la forme de l’objet désigné par ce nom. Ulphilas, évêque Goth du IVe siècle, a complété l’alphabet runique par quelques 1 lettres et composé l’alphabet gothique, dont il s’est servi ‘ pour traduire la Bible, L’écriture gothique moderne date du XIIIe siècle : c’est l’ancienne gothique assujettie à des règles fixes et composée de traits réguliers. Il tend à fairr place devant l’alphabet latin, bien que la guerre ait ralenti ce mouvement.
  3. Les anciens Turcs (Ton-ICione, tribu des Hioung Nou) avaient des contrats sous forme d’entailles sur une planchette qu’ils scellaient en y marquant l’empreinte d’un fer de lance. C’est de leurs planchettes entaillées qu’ils se servent quand ils font la levée de gens de guerre et des chevaux et quand leurs rois font acquitter l’impôt, qui se compose de bétail, ils délivrent l’acquit par l’apposition d’un scel marqué au fer de lance. (Cahun.)

L’alphabet est indépendant de la langue. Les dialectes des groupes turcs n’emploient pas moins de six caractères d’écriture différents (sans compter les transcriptions avec l’alphabet russe). l’arabe’, le syriaque transformé par les Oïgours, l’arménien. Je grec, l’hébreu et le chinois, auxquels il faut ajouter l’ancienne écriture dite tchou-dique ou »uniforme, aujourd’hui reconnue pour turque. (1)

L’écriture nestorienne fut apportée jadis jusqu’au Pe-Lou par le monde chrétien. Elle s’imposa au monde turc et mongol et résista même au boudhîsme et à l’écriture chinoise. Ce ne fut qu’après 1450 que l’Eglise musulmane Se vit assez forte pour se passer de cet alphabet et imposer l’écriture arabo-persatie. Encore le mongol et le mandchou. l’ont-ils fièrement et bravement conservée. L’écriture chinoise a dévoré et englobé les écritures de l’Inde, de l’Indochine, de la C orée et du Japon.

Les anciens peuples du Pérou ne connaissaient pas précisément l’écriture, du moins suivant notre système phonétique. Mais ils possédaient un nombre respectable (1) Léon Cahun. Introduction à l’Histoire de l’Asie, p. 36. de procédés symboliques, comparables à ceux des hiéroglyphes, et grâce auxquels ils pouvaient exprimer sur la trame des étoffes une foule de notions. Ils disposaient également de - Quipus », sorte de cordes à noeuds de plusieurs couleurs, auxquelles on attachait de petits objets et qui servaient aux fonctionnaires de l’Etat à établir leur comptabilité. En un mot. l’écriture était en voie de formation nu moment de la conquête espagnole et la langue quichua pouvait se glorifier d’une littérature orale.

L’écriture que Saint Clément appelle Kyriologiquc ou expressive, mais qui était imitative, offrait la chatpenle des mots, sauf les voyelles qui étaient facultatives. La méthode kabbalistique «’employait que des initiales, ce qui les rendait des énigmes analogues aux signes.

7, Ultérieurement, on a pu assister à la naissance d’une écriture. Ce fut celle inventée d’une pièce par un iroquois vers 1018. Les Indiens avaient trouvé sur une personne une lettre dont le porteur fit une lecture inexacte. En délibérant sur cet incident, ils agitèrent la question de savoir si les pouvoirs mystérieux de la « feuille par lante » étaient un don que le Grand Esprit avait accordé à l’homme ?? blanc s ou bien une invention de l’homme blanc lui-même. Presque tous se prononcèrent pour la ! première opinion. Mais See-Tnah-Joh. dans une solitbde forcée qui suivit le débat, se mit à réfléchir. Il apprit par les cris des bêtes féroces, par l’art de l’oiseau mo ! queut, par les voix de ses enfants et de ses compagnons,

‘ que les sons font passer les sensations et les passions d’une âme dans l’autre. Cela lui donna l’idée de se mettre à étudier tous les sons de la langue iroquoise et bientôt de composer un alphabet de 200 caractères pour les représenter. ( 1 )

8, Des inconnues et des incertitudes existent encore au sujet des origines et de l’histoire de l’écriture, [..es travaux se poursuivent, et bien des hypothèses continuent à être discutées.

Des études récentes ont porté sur le classement systé metique de tous les éléments d’écriture des populations primitives du globe. M. H. Wirth. en les confrontant, a trouvé que tous ce?? signes se ramènent à un seul système datant de l’époque paléolitique. (2) Il proviendrait de la division de l’année solaire, les signes de l’alphabet désigneraient les points bi-mensuels du lever et du coucher du soleil en commençant par le solstice di’hiver. I.’année étant divisée en 10 mois aux époques les plus anciennes et en 12 mois plus tard, on obtient ainsi 20 et plus tard 24 signe??.

Si les prétendues découvertes de Glozel avaient été vraies, il eût fallu conclure qu’une écriture évoluée exis tait dans les Gaules où seraient venues puiter les civilis?? (1) Catholiques des Pays-Bas. 16 juillet 1830.

  1. Hermann Wirth. Der Auf Rann der Menscheil Eugen Diederich. Jena,

222 ELEMENTS GRAPHIQUES 61

lions méditerranéennes. Les Phéniciens n’auraient rien inventé du tout. L’écriture des Français serait née sur leur sol, Glozel aurait représenté une grande civilisation européenne qui aurait su s’étendre sur un vaste territoire. Les objets de Glozel disaient les inventeurs, apporte’ liaient au néolithique le plus ancien ; ils comporteraient des galets avec incision d’animaux et de signes d’écriture, signes qui ont été dés le début de l’histoire des plaques d’argile gravées de signes — au nombre de 120 — analogues aux signes chinois et phéniciens.

Le Clément de St Marcq (Histoire générale des Religions) explique le mécanisme de l’histoire des cinq derniers millénaires par la lutte entre l’alphabet et l’écriture chinoise. Pour lui, l’Au delà a préparé et appuyé la Révolution alphabétique ou chrétienne.

222.13 Espèces d’écriture.

  1. Il y a lieu d’envisager : 1° les diverses espèces

d’écriture sur la base de l’alphabet latin; 2° les diverses écritures sur la base d’autres alphabets.

  1. A mesure qu’on a écrit davantage s’est affirmé la nécessité des écritures cursives, celles où les caractères d’un même mot sont tracés liés les uns aux autres et sans levée de la main.

Des progrès immenses ont été réalisés avec l’écriture cursive. Ecrire plus vite, plus vite. La vitesse a engendré la cursive. Puis le papier lisse, la plume, le stylo, la dactylo ont poussé plus loin la vitesse.

L’écriture anglaise —- écriture coulée — et toute la cal ligraphir ont été ruinées par le stylo; la machine à écrire en détruit la raison d’être.

  1. Le plus petit changement de détail transforme entièrement une lettre et ce n’est pas par des courbes bizarres ni par des jambages cassés qu’on peut espérer créer de nouveaux types. Il y a trois genres propres dans la lettre : ce sont le roman, l’italique et le gothique. II ne faut pas songer à dénaturer le romain. Ces lettres sont dans l’œil des peuples depuis 2000 ans et plus et leur lisibilité dépend de leur pureté de forme.

Le dédo ublement de certaines lettres latines est arbitraire. Scinder, par exemple, l’f latin en un « i » et un « ji b ; ?’V h.tin en un «tu» et un c vé », c’est modifier l’alphabet d’une langue morte. Cela affecte la récitation d? l’alphabet, l’épellation et le classement alphabétique.

4 Lettres. — Nos minuscules, en général, sont imitées de l’écriture Caroline. Nos majuscules copient en principe la capitale du temps d’Auguste.

La capitale est toujours imposante. Elle a sa place dans les titres. Il faut envisager la facilité de lecture et la beauté d’un imprimé.

Le choix des signes et des caractères est influencé par leur existence ou non dans les imprimeries et sur les machines à écrire. En Allemagne, le choix des caractères joue un rôle important, antiqua (alphabet latin), Frafyvr (gothique). Une complication spéciale y surgit du fait ^ que le Yiddish, qui se rapproche de l’allemand, est coin posé et imprimé en caractère hébraïque.

222.14 L’alphabet.

Il y a lieu de considérer: 1° les lettres, 2° les accents. 3° la ponctuation. 4° les signatures et les sigles,

  1. Les lettres. — Ce sont, dans l’alphabet français abcd efghijlclmnopqr stuvwxyz

Ces lettres ont leurs capitales correspondantes :

ABCDEFGHI JKLMNOP QRSTUVWXYZ

  1. Les accents. —- Ce sont des signes qui se mettent sur une voyelle pour en faire connaître la prononciation ou pour distinguer un mot d’un autre. En français il y n trois accents: l’aigu, le grave, le circonflexe.

Certaines langues (par ex. le Tchèque et le Polonais) ont leurs lettres largement accompagnées d’accents diacritiques.

  1. La ponctuation. — Elle est faite de signes tels que

La ponctuation n’existe pas dans les textes anciens. A l’origine il n’y avait ni ponctuation ni séparation des mots. Introduite tard dans l’écriture, la ponctuation sert à marquer les divisions des phrases, la numérotation 1°. 2°, 3°, etc., ou la littérnlisation A, B, C. a. b, c, etc. est une sorte de ponctuation des idées elles-mêmes qui se prolonge ensuite dans les autres domaines du livre-document: paragraphes, chapitres, etc.

Le ton, dit le proverbe, fait la chanson. On pourrait ajouter « comme l’habit Fait le moine ». La seule écriture ne suffit pas. Le point d’interrogation fait changer le ton. Des langues écrites connaissent le point d’ironie. Les îroquoi?? terminaient chaque discours par hiso (j’ai dit) suivi de l’exclamation kqué à laquelle l’orateur don naît l’intonation voulue, douleur ou enthousiasme guerrier.

Pourquoi ayant imaginé le point d’interrogation, ne pourrait-on développer le système, le généraliser, introduire dans le texte des signes qui accentueraient le sens des phrases par ex. +-t X, etc.

222.15 La connaissance des écritures.

La connaissance des écritures a donné lieu : 1° à la Paléographie ; 2° à la Graphologie sur les données de laquelle sont basées les études sur les faux en écriture.

222.151 PALEOGRAPHIE.

1, La paléographie est la connaissance des écritures anciennes et de tout ce qui s’y rapporte. Se dit particulièrement de l’art de les déchiffrer.

  1. Le domaine de la paléographie a été déterminé par l’histoire, a) La paléographie ne comprend que la lecture des manuscrits, des chartes, des diplômes, accessoirement

62 BIBLIOLOGIE 222

celle des sceaux. Le déchiffrement des inscriptions tracées sur les monuments, les vases et les médailles relève de l’Epigraphie. b) La paléographie est une partie de la Diplomatique, au sens large, celle qui consiste au de-chiffrement du texte, la diplomatique proprement dite ayant son objet d’analyser les textes, d’en déterminer la valeur, la critique et le classement des monuments écrits.

A la paléographie appartient donc toute la partie pour ainsi dire extérieure de ces monuments, leur description, l’examen des substances sur lesquelles l’écriture est tracée, celui des matières qui ont servi a tracer l’écriture, des formes des lettres, des abréviations, des sigles. des signatures, des monogrammes, etc. Toutes ces choses peuvent fournir des indices sur l’âge du document examiné, en meme temps que le déchiffrement, dernier but de cette minutieuse étude, en découvre le sens.

  1. Au point de vue de l’évolution continue du livre, du document, des signes, de l’écriture, des substances et des encres il y a un intérêt réel à ne pas traiter séparément de la graphie « ancienne » (paléographie) et de la graphie moderne (technique du livre), La seconde continue la première et peut trouver en elle bien des éléments arrêtés dans leur développement par les circonstances. mais susceptibles de larges utilisations.
  2. Histoire. - La Paléographie est relativement récente. Avant le XVIIe siècle et les premiers travaux des bénédictins, on n’en possédait même pas les premiers élé ments : quelques rares érudits, depuis la Renaissance, s’étaient appliqués au déchiffrement des manuscrits et des diplômes; mais leurs efforts restaient isolés et leur science personnelle. Les archivistes même des ahhayes considéraient comme indéchiffrables les textes d’écriture mérovingienne dont les dépôts renfermaient les plus précieux spécimens. Ils consignaient naïvement en note leur complète ignorance. Ainsi se perdirent beaucoup de manuscrits considérés comme uniques. Le Père Pape broeck entreprit au XVIIe siècle de recueillir les que’ques règles éparses qui pouvaient servir aux premiers éléments de paléographie ; il les consigna dans la préface du tome II (avril) des Acta Sanctorum et cet informe essai donna à Mabillon l’idée de son célèbre traité De rc diplo-matica (1681, in fol,). Montfaucon composa une Paléographie grecque (1708, in fol.) donnant les renseignements les plus utiles. Les grands travaux ont été complétés jusqu’à nos jours notamment par Kopp Paleographia Criiica (Mannheim 1817, 4 vol, n-8°) ; Natalis de Wailly, Eléments de Paléographie (Paris, 1838. 2 vol. gr, ïn-4”) ; A. Chassant Paléographie des chartes et des manuscrits du XIe au XVIIe siècle (1847, in-8”). etc.

5. Le déchiffrement. — Le déchiffrement des écritures anciennes rencontre quatre ordres de difficultés: 1” La signification des caractères par rapport à la langue employée ; 2° la détermination des caractères employé» ; 3° la forme des lettres à distinguer les unes des autres ; 4° les abréviations ; 5° les signes abréviatifs et les monogrammes. 6, Forme des écritures anciennes. — L’écriture cursive des Grecs était difficile à déchiffrer étant fort irrégulière; les lettres sont inégales, les plus petites sont enclavées dans les grandes, plusieurs sont tout à fait défectueuses et l’absence de tout signe de ponctuation, les mots coupés arbitrairement à la fin des lignes. L’écriture cursive des Romains est plus indéchiffrable encore; elle a un bel aspect, les traits sont élégants et variés, mais il faut la plus grande attention pour isoler les lettres les unes des autres à cause des liaisons, des traits parasites et de la position excessivement inclinée des caractères. Les liaisons des lettres concourent dans une certaine mesure à leur formation et les rendent méconnaissables en les faisant varier à l’infini. De plus, comme dans la capitale, il n’y a aucune séparation entre les mots.

222.152 GRAPHOLOGIE.
  1. La graphologie tend à devenir une science exacte, dégagée maintenant des prétendues sciences divinatoire». C’est une méthode précieuse d’études du caractère humain. L’écriture est un geste social qui a pour but de communiquer la pensée. Appris par l’imitation, il devient rapidement individuel. La graphologie considère l’écriture comme une succession de petits gestes individuels. Après de très longs et très persévérants efforts (le premier essai d’étude de l’écriture date de 1622), elle est parvenue à classer méthodiquement tous ces mouvements. Une méthode rationnelle, expérimentale, par conséquent scientifique. est actuellement constituée. Le graphologue devient un collaborateur du médecin, de l’éducateur, du juge, du chef d’industrie. Le Collège Libre des Sciences Sociales de France a institué un cours de graphologie. On l’enseigne à l’Ecole de Chartes de Bucarest. Un Congrès interna tional de graphologie, le deuxième, s’est tenu en 1928 à Paris et fut présidé par le professeur Pierre Janet.
  2. La graphologie est la science qui permet, par un examen méthodique et approfondi de l’écriture, de pénétrer le secret des caractères avec leur complexité, leurs contradictions, leurs tares. L’écriture, en effet, est révélatrice avec ses mille formes, ses mille manières, ses combinaisons variant à l’infini, enregistrement direct de ces petits gestes non surveil’és que le cerveau transmet automatiquement à la main et qui dévoilent l’être intime.
  3. L’écriture est étudié tour à tour comme moyen et comme objet d’identification. On voit la personnalité humaine à travers l’écriture comme derrière un voile troué, qui masque presque entièrement certains faits et en tévèle d’autres au contraire assez bien. (F. Michaud)
  4. Comme il est incontestable dit le Dr Héricourt. que les caractères de la personnalité se dessinent sur le visage, il y a d’autres mouvements, comme ceux du geste, dont l’étude porte un égal intérêt. Personne d’ailleurs ne conteste la valeur de l’allure en général, quand il s’agit de reconnaître une personne dont on ne voit pas les traits,

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on ne peut nier que les caractères particuliers d’un individu ne se peignent dans le nombre, la rapidité et l’ampleur de ses mouvement», La parole qui diffère selon l’individu, serait utile aussi à étudier dans un but d’analyse psychologique. Au fond de ses études diverses en apparence, on trouve que le sujet est toujours le même. C’est l’activité musculaire sous ses formes diverses. Le jeu de la physionomie, l’allure des bras et des jambes, la manière de parler, ce sont toujours des muscles en action, des mouvements en partie volontaires et conscients, en partie involontaires et inconscients. Or, il est un appareil moteur qui se trouve en relation encore plus intime que les autres avec la fonction cérébrale idéo-motrice, et dont le jeu doit être en conséquence un reflet très fidèle des divers modes de cette activité : c’est celui qui prête à l’action d’écrire.

L’écriture est donc un geste, composée d’une multitude de petits gestes. Elle est le jet matérialisé de la pensée.

  1. Les écritures paraissent être réellement toutes différentes. On découvre une infinie variété de particularités graphiques, même dans les bâtons des enfanta. On arrive à des milliard» en calculant les variétés les plus simples que l’on peut produire dans le chiffre 1, le plus simple de tous les signes. (Crepîeux-Jamîn, Les lois fondamentales de la graphologie). Les variétés graphiques sont attribuées aux variétés de caractères : il y a une relation entre le mot et son expression motrice.
  2. Des méthodes perfectionnées ont été imaginées, notamment par Crépieux-Jamin (L’Ecriture et le Caractère), par Pcrsifor ^razer (À B C de la Graphologie), par Bertillon (La Comparaison des écritures) par Locard (Technique graphométrique).
  3. Autrefois les experts en écriture étaient des calligra-phes, des lithographes, des maîtres d’école qui travaillaient dans des conditions matérielles déplorables, avec des instruments insuffisant??. Leur procédé consistait à colliger dans les pièces soumises à l’examen des ressemblances purement matérielles de graphisme. Les vérifications se faisaient sans méthode définie, sans règle catégorique, précise. Aujourd’hui les experts en écriture se servent d’instrument» de premier ordre : le microscope et la photographie.
  4. Expertise des écritures. Faux en écriture. — Depuis qu’il y a des écrits, il y a des faux. Justinien en parle et nous avons toute une littérature sur cette question nu moyen âge et dans les Temps modernes. Des incidents célèbres, affaire Dreyfus, affaire Humbert-Crawford. ont donné une importance dramatique aux théories en présence. Toute une science est née pour dépister et découvrir ces faux. La photographie et la microphotographie y ont aidé. Les retouches ont été décelées par la composition chimique différente des encres, l’actinisme différent donnant des nuances opposéej à la photographie.

On a recherché le parallélisme grammatique et établi pour former des diagrammes une analyse graphométrique montrant la variation des valeurs angulaires des lettres authentiques et des lettres falsifiées. (1)

9, Des règles ont été tracées par les maîtres de la Société Technique des Experts en écriture et qui sont aujourd’hui enseignées dans ses cours.

222.14 Instruments, encres et spécialistes de l’écriture.

On a écrit avec toutes espèces d’instruments, on s’est servi de toutes espèces de matières pour tracer les caractère?? ; il y a eu des spécialistes de l’écriture.

222.141 INSTRUMENTS.

1, L’instrument de l’écriture est la plume et le crayon. La plume est placée dans le porte-plume; le crayon est placé souvent dans le porte-mine, et il est de toute couleur.

Aux instruments de l’écriture sont apparentés les instrument» du dessin : règle, équerre, «té», tire ligne, curseur, pantographe, etc.

2, Antérieurement on a écrit avec le stylet sur la plaque de cire, avec l’arindo ou calame, avec la plume d’oie.

Il n’y a pas plu?? d’une trentaine d’années, on écrivait encore en Birmanie avec un stylet de fer appelé «Kangit» sur des feuilles de palmier, sans l’aide d’aucune encre. Le?? feuilles étaient ensuite roulées et placées dans un tube où elles pouvaient, paraît-il, conserver l’écriture intacte pendant des centaines d’années. Cette méthode est encore employée par certains Birmans, spécialement par les prêtres.

3, Aujourd’hui 1 emporte le stylo (le stylographe). porte-plume à réservoir, éventuellement avec plume en or ou en iridium.

Le premier porte-plume réservoir a été conçu et réalisé par un capucin savoyard, le F. Candide de Moglard.

On a critiqué l’usage du stylo. » Pour bien penser, il faut bien écrire ». La démarche même de notre pensée, sa recherche de la vérité, le crible qu’elle doit faire de tous les germes d’erreur que contient le raisonnement, «e décalquent en quelque sorte sur le mouvement du style, In poursuite du mot juste et la logique des articulations d’une rigoureuse syntaxe. Or, l’instrument de l’écriture influence l’écriture elle-même. L’usage moderne du stylo ne permet pas à l’esprit la halte légère pendant ‘aquelle on plongeait sa plume dans l’encrier, ce qui donnait le loisir forcé de réfléchir sans a#ir. L’emploi de la plume d’oie avec »a taiHe intermittente doublait opportunément la durée de ces repos nécessaires. Aujourd’hui on dicte au parlophone ; c’est la sans doute le comble de la (1) Voir les belles études du Dr Locard. directeur du Laboratoire de police technique de Lyon. L’auteur en a donné un résumé dans la Reçue Générale des Sciences, 30 juillet 1922.


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rapidité, mai» elle est trop souvent acquise au prix d’un effrayant relâchement de la pensée. (E. Giscard d Estning)

La vieille calligraphie, imposée par des coups de règles sur les doigts s’en est allée. Et l’écriture est tombée en décadence. Les idées sociales à son sujet ont évolué. On a reconnu que la décadence avait commencé par l’introduction de la plume métallique, la plume pointue instrument de martyre pour le jeune enfant, de meme que le cahier à réglure multiple. Toute la spontanéité a disparu avec la liberté. L’écriture doit rester dès le début, comme le dessin, l’expression de la personnalité, bien qu’avec des qualités essentielles de lisibilité, d’harmonie et de rapi dité. (I) En Allemagne, il y a lieu de signaler la méthode Kuhimana et la méthode Huliger, ainsi que les nouvelles plumes Sônneeken.

Les plumes ont grande importance. Les éducateurs ont condamné les plumes pointues qui conduisent à la tension nerveuse, puis à la crispation musculaire. Les grosses plumes donnent plus de régularité et de lisibilité à l’écriture. (Ex.: S 21 ou 20 ou 5 de Sônneeken, n°?? 23, 28, 29 de Mallat. )

Heintze et Blanckertz ont entrepris en Allemagne un mouvement pour la réforme de l’écriture. (Verlag fiir Schriftkunde. Berlin 44 Georgenkurthstrasse.)

222.142 LES ENCRES.
  1. L’encre est le liquide préparé pour écrire, imprimer ou dessiner à la plume,
  2. Il y a un grand nombre d’encres différentes. Encre d’imprimerie, pâte composée de diverses matières et notamment de noir de fumee et d huile de lin. Encre auto-graphique, encre dont on se sert en lithographie pour écrire sur un papier préparé et transporter ensuite sur la pierre ce qu’on a écrit ou dessiné. Encre sympathique, liquide incolore sur le papier et que l’on peut rendre visible en soumettant l’écriture à certaines influences chimiques. Encre de Chine, préparation sèche de noir de fumée qu’on emploie particulièrement dans le dessin au lavis.

3. L’Egypte, semble-t-il, fut 1« première à éterdre l’usage de l’écriture à l’encre sur pierre et bois, aux feuilles de papyrus convenablement apprêtées. Cette invention produisit une grande révolution dans l’art de représenter les idées et les choses. Elle aida à faire passer la peinture d’objets hiéroglyphiques en écritures et signes hiératiques, lesquels de plus en plus simplifiés, donnèrent naissance aux caractères coptes de l’écriture démolique. Les anciens écrivaient à l’encre en même temps que sur les tablettes de cire. Les encres des palympsestes étaient fort résistantes. Après un recul dans la fabrication du IXe au XIIe siècle, on assiste à un progrès continu. Les encres italiennes et espagnoles du XVIe siècle atteignent au plus haut degré (I) (I) R. Dottrens. L’enseignement de l’écriture, nouvelles méthodes. (Paris, Deiachaux et Niestle). de perfection. La décadence commence au XVIIe siècle. De nos jours les encres manquent de longue résistance.

4 En principe, il s’agit, dans l’écriture, de différencier la matière de manière à faire apparaître un signe sur un fond. On procédera soit par coloration (noir ou couleur), soit par différenciation du volume (relief ou incision provoquant éventuellement des ombres). Il y a toute une échelle de la profondeur à la hauteur (lettres superposées). La différenciation de caractères et de textes peut Se faire par la couleur,

  1. Des livres ont été imprimés en couleurs. Pendant deux siècles, en France et ailleurs, on a imprimé à l’encre rouge et à l’encre noire ensemble.

La couleur rouge fut assez généralement affectée aux titres des livres, à la première lettre d’un alinéa. Dans les rescrits impériaux, la formule de la date est rouge. En Chine, l’usage de l’encre rouge dans les écrits officiels était réservé à l’empereur. On a écrit en bleu, en jaune, en vert.

L’or a été beaucoup employé au moyen âge, principale ment du VIIIe au Xe siècle. On possède plusieurs évangiles, des livres d’heures et nombre de diplômes écrits de cette matière. L’or était réduit en encre et étendu au moyen de la plume, ou bien était appliqué par feuilles sur un appareil qui le fixait au velin, ou réduit en poudre, il était aggloméré au moyen de la gomme arabique.

L’expérience apprend que l’impression noir sur blanc vaut mieux que blanc sur noir. La couleur rouge est celle qui accroche le plus nos regards.. Le vert est la couleur suivant immédiatement le rouge dans ses effets sur l’attention. Ces faits découlent d’expériences de laboratoire et servent de base à la reclame.

De nos jours les livres d’art et les impressions de bibliophiles ont attaché du prix à ln couleur des encres.

On possède le ?? Livre des quatre couleurs aux quatre éléments, de l’imprimerie des quatre saisons, l’an 4444 ». imprimé en touge, bleu, orange et violet. (Ce qui donne une géométrie en couleurs.)

  1. L’encre noire des anciens était composée de noir de fumée, de gomme, d’eau, de vinaigre. Elle fut employée jusqu’au XIIe siècle. Or. inventa alors l’encre composée de sulfate de fer, de noix de galle, de gomme et d’eau, qui est encore en usage.
  2. La consommation d’encre est considérable. L. Aile-magne consomme environ 40 millions de quintaux de papier par an. A cette consommation correspond celle de

360,000 quintaux d’encre d’imprimerie. Les plus grands consommateurs sont évidemment les journaux qui, à eux seuls, absorbent 40 % du total des encres. Les autres encres noires (labeur et illustration) n’atteignent pas même 20 % du chiffre total. Par contre, l’emploi des couleurs d’imprimerie représente environ le quart de la consommation totale. Les encres d héliogravure y participent à raison d un sixième?? La matière colorante ne


222 ELEMENTS GRAPHIQUES 65

constitue que le quart du poids des encres employées. Les huiles minérales et huiles de lin composent également un quart du poids total, tandis que pour le reste, ce sont les résines, les dissolvants comme In benzine, le benzol, etc., qui complètent le volume.

Les fabriques d’encres d’imprimerie sont les plus nombreuses à proximité des grandes Agglomérations. Berlin, la Saxe et le Hanovre accaparent ensemble 60 % de la pro duction totale de l’Allemagne. La Saxe vend annuellement pour 12.5 millions de marks d’encres; Berlin pour 7.5 millions et le Hanovre pour 9.7 millions.

222.143 SPECIALISTES DE L’ECRITURE.

Primitivement, et pendant longtemps, le fait de savoir écrire était la spécialité de quelques hommes. Dans l’antiquité, les écriveurs étaient des esclaves. On a connu un temps au moyen âge où cette formule était d’usage dans les actes : « Et attendu sa qualité de gentilhomme, a déclaré ne savoir écrire s. Le grand cachet de cire, empreinte ou sigle. par la poignée de l’épée, remplaçait alors la signature. Les clercs avaient le privilège du savoir et de l’écriture aussi. Au XIVe siècle, on connut les corporations d’écrivains; elles étaient privilégiées; elles comprenaient les peintures et les enluminures ; il y a eu des écrivains jurés, des écrivains publics. Peu à peu. le lire et l’écrire s’étendirent jusqu’aux temps modernes, où l’instruction devint obligatoire et où des campagnes énergiques, comme en Russie et en Orient, s’entreprirent contre l’analphabétisme.

Il y avait au moyen âge les cfiiysographes ou écrivains en or, les tachygraphes qui écrivaient avec rapidité et les calligraphes qui écrivaient à main posée.

Dans les pays d’occident, il n’y a donc plus d’écrivains publics, bien que le service d’écrire pour autrui s’y continue encore. Il n’y a plus que des écrivains tout court et des « écriveurs ». On définit les écrivains, des hommes qui composent des livres, des écrits destinés à la publicité, des hommes qui écrivent avec art et avec goût; « écrivmlleur » se dit de qui écrit, mais sans grand intérêt, et « écrivassier », de qui a la démangeaison d’écrire.

222.15 Ecriture à la main ou à la machine.

L’écriture se fait: 1° à la main (calligraphie); 2° à la machine a écrire (dactylographie) ; 3° par des procédés typographiques : xylographie, caractères fondus se composant à la main ; composition typographique à la machine.

222.151 LA CALLIGRAPHIE, ECRITURE A LA MAIN.
  1. L’écriture à la main est, quant au tracé des lettres, tout un art. La belle écriture, l’art de ceux qui ont une belle écrit ire se dit la calligraphie.

Autrefois, comme chez les Orientaux encore aujourd’hui, la calligraphie indiquait un art plus relevé. Les Chinois, les Araires, les Turcs, les Indiens, les Persans ont porté très haut le goût de la calligraphie. Ils tiennent en grand honneur l’art de peindre l’écriture, d’en tracer les caractères avec un degré particulier d’élé gance. Le calligraphe n’y est pas placé beaucoup • au-dessous de l’écrivain qui compose un ouvrage d’un beau style.

  1. Enluminures. — Les manuscrits qui nous restent sorti les témoins de la grandeur et de la décadence de l’enluminure??. Longtemps l’Orient conserva le goût et le secret de la peinture appliquée à la décoration des livres. En Occident, l’invasion des Barbares porta à l’art calligra phique, comme à tous les arts, un coup mortel. A partir du XIVe siècle, le goût se rétablit. Les dernières années du XVe et les premières du XVIe siècle virent éclore sous le pinceau des miniaturistes des productions exquises, particulièrement dans les ouvrages liturgiques. Elles allèrent à si haut prix que les princes seuls purent s en procurer la jouissance. Bientôt après la typographie et la gravure les proscrivent.
  1. Calligraphie. — Il y a des exemples modernes et les traditions de la belle écriture se conservent chez quelques uns. (I)

Léon Bloy un jour de misère, proposa au comte Robert de Montesquieu Fezcnsac. poète et descendant dune illustre famille française, de « transcrire lui-même son livre — La Chauve-Souris — sur un vélin fastueux, en écriture divine de moine carolingien, et d’orner chaque, page d’exfoliations extraordinaires, m II ajoutait « me voila prêt à vous donner un an de ma vie épouvantable, à faire pour vous un chef-d’œuvre, si vous voulez me sauver, car je péris absolument. ?? Le poète, bien qu immensément riche et d’une prodigalité vaniteuse, refusa.

  1. Le chef-d’œuvre calligraphique a souvent consisté en certaines acrobaties et prouesses scripturaires. Ainsi, le fait d écrire microscopiquement. Aelien parle d un homme qui, après avoir écrit un distique en lettres d or pouvait le renfermer dans l’écorce d’un grain de blé, un autre traçant des vers d’Homère sur un grain de millet. Cicéron rapporte avoir vu l’Illiade écrite sur parchemin pouvant se renfermer dans une coquille de noix. Il y a loin de ces œuvres de patience aux manuscrits latins du IVe siècle dont les caractères avaient une s» grande dimension que Saint Jérôme les appelait des fardeaux écrits.

D’autre part des calligraphes se sont ingéniés à tracer des figures de personnes ou d’objets à l’aide de fines lignes d’écriture. 1 (1) Développement des maîtres calligraphes anglais du commencement des premiers scriptoria monastique??» du moyen âge à la domination de l’écriture commerciale du XIXe siècle. The english writing-masters and their Copying Book 1570-1800. A biographical dictionary and a Bibliography by Ambroise Hcsh with an introduction on tbe development of Handwriting by Stanley Mori’son. Cambrigde-Universty Press, 1931.


66 BIBLIOLOGIE 222

  1. Au début l’écriture était angulaire, parce qu’elle était obtenue par les épigraphtstes, sculpteurs sur pierre ou graveurs sur bronze qui faisaient les inscriptions. Quand on écrivit plus tard sur des matières ou la plume était l’instrument, on put faire les courbes et l’écriture se modifia, elle devint cursive.

6 Une personne quelque peu habituée a manier la plume peut écrire en moyenne trente mots à la minute, ce qui représente avec les courbes et les inflexions, une longueur de 5 mètres ou 300 mètres à l’heure. 3000 mètres dans une journée de dix heures de travail, ou 1095 kilomètres par an. De plus, en écrivant 30 mots à la minute, la plume fait en moyenne 480 courbes et inflexions, soit

28.000 à l’heure. 288.000 par journée de dix heures ou 105.120 kilomètres par an. enlevés à la force du poignet et des doigts...

  1. L’écriture lisible demeure un desiderata, surtout pour l’écriture commerciale, l’écriture comptable et l’écriture administrative. Cette lisibilité de l’écriture est difficile à obtenir avec la prerse de la vie et l’obligation pour i certains d’écrire vite et beaucoup.

C’est une vraie fatigue de lire des écritures différentes. Qu’on se figure par ex., un fonctionnaire ayant a lire tous les jours 100 à 150 requêtes écrites par des pauvres. Qu’on se figure aussi les peines des dactylographes et des typographes. « Il y a quelques années, disait un savant, il n’y avait que deux personnes qui savaient lire mon écriture, Dieu et moi ; maintenant il n’y en a plus qu’une, Dieu. »

  1. Un mouvement s’est développé pour amener à se servir des deux mains pour écrire, indifféremment de la droite ou de la gauche. Les mutilations de la guerre ont ajouté aux raisons d’être de l’écriture ambidextre. (1)
222.152 LA DACTYLOGRAPHIE. ECRITURE A LA MACHINE.
  1. L’invention de la machine à écrire a donné naissance a une technique et un art nouveau, la Dactylographie. Elle est encore tous les jours en progrès. (2)
  2. La machine a standardisé, unifié le type d’écriture; elle a permis d’écrire plus vite, et d’obtenir plusieurs copies a la fois.

Dans les concours de dactylographie, le championnat atteint des 20,000 mots en un temps de six heures et de

17,000 mots en 4 heures. On cite un record de 28.944 mots en 7 heures pour un travail dicté. (3)

3. On a créé des variétés de machines à écrire. Pour marquer les colis, on a commencé par opérer à la main ; ?? 2 3 fl) F. Garin : Comment écrire c/es deux moins. Guide pratique pour les mutilés, les gauchers, les droitiers. Paris. Nathan. — Voir aussi les travaux de Mlle Kipiani. (2) Code technique de la dactylo. (Revue sténographia qve belge, 15 avril 1932, p. 99.) (3) L’arl de dactylographier. (Gérard G. L., L’organisation, p. 24.) 222 puis on s’est servi d’alphabets pochoirs. C’était lent et l’erreur était facile. On a maintenant des espèces de grandes machines à écrire qui perforent les lettres de carton (carton huilé) en forme de pochoirs (Idéal-Stencil machine). On applique ensuite le pochoir sur les colis (jusque 2000 fois). La machine peut perforer jusque 150 pochoirs à l’heure.

222.153 LES CARACTERES DIMPRIMERIE.
  1. Les caractères ont toute une histoire. Les premiers étaient gravés sur bois. Gutenberg débuta ainsi. Son but était d’imiter le travail des copistes et de vendre le produit de la presse comme étant le fruit d’efforts calligraphiques. Les caractères étaient gothiques (lettres de forme suivi de lettres de somme). Schoepfer eut l’idée de fondre les lettres. Nicolas Jenson grava des caractères reproduisant des capitales romaines et des minuscules cm pruntés aux écritures latine, française, espagnole, lombarde et Caroline dont la forme se rapprochait beaucoup. Puis les caractères se développèrent: Théobalde Manuce (Aide) introduisit les « italiques ». Granjon la cursive.

Il y eut le Garamond. l’Elzevir, le Didot. le Bodoni, le Baskerville. Le premier livre contenant du grec imprimé est le Lactance du monastère de Subiaco.

Louis Elzevir (Leyde 1595) fut le premier qui distingua 17 et l’V consonnes des voyelles J et V. Lazare Zetnet (Strasbourg, 1619) introduisit VU rond et le J. consonne a queue dans les capitales.

  1. Il y a une filiation des lettres de la xylographie à la typographie. L.a classification de la lettre: a) la gothique:
  1. la gothique de forme, 2. la gothique de somme, 3. la bâtarde, type de transition; b) la lettre ronde ou Romain:
  1. Elzevir, type et forme de transition, 2. Didot: didot type, égyptienne, latine, 3. antique.

Il y a toute une physiologie de la lettre. Le caractère et sa teinte ont une influence sur la compréhension des textes. I a lisibilité des caractères est le desideratum suprême. (I)

  1. Les types ou caractères d’imprimerie les plus employés sont les suivants: romain, italique (bâtarde), égyptienne (grasse), anglaise, gothique.

La grandeur des caractères d’imprimerie s’appelle corps. Les corps de lettres les plus usités dans les livres sont les suivants; corps, 6, 8, 9, 10 12.

4. Les exigences de l’ordre, de la rapidité, de la clarté, qui sont celles de la pensée et de l’information moderne, doivent avoir leur correspondants dans celles de l’imprimerie. Il faut tenir compte des conditions dans lesquelles est le lecteur. Nos nerfs sont mis à dure épreuve. Nos yeux «ont très fatigués par suite du mouvement de la rue, du tourbillonnement de la publicité lumineuse et de la 1 (I) Marins Audin: L’Histoire de Vlmprimerie par 1 l’Image.

.

222 ELEMENTS GRAPHIQUES 67

multiplicité des textes que la plupart de nos occupations ou de nos délassements nous contraignent à lire. I_.’imprimé. le livre, la revue, le journal, indispensables à notre existence, doivent donc apporter des soins spéciaux et ne pas augmenter cette fatigue. J1 faut imprimer avec des caractères bien étudiés pour faire de la lecture un agré-ment et un repos pour les yeux. (2)

Il faut s’élever contre les caractères difficiles a lire. Les caractères doivent être simples et clairs. Pourquoi, lorsqu il s’agit d’une indication qui doit servir à la communication avec autrui, créer une difficulté.

L’écriture cursive va se différenciant de l’écriture typographique. La condition de l’écriture cursive, c’est la rapidité, qui exige des liaisons ; celles-ci rend l’écriture moins nette. La lettre typographique servant de matrice à des milliards de reproduction, peut être d’une fabrication lente et viser a la parfaite netteté.

La lettre du point de vue typographique a fait l’objet de sérieuses études physiologiques (citons entr’autres celles du Dr Javal). Il faudra en tenir compte dans l’évolution future.

  1. Les catalogues de fonderies présentent des modèles i remarquables en variétés. Les nouveaux catalogues de types de caractères allemands donnent par ex. les types suivants: la Mainz Fraktur: l’Ausburger Schrift, tendant vers la latine; la Secession-Grotcsk ; l’Antiqua (Bremen); : la Cursiv (H incî) italique; les écritures calligraphiques: Neu-Deutsch ; Grasset Antiqua; Renaissance Antique; Romische Antiqua ; Moderne Grotcsk ; Wandmalcreien ; Baldur; Antiken; Behrenschrift, etc.

Les catalogues français donnent, par ex., les catégories suivantes : allongées, alsaciennes, antiques, antiques allongées. antiques grasses, classiques, égyptiennes, italiennes, latines, blanches, ombrées, maigrettes, anglaises, ronde bâtarde, gothique.

  1. Il existe aujourd’hui toute une industrie de la fonde rie des caractères. Tandis que les machines à fondre les caractères ne donnaient que 3,000 lettres a l’heure, la Wick Rotations machine en produit 60,000 tout ébarbés et prêtes à être mises en paquets. Le brevet américain fut payé £ 250.000. La machine est surveillée par un homme et un gamin. Elle a été inventé par Frederick Wicks, de Glasgow, simple écrivain et journaliste qui chercha à supprimer le travail de redistribution des textes. La Monotype a repris l’idée sous une autre forme. Elle aussi composant chaque jour sur caractères neufs, évite la redistribution.

7. La durée des caractères dépend de la composition du métal. Des corps 7 et 8 ont souvent reçu deux millions d’impressions lisibles dans les journaux ; la normale est 2 (2) Voir les récentes études de la « Linotype » et de son caractère Ionie, qui apporte, avec plus de clarté et de soutien pour l’œil, une capacité de Î3 % de texte en plus, sur moins de papier. un million, et mainte imprimerie rejette le petit type après 300,000. Pour les travaux courants et les ouvrages soignés, la limite doit être fixée beaucoup plus bas.

222.16 Les systèmes spéciaux d’écriture.

Parmi les systèmes spéciaux et les modalités de l’écriture, il y a lieu de considérer; 1° l’idéographie, 2° la sténographie. 3° la cryptographie, 4° l’écriture des aveugles. 5° l’écriture médiumnique ou spiriie ; 6‘1 l’écriture Morse.

222.161 L’IDEOGRA HHIE.

On entend par idéographie des signes qui expriment directement l’idée et non les sons du mot qui représenterait cette idée: les chiffres arithmétiques sont de véritables idéogrammes.

Tandis que les Chinois abandonnent l’idéographie et adoptent notre alphabet, voila que l’Occident lui reconnaît des avantages et fait des essais pour y revenir.

En apprenant l’écriture et l’orthographe, on n’npprend guère de notions ; et la communication de peuple à peuple reconnaît les obstacles de la langue.

Les néoglyphea. Ilnouvelle écriture mondiale du Prof. Alex. Sommer-Batek (Prague).

222.162 STENOGRAPHIE.

L Notion, — La sténographie est l’art d’écrire rapidement en abréviations, d’écrire aussi promptement que la parole. Elle a d’abord été dénommée « brachygraphie » et « tachygraphie » ; les Anglais lui ont donne le nom de « shorthand », c’cat-è-dire main brève ou courte écriture.

  1. L’art sténographique est une des plus précieuies inventions du XIXe siècle.

Dans l’état actuel de la sténographie, des vitesse de 200, 240 et 250 mots a la minute ne sont pas impossible (en anglais).

  1. L’histoire de la sténographie remonte a l’antiquité. Les Hébreux Lavaient connue, les Grecs en faisaient usage, elle était courante à Rome. Cicéron écrivait par signes inventés par Ennius et qu’il apprit à son affranchi Tiron. Celui-ci les perfectionna (notes tironiennes). L’enseignement s’en répandit et ce devint courant pour les particuliers d’avoir un esclave ou un affranchi qui écrivait à la volée. On les appela d’abord en grec tachcographi, en latin cursores. coureurs à cause de la rapidité avec laquelle ils traçaient les discours. Ces cursores ont été appelé» depuis notarii, a cause des notes dont ils se servaient. Le moyen âge a connu la sténographie.
  2. En sténographie on supprime tous les accessoires de l’écriture, tout ce que les organes vocaux n’articulent pas, ou ce qui n’est pas perçu par l’oreille. Il n’est pas tenu compte de l’orthographie. On supprime même les simples voyelles. On se sert en outre de signes simplifiés.

68 BIBLIOLOGIE 222

  1. Le document sténographié prend une place de plus en plus importante. C’est la division du travail. Au travail de la composition littéraire se substitue celui de l’improvisation parlée, laquelle est enregistrée d’autre part par le sténographe. Tous les débats publics, dans les parle ments, les conseils, les comités donnent lieu à une formidable littérature. I .es méthodes du travail personnel elles-mêmes se transforment sous l’empire de la sténographie. Théodore Roosevelt a donné l’exemple de dicter à ses sténographes ses adresses et messages au Congres, et les réponses détaillées aux lettres qui lui étaient envoyées. Depuis en Amérique, en Europe ensuite, l’usage des sténographes privés s’est considérablement développé. Ce vont les sténo dactylographes.
  2. Dans les Assemblées et Congrès, il y a une organisation permanente de la sténographie. Le service est ordinairement assumé par deux équipes de deux sténographes qui travaillent à tour de rôle 15 minutes par heure. Aussitôt après la relève, les deux sténographes se retirent pour dicter chacun à des dactylos la moitié de la prise.
  3. Il existe un nombre considérable de systèmes de sténographie (Astier, Conen de Prépéan. Aimé Paris, Du ployé. Mcysmans. Prévost-Delaunay, Stolz, etc.).

La « Brevigraphie ». inventée par Raoul Brevnl, utilise les lettres de l’alphabet et la ponctuation dactylographique ce qui permet de brevîgraphier un discours sur une machine à écrire,

  1. Sténographie mécanique. — La sténographie est devenue mécanique. D’admirables petites machines ont été inventées (notamment la Sténophile Bivort). Les avantages sont ceux ci :

Absence de toute méthode difficile à apprendre ; écriture en lettres alphabétiques ordinaires, facilité d’apprentissage : lecture possible pour tous ; fatigue nulle ; vitesse illimitée, dépassant de loin la parole humaine ; mécanique simple, légère, peu volumineuse et silencieuse ; possibilité de sténographier en toutes langues et meme dans l’obscurité.

On sténographie et on relit parfaitement les langues sans en rien comprendre.

Une fable connue, composée de 70 mots, est écrite en 10 secondes, ce qui donne la vitesse de 420 mots à la minute.

  1. Documentation sténographique. — L’Association inter nationale des Sténographes a formulé le projet de concentration en une Bibliothèque unique de tous les documents dont le caractère commun est d’être le résultat de la sténographie. (Voir les communications faites à ce sujet par M. Depoin à 1??1. I. B.).
  2. Problèmes. — Il y a trois degrés dans les problèmes à résoudre :

1° Une sténographie personnelle efficace;

2° Une sténographie lisible de tous;

3° Un seul système de sténographie.

L’écriture sténographique mentale serait plus rapide que l’écriture alphabétique, de telle sorte que la sténographie ouvrirait la voie à l’écriture et à la lecture rapide.

Il est nécessaire de :

  1. formuler les desiderata de la sténographie,
  2. étendre toutes les possibilités de signes.
  3. établir des écritures pour juger des systèmes,
  4. critiquer les systèmes,
  5. combiner en un seul les avantages reconnus de tous les systèmes et les perfectionner.

Il existe un grand nombre de systèmes sténographiques. Des efforts sont tentés pour réaliser l’unité sténographique, non seulement par langue, mais même internationalement (revendications formulées par Forci et Broda).

On a déterminé qu’un tableau phonographique complet comporterait environ 150 signes,

222.163 CRYPTOGRAPHIE.
  1. La cryptographie est l’art des écritures secrètes. On lui a donné divers autres noms; cryptologie, polygraphie, stéganographie, etc.
  2. De tous temps, les gouvernements, les hommes d’Etat, les ambassadeurs, les hommes de guerre, ont utilisé ce qu’on est convenu d appeler le langage chiffré. A cet effet, on emploie des clefs, des grilles, des livres à pages repérées, des jeux de cartes, des livres typogra phiques (Le Scarabée d’Or, d’Edgard Poë).

Pendant la guerre, le Bureau des chiffres à l’Etat-Major français a été chargé de reconstituer le sens de tous les radiogrammes conventionnels.

En diplomatie, le chiffre a dû se développer parallèlement « l’usage du cabinet noir par où les gouvernements auprès desquels les ambassadeurs sont accrédités font souvent passer leur correspondance.

Des hommes de science se sont servi d’écriture secrète. Ainsi Francis Bacon usait probablement de cryptographie comme un moyen d’enregistrement scientifique de ver» qu’il destinait à la postérité scientifique. Ces vérités auraient été inintelligibles pour les contemporains ou leur révélation aurait été dangereuse pour lui. (Bacon-Shakespeare. Mercure de France, 15-1X-1922.)


222 ELEMENTS GRAPHIQUES 69

La difficulté de lire les dépêches en chiffres, on emploie une grille, carton bizarrement découpé à jour qui, dès quil est placé convenablement sur les dépêches, ne laisse paraître que les caractères nécessaires ; car les caractères de remplissage n’ont été ajoutés par l’expéditeur qu’après qu’il a eu écrit la dépêche.

Le système d’écriture en chiffres le plus simple consiste à écrire les vingt-quatre caractères de l’alphabet (le ; non compris) sur deux lignes horizontales et parallèles. Quand on veut déguiser un mot, il suffit de représenter les lettres de chaque mot par celles qui leur correspondent dans l’autre ligne. Ce n’est guère qu’un jeu d’enfant. Les systèmes usités en diplomatie sont beaucoup plus compliqués.

Autre exemple d’écriture secrète. On a choisi un volume quelconque dont chacun des correspondants possède un exemplaire. On a décidé de faire usage de nombres de 4 chiffres, dont le premier est celui de la page, le deuxième de la ligne, te troisième du mot, le quatrième de la lettre. On obtient, par exemple, le cryptogramme chiffré 6432. 7626, 3214. 8217, 8219, 2314 pour désigner VERDUN, Ici 6432 signifie 6” page. 4?? ligne. 3P mot,

2‘ lettre.

  1. La ressource des alphabets secrets est devenue illusoire car le nombre des combinaisons est borné et d’habiles déchiffreurs finissent généralement par en trouver la clé. Ceci exige de nombreuses connaissances, la possession des langues, une patience à toute épreuve, car ce n’est qu’après une infinité de tâtonnements que l’on peut atteindre le but.
222.164 ECRITURE DES AVEUGLES.
  1. Braille (1806 1852) créa un nouveau système d’écriture par un petit nombre de combinaisons de points saillants pour la lecture par le toucher. Il l’appliqua À la notation musicale. Foucault y ajouta de nouveaux perfectionnements. Ce système, répandu aujourd’hui dans le monde entier, a détrôné tous les autres.. Ernest Vaughan a imaginé une petite imprimerie qui donne une reproduction rapide du texte. Celui-ci, composé d’un côté en lettres romaines, se trouve être par le fait même, de l’autre côté en signes Braille.
  2. Le lecteur normal de Braille réalise une lecture courante de 100 à 120 mots à la minute.

3. On a d’abord cherché à donner du relief aux lettres ordinaires. Toutes les écritures ont cédé la place à l’alphabet de L. Braille, aujourd’hui universellement adopté et que les Chinois eux-mêmes ont adapté à leur écriture idéo graphique. Avec un maximum de 6 points. Braille a réalisé 63 signes parfaitement tangibles. La lecture cependant a d?es limites et des conditions psychologiques. Le pouvoir séparateur du doigt est infiniment moindre que celui de Toril. Tout agrandissement fait perdre dans la lenteur de l’examen analytique des consonnes ce qu’on gagne en netteté et clarté. On a constaté dans un autre domaine, que la persis tance des images lumineuses sur la rétine est impuissante à expliquer la reconstitution cinématographique. Il faut faire intervenir la synthèse perceptive, œuvre purement mentale. De même dans la lecture des aveugles. Epeler, c’est fatiguant et rebutant. La synthèse mentale d’élément» tactiles successifs ne peut s’opérer rapidement. La palpation (toucher) est essentiellement active: le doigt ne subit pas l’objet, il l’explore.

  1. Des progrès récents très remarquables, bien que non décisifs, ont été faits dans l’écriture pour aveugles ou écriture dont la lecture exclut l’intervention de l’œil (écriture tangible ou sonore). On est en présence de Toto phone de Fournier d’Albc représentant chaque lettre par un motif musical ; d’autre part du visagrapbe de Naumburg et du photoélectrographe de Thomas et Cou-laud qui fait appel au toucher. (1)

On est parvenu, à l’intermédiaire d’un système photo électrique, a transformer de l’énergie lumière en énergie mécanique. Sur cette science on a construit des machines à écrire et lire pour les aveugles: l’Optophone (1920), Fournier d’Albe. Une échelle de 5 points lumineux est projetée sur le papier et parcourt la ligne de gauche a droite. De bas en haut, chaque point vibre suivant les fréquences 384, 512, 576. 640 et 768 correspondants aux notes sol. ut, ré, mi, sol (octave de premier). L’image de cette échelle lumineuse est renvoyée sur un poste de sélénium intercalé dans un circuit téléphonique. Le courant téléphonique est modulé par les vibrations lumineuses qui frappent les parties blanches du papier et rendent un son correspondant. Chaque lettre est ainsi répétée par un motif musical. Le visagrapbe de Robert Naumburg (1931) et le Photoélectrogrophe de Thomas et Coulaud font appel au toucher.

222.165 ECRITURE MEDIUMNIQUE OU SPIRITE.
  1. Les adeptes du spiritisme et de la métapsychie ont présenté des écrits obtenus par le médium et émanant de personnages morts. C’est l’écriture automatique qui a fait l’objet de recherches physico-psychologiques.

Pour correspondre avec les esprits désincarnés, on a imaginé un tableau portant les lettres de l’alphabet et qu’on appelle le « Ja Ne ». Il a donné lieu récemment ?>ar perfectionnement à un téléphone avec l’au delà. (2)

2. A l’écriture Spirite se rattache la question de la photographie directe de la pensée. Certains n écartent pas la possibilité qu’un jour, par quelques procédé» encore ignorés, la pensée pourra s’enregistrer »ans intermédiaire sur quelque plaque ou papier spécialement sensible. ?? 2 ( I ) Pierre Henri : « Une application de la photoélec tricité ». Revue scientifique. 23 avril 1932, p. 239. (2) Voir Bulletin de la Société Métaphysique de Relui, que. 1932

  1. Les systèmes usités en diplomatie sont nombreux : méthode de Jules César, japonaise, par parallélogramme, de Scott, du Comte Gronsfeld. de Bacon, etc.

Les combinaisons sont à l’infini. Le déchiffrement se fait par tâtonnement, basé sur une vingtaine de règles (par ex. celle du redoublement des lettres).

4 La clef d’un chiffre est l’alphabet dont on est convenu. On en distingue de plusieurs espèces: le chiffre à simple clef est celui dans lequel on se sert toujours d’un même alphabet pour remplacer !<??« diverses lettres d’une dépêche, et le chiffre à double clef, celui où on change l’alphabet à chaque mot. On se sert en outre de nulles, syllabes ou même phrases insignifianteir. que l’on mêle aux caractères significatifs. Pour augmenter encore


70 BIBLIOLOGIE 222

  1. La métapsychique et les sciences occultes ont leur manière spéciale d’envisager certains phénomènes, tel le rôle enregistreur du papier. Maeterlinck raconte {L??H6tc inconnu, p. 51) qu’un voyant consulté par sa femme pendant qu’il allait voir les chevaux d’Elberfeld, sur la remise d’un papier de lui fort ancien et sans rapport avec son voyage, décrivit les écuries où il se trouvait. « faut-il croire que l’aspect de ce que j’allais voir un jour se trouvait déjà inscrit dans ce papier prophétique ou plus simplement et plus probablement que ce papier qui me représentait suffirait à transmettre soit au subconscient d’une femme, soit à Mme M. que je ne connaissais d’ailleurs pas encore, l’image exacte de ce que mes yeux contemplaient à cinq ou six cents kilomètres de là?»

Le papier serait imprégné du fluide des personnes qui l’ont touché. Explication: « Ou bien le papier réuni au » psychomètre et imprégné de fluide humain recèle, à » la manière d’un gaz prodigieusement comprimé, toutes » les images sans cesse renouvelées, sans cesse renais » santés, qui entourent un être, tout son passé, et peut » être son avenir, sa psychologie, sa santé, ses désirs, sel » volontés souvent inconnues de lui-même, toute sa vie » en un mot, mystère aussi insondable que celui de la » génération, qui transmet, dans une particule infinités»-» male, la matière et l’esprit, toutes les qualités et les » tares, toutes les acquisitions, toute l’histoire d une série » d’existences dont nul ne peut savoir le nombre. » D’autre part, si Ton n’accepte pas que tant d’énergie puisse se cacher, subsister, s’agiter, se développer et indéfiniment évoluer dans une feuille de papier, il faut nécessairement supposer que de ce même papier rayonne constamment un invraisemblable réseau de forces innommées qui, à travers le temps et l’espace, retrouvent à l’instant même et n’importe où. la vie qui leur donna la vie et le mettent en communication intégrale, âme et corps, sens et pensées, passé et avenir, conscience et subconscience avec une existence perdue parmi la foule innombrable.

Le papier absorberait comme une éponge toute la vie et de préférence la vie subconsciente de celui qui ’’écrivit, et dégorgerait dans notre subconscience tout ce qu’il

222.166 ECRITURE MORSE.

L’alphabet Morse est celui qui, par des points et par des traits a standardisé les signes visibles du télégraphe et les signaux audibles de la T. S. F. Largement appliqué

et généralisé, il devient la base de communication?? étendues.

222.167 QUESTIONS DIVERSES.
222.171 Méthode pour apprendre à écrire.

Í. Gros problème. Des centaines et des centaines de millions d’humains qui doivent apprendre à écrire, d’où des méthodes en grand nombre. Tout progrès dans le» méthodes correspond à un gain de temps dans l’ensei gnement.

  1. Apprendre à écrire se fait en apprenant à lire et réciproquement.

Dans la méthode Montessori, on commence par rendre la main et les doigts exercés à un dessin et plus tard on passe au tracé des lettres. La méthode repose sur un développement de tous les sens. Les doigts sont exercés à suivre le contour de lettres taillées dans du carton recouvert de papier de sable, très sensible au toucher.

Des pédagogues ont pensé à faire apprendre à écrire aux enfants directement en se servant de la machine. Le mouvement de celle-ci et l’activité qu’ils peuvent y appliquer intéresse vivement les enfants, à qui ensuite seulement est apprise l’écriture à la main.

Cette idée est assez naturellement venue à l’esprit d’un pédagogue ayant remarqué que tout enfant, à la vue d’une machine à écrire, n’a qu’une idée: la mettre en mouvement. Il tape sur les touches, connaît très rapidement les signes et apprend, en se jouant, à lire et à écrire. De cette manière, on utilise l’instinct du jeu, si vif chez tout être jeune, aux fins de l’éducation. C’est un principe qu’en pédagogie il ne faut jamais oublier. L’expérience a déjà montré qu’après cet enseignement dû à la machine, risn n’est plus facile que d inculquer à l’enfant les premières notions de l’écriture.

222.172 VITESSE DE L’ECRITURE.
  1. La main, de moyenne rapidité, trace à peu près un mot par deux secondes, un mot qui, tout compte fait des jambages et des boucles de ses lettres, de leurs courbes et inflexions, mesurerait une longueur de 16 cm. 666... La main « couvre » 5 m. à la minute, à l’heure 300, par jour 3,000 si la journée est de dix heures, et 1095 km. par an.
  2. En dactylographie, on a atteint des vitesses de 45.5 à 60 mots par minute.

La reine des dactylos (l’Américaine Rose Fritz) a su atteindre la vitesse de 265 mots à la minute, soit trois à quatre mots à la seconde, à la condition que le texte lui soit connu et que les mots soient de petits mots. Autrement la vitesse tombe à 155. Au fond ce travail ne signifie pas autre chose qu’un copieux récital de piano pour un musicien.

  1. La prise sténographique a des vitesse allant de 140 à 180 mots par minute.
  2. Au service belge des chèques postaux, on a atteint l’écriture continue de 28000 nombres à l’heure, dont certains de sept chiffres.
222.173 EMPLOI DE L ECRITURE.

Au début, les besoins pratiques de l’écriture ont été fort limités, par ex. pour établir des inventaires, pour des aides-mémoires pour la récitation de rituels. Graduel-


222 ELEMENTS GRAPHIQUES 71

lement le besoin d’écriture s’est étendu. Il se confond avec le besoin de document et se mesure comme lui.

222.174 UNIFICATION DES ECRITURES :

SYSTEME UNIVERSEL D’ECRITURE.

L’outil élémentaire de notre travail écrit, l’alphabet, n’a pas été immuable dans le passé. Il est le produit d’une longue évolution procédant par simplification successive pour arriver à une plus grande généralisation d’expressions. Pourquoi ne pourrait-il encore évoluer ?

Cinq moyens ont été ou sont à envisager :

1° Un instrument de comparaison et de transformation des écritures ;

2° Le remplacement de petits systèmes alphabétiques par de plus grands;

3° Une unification des alphabets sur la base de l’un d’eux, l’alphabet latin ;

4° Un alphabet nouveau à la forme rationalisée et standardisée ;

5° Un système général d’expressions unifié et standardisé dont l’écriture elle-même fasse partie,

1°) Alphabet international. — On a travaillé à l’établissement d’un alphabet international pour la transcription a) de tous les autres alphabets, b) de tous les sons parlés quelconques,

  1. Les orientalistes ont arrêté en 1894 un alphabet correspondant à leurs besoins.
  2. Les Américains ont créé un système de notation phonétique spécial pour l’étude des langues indiennes.

La transcription de l’arabe a été établie par la Société asiatique.

  1. Parmi les nombreuses méthodes de transcription des langues non écrites, celle de l’abbé Kouseliot, directeur du Laboratoire de Phonétique expérimentale au Collège de Prance et professeur à l’Institut catholique de Paris, paraît remplir les meilleures conditions de précision scientifique et de simplicité. L’ « Essai de Phonétique s avec son application à l’étude des idiomes africains, par le P. Sac Jeux, en fait application.
  1. L’Association phonétique internationale a créé un alphabet international comprenant tous les sons et destiné à la transcription de toutes les langues telles qu elles sont parlées.

Il permettrait de transcrire toutes les langues en aym botes phonétiques, abstraction faite des orthographes et des alphabets employés.

)) L’Institut national chinois d’Histoire et de Philologie s’occupe d’une extension de l’alphabet phonétique international, en liaison avec l’enregistrement des dialectes chinois, spécialement un système de quasi-graphe «lettres accentuées » (tone-letters). Les systèmes de romanisation de Matteo Ricci et de Nicolas Trigault ont trouvé une place dans la phonologie chinoise à la manière de 36 initiales adoptées du Sanskritt. 71 l 2°) Renforcement des petits systèmes alphabétiques. — On a assisté à l’extension même d’alphabets différents sous la forme de quelques grands alphabets et cela parallèlement au mouvement qui a conduit à l’établissement de quelques grandes langues nationales, après le refoulement des patois.

3”) Unification à base d’alphabet latin. — Un grand mouvement s’est manifesté vers l’unification des alphabets sur la base de l’alphabet latin. En effet, on constate que le retour au gothique n’a guère fait de progrès en Allemagne dans ces dernières années.

Les peuples Turco-Tartares de l’U. R. S. S. ont consacré et adopté l’alphabet latin de 1922 qui, a dit Lénine, constitue une révolution pour l’Orient. Et en effet, les peuples du Nord du Caucase et de l’Asie centrale n’avaient pas de langage écrit avant la révolution d’octobre. Dans i’Azerbajoor, on a constaté que la facilité d assimilation de l’alphabet latin sur l’alphabet arabe était de 7 à 80 % plus grande.

  1. C est l’Association des Orientalistes de Moscou qui s’est occupé du nouvel alphabet turcoman (MM. Barthold, Pavlovich, Menued Zadé). On a analysé l’ancien alphabet arabe et l’alphabet latin et l’on a démontré qu on ne pouvait remédier à leurs défectuosités qu’en introduisant un nouvel alphabet turcoman. basé sur les caractères latins. Toutes les allusions au fanatisme religieux des masses, et les divers motifs invoqués par les adversaires de la latinisation ne supportent pas la critique ; il faut renoncer à l’alphabet lié avec tout le passé religieux musulman de l’Orient. Les adversaires de l’alphabet latin ont répliqué qu’il fallait aborder cette question avec la plus grande circonspection et prendre en considération les divers degrés de développement culturel et la différentiation des classes parmi les populations turco-tartares. Il a été formellement décidé de créer, près l’Association des Orientalistes, un comité pour l’introduction d’un nouvel alphabet turcoman. (I)
  2. Les Slaves employent les uns l’alphabet Cyrillique (Grands Russes, Russes blancs, Ukraniens, Serbes et Bulgares), les autres l’alphabet latin (Tchécoslovaques, Polonais, Croates, Slovènes et Serbes de la Lusace). Les Russes ont agité la question de l’adoption de l’alphabet latin. Les autres nations intéressées ont pris ensuite intérêt à cette question, qui a fait l’objet d’une enquête fu périodique bulgare « Blgarska Kniga s (Sofia n° 2. 1930).

En faveur de la réforme, on a fait valoir qu elle mettrait en contact plus intime les nations slaves entre elles; qu elle les rapprocherait des civilisations occidentales, que l’alphabet latin était plus simple; il en résulterait des économies dans la composition typographique et l’impression en général. La majorité cependant, en Bulgarie, s’est prononcée pour le maintien de l’alphabet cyrillique. (I) (I) Bulletin d’information n° 27 de la Société pour les relations intellectuelles.


72 BIBLIOLOGIE 222

L’Académie de?? Sciences de Leningrad a établi un nouvel alphabet latin. Une conférence de Chinois et de Mongols a été convoquée à Vladivostok en vue de l’adaptation à la langue chinoise en se fondant sur les intérêts de la culture et des lecteurs en général qui ne connaissent que peu l’alphabet latin. Des sons existent en bulgare expressibles seulement en cyrillique. Certains reconnaissent que si la Russie donnait l’exemple, il faudrait suivre.

En Russie il est mené une campagne intensive pour l’introduction de l’alphabet latin. L’alphabet russe y fut introduit par Pierre le-Grand. (Petrus 1.)

En Russie même la question n’a pas encore été tranchée. On redoute de voir tomber dans l’inutilisation le million de livres existant dans les bibliothèques et qui auraient été lus comme le «ont maintenant les livres en slavon ecclésiastique. Pendant longtemps, ij faudrait considérer des millions de Russes comme illettrés jusqu’à ce qu’.ls aient acquis la connaissance du nouvel alphabet. On a proposé un moyen terme: employer l’alphabet latin pour une partie de la production des livres, en particulier pour les livres qui s’adressent aussi à l’étranger.

  1. L’adoption des caractères latins est déjà réalisée en Turquie. Le premier dictionnaire mixte turc-allemand en caractères latins avec la nouvelle orthographe vient de paraître (composé par Mehmed Ali, 15,000 mots). La réforme est adoptée aussi dans certaines régions de l’Union Soviétique. Le Gouvernement de Chypre lui fait une place. En Perse, la presse le demande.

L’adoption de l’alphabet latin à la place de l’écriture arabe en Turquie est entrée en vigueur partiellement le I”’ décembre 1928 et complètement le lrr juin. A cette date, tous les documents officiels ont été imprimés en nouveaux caractères. Les nouveaux caractères vont faciliter l’étude de la langue turque aux étrangers et aider ainsi indirectement au commerce.

  1. L’écriture chinoise se compose de 40,000 signes. La Science dans ces conditions est la culture exclusive de la mémoire, c’est à-dire de la partie matérielle de l’intelligence qui ne peut que s’atrophier par un sembla-ble exercice. Une vie d’homme suffit à peine à l’apprendre. L’écriture est encore un obstacle au progrès de la civilisation. Elle a contribué dans une proportion considérable à arrêter l’évolution progressive du peuple.

Il faut connaître plus de trois mille caractères différents pour entreprendre la lecture de l’ouvrage le plus simple. Il en faut 40,000 pour les œuvres de lettrés. Le peuple ne sait donc pas lire. Aussi les Chinois ont ils ouvert des salles où se tient un personnage qui lit à haute voix les journaux. Puis des rénovateurs sont venus qui ont simplifié l’écriture et les lettrés se mettant résolument à l’œuvre, firent front aux vieux préjugés, qui considéraient comme une honte véritable d’écrire la langue qui se parle et fondèrent des journaux dont la lecture est accessible aux plus humbles. On continue à faire usage de caractères idéographiques, mais les mots ont exactement la même sonorité que le langage oral ; de plus la forme des phrases est celle du discours ordinaire.

Grâce au Dr. Hu Shik. le langage parlé est devenu en Chine, après 1930, le langage écrit, mettant fin à 1‘isolement intellectuel où se trouvait le peuple, à raison du langage littéraire des lettres. Ce fait permet au mouvement pour l’éducation des masses dirigé par M. Y. C James Yen. à rendre l’enseignement accessible à toutes les classes.

Maintenant des tentatives sont faites pour écrire le Chinois en caractères romains avec 24 lettres auxquelles on devrait ajouter 10 autres, comme par ex, le n espagnol qui a son correspondant hollandais flamand dans le nj (méthode de Mgr Ibanco o. f. m. Vicaire apostolique de Jenanfoe, Chine).

  1. On s’est occupé au Japon de la réforme graphologique. Plusieurs hommes éminents du Japon, ayant à leur tête M, Hayaslu. qui fut ambassadeur à Londres et Ministre des Affaires Etrangères à Tokio. s’occupent de la question. Déjà un groupe progressiste publie une revue imprimée en caractères latins. Cet alphabet rendrait des services pour le commerce, mais il est insuffisant pour la langue littéraire.
    1. Bean a créé en Indo-Chine deux journaux anna mites, dont l’un en caractères latins. (Cokner annamite transposé en caractère français.)
    1. Takanadate, professeur à l’Université de l’okio, a proposé à la Commission des Coopératives Intellectuelles de recommander à tous les pays d’étudier la possibilité d’adopter les caractères latins dans leur langage écrit et lorsqu’il y a des systèmes d’orthographe différents en vigueur, d’unifier l’orthographe le plus possible, confor rnément à la nature de chaque langue. La Commission s’est prononcée en faveur de l’importance d’une méthode de transcription uniforme des langues à côté de l’écriture nationale en vue d’une meilleure compréhension mutuelle des peuples.

4° Il y a lieu de chercher la rationalisation et la standardisation de l’alphabet.

  1. Un mouvement s’est fait jour pour le perfectionnement international de l’alphabet latin : des caractères de plus en plus clairs, la réforme des écritures curaives, des sin nouveau d’alphabets, abandon progressif de certaine?? lettres comme J et Y.
  2. En langue internationale, on a cherché à éviter les signes qui causent des difficultés comme z, y, œ, etc. On se sert de signes simples pour des combinaisons fréquentes de son (x. c, etc.). (I)

c) Les caractères de l’écriture ont évolué depuis trente siècles sans méthode, dit M. Joval et la typographie même présente de sérieux inconvénients pour l’hygiène (I) (I) Baudoin, Marcel. Nécessité d’un alphabet interna tional. Bull. In»t. Inter. Bibliogr., 1900. v. p. 155-188.


222 ELEMENTS GRAPHIQUES 73

scolaire. N’est-il pas possible, avec les données de la science actuelle, de faire mieux ?

La réforme de l’alphabet s’étend dans deux directions. Attribution des signes (un signe, un son) et formation de signes.

Un alphabet parfait devrait avoir autant de lettres et de signes complémentaires qu’il y a d’articulations et de sons élémentaires et distincts.

A s’en tenir simplement au graphisme, toutes les lettres sont formées ce traits constitués de lignes droites, brisées ou courbes. La sténographie a établi une classification des traits du graphisme et leur a attribué une signification rationnelle que ne connaissent pas les signes arbitraires et traditionnels de l’alphabet.

  1. On pourrait enseigner un mode d’écriture classifica teur et synoptique, sténographie d’idées et non de mots. La disposition des idées se faisant avec le minimum de mots et le maximum de propriétés devra être relative, étant exprimée clairement et par des positions et des grandeurs de caractères ainsi que par des signes très simples de relation et de classification. C’est ce vers quoi tendent les essais d’idéographie.

5” Nouveaux systèmes d’expresùon. — Le processus de ta formation de l’écriture, aux origines, nous montre vers quoi peut tendre aujourd’hui l’Humanité. L’écriture est née d’un besoin : communiquer et transmettre les faits. L’écriture est née sur plusieurs points a la fois, donnant lieu à plusieurs développements autonomes; elle ne dérive pas d’une forme primitive unique. Enfin certaines racea peu civilisées en restaient à une étape rudimentaire de Lécriture, tandis que d’autres la franchissaient rapidement pour arriver de bonne heure à posséder un système d’écriture complet, pouvant rendre toutes les nuances de la pensée.

De nos jours, nous constatons des perfectionnements partiels de l’écriture, des innovations réalisées dans divers domaines spontanément sous l’empire de trois nouveaux besoins: simplification, généralisation à tous les pays, extension à des idées et des faits plus complexes.

Un nouveau système doit être formé sur la base de l’ancien, accru de toutes les innovations reconnues bonnes et développé d’une manière coordonnée.

Il faut créer une théorie générale de la graphie embrassant tout les cas possibles et s’adaptant toutes les combinaisons possibles qui vont en se multipliant extraordinairement, (1)

Lentement mais sûrement, le mouvement mondial conduit les peuples à avoir besoin d’un système général d’expression. De ce système doit faire partie l’écriture, comme aussi la langue et la documentation. Quelle que soit la lenteur propre au développement d’un tel mou- (l) (l) La combinaison des moyens d’expression n’a-t-elle pas donné lieu récemment à un cours de sténographie mécanique de l’esperanto, par T, S. F. vement, c’est le devoir des hommes de rechercher sans cesse ce qui théoriquement et pratiquement peut y conduire.

222.2 Notation et abréviation.

A côté de l’écriture usuelle prend place une catégorie importante de signes et de conventions: La notation, les abréviations. Le problème se pose aussi d’un système universel de notation.

222.21 Notation.
  1. La notation (la forme notée) prend place entre les mots de la langue (texte) et l’image. Elle exprime, sous une forme conventionnelle: 1° des éléments, parties ou aspects (termes) ; 2° leurs rapports entr’eux (formules, questions) ; 3° la classification des éléments et des rapports; 4° éventuellement leurs nombres et leurs mesures ; 5° l’expression condensée des lois.
  2. Arrivées à un certain développement, les sciences créent leur notation. Ainsi, les notations de la mathématique et de la chimie. Cette notation est plus ou moins développée, complète.
  3. Une notation intégrale des sciences bibliologiques

comprendrait ainsi les cinq ordres d’éléments susdits. Des premières réalisations de la notation bibliologique se trouvent: a) dans l’établissement de la Bibliométrie ;

  1. dans les formules de la Psychologie bibliologique;
  2. dans les Tables de classification bibliographique, principalement dans celles de la Classification décimale.
  1. Le nombre : se dit de signes ou ensembles de signes qui représentent une quantité.

Chiffres: Le chiffre est l’expression matérielle d’une grandeur numérique, tout comme le mot est le signe d’une idée. L’un et l’autre répondent au même titre à une opération fondamentale de l’esprit et sont dès lors également indépendants.

Le système universel des unités a pris sa forme scientifique dernière en se fondant sur le centimètre, le gramme et la seconde, et en s’exprimant en la forme des nombres ordinaires suivant la multiplication et la subdivision décimale de toutes les unités (système décimal, système métrique, système C. G. S.).

Le numérotage en toute matière acquiert une grande importance. On numérote les dynasties, les souverains, les Pontifes, etc.

  1. La technique a créé une notation propre. Elle l’ap-

plique aux plans; elle l’applique parfois sur la chose elle-même: machine, installation, locaux. Par ex.: la

notation relative à l’électricité.

  1. La notation chimique représente généralement l’atome d’un corps simple par une lettre symbolique et la molécule de corps composé par des assemblages d’un certain nombre de ces symboles. De nos jour», la stéréo-

222 ELEMENTS GRAPHIQUES 73

scolaire. N’est-il pas possible, avec les données de la science actuelle, de faire mieux ?

La réforme de l’alphabet s’étend dans deux directions. Attribution des signes (un signe, un son) et formation de signes.

Un alphabet parfait devrait avoir autant de lettres et de signes complémentaires qu’il y a d’articulations et de sons élémentaires et distincts.

A s’en tenir simplement au graphisme, toutes les lettres sont formées ce traits cor.slitués de lignes droites, brisées ou courbes. La sténographie a établi une classification des traits du graphisme et leur a attribué une signification rationnelle que ne connaissent pas les signes arbitraires et traditionnels de l’alphabet.

  1. On pourrait enseigner un mode d’écriture classifica teur et synoptique, sténographie d’idées et non de mots. La disposition des idées se faisant avec le minimum de mots et le maximum de propriétés devra être relative, étant exprimée clairement et par des positions et des grandeurs de caractères ainsi que par des signes très simples de relation et de classification. C’est ce vers quoi tendent les essais d’idéographie.

5” Nouveaux systèmes d’expresùon. — Le processus de ta formation de l’écriture, aux origines, nous montre vers quoi peut tendre aujourd’hui l’Humanité. L’écriture est née d’un besoin : communiquer et transmettre les faits. L’écriture est née sur plusieurs points a la fois, donnant lieu à plusieurs développements autonomes; elle ne dérive pas d’une forme primitive unique. Enfin certaines racea peu civilisées en restaient à une étape rudimentaire de Lécriture, tandis que d’autres la franchissaient rapidement pour arriver de bonne heure à posséder un système d’écriture complet, pouvant rendre toutes les nuances de la pensée.

De nos jours, nous constatons des perfectionnements partiels de l’écriture, des innovations réalisées dans divers domaines spontanément sous l’empire de trois nouveaux besoins: simplification, généralisation à tous les pays, extension à des idées et des faits plus complexes.

Un nouveau système doit être formé sur la base de l’ancien, accru de toutes les innovations reconnues bonnes et développé d’une manière coordonnée.

Il faut créer une théorie générale de la graphie embrassant tou?? les cas possibles et s’adaptant toutes les combinaisons possibles qui vont en se multipliant extraordinairement, (1)

Lentement mais sûrement, le mouvement mondial conduit les peuples à avoir besoin d’un système général d’expression. De ce système doit faire partie l’écriture, comme aussi la langue et la documentation. Quelle que soit la lenteur propre au développement d’un tel mou- (l) (l) La combinaison des moyens d’expression n’a-t-elle pas donné lieu récemment à un cours de sténographie mécanique de l’esperanto, par T, S. F. vement, c’est le devoir des hommes de rechercher sans cesse ce qui théoriquement et pratiquement peut y conduire.

222.2 Notation et abréviation.

A côté de l’écriture usuelle prend place une catégorie importante de signes et de conventions: La notation, les abréviations. Le problème se pose aussi d’un système universel de notation.

222.21 Notation.
  1. La notation (la (orme notée) prend place entre le. mots de la langue (texte) et l’image. Elle exprime, sous une forme conventionnelle: 1° des éléments, parties ou aspects (termes) ; 2° leurs rapports entr’eux (formules, questions) ; 3° la classification des éléments et des rapports; 4° éventuellement leurs nombres et leurs mesures ; 5° l’expression condensée des lois.
  2. Arrivées à un certain développement, les sciences créent leur notation. Ainsi, les notations de la mathématique et de la chimie. Cette notation est plus ou moins développée, complète.
  3. Une notation intégrale des sciences bibliologiques

comprendrait ainsi les cinq ordres d’éléments susdits. Des premières réalisations de la notation bibliologique se trouvent: a) dans l’établissement de la Bibliométrie ;

  1. dans les formules de la Psychologie bibliologique;
  2. dans les Tables de classification bibliographique, principalement dans celles de la Classification décimale.
  1. Le nombre : se dit de signes ou ensembles de signes qui représentent une quantité.

Chiffres: Le chiffre est l’expression matérielle d’une grandeur numérique, tout comme le mot est le signe d’une idée. L’un et l’autre répondent au même titre à une opération fondamentale de l’esprit et sont dès lors également indépendants.

Le système universel des unités a pris sa forme scientifique dernière en se fondant sur le centimètre, le gramme et la seconde, et en s’exprimant en la forme des nombres ordinaires suivant la multiplication et la subdivision décimale de toutes les unités (système décimal, système métrique, système C. G. S.).

Le numérotage en toute matière acquiert une grande importance. On numérote les dynasties, les souverains, les Pontifes, etc.

  1. La technique a créé une notation propre. Elle l’ap-

plique aux plans; elle l’applique parfois sur la chose elle-même: machine, installation, locaux. Par ex.: la

notation relative à l’électricité.

  1. La notation chimique représente généralement l’atome d’un corps simple par une lettre symbolique et la molécule de corps composé par des assemblages d’un certain nombre de ces symboles. De nos jour», la stéréo-

LE LIVRE ET LE DOCUMENT 222 74

chimie a créé un mode de représentation des rapports de composés par des figures à trois dimensions.

La notation chimique a une très longue histoire. Elle subit une transformation radicale avec Lavoisier et Berzelius. Elle poursuit son évolution.

  1. La notation musicale naît chez les Grecs. Le moyen âge en perd la clé. Il créa sa notation à lui. ces neumes en « pattes de mouches » (pedea maacarum). Cette « danse de cousin » muckentanz, comme dit Ambros, désignait vaguement la direction vocale sans valeur ni même intervalles précis.

Les neumes étaient des signes de notation musicale, usités d’abord en plain-chant, plus tard aussi dans la musique profane. A leur origine les neumes sont simplement les accents qui en grammaire marquent les inflexions de la voix dans le discours. Leur forme, d’abord cursive et déliée, devient plus large, plus anguleuse pour aboutir à la notation carrée. Chacun d eux a un nom particulier : il indique que la voix doit monter, descendre ou se tenir à l’unisson sans toutefois faire connaître la note d’unisson ou le degré précis de descente ou d ascension: la mélodie est supposée connue par l’usage. Pour suppléer à l’insuffisance de cette notation, Gui d’Arezzo, au XIe siècle, introduisit l’usage de la portée, composée de quatre signes, sur laquelle il échelonna les neumes.

Ultérieurement, on en vint à la forme actuelle de notes correspondant aux temps, aux mesures et aux clés. Le chef d’orchestre dirigeant un grand opéra (de Strauss par exemple) a devant lui une partition allant jusqu’à 27 portées synchroniques correspondant chacune à une des parties, instrument ou voix. Des travaux considérables ont été entrepris d’une part pour traduire en signes musicaux modernes In musique ancienne ou exotique, d’autre part pour substituer un système de notation plus simple et plus rationnel au système devenu traditionnel. (I)

  1. Leibnitz dans sa c characteristics universalis > a imaginé un symbolisme pour exprimer toute idée, semblable aux symboles de l’algèbre. Ce symbolisme a été réalisé dans les temps modernes par Boole, Peano, Burali, Whitehead. Russel, etc. (symbolisme logique, mathématique). On a appliqué la logique aux questions les plus controversées de la philosophie ancienne et moderne. (J. Butler, Burke). — Les symboles de l’algèbre et de la logique constituent une langue internationale semblable à l’Espéranto et à l’interlingua.
  2. Système de Notation.

Les chiffres, les lettres et les symboles conventionnels constituent des éléments de notation. Pour établir un système développé de notation avec lettres on dispose des trois systèmes. 1° Les exposants. Ex. Le système de In Bibliothèque Nationale de Paria. Ex.: Al, A2. A3. (I) 2“ Les répétitions des lettres. Ex. : AA, BB, CC, etc. 3” La combinaison des majuscules. Ex. : AB. AC, AD, etc,

222.22 Abréviation.
  1. Les ubréeiuitons consistent dans des suppressions de lettres ou de mots admises par l’usage et remplacées généralement par des signes courts : on les emploie pour écrire plus vite et en moins d’espace.

Les sigles sont des lettres initiales qui s’emploient comme abréviations d’un mot. Ainsi S. C, R. M. sont les régies de Sacra, Cathoiica, Regio, 1 ajcataa,

  1. Les anciens usaient surtout des abréviations dans les inscriptions : mais ils s’en servaient aussi dans les lois, les décrets, les discours, les lettres et plus rarement dans les manuscrits de leurs ouvrages. Les Hébreux, les Grecs, les Romains se servaient des abréviations. Elles consistaient en une ou plusieurs lettres d’un mot, pour représenter ce mot. Voilà pourquoi Cicéron (signa verborum) les appelait singulœ litteræ, d’où l’on a fait siglœ, sigles. Il y a deux espèces de sigles : les sigles simples, qui désignent chaque mot par la seule lettre initiale, comme D. M. S. (Dis manibus sacrum), les sigles composés qui, après la lettre initiale, présentent une ou plusieurs lettres du mot, comme CS (consul), COSS (consulibus), S. P. Q. R (üenatus Populusque Homanus), AM (Amiens), Le mot grec par exemple K. A. P. A. I. (tête) faisant allusion aux cinq chefs de l’Eglise grecque, est composé des initiales de Constantinople, Antioche, Rome, Alexandrie et Jérusalem, D. O. M. se traduit Deo Optimo Maxime.

Il existe à la Bibliothèque Nationale de Paris un manuscrit, connu sous le nom de Virgile dMper, dans lequel plusieurs fragments de Virgile sont écrits en sigles. En voici le premier vers : Tityre, t. p, r. s. f. pour Tityre, iu patulae recubans su b fegmine fagi. De telles abréviations ne s’employaient sans doute que pour tenir lieu de passages trop connus, dont on ne voulait pas se donner In peine de faire la copie entière; autrement, elles seraient incompréhensibles. Chevillier, dans L Origine de / imprimerie de Paris, en donne un exemple tiré de la Logique d’Occam. On jugera par ce spécimen des singuliers rébus que les copistes donnaient à deviner : Sic hic e fal sm qd simplr a e pducibile a Deo g a e. Et silr hic a n e g a n e pducibile a Deo. Ce qu’il faut lire ainsi : Sicuf hic est fallacia sccundum quid simpliciter: A est producibile a Deo. Ergo A est. Et simi/iter hic: A non est. Ergo A non est producibile a Deo, Certains sigles embarrassent surtout les paléographes : ce sont ceux qui abrègent les noms propres.

L’emploi des sigles a été continué de nos jours. Dans certains, on double la lettre pour marquer le pluriel : ainsi MM (Messieurs), PP (Pères). Les sigles sont fréquemment employés en anglais. En cea temps derniers, (I) Travaux de Tirabassi ; Travaux de Hautston.


222 ELEMENTS GRAPHIQUES 75

surtout depuis la guerre mondiale, on les a multipliés en toutes langues. On a ainsi formé des mots conventionnels {ex.: U. R. S. S.) dont les syllabes, consonnes et voyelles, sont empruntées aux divers mots composant un nom, en particulier celui d’une association, d’une institution ou d’une firme.

  1. Dans des travaux comparés et de synthèse, quand il s’agit de comparer, compléter, reviser les résultats de divers auteurs, d’en composer un exposé unique, collectif, coopératif, on a poussé l’abréviation jusqu’à représenter les ouvrages cités chaque fois en référence, par la simple initiale du nom des auteurs. (1)

Les abréviations sont une cause d’obscurité. Par exem pie, dans les ouvrages d’histoire naturelle, le nom des auteurs en abrégé à la suite des termes taxonomiques.

Dans les livres scientifiques on écrit les longues expressions répétées à quelques lignes d’intervalle par les sigles de leurs principales lettres. Ex. : aksl. Altes Kirilulige sla-visch.

  1. Les abréviations jouent un rôle en Bibliographie.

En principe, elles ne sont pas désirables, puisqu’elles

peuvent exiger du lecteur de se référer des abréviations à la Table de celles -ci.

Mais on a fait valoir qu’il y a là une économie matérielle qui peut chiffrer et qu’il s’agit encore plus de faire gagner du temps à ceux qui manient beaucoup d’indications bibliographiques. Il y a donc lieu d’organiser les abréviations et cela dans une double direction ; dans chaque science et dans chaque pays d’abord ; dans tous les pays et entre toutes les sciences ensuite.

  1. L’abus qui a été fait des abréviations les a fait proscrire par le législateur moderne. C’est pourquoi elles sont interdites en Belgique, notamment dans les actes de l’Etat civil, dans le Livre journal, dans les actes notariés et dans les copies de pièces. (Art. 42 du Code Civil, 65 du Code de Commerce, 24 de ta loi de Ventôse, an XI),
222.23 Autres signes usuels.

Il existe un grand nombre de signes conventionnels utilisés en documentation. Avec les signes de correction typographique, les signes de soulignage et d’annotation de livres et de documents, etc.

Les signes suivants et d’autres possibles sont employés pour renvoyer aux références placées en marge ou au pied des pages. Lorsqu’ils sont épuisés, on peut faire usage de signes doublés.

* astérisque.

† croix,

‡ double croix.

§ section.

∥ parallèle.

(I) Ex. Decroly: Développement du langage parlé chez l’enfant, p. 19.


¶ paragraphe = marque montrant qu’il y a un changement dans le sujet de discours.

☛ doigt, index = attention, important.

⟶ l’Obèle, signe que l’on rencontre dans les anciens manuscrits. L’obèle marque la répétition des memes phrases et les mots surabondants ou les fausses leçons.

222.24 Notation universelle.
  1. A parcourir les publications à cinquante ans de distance (1802-1932), il y a incontestablement un nouvel aspect de la page texte. Celle-ci était formée presque entièrement de texte compact, fait de caractères typographiques. à la première de ces dates. Voici que le texte maintenant est de plus en plus éliminé et refoulé, produisant un double effet en sens inverse : avec les images, les publications deviennent accessibles par un plus grand nombre de personnes ; avec les schémas, les cartes, les diagrammes, [es notations scientifiques, les formules mathématiques, le texte s’adresse à des lecteurs de plus en plus spécialisés.
  2. Ainsi naît tout un nouveau langage graphique, langage composite, fait de l’emploi simultané de ces divers moyens d’expression. Il suffisait autrefois d’apprendre à lire les caractères alphabétiques. Il faut maintenant apprendre à lire, à comprendre les autres modes d’expressions graphiques. Et il y a de nouveaux «illettrés», et une sorte de nouvel analphabétisme. Avec les modèles des choses, avec leur représentation à la fois figurée plus concrètement et plus abstraitement, les problèmes reçoivent une compréhension meilleure et plus claire, les définitions sont plus précises, les différents êtres, états, phénomènes sont mieux séparés et classés, leurs rapports sont mieux déterminés. Finalement tout ??e mesure et les conséquences des mesures apparaissent sans difficulté.
  3. Peut-être sommes-nous sur la voie d’une méthode universelle d’expression. Elle combinerait en elle l’essentiel de ce que nous donne : a) la considération logique des rapports et des systèmes de rapports; b) la terminologie rationnelle; c) la notation (symbolisme, algorithme);
  1. les procédés du calcul et des équations mathématiques;
  2. la classification; f) les formes de la documentation. Tout ce qui existe actuellement à l’état séparé dans ces six ordres d’idées qui s’étendent à la linguistique, à la mathématique, à la logique, à la documentation, ne serait plus considéré que comme des cas particuliers d’une théorie générale.
  1. On aurait ainsi une notation pour l’ensemble de connaissances sur l’Univers et la Société. Ce serait là un progrès immense. Longtemps on a considéré les formules de Riemann, développées par Einstein, comme un échafaudage de symboles mathématiques, une ingénieuse algèbre. Voici qu’on est porté à y voir un des précurseurs d’une figuration de tout ce que comprend le

76 LE. LIVRE ET LE DOCUMENT 222

vaste monde. La notation recevrait un développement universel parallèle à celui de la classification et du

schéma.

222.3 Illustration.
  1. L’illustration du livre et du document prend la forme d’images réelles, d’images schématiques et de motifs décoratifs. Le mot illustration est un terme générique qui s’applique à l’ensemble des vignettes et dessins que contient une œuvre, abstraction faite de ses espèces, de sa qualité et de son nombre. Ce terme comprend donc toutes les formes de présentation, tous les documents autres que les textes. Il correspond au mot anglais « Picture >.
  2. L’histoire de l’illustration du livre est marquée par les étapes suivantes :
  1. L’en/umînure ou peinture des livres: une des prin-cipales expressions de l’art du moyen âge. Elle est une source de renseignements sur la peinture des siècles primitifs; c’est un art d’une minutie extrême; Westu)ood (paléographe anglais) a compté n la loupe sur une surface d’un demi centimètre car té 158 enlacements d un mince ruban de couleur, bordé de traits blancs, sur un fond noir. Art complexe, essentiellement conventionnel.
  1. Dès 1423, gravures populaires en bois, origine même de l’imprimerie. Les premiers imprimeurs désirèrent voir les produits de leurs presses rivaliser autant que possible avec les œuvres des anciens calligraphes et enlumineurs. Cela les conduisit naturellement à intercaler des images dans leurs publications. Les livres à images, imprimés d’un seul côté et où le texte n’est que l’accessoire des figures, ont même précédé les livres où l’image n’est que l’ornement, l’éclaircissement, l’illustration du texte.
  1. XVe siècle. Gravure en taille douce (métal) inspirée de l’art du nielleur. mais le bois reste pour le livre.
  2. XVIIe et XVIIIe siècle. Gravure en métal,
  3. XVIIe siècle. Lithographie.
  4. XIXe siècle. Gravure sur bois (buis debout). Photo gravure. Trois couleurs.

A partir du XIXe siècle paraissent les grands illustrés, les magazines à gravures abondantes qui, en chaque pays, au nombre de plusieurs, apportent chaque mois, chaque semaine, voire chaque jour l’illustration graphique des événements d’actualité. Les journaux quotidiens ont fait une place aux clichés et paraissent abondamment illustrés.

Les journaux de mode ont été parmi les premiers à publier des illustrations.

  1. Les plus grands artistes de tous les temps ont apporté leur contribution à l’illustration des livres. Certains artistes dessinateurs et graveurs se sont particulièrement distingues comme illustrateurs.

4. Jamais on a tant illustré de livres et jamais autant. Bien plus, jamais tant d’artistes n’ont travaillé ou pré- tendu à l’ornement d’un texte, lous s y mettent depuis 20 ans.

En Allemagne, l’illustration du livre est devenue si

considérable qu’on l’a appeler « Illustrationsseuche » (épi démit- de l’illustration ).

Notre temps, dit Neural h, est près d’être appelé l’Epoque des yeux. La démocratie moderne a commencé avec le discours, la presse, le livre. Aujourd hui, c’est le cinéma, l’affiche réclame, le magazine illustré, l’exposition.

Le livre en fait devient de plus en plus un composé de textes et d’illustrations. Quelle est la meilleure de ces combinaisons ? 1° Insertion des illustrations dans le texte. Mais il ne faut pas que le texte soit tellement coupé, fragmenté par tant de reproductions, séparé en tronçons quasi invisibles par d’innombrables hors textes, qu’on ait peine à s’y retrouver. D’autre part, il est difficile a faire coïncider sans complication ni monotonie les illustrations types avec les textes qui les commentent. 2° Publication à part du texte suivi avec un système de références commodes d’un volume d’illustrations et de planches. 3” Publication sous forme de monographies sur feuilles, l’image étant la base, et le texte étant son commentaire.

222.31 Images réelles.

?. Notion. — L’image est une figure représentant une chose et obtenue par le procédé de quelqu’un des arts du dessin.

  1. La surface réfléchissante devenue le miroir et la glace ont étendu la vision de l’homme. D’abord il a pu se voir lui-même, puis il a pu disposer sa vision dans des conditions plus pratiques, par réflexion d’angle, en angle comme dans les lunettes astronomiques.

Condillac instruisait sa statue en lui présentant des images et des sons.

3, Espèces d’images réelles représentant des objets, leur apparence physique réelle ou interprétée artistiquement, les dessins à la main multipliés éventuellement par les procédés de reproduction et les images obtenues par la photographie, qui elles aussi peuvent être reproduites typographiquement ou litbogropbiquement, la photographie servant aussi a reproduire le dessin à la main lui-même. Dessin et photographie peuvent être documentaire ou artistique ; ils peuvent avoir en vue l’illustration ou la décoration du livre ; être insérés en lui ou faire l’objet de document distinct, séparé.

Il sera traité sous 253 de la photographie, des estampes, gravures ; sous 272 des procédés de reproduction.

  1. Théorie scientifique.
  1. En physique, l’image est la reproduction d un objet par l’effet de certains phénomènes d’optique : un miroir reflète une image, la photographie fixe l’image de la chambre obscure, il se forme dans chaque œil une

222 ELEMENTS GRAPHIQUES 77

image d’un objet. L’image regardée dans le miroir ou dans l’eau paraît renversée.

  1. On distingue l’image réelle de l’image virtuelle. L’image réelle est celle qui est formée en un lieu autre que celui qu’occupe l’objet, par le concours de rayons déviés par la réfraction ou par la réflexion, comme celle qui se forme en avant des miroirs concaves. L’image virtuelle est celle qui n’est pas due au concours effectif des rayons lumineux. L’œil en reçoit l’impression par une erreur des sens qui fait supposer l’existence de l’objet sur le prolongement en ligne droite des rayons déviés, comme celle que l’on perçoit en arrière de tous les miroirs.
  2. Il y a en physique (optique) une théorie de la production des images ; en physiologie une théorie de la perception des images, en psychologie une théorie de l’association des images, en pédagogie une théorie éducative des images. La Bibliologie requiert une théorie de la transmission des connaissances par l’intermédiaire d’images de mieux en mieux faites, de plus en plus multipliées et répandues au maximum.
  3. Dans une image : (paysages, portraits ou scènes

de mœurs), il ne s’agit pas de relations exprimées, comme dans le langage (proposition, sujet, verbe, attribut) mais bien des relations implicites. Car ou bien l’image exprime des relations préexistentes en l’esprit dans lequel elles sont déjà traduites en mots; ou bien l’image tracée à l’origine est traduisible ensuite en mots.

Les relations et les éléments de l’image sont soutenus par les objets figurés, par les propriétés qu on leur y attribue (grandeur, forme, couleur), par les rapporta de position qu’ils y occupent. L’image est de perception simultanée, alors que le langage parlé ou écrit est de perception successive. Cependant l’esprit ne saurait percevoir instantanément. L’esprit doit analyser les relations incorporées implicitement dans l’image et ensuite, ayant ainsi compris, il peut désormais se servir de l’image comme de substitution de la synthèse comprise, substitution dans laquelle il est à tout moment capable de retrouver tous les éléments analysés, et d’autres encore.

  1. L’image et la mystique.

1° A l’origine l’image revêt un caractère magique, mystique, sacré. L’image n’est pas seulement une représentation. Elle est quelque chose de 1 être representé lui-même. (L’envoûtement, le double.) L image participe du même caractère mystique que le nom de certains êtres qui ne peut même être prononcé. (Le nom de Dieu, l’Evangile qui est sacré, la Messe qu’on ne peut lire en langue vulgaire, ordinaire, etc.)

2° L’image « mentale » d’un objet est une réalité particulière. à côté de la réalité de l’objet; il s’agit de la décrire exactement, de telle sorte que, de la seule description, se déduisent les propriétés particulières de l’image, qui l’opposent à l’objet physique et à la forme de l’image.

3° Paracelse dirait que « l’homme se transfigure dans l’objet contemplé ou imaginé par lui ». Dans l’objet contemplé, parce qu’il reflète tout les progrès réalisés sous l’impulsion de l’espèce humaine; dans l’objet imaginé parce que la, l’homme peut donner libre cours aux anticipations de son imagination et créer une image répondant à ses aspirations les plus hautes et à ses notions les plus précieuses de la perfection et de l’harmonie.

4° Les méditations connues et dirigées sur une image matérielle par sa forme même, son aspect sensible, deviennent le point de départ d’une suite d’autres images internes qui procurent un certain état mystique, la présence sentie d’un culte religieux. (1)

5° « Tout objet réduit d une dimension à une autre ne peut jamais être reproduit d une façon exacte. Le dessin d’une maison n’aurait que peu ou pas de signification, si nous n’avions jamais vu une maison; nous n’y verrions que des lignes et des ombres, il ne nous suggérerait aucune idée. Un dessin sur une surface plane réduit un objet de trois dimensions à deux dimensions : les tableaux représentatifs des périodes des mondes et des globes dans les ouvrages ésotériques, la réalité représente de quatre à sept dimensions et il s’agit d’interpénétration. Le dessin ici est analogue à la représentation du fonctionnement d’une montre en alignant les différentes roues sur un même plan. Les tableaux des réalités hyper-évoluées doivent être conçus spirituellement, sinon au lieu d’éclairer le sujet ils sont cause de confusion. » (2)

6° Dès que l’instinct du merveilleux eut fait admettre à l’Homme l’existence d’êtres surnaturels, il éprouva le besoin de les représenter au moyen de figures sensibles, et il leur prêta l’aspect, les gestes, la physionomie des êtres vivants qu’il avait sous les yeux. Bientôt même il s’habitua à identifier les êtres divins qu’il avait conçus avec les images qu’il avait essayé d’en faire. De là le culte des images ou des idoles (idolâtrie signifie le culte des images).

De tous temps l’Eglise et les religions organisées eurent à s’occuper des images. Le rôle du double chez l’Egyp-tien ; l’interdiction des images aux Hébreux par Moïse. Les Grecs ne croyaient pas à la nature divine d’une statue de Diane ou de Jupiter, mais attribuèrent subtilement à certaines idoles vénérées des vertus tout à fait merveilleuses. Dans l’Eglise primitive, les images ne furent pas d’abord honorées publiquement. Vers le IIIe ou le IVe siècle l’Eglise commença à relâcher sa sévérité à cet égard. Les Musulmans attaquèrent les Chrétien* sur 1 2 (1) Le Berneuchïrner Bund dirigée par Wilhelm Stiih-lin (Munster). (2) Max Hcindcl. Cosmologie des Rose-Cro»x. 1925,

p, 201.


78 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 222

ce point et prohibèrent les images. Des Chrétiens d’Orient manifestèrent la même répulsion ; un empereur les soutint, le Pape les anathémisa. Le culte des images a triomphé, mais les protestants iconoclastes modernes, les attaquèrent sur ce point.

7° Dans l’Eglise catholique romaine, on se sert donc d’images et de statues, tandis que dans les églises d’OrienL les statues sont défendues. La doctrine catholique concernant la vénération des images a été formulée par le Concile de Trente en 1563 Les honneurs et la vénération leur sont dus, non parce qu’elles-mêmes sont divines ou possèdent quelque attribut particulier, mais à cause des honneurs dus a ceux qu’elles représentent, à leurs prototypes. Chez les Grecs, le culte des images est dit la dulia (vénération secondaire) paT opporïtion à la latria (culte suprême) qu’on ne peut offrir qu a Dieu seul.

8° Les million? d’images répandues partout et consacrées à l’écriture sainte ne représentent ni les dieux, ni leurs personnages dans les vêtements de l’époque (comme le croit la masse ignorante), mais suivant une conception idéalisée qui répond au goût d’artistes postérieurs. Les écoles de peinture italienne ont exercé l’influence

prépondérante: cela vient de ce qu’au moyen âge l’Italie était non seulement le siège des Papes qui gouvernaient le monde, mais de ce qu’elle produisait aussi les plus grands peintres, sculpteurs, architectes qui se mettaient à leur service.

  1. Dessin.

c Le dessin, dit Léonard de Vinci, c’est une imitation

de ce qui est visible, faite avec des lignes. On entend

par le dessin non seulement la forme particulière des

corps, mais encore l’analogie de toutes les parties qui en forment l’ensemble, qu’on appelle proportion. L’ensemble est ce qui présente à la vue l’union de toutes les parties d’un corps dans la proportion qui lui est propre, et sa perfection naît des rapports et de l’harmonie des mouvements. »

  1. Dessin et photographie.

Le crayon des artistes qui savent voir et comprendre est doué de souplesse, de facilité, d’élégance, de ce don de simplification, de cette qualité essentielle qu’on appelle touche spirituelle et légère. Ils ont le talent de dire beaucoup avec peu de moyens.

Mais la photographie vient en aide aux artistes. Les épreuves photographiques sont pour eux un recueil incomparable d’informations, de notes précises mille fois supérieur aux croquis du dessinateur le plus alerte et le plus exercé.

Dessin et photographie se complètent. Il est des objets que la photographie rend imparfaitement.

  1. ¡/enseignement et le dessin.

L’écriture de nos jours se double de dessin. Pourquoi

ne pas savoir dessiner comme on sait écrire. « De tous les exercices qu’on peut imaginer pour provoquer la spontanéité de la pensée, le plus naturel, le plus logique et le plus fécond est le dessin. » (1)

« Développer l’œil et la main par le dessin, c’est développer le sens de l’observation, le raisonnement, la sensibilité, c’est développer les instruments mêmes de l’intelligence, c’est donner à celle-ci un moyen de » exprimer, d’extérioriser la vision intérieure, en des formes, car le dessin, c’est l’idée rendue visible. Dessiner, c’est créer, »

h Le dessin est roi dans les écoles en Amérique ».

La petite princesse Elisabeth d’Angleterre prend ses premières leçons de piano au moyen d une nouvelle méthode : les touches sont indiquées par diverses images d’animaux.

(Miroir du Monde, 5 mars 1932, p. 295.)

  1. Perspective.

1° L’invention du dessin perspective a été une découverte immense pour la technique de la représentation, La troisième dimension n’a été représentable qu à partir de ce moment. De quand date-t-elle 7

2° Le premier effort fait pour représenter la réalité sphérique par un plan a été la perspective. Si l’on n avait pas trouvé ce premier mode de représentation, un autre mode greffé sur celui-là rendrait d’immenses services. Il faut donc dégager le problème, les condition?, les éléments de sa solution.

Géométrie descriptive.

Toute la géométrie descriptive est consacrée à l’étude des projections : projection octogonale sur deux plans, projection oblique, conique, sphérique, globulaire, stéréo-graphique. C’est la hase de la perspective et du dessin perspective. C’est la théorie des ombres, de la dégradation et de leur représentation. C’est la technique de la stéréotomie.

La cartographie met en œuvre diverses espèces de projections: a) Mercator ; h) stéréoscopique; c) conique;

  1. Flamsted ; e) Flamsted modifié; f) projections polaires. 9, Caricature.

La caricature est l’art d’exprimer une idée par le dessin.

La caricature (satyre, humour) constitue un départe ment important de documents.

Le nom de Debucourt. Daumicr. Monnier, Gavami. Forain jalonnent un siècle de la caricature française. Celle-ci a donné lieu à une Exposition (1932) et au Salon des Humoristes.

222.32 Images schématiques.

?. Distinctes des images donnant des choses leurs apparences réelles (images physiques et concrètes), il y a celles qui en donnent la figure idéologique, image? (I) (I) Jean Delville. — La défense de l’art. 1932.1 LL


222 ELEMENTS GRAPHIQUES 79

intellectuelles et abstraites. Les premières conduisent aux secondes par d’insensibles transitions.

Pour l’assimilation des matières par l’esprit sont utiles des schémas, comme sont utiles des tableaux synoptiques et des plans de matières traitées.

  1. Les images schématiques comprennent: a) les schémas proprement dits ; b) les graphiques ou diagrammes qui traduisent en lignes (courbes), en surfaces, en blocs les données numériques des mesures et dea statistiques.
  2. Diagrammes. — Par des traductions de chiffres, lignes et figures de documents de grande proportion, on obtient des diagrammes qui, pour approximatifs qu’ils soient, sont cependant pleins d’intérêt.

Les diagrammes sont des dessins géométriques qui servent à démontrer une proposition à résoudre, un problème, à représenter le rapport de situation de choses, ou à figurer d’une manière graphique la loi de variation d’un phénomène.

Les diagrammes sont donc constitués par dea courbes qui traduisent en lignes les nombres mesurant les phénomènes. Deux courbes de meme échellé comparées entre elles montrent en leur différence un rapport auquel à son tour peut être donné la forme d’une troisième courbe directement comparable aux deux autres. Ex. Le diagramme de Rueff, corrélation entre la courbe du chômage et celle qui représente les rapports des salaires aux prix de gros.

Le diagramme, figure géométrique, a une forme qui varie avec les données représentées. On peut concevoir rétablissement d’un appareil qui donne du phénomène un diagramme analogique dont toute la configuration varie avec les transformations mêmes du phénomène. Les propriétés du diagramme peuvent être étudiées mathématiquement, par la trigonométrie notamment. Elles peuvent donner lieu à des mesures qui seront celles des phénomènes et à un enregistrement pbotograhique donnant lieu à pellicule cinématographique.

Lies résultats d’une recherche peuvent avantageusement être mis sous la forme de diagrammes. Ex. Van t’Hoff et ses élèves ayant ainsi déterminé les lois de la cristallisation des sels de mer, les ont mis sous la forme de diagrammes triangulaires (stéréochimie).

L’Harmonigramme est le tableau chronologique de l’ensemble des réalisations à prévoir pour un certain travail à enlever à une date fixe. C’est un instrument de prévision, de coordination et de contrôle grace auquel la direction et ses collaborateurs ont constamment sous les yeux l’ensemble des opérations particulières a réaliser. L’enchaînement et la concommittance de toutes les opérations y sont intuitivement motivés. Aucune mémoire humaine ne pourrait se substituer a cet instrument synoptique qui permet de conduire méthodiquement et avec sûreté des milliers d’opérations. Exemple : Le tableau chronologique de l’Exposition de Bruxelles 1935 comprend 85 colonnes verticales pouvant contenir près de 3,200 fiches et indiquant les diverses catégories de travaux. Elles sont coupées par des colonnes horizontales permettant de suivre mois par mois la réalisation de chacun des travaux projetés, depuis son début jucqu’à sa fin. — L’Harmonigram-me transcrit donne le résultat de l’analyse d’un dossier administratif et donne l’image de sa vie.

  1. Les graphiques sont aussi des dessins simplifiés. Ils constituent un langage, le langage de la ligne. Dans toute étude où la forme prend de l’importance (par ex. la Zoologie), l’art du dessin annote les caractères et se lie étroitement à la statique, à la mécanique et à l’anatomie animale. Il donne, des formes à ces trois points de vue, une compréhension prompte et sûre.

En matière de botanique, on a publié, en Hollande, des descriptions qu’on a appelées des « penportraits ». Au lieu d’avoir des diagnoses excessivement détaillées, d’un seul coup d’œil on a, dans ces ouvrages, des descriptions, des plans qui donnent bien l’équivalence des diagnoses. C’est alors, non plus à un texte que l’on a recours, mais à la vision directe, schématique.

  1. Les graphiques d’organisation des organismes (entreprises, administrations, instituts, secrétariats) ont pour but de rendre visible d’un coup d’œil: a) la composition du système : ses organes, son rôle, sa composition, son organisme ; les opérations et l’ordre dans lequel elles doivent être exécutées: les organismes accessoires; b) les liaisons entre les différentes parties du système et certaines de ces parties et l’extérieur de l’organisme. Ces liaisons sont un des buts principaux du graphique; c) les fonctions et les noms des exécutants; d) l’ordre chronologique des tâches et travaux ; ie) les diverses modalités utiles à connaître pour la conduite du travail. (I)
  2. L’art d’établir des schémas (la schématique) doit devenir une branche de la bibliologie ; elle est, en tant que celle-ci. la théorie de 1‘enregistrement et de l’exposé méthodique des connaissances scientifiques.

La place du schéma dans le livre est indiquée par le tableau suivant : texte (écriture) —

I 1 concrete

5 image ‘

-1 i I abstraite ré«lle dessinée

¡mécanique (photo, calque, enregistrement automatique). La marche progressive de la constitution d’un langage schématique commun consiste en ceci : a) trouver une expression diagrammatique pour l’exposé de toute idée ;

b) obtenir l’accord collectif sur des schémas bases de manière que les études faites une fois serviront pour (I) (I) Voir notamment le graphique de l’organisation du Contrôle Budgétaire établi par MM. F-. Greiner et A. Martynoff. Bulletin du Comité National belge de l’Organisation scientifique, 15 juillet 1932, p. 88,


80 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 222

toutes; c) faire que sur le schéma collectif de base cha-cun indique ce que son travail apporte de neuf, soit comme addition, soit comme modification. Il suffirait de donner des couleurs conventionnelles à ce qui est général et connu, aux particularités individuelles et aux conclu sions propres au travail.

  1. Le Gesellschaft und Wirtschaft Museum de Vienne a produit une véritable renaissance des hiéroglyphes de l’idéographie (Wiener méthode). Dans le domaine de la statistique sociale, il a formulé ce principe ; « Ce que l’on peut exprimer en images et en couleurs ne doit pas l’être en signes alphabétiques ». La réalisation répondit aux nécessités de la visualisation «t de l’esthétique.
  2. Il faudra, dans les imprimeries, établir des cases pour la composition typographique des diagrammes et des cartogrammes. Si de telles cases existaient et si des indications pour leur utilisation étaient formulées et répandues, les auteurs trouveraient certes le moyen d’exprimer ou de préciser beaucoup d idées en s en servant sans devoir recourir à des clichés spéciaux dont le prix est généralement prohibitif.
222.33 Motifs décoratifs.
  1. L*illustration est une chose, la décoration en est une autre. Composition pittoresque et composition décorative.
  2. La calligraphie au moyen âge employait des ornements. des miniatures, des vignettes de toute nature.

A son début, la gravure sur bois, dite alors taille d’épargne, était exécutée sur des bois ligneux, filandreux, hêtre ou sapin, à l’aide d’un seul outil, le canif. Les tailleurs d’Ymaiges s’efforçaient à rendre simplement le dessin tracé sur le bois; ils y mettaient pas mal de science et toute leur âme : leurs naïfs fac-similés n’ont jamais été surpassés.

Ce que nous appelons l’adaptation typographique est recherchée aujourd’hui comme une bien rare qualité. En ce temps, elle était venue d’elle-même, un jour où le graveur avait tracé le dessin et la lettre sur le même bloc. L’instinct et le goût firent le reste ; jamais images plus franches et vigoureuses n’épousèrent plus harmonieusement le texte.

Malheureusement, au cours du XVIe siècle, une autre recherche vînt altérer le caractère propre de la gravure sur bois. Les graveurs voulurent rendre les effets de perspective aérienne des tableaux, il» imitèrent les travaux séduisants de la gravure sur cuivre, au burin, qui se développait parallèlement. La taille se resserra continuellement. compromettant le résultat de l’impression.

Au XVIIe et au XVIIIe siècles, la gravure sur cuivre se substitua à peu près complètement dans le livre à la gravure sur bois. L’eau-forte, surtout, à ces brillantes époques, obtint un succès considérable. Par sa facture grasse et le charme de sa vivacité, elle atteint admirablement son but: l’arabesque jaillit spontanément sur la page, l’illustration directe, alerte, suit le texte rapidement en de gracieuses fantaisies, tandis que le noir doré de la morsure s’accorde délicieusement à la couleur des fontes en réalisant une parfaite unité. Pendant la Révolution, le beau livre disparaît complètement, et toutes les tentatives du XIXe siècle ne parviennent pas à renouer les bonnes traditions des siècles précédents. Au point de vue illustration, les différentes techniques de la gravure se confondent ou se heurtent ; la gravure sur bois qui végète tristement s’est faite interprétative, elle est dite « en ton » et cherche à traduire par des teintes toutes les nuances du modèle. D’ailleurs, le buis a remplacé les bois de fil. sa matière parfaitement homogène, résistante et plastique, se prête à toutes les virtuosités du burin... mais, hélas, l’habileté n’a jamais remplacé l’Art.

La gravure sombra dans le métier, et l’apparition de la photographie devait achever la débâcle.

  1. C’est vers le milieu du XVIe siècle que la taille-douce fut introduite dans le livre. Les premières gravures de ce genre ont une facture rigide imposée par l’outil. — Jacques Callot et Abraham Bosse arrivèrent pourtant à donner au burin une souplesse extraordinaire qui, en modifiant la technique de la gravure, préparait l’avènement de l’eau-forte. — Au XVIIIe siècle, les grands maîtres portèrent l’art de l’eau forte à sa plus haute perfection et, suivant l’inoubliable exemple de Christophe Plantin qui fit appel à Rubens pour ses illustrations, tous les nouveaux éditeurs accordèrent leur préférence à la gravure sur cuivTe. — Au règne de Louis XIV — l’âge d’or du burin — l’eau-forte arrive à son plein épanouissement et l’école de Simon Vouët décore le livre de reproductions ou d improvisations mordues généreusement.

Sous Louis XV, l’engouement pour l’eau-forte est complet. C’est le temps où tout le monde fait de l’eau-forte et Madame de Pompadour, elle-même, n’hésite pas à y tremper ses jolis doigts. — Le livre s’enrichit de vignettes gracieuses, légères, de rocailles. de broderies d’arabesques et des charmantes compositions des maîtres et petits maîtres du XVIIIe siècle dont les impressions d’un blond doré s’harmonisant si bien avec les fontes élégantes de l’époque. — Au XIXe siècle, l’invention de la photographie entraîna la décadence de la gravure, précipitant celle du livre, (Tattegrain. )

4, Notre temps est porté à supprimer les ornements. Il n’en aime pas moins les formes belles, bien proportionnées, harmonieusement riches de couleur ; il les trouve notamment dans la nature. Le modernisme évolue rapidement, on peut déjà considérer avec recul le modernisme d’après 1900, 1910, 1920 et 1925.

  1. On a posé la question : Un livre doit-il être uniquement décoré ou doit-il contenir des personnages ? Contre la figuration de personnages on allègue qu’il y a un grand danger de leur donner corps. Chaque lecteur le

222 ELEMENTS GRAPHIQUES 81

fait avec son tempérament et son goût. Il faut un artiste de génie pour imposer la conception du personnage. (Ex. Gustave Doré a créé Gargantua, Naudin a incarné Le Neveu de Rameau, Brouet Les Frères Zemganno,) Un ornement, un paysage accompagneront au contraire le texte sans entrer en lutte avec lui. Ainsi le faisaient les éditeurs français du XVIIe siècle. Ceux d’après-guerre y reviennent pour les éditions demi-luxes ou livres purement typographiques, ( I )

Fernand Lot a dit de Gustave Doré : « Traducteur du » rêve des plus hauts poètes de tout les temps, il n’a pas » été au-dessous de sa tâche. Il a su même si bien y » ajouter son propre rêve que sans lui désormais, Cer-» vantes, Dante et i’Arioste seraient appauvris »,

  1. Il y a toute une géométrie des tracés basée notamment sur les projections et la perspective. Il y a une composition décorative par combinaison de points, lignes, plans et jeux de fonds.

Le monogramme est un signe emblématique composé de lettres enlacées ou liées et qui expriment le nom propre d’une personne.

  1. Il faut applaudir aux progrès réalisés par les procédés photomécaniques. Au point de vue documentaire, le domaine de la science est des plus vastes et elle n’a aucun intérêt à en franchir les limites. Par contre, le domaine de l’art appartient aux artistes et le livre d’art a besoin de spécialistes conscients. Le livre est un conseiller, il guide, il inspire, il instruit. Le beau livre est, en outre, un précieux ami. Il faut pouvoir l’aimer sans arrière-pensée et pour cela aucun détail ne peut en être négligé,
222.4 La page. — L’esthétique du Livre.
  1. Notion. — De la mise en œuvre des divers éléments graphiques résulte la page ainsi que J’aspect qu elle prend : page texte, page illustration ou page mixte.

Les éléments de la page sont : a) les caractères typographiques; b) les illustrations; c) la décoration; d) la justification (largeur du texte d’où largeur des marges) ;

  1. la place donnée aux éléments, les colonnes; f) les blancs, les marges; g) la mise en page. On a traité précédemment des trois premiers points.

La mise en page est au livre document ce que la mise en scène est au théâtre.

Chaque partie du livre, chaque espèce de livre, chaque partie de chacune des espèces donne lieu à un type de présentation de la page imprimée. Ces types combinent des éléments communs avec des éléments qui leur sont propres.

La disposition de la page a été étudiée minutieusement, à la fois en vue de faciliter la lecture d’une part et de répondre aux desiderata de l’esthétique d’autre part. Lu 1 (1) Raymond Hesse : Le livre d’après guerre et les Sociétés de Bibliophiles. pratique et ta bibliophilie deviennent lois. La page est destinée à être vue (lue). Le mécanisme de la vision est donc en jeu. Les lois de l’optique et de l’occulistique sont à dégager et à observer avant tout. ( I )

  1. Historique, — La page texte d’après les époques présente un aspect très différent : Grèce: compact, pas de ponctuations. Moyen âge. enluminé. Renaissance : gloses, commentaires. Moderne : illustration et rubrication.

Les premiers livres imprimés étaient parfaits à tous les points de vue. depuis le papier jusqu’à la reliure qui a tenu pendant des siècles. Ce fut suivi ensuite d’une période d’hésitations et de décadence relative de l’art typographique ouc l’on peut caractériser parfaitement par les productions si laides que l’on connaît bien. Au commencement du XXe siècle, il y eut dans l’imprimerie une renaissance eu point de vue artistique.

De nos jours, il s’est fait une réaction du style des imprimés publicitaires, des affiches, sur le style des livres et la composition. La mise en vedette des éléments est devenue de ce chef plus osée. (2)

  1. Les caractères typographiques. — Il existe des signes numérotechniques qui ont plus de 4000 ans d’existence, des signes « alphabétiformes »,

Lorsque la forme de l’édition est fixée dans ses grandes lignes, la première chose à faire est de choisir un caractère dont la physionomie roit en rapport avec l’esprit du texte. Cet accord entre l’œuvre littéraire et sa notation typographique est absolument nécessaire, car le lecteur en sera toujours influencé, même a son insu. La principale qualité a rechercher est la parfaite lisibilité et il est toujours dangereux d’adopter une fonte nouvelle, insuffisamment éprouvée.

Eviter le texte tout entier en capitales. Le bas de casse est plus lisible que les capitales. L’ensemble composé en capitales peut attirer l’attention, mais à la lecture la fatigue vient vite. La différenciation des grandeurs et des typtes de caractère est d une grande ressource pour distinguer les diverses espèces de données dans un texte. Par ex. le principal du secondaire; le résumé du corps même de l’ouvrage; les rubriques du texte lui-même ou des notes.

  1. Lignes. — La composition typographique s’opère en lignes continues. On pourrait, si l’on voulait, lui donner la forme de certaines figures.

Dans l’«Elan» de 1926, Osenfant s’est appliqué à des recherches typographiques (psychotypie). Il essaya d’adapter l’expression optique des caractères d’imprimerie au sens des mots. Il conclut : L’effet produit par les « formes sensibles » est puissant même quand il s’agit 1 2 (1) a) Dr. Javal. — La lecture et l’écriture.

b) Cock. — Les Annales de l’Imprimerie, oct. 1910, p. 133. (2) Le Manuel de Géographie des frères Alexis offre des types caractéristiques d’emplois de textes variés et subordonnés.


82 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 222

des signes conventionnels ; les formes sensibles ne sont pas conventionnelles, mais impératives.

  1. La justification — La largeur des pages a cette importance qu’elle permet des dispositions synoptiques ajoutées à la clarté du texte, rend aisée et rapide la référence à toutes les parties du sujet. (1)

Il est des conditions physiologiques imposées aux livres par nos organes. On sait combien est pénible la lecture des longues lignes exigeant un repérage difficile à chaque extrémité et à chaque commencement.

Les journaux ont ouvert la voie à la justification physiologique et rationnelle et en particulier le journal anglais. Des journaux présentent de front 7 colonnes de 5.5 cm. (L’Indépendance Belge). La fiche 12.5 X 7.5 e*t donc équivalente à la largeur de deux colonnes de journal. Dans le livre on a souvent établi deux colonnes, quand il était de grand format. La Société des Nations produit une quantité de textes imprimés souvent rebutants à lire parce qu’il» ne répondent pas à ces conditions. Les documents de la S. D. N. si difficiles à lire ont des lignes de 14 cm, 2/3, presque plus larges que trois colonnes de journal.

Les revues s’essayent n des caractères de plus en plus petits et à des justifications de plus en plus étroites. Ex.: Le Mouvement Communal (Bruxelles) imprime

fréquemment ses pages (19 X 25) en trois colonnes, petit caractère, sans filet séparatif.

  1. La mise en page. — Toute une mise en page avec des colonnes, des demi-colonnes, des retraita a été réalisée pour rendre un texte plus clair, plus rapidement assimilable. pour permettre de se reporter plus vite et plus directement à un passage déjà lu ou à découvrir.

Ex. : Les sections du Conseil d’Etat français faisaient des rapports qu’on imprimait à mi-marge avec celui du Ministre. — Les Tables de la Classification Décimale, édition française et édition anglaise, ont réalisé des mises en page bien équilibrées.

De la mise en page relève la manière de couper les articles de journaux en renvoyant leurs suites plus loin, et la manière de disposer les articles de revue pour faciliter le découpage à l’aide d’un seul exemplaire.

Un exemple de disposition typique d’un texte est donné par les notices bibliographiques imprimées sur fiches et en général par de nombreuses formules dites administratives.

7. Les marges. — Les marges sont l’espace blanc qui apparaît sur les côtés du texte d’un livre ou d un dessin. Une proportion des marges aux textes, des blancs aux noirs, s’impose. Les marges sont parfois utilisées pour les rubriques annonçant les sujets traités, pour des ratures. (I) Exemple : Liquidators Index and Summary of the Companies act and Winding of Rules. 1929; by J. H. Senior and H. M. Prak. London. Sir Isaac Pitman. pour les références aux textes de base, De larges marges servent aux notes marginales du lecteur.

  1. Les colonnes. Le sens de direction du livre. — La colonne divise les pages d’un manuscrit ou d’un imprimé par le milieu au moyen d’un blanc ou d’une ligne qui les sépare de haut en bas. La page peut être divisée en plusieurs colonnes. Ainsi, la page des journaux, des dictionnaires et des grandes encyclopédies, celle des éditions polyglottes.

Les livres orientaux se feuillettent de gauche à droite, les livres occidentaux de droite à gauche. On peut disposer les pages soit dans le sens horizontal par rapport à la reliure, soit dans le sens vertical.

Il est déplairont d’avoir à changer le sens de lecture et de vision d’un livre, album et atlas. S’efforcer d’imprimer toutes les planches dans le même sens, de manière à n’avoir pa» à retourner le livre,

  1. L’esthétique du liore. — La présentation typographique doit faire l’objet des soins les plus attentifs. C’est dans le choix des caractères pour titres, sous-titres et rubriques, c’e’t dans le sectionnement des masses en alinéas bien équilibrés que résident en gTande partie les conditions de la belle et bonne page écrite ou imprimée.

La simple typographie est un art véritable par la stricte proportion des caractères et des titres, par l’ordonnance ment des blancs, par tous ces détails dont la réunion produit cette chose exquise et rare : un beau livre.

Les grands principes que William Morris a engagés à observer sont les suivants. Il importe de ne rien négliger pour faire du bon ouvrage avec du matériel irréprochable, ce qui constitue l’unité du livre n’est pa» la page isolée ; mais la double page du livre ouvert, les deux masses de texte n’étant séparées que par un étroit espace au pli de la feuille ; la largeur des marges doit croître dans l’ordre suivant : la tête, les côtés, la base. Morris attachait une importance capitale à l’espacement, non seulement quant à l’assiette de l’œil de la lettre sur la base, mais aussi quant à la distance entre les lettres d’un même mot, les mots d’une même ligne, les lignes d’une même page. Il nous a démontré que même sans le moindre essai d ornementation un livre peut devenir une œuvre d’art, pourvu que les caractères en soient bien dessinés sur une base carrée, qu’ils soient de même nature et rapproché» dans la composition sans « blancs inutiles ». Morris voulait que l’illustration, soit planche, soit ornementation, fit partie intégrante de la page et fut comprimée dans le plan du livre.

Ainsi l’esthétique au point de vue typographique est l’art qui consiste à donner aux travaux que l’on exécute le sentiment qu’ils doivent exprimer. L’esthétique est la science qui permet d’établir les principes et les règles de la beauté. Pour qu’une œuvre d’art appliqué soit digne de fixer l’attention, elle doit répondre aux trois conditions suivantes : a) remplir son but; b) avoir em-


223 ELEMENTS LINGUISTIQUES 83

ployé logiquement les matériaux dont elle est composée ;

  1. être conçue dans une forme d’art qui reflète l’époque dans laquelle l’œuvre a été créée. Pour le livre, les deux premiers points sont du domaine de la technique typographique. Le troisième point est du domaine des arts appliqués.

Des artistes, des illustrateurs collaborent à la confection du livre par la création de lettres ornées, entêtes, culs de lampe, illustrations de tous genres. Le livre peut donc être de l’art appliqué. Lorsqu’il est illustré, il ne peut plus être isolé des arts plastiques. Les artistes du livre ont souvent été les inspirateurs des diverses formes d’ornementation : ils ont aidé à la création des styles, c’est-à-dire à celle de la forme graphique du caractère d’un peuple à une certaine époque.

Dans le passé, le livre a appliqué à son illustration le style de son époque. A notre époque, il existe un style moderne adéquat aux exigences de notre temps, auquel chaque peuple créateur a déjà imprimé son genre propre. Le livre sera de ce style nouveau, style très compliqué, mais si savant et d une grande saveur artistique lorsqu’il est traité par un homme de talent. (1)

Le livre a réalisé le problème de l’art appliqué, de l’art uni à l’industrie et qui incorpore une pensée, un sentiment, une harmonie aux choses d’usage quotidien. Ce problème, qui est très passionnant, se présente pour le livre dans des conditions spéciales: sn multiplication. Le livre est une pensée qui a été réalisée.

Certains éditeurs excellent à donner à une simple plaquette toute l’importance d’un livre, tant par l’emploi des fontes d’imprimerie judicieusement choisies que par sa disposition graphique et par l’adjonction d’illustrations ou d’ornements propres à en accuser et à en relever la décoration. (2)

Mais l’art appliqué au livre n’a pas toujours été judicieusement réparti. * Les ouvrages les moins destinés à demeurer dans les bibliothèques, ces milliers d’opuscules boiteux sur des questions de petite érudition provinciale ou ces romans de cape et d’épée tard venus, sont d’ordinaire les mieux imprimés et les plus soignés, au rebours d’autres plus importants composés en tête de clou et dont le papier s’effrite. * (Bouchot. Le Livre, p. 238.)

223 Eléments linguistiques. Les langues

Les documents pour la plupart sont constitués d’éléments linguistiques ; ils sont exprimés en une certaine langue ; ils sont une traduction en signes alphabétiques des mots du langage. ( î ) L. Titz. — L’esthétique du livre moderne. Publica* tion du Musée du Livre. XIII, 1910.

(2) Voir notamment: Anatole France. Discours prononcé au cimetière de Montmartre le 5 octobre 1902. Paris, Edouard Pelletan, 22 p, în-4”. Il y a quatre termes à rappeler ici : a) la Réalité ou Universalité des choses existantes; b) la Pensée qui conçoit la réalité et en organise la connaissance scientifique ou qui partant de la réalité en combine les conceptions selon les possibilités de l’imagination; c) le Langage qui exprime la pensée; d) la Documentation qui enregistre et fixe le langage.

La Documentation est donc intéressée par tout ce qui touche à la langue. Or, le mouvement des langues est complexe ; il soulève un grand nombre de questions : ce qu’est la langue, quelles en sont les espèces et les variétés, d’où elles viennent, comment elles évoluent et se transforment.

Tout perfectionnement dans le langage en apportera un au livre. De là l’intérêt pour: a) le développement de la langue; b) le développement de la littérature; c) les langues internationales artificielles qui font un progrès considérable; d) la réforme orthographique qui s’impose de plus en plus à mesure que se démocratise l’enseignement et que les masses des peuples sont appelées à la connaissance de l’écriture et de la lecture; e) les récentes réformes : extension prise par l’étude des langues, nombre de ceux qui parlent certaines langues, simplification des langues, de leur orthographe, de leur écriture; influence des mouvements politiques (nationalité) et des mouvements économiques (affaires) sur le mouvement culturel dont la langue est une des expressions ; influence de la langue écrite sur la langue parlée, notamment sur sa fixation, traductions.

223.1 Notions.
  1. Rapport entre Réalité. Langage, Science. — Un lien génétique existe entre le langage, la réalité et la science. « En thèse générale, dit Condillac, l’art de raisonner se réduit à une langue bien faite. En effet, l’art de raisonner se réduit à l’analyse et les langues sont les seules méthodes analytiques vraiment parfaites. Les hommes commencent à parler le langage d’action aussitôt qu’ils sentent et ils le parlent alors sans avoir le projet de se communiquer leurs pensées. Ils ne forment le projet de parler pour se faire entendre que lorsqu’ils ont remarqué qu’on les a entendus, mais dans le commencement ils ne proiettent rien encore, parce qu’ils n’ont rien observé. Tout alors est donc confus pour eux dans leur langage et ils n’y démêleront Tien tant qu’ils n’auront pas appris à faire l’analyse de leurs pensées. » — En d’autres termes : a) chacun a une expérience propre; b) chacun rapporte son expérience en des termes généraux qui constituent sa langue; c) les termes généraux de chacun se confrontent et, par l’intermédiaire du langage, les expériences se mettent en commun; d) l’annolation de l’expérience et des documents, par l’intermédiaire du langage commun, généralise et coordonne l’expérience et la langue particulière en général.

84 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 223

Pour les Pythagoriens, dont étaient Platon et, dans une ti large mesure, les premiers Pères de l’Eglise, le moindre être n’est que la réalisation de la pensée divine. (In principio creavit Deus coelum et Terrain. In principio eral Verbum.) Il» appelèrent logo» la pensée divine et considérèrent la nature comme un discours interminable de paroles divine», comme le grand souffle en vertu duquel les idées *e transforment dans la musique des paroles. Comme corollaire la pensée humaine est à la parole, comme la pensée divine est à la création. Ne pourrait-on prolonger cette comparaison jusqu’à la Documentation >

  1. La langue et l’être humain. — La langue tient eu fond de l’être. Ce n’est par qu’une forme fortuite que l’on pourrait modifier sans modifier le contenu même de ce qu’elle saisit ou exprime. Toute expérience qui se produit dans la vie psychique de l’homme a son caractère déterminé par le caractère de la langue. La langue n’exprime pas seulement coordinations logiques, telle une forme algébrique d’une valeur uniforme et universelle, mais encore des contenus émotionnels qui sont au plus haut degré personnels. Et cela, non seulement au point de vue de l’homme pris individuellement, mais encore dans le »en» de ce qu’on pourrait appeler les personnalités collectives. Car la communauté des langues ne relie pas seulement les choses individuelles, elle relie également la collectivité de cette communauté humaine avec tout le passé dans lequel cette collectivité s’est formée. Le soin des mots, leurs affinités émotives caractéristiques, les tournures et les structures idiomatiques, la littérature dans laquelle tout cela s’est fixé fortement le sédiment spirituel d’un long passé culturel commun. Nulle part ce qu on a appelé le subconscient collectif ou encore la « mémoire collective » de l’espèce n’existe de façon plus vivace et plus expressive que dans la langue, et l’expression « langue maternelle » montre bien qu’il s’agit ici d’une collaboration intime de l’hérédité biologique et sociale. (1)

Le Langage est humain en ce sens qu’il n’existe que par les hommes et entre les homme». Il intervient à trois moments: a) langage intérieur (on pense largement avec des mots et des signes) ; b) langage parlé à l’aide de sons : c) langage écrit reproduisant les sons du langage parlé ou les signe».

  1. Le Vocabulaire. — Toute une édification intellectuelle se poursuit à la base des mots. D’après les phrases les mots prennent un sens spécial. Mlle Desœuvres a donné la liste de 2903 mot* appartenant au vocabulaire d un enfant de sept ans (le développement de l’enfant de 2 à 7 ans). D’après L. et E, Aufroy, le vocabulaire suit une progression ascendante de 4900 à 19800 mots de 7 à 14 ans. (Bulletin de la Société Binet.)

L’impossibilité de transférer la pensée est absolue et insurmontable. Celui qui écoute peut seulement par une

(I) Henri De Man. — Nationalisme et Socialisme. Equilibre, mai 1932, p. 26, inférence de sa propre pensée conclure que celui qui parle a pensé à la même chose que lui. Ce qui passe dans la parole entre les deux personnes est simplement un son. dégagé de tous les sens. Les paroles participent donc de cette double nature : avoir un sens, être un son.

Chaque homme adulte est le dépôt vivant d’une connaissance profonde du langage. Non seulement il possède un vaste emmagasinement de mots, mais il est en quelque sorte un artiste dans la manière de les employer. ( I )

  1. Xlaitrise de la tangue. — Lin Japonais a dit : La langue n’est pas seulement vivace, elle est une créature douée de la plus délicate sensibilité. Elle dirige l’homme bien plus qu’elle n’est dirigée. L’homme peut être libre de prononcer le premier mot, mais il est moins libre quant aux mots suivants : le prestige de la langue commence à agir et à entraîner la pensée.
  2. La Linguistique et la Philologie. — La Linguistique est l’étude de la phonétique et de la structure (morphologie, syntaxe) des langues (dialectes, idiomes) en vue de la classification systématique et de la déduction des lois générales qui s’en dégagent. L’élément dominant chez le linguiste est l’esprit de comparaison et de synthèse. La Philologie s’attache à étudier d’une façon approfondie une langue ou une famille de langues: elle en critique les documents, s’efforce de les situer dans le temps et dans l’espace, et d’en expliquer le sens profond, d’en déterminer l’auteur et d’en vérifier l’authenticité (critique et herméneutique). Elle étudie la grammaire de la langue ou des langues dont elle s’occupe, aux différentes périodes de leur évolution, elle retrace l’évolution phonétique, morphologique et syntaxique (grammaire historique), l’évo-lut’on lexicologique dans ses travaux sur l’étymologie (dictionnaire étymologique). Enfin, elle étudie la genèse, la transformation, l’évolution des genres littéraires et de la littérature en général, aussi bien d’une langue en particulier que d un groupe de langues (histoire littéraire). Elle compare aussi les différentes littératures du monde dans les études générales (histoire littéraire comparée). Pour atteindre ces différents buts, la Philologie a recours à différentes sciences auxiliaires. L’élément dominant chez le philologue est le sens historique et le culte du beau. La philosophie du langage est l’exposé des conclusions de la linguistique et de la philologie en tenant compte des résultats acquis dans le domaine des différentes sciences qui s’y rapportent. (2)
  1. Gardiner, Alan H. — 1932. The Theory of Speech and Language. Oxford, Clarendon Press.
  2. Classification décimale, division 4, Observation L.,

p 282. On a donné de la Philologie les définitions suivantes : Boeck, la connaissance de ce qui est reconnu, c’est-à-dire de ce qui est apprécié, de ce à quoi on attribue de la valeur, Naville : c’est la science des œuvres durables dans lesquelles l’homme a incorporé avec art la vie de son esprit (œuvre littéraire et œuvre d’art) — (donc durée et valeur). C’est une science historique, mais aussi une science économique. Salomon Reinach : la


223 ELEMENTS LINGUISTIQUES 85

La linguistiques est la science du langage en tant que phénomène naturel. Elle est alliée à l’étude scientifique des diverses langues existantes ou ayant existé: Philologie comparée, étymo’ogie scientifique, phonologie, glosaologie, grammaires comparées, idiomographir, philologie ethnographique. (Sur les rapports de la Linguistique avec la Bihliologie. voir n° 152.)

6. Psychologie. — Pour Meillet (caractères généraux des langues germaniques), la philologie comparée est fondée sur ce principe psychologique : pour rendre compte pltiqtir due à Arnuuld et désigné souvent sous le nom de Méthode de Port-Royal. Au XIXe siècle. S. de Sacy produisit sa Grammaire Générale. On possède de nos jours des grammaires de toutes les langues, y compris celles des peuples primitifs dont les linguistes ont étudié I ; parler.

b) Certains grammairiens (James Harris) ont ramené les dix espèces de mot» auxquels l’analyse ramène tout le discours à deux grandes classes: 1° les mots significatifs par eux-mêmes ou principaux : comme il n’existe que des des transformations, il fait appel à des tendances ou c principes actifs de changement ». La réalité de ses tendances se mesurant à la réalité de leur manifestation substances et des attributs (adverbe, adjectif, participe-adverbe), les mots ne peuvent être que »ubstantifs (noms, prénoms) ou cttribut« (adverbe, adjectif, parti-

SYLLABUSCOPIF. (La syllabe) prFmiasî opif (Le mot) PR ATERSCOPIE (Lâ phrwc soit »impie soit composée)

Phonologie. Gamme des phénomènes, quantité, genèse, croissance, décroissance. Harmonie vocaliquc, accent tonique, apophonie, pé-riphonic. Accent des proclitiques et enclitiques, liaisons. Morphologie. Différentiation dans les langues monosyllabiques. Lexicoscopie, racine, réduplication, composition, dérivation, variation vocaliquc, formes du genre, du nombre, de la détermination, du temps. Grammatoscopic, déclinaison et conjugaison, soit synthétique par , flexion interne ou externe, ou variation vocaliquc, soit analytique par préposition. Idéologie. Différentiation du sens des mots, au moyen des différents sons. Différentiation de la partie du discours auquel un mot appartient, d’après l’ordre des monosyllabes. 1° Concept et emploi du genre, du nombre, de la détermination, du temps. 2° Concept et emploi des différentes parties du discours. 3° Concept des idées et leur application aux mots ou sensitiques. r° syntaxe d’emploi, emploi de la déclinaison et de la conjugaison, des prépositions, etc. 2° Syntaxe d’accord. j° Syntaxe d’expression des relations par l’ordre obligatoire des mots.

dans les faits, il n’y a pas d’inconvénients à postuler leur existence avant même quelles se traduisent dans les données, ainsi que leur persistance après même leur dernière manifestation selon l’ordre chronologique.

  1. Division du langage. — Raoul de la Grasserie a donné les divisions naturelles suivantes de chaque langage normal.
  2. La Grammaire. — a) La grammaire se définit l’art qui enseigne à parler et à écrire correctement. Elle est née longtemps après la poésie et l’éloquence. Les premières traces qu’on en trouve en Occident sont éparses dans Platon et Aristote; elle ne commençait à former une science à part que lorsque les philosophes d’Alexandrie et de Pergame s’en occupèrent en analysant la langue grecque. La plus ancienne grammaire est due à Denys le Thrace, élève d’Aristarque. Vers la fin du XVIIIe siècle seulement parut la première grammaire philoso-

philologie embrasse l’étude de toutes les manifestation^ de l’esprit humain dans l’espace et dans le temps. Elle se distingue aussi de la psychologie proprement dite qui étudie l’esprit au moyen de la conscience, indépendamment de l’espace et du temps, dans son essence et non dans ses œuvres. cipe-adverbe) ; 2° les mots significatifs par relation ou accession. Ils servent à mieux désigner ou déterminer les êtres (définitifs), soit à unir entr’eux les êtres ou les faits (connectifs: articles, pronoms démonstratifs, possessifs, indéfinis, la conjonction et la préposition que certaines langues remplacent au moyen de la déclinaison).

Les idées de durée, de temps, d’espace dans leur acceptation métaphysique donnent des formes au langage. La pensée analysée dégage les modes de propositions qui sont ou perceptives (indicatif des verbes) ou volitives (autres temps).

223.2 La Parole et l’Ecrit.
  1. La Parole. — La parole est une voix articulée qui exprime quelque idée proprement dite. 1 .a voix articulée est celle qui résulte cL l’émission non seulement de voyelles, mais encore de consonnes, et par conséquent de syllabes. La parole selon la pensée de saint Augustin est le premier et comme le roi des signes: «Verha obtinuerunt principatum significandi». La parole seule est pleinement vivante, l’écriture est morte et ne revit que par l’interprétation, comme Platon l’a déjà remarqué.

86 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 223

Lloqucntia, en latin, signifie fart de bien dite ce qu on a à dire. Au delà de la littérature, de l’expression et de l’exprimée, il y a l’«ineffable» : parvenir par la méditation à des zones de pensées dépassant le niveau de l’expression verbale où toute pensée rétrécie par I expression perd immédiatement sa qualité. Alors, le rôle de la suggestion commence.

Elargir de plus en plus la parole — non pas véritablement en cercles ni ondes concentriques — car les ondes à la surface de l’eau s’engendrent par chocs et restent à la surface, tandis que la parole et l’élargissement de la parole doit se faire par lien et c’est l’image de !a spirale, la spire de la paro’e s’élargissant, s’élevant toujours plus.

  1. La parole sacrée. — La parole jusqu’à nos jours a conservé quelque chose de mystérieux et de supérieur.

Dieu a été défini le Verbe : « Et Deus créât Ver bum ». (I)

Les quatre lettres hébraïques I. H. W. H. correspondent à l’idée de Dieu. (Jchoüah. traduit Kuriog dans la version des Septantes et Dominus dans la Vulgate.) De grandes discussions ont été roulevées sur la manière de prononcer ce mot. En réalité, la véritable prononciation était connue du grand prêtre seul ; elle a fini par se perdre. On aurait même pris l’habitude de ne plus prononcer du tout l’«ineffable» tétragramme et de lui substituer directement Adonaî ou comme chez les Samaritains, le mot schéma littéralement « le nom ».

Keyserling montre, diins tout ce qui vient de l’esprit, un en comportement qui paraît paradoxal à notre âme terrestre, sorcellerie, magie, verbe, symbole lui semblent s’imposer à notre monde comme des pensées inquiétantes venues d’ailleurs.

  1. Conversation et conférence. — La conversation roule sur n’importe quoi et comporte tous les genres ; elle se dit des entretiens journaliers. L’entretien roule sur des choses importantes et a lieu entre deux ou un petit nombre de personnes. Le dialogue, c’est l’entretien ou la conversation qu’un auteur fait tenir à ses personnages dans ses livres ou même sur la scène. Dans un sens plus général, le dialogue c’est l’entretien considéré du point de vue littéraire. La conférence faite sur les sujets les plus importants développés soit avec fantaisie, soit didactiquement. Le colloque est un entretien qui porte sur des sujets religieux et auquel prennent part ordinairement des personnages ayant qualité à cet effet. Les paroles préparées donnent lieu au discours, à l’oraison, au sermon, aj panégyrique, à l’homélie, au prone, à la harangue, à l’allocution, au plaidoyer.

(1) « Saint est Dieu, le père de toutes choses... Tu es saint, toi qui a constitué les êtres par la Parole... Reçois le pur sacrifice verbal de l’âme et du cœur qui monte ver» toi, ô inexprimable, ô ineffable, que le silence seul peut nommer. » (Hermes Trimégiste.) b) Les causeurs, les couleurs, race à peu près disparue depuis l’imprimerie et surtout grâce à la multitude des journaux, ont joué un rôle important dans les société« qui nous ont précédé. Ce sont les rapsodes dans la Grèce, les bardes dans la Gaule, les Scaldes dans le Nord. Ils sont les gardiens des traditions, ils disent aux guerriers les nobles faits de leurs ancêtres, ils montrent aux peuples les histoires merveilleuses de leur origine. Quand son rôle héroïque est terminé, quand l’écriture a fixé les traditions dont il est le dépositaire, il ne disparaît pas pour cela; il se borne à amuser ceux qu’auparavant il instruisait et alors commencent ces contes, ces anecdotes, qui vont sans cesse se répétant et s’augmentant et formant une phase nouvelle qui n’est pas la moins curieuse dans l’histoire de l’esprit humain. Les conteurs à Rome, dans les pays d Orient, ont souvent été chargés de détourner le peuple du souvenir de sa liberté perdue. Des Kalifes ordonnèrent que chaque café eut son conteur. Au Japon les conteurs ont encore un grand rôle. Au moyen âge, en Krance, ce furent les jongleur», les troubadours, les trouvères, les ménestrels et ils vont de chateau en château, d’habitation en habitation. P*us tard ce furent les fins causeurs des salons et des dîner», dans une société qui se réjouissait d’être spirituelle.

Madame de Staël (de VAllemagne), a écrit :

« Le genre de bien-être que fait éprouver une conversation ne consiste pas précisément dans le sujet de cette conversation ; les idées ou les connaissances qu on peut y développer n’en sont pas le principal intérêt, c es: une certaine manière d agir les uns sur les autres, de se faire plaisir réciproquement et avec rapidité, de parler aussitôt qu’on peut, de jouir à l’instant de soi-même, d’être applaudi sans travail, de manifester son esprit dans toutes les nuances par l’accent, le geste, le regard, enfin de produire à volonté comme une sorte d électricité qui fait jaillir des étincelles, soulage les uns de I excès même de leur vivacité et réveille les autres d une apathie pénible. *

Les Conférenciers ont aussi leurs managers, organisant les tournées. On a assisté aux Etats-Unis à la faillite retentissante d’un de ces managers (M. James Pond), avec un passif de près de 7.000 livres sterling. C est que la Radio a concurrencé considérablement les conférences d’hommes connus.

  1. Discours. — Le mot discours a deux sens : la parole que l’on énonce, le papier écrit qu’on lit. L’orateur qui parle affronte la tribune pour les débats les plus ardus, les mains vides, fort seulement de son intelligence, de sa mémoire et de ses certitudes, est sûr de sa voix, de ses gestes, de sa pensée. Il sait ce qu’il veut faire et le qu’il doit dire. L’orateur qui lit est celui qui, tout Je cabinet, s’effraie de la lumière des assemblées. Les idees, les faits, le raisonnement, l’enchaînement de pensées peuvent alors être totales et s’imposer la certitude de n’énoncer

223 ELEMENTS LINGUISTIQUES 87

que du réfléchi ; mais alors ni improvisation, ni intuition, ni illumination; une technique sèche, terne, sans vie. (1) Elocution « Actor and Elocutionist », disent les Anglais, Ossys-Lourié :

« La faculté oratoire est un art inférieur, j. Les habiles savent en user pour captiver les médiocres qui s’intéressent moins à l’idée qu’à la fabrication, même absurde, pourvu qu’elle flatte leurs désirs et leurs penchants. L’orateur ne produit pas, ne crée pas, il imite, répète; il n’est jamais créateur, toujours vulgarisateur. »

La justesse de cette affirmation est très contestable. Beaucoup d’orateurs créent.

Au moyen âge, la prédication était douée d’une efficacité intérieure et d’un succès du dehors qui touchaient au miracle. Quelques exemples : Le franciscain Berthold de Katisbonne (milieu du XllIe siècle) aurait eu des auditeurs évalués de CO.000 à 200.000. Vincent Ferrier, né à Valence en 1346, Dominicain, parcourut presque en entier l’Espagne, la France, l’Ilalie, l’Angleterre, l’Eco se et l’Irlande. Dans tous ces voyages il ne cessait de prêcher. « Des foules immenses de populations le suivaient et les grands volaient à sa rencontre. Il emmenait avec lui des prêtres pour entendre les confessions et célébrer les office’», des chantres et des orgues, des notaires pour rédiger les actes nécessités par des réconciliations entre ennemis, des hommes éprouvés pour soigner les vivres et lei logements. Ce n’était pas un homme, mais un ange qu’on croyait entendre. » (2)

Le Vendredi Saint les franciscains en Alsace prêchaient six à sept heures, il se faisait un grand commerce de guides à l’usage de prédicateurs ruraux. « Dormi secure » (Dormez tranquillement, prédicateurs, 36 éditions) et v Dictionnaire des Pauvres ».

La Parole entrave dans le téléphone, l’amplificateur, le phono, le radio, des instruments extraordinaires.

La compétition einsi se poursuit entre la parole basée sur t’ouïe et l’écriture basée sur la vue. C’est à qui aura l’usage plus facile, plus précis, ira plus vite, plus sûrement, plus agréablement, directement et économiquement.

5. Débats. — Les débats ont une importance considérable dans les pays de libre discussion. Toute une procédure des débats a été instaurée au cours de l’Histoire parlementaire. Deux faits entr’autres la caractérise: d une part la procédure écrite y est étroitement unie à la procédure orale et à chaque phase des débats correspondent des type*» des documents : proposition, rapport, résolution ; les débats donnent lieu à des comptes rendus, in extenso, sténographiés ou dactylographiés. D’autre part la procédure interparlementaire s’est à ce point internationalisée que fondamentalement elle est à peu près la même par (1) Parmi les parlementaires vivants, M. Poincaré, ancien Président de la République, écrit ce qu’il va dire. M. Caillaux n’a rien devant lui.

(2) Mœller: Histoire de l’Eglise, III, p. 39 et 53. tout, elle a pu servir de type lorsque des hommes se sont rencontrés dans les grands congrès internationaux, qu’ils ont même organisé une Union interparlementaire et fondé la Société des Nations.

Dans la recherche de la vérité ou dans la défense des intérêts par voie d’arguments, toute affirmation est susceptible d’être discutée et de donner lieu ainsi à débat. Au cours du débat (contestation, altercation, controverse, litige) sont présentées les objections, les réfutations, les réponses. La contestation est le refus d’accéder à une allégation ou aux prétentions de quelqu’un.

Des efforts ont été faits de tout temps pour améliorer les discussions orales. Les temps anciens ont connu des formes très bien ordonnées pour la discussion des thèses théologiques et philosophiques, pour les débats religieux (les colloques). Et lâ aussi l’alliance du document et de la parole a trouvé d’heureuses réalisations. De nos jours, le besoin de débats approfondis et bien ordonnés se fait grandement sentir. ( I )

  1. Ecrire et parler. — Ainsi, le langage prend la forme de l’écriture. L’écriture à son tour transforme la langue. La documentation a des desiderata relatifs à la langue.

Parole et écriture sont cependant choses différentes. La pensée parlée a ses lois, la pensée écrite a les siennes. C’est une erreur de vouloir modeler l’une sur l’autre. La concision, possible dans l’écrit bien réfléchi est difficile dans les expressions parlées. La brièveté du temps de parole est opposée aux développements possibles en parlant. Par contre un rôle y est dévolu aux gestes et aux démonstrations. Mais l’écrit avec son illustration a pour lui la précision.

Cormenin l’a bien dit : a Les discours écrits ne font point d’effet à la tribune, les discours improvisés ne font pas d’effet à la lecture. » Longtemps en Angleterre, il était interdit de lire un discours, il fallait l’improviser. Le rythme de la phrase parlée est différent de celui de la phrase écrite. Le rtyle aussi differt. Tantôt il faut être plus bref, plus direct, tantôt au contraire plus explicite.

« La nécessité d’un ordre rigoureux ne s’impose pas ou professeur qui parle elle devient évidente pour celui qui écrit. Le lecteur a sous les yeux le commencement et la fin, il suit le raisonnement ; pas moyen de tricher. Vous pouvez enseigner un cours écrit; quand vous c rédigez, un cours oral nr tient généralement plus debout. »

(Boueuse) (I) Voir les débats des Tribunes libres, tel que le Rouge et le Noir en Belgique. Les débats organisés au Palais Mondial avec rodre du débat fixé d’avance, annonce à l’assemblée (un ebjet. une méthode, des conclusions) avec apport sous les yeux d’une documentation largement visualisée empruntée au Musée mondial et à l’Atlas uni-verwalis ou préparée pour y être reversée ensuite.

Modem Dcbate Practice by Waldo O. Willhoft, London Pittman.


88 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 223

Dans la causent:, la pensée, sans s astreindre à un ordre logique rigoureux, peut se dérouler en agréables méandres. Dans la phrase parlée, surtout dans la phrase oratoire, il y a une facilité de compréhension provenant du ton. Rien que la hauteur du débit annonce déjà l’importance relative des diverses parties de la phrase. Ceci n’existe pas pour la phrase écrite où tout paraît trecto-tono». D’autre part, le ton de voix est analogue à un accord : Là telle note appelle forcément les autres (do, mi, sol... do). Ici le ton suspensif annonce forcément une suite qui viendra.

Le domaine écrit se circonscrit encore d’une autre maniere. On l’a précisé récemment en tentant une délimitation entre l’ethnographie et le folklore.

« En général, a-t-on dit. l’ethnographie couvre toutes » les activités sociales des primitifs, et chez les civilisés

  • elle ne s’étend qu’à ce qui correspond aux stades des
  • règles et des institutions. C’est-à-dire à ce qui conserve ■ par des écrits. Au contraire, le folklore couvre chez « le civilisé le domaine des usages, coutumes et traditions » qui se conservent par des moyens oraux. Chez les pri-b mitifs, toutes les acquisitions et organisations sociales b sont conservées et transmises par la tradition orale. b Par leur étude, ethnographie et folklore se confondent. b Chez les civilisés on distingue : les acquisitions et orga-b nisations sociales sont conservées et transmises par des b moyens écrits ou imprimés et enseignés (domaine de b l’ethnographie), ou elles sont conservées et transmises b par la tradition orale (domaine du folklore), b (1)
  1. Les crieurs. — Les annonces et réclames qu’il importait de foire au public ont longtemps été lues à haute voix par un crieur de profession au milieu de groupes rassemblés ou peuple rassemblé à «on de trompe, dans certains cas convoqué par le bruit d une pelle à feu frappée avec une clef de fer. A partir de 1830 en France, les avis émanant de la municipalité (échenillage, corvées, tirage à la conscription) ont été annoncés au roulement de tambour. Ailleurs la sonnette est intervenue.
223.3 Historique, Evolution.
  1. Le langage a une longue évolution. Tout lui est mouvement. L’évolution du langage est nécessaire en général.

Elle se poursuit simultanément dans un double sens : Segmentation des idiomes en langues spéciales et en dialectes; développement des langues nationales et refoulement des patois.

Chez certains peuples la langue est si instable qu il ne faut que quelques années pour ne plus la reconnaître.

La transcription phonétique des chansons populaires produit de précieux documents pour I étude des langues. (I) Albert Marinus : Ethnographie, Folklore et Sociologie, p. 21. 2. Une même langue présente des variations d’après le temps, les lieux et les milieux où elle est parlée et écrite. On distingue généralement la langue aux diverses époques de son existence en langue vieille ou ancienne, en langue moyenne et en langue nouvelle ou moderne. Pour les temps modernes, on distingue aussi la langue classique, unifiée, officielle ou littéraire. On distingue enfin les divers dialectes, patois ou idiomes locaux qui sont différents d’après les régions et les temps.

  1. Depuis le commencement, les langues se sont fait la guerre ; elles ont rivalisé comme les races et se sont mêlées comme les sangs. La terre a entendu plus de 2000 idiomes primitifs ou dérivés, vivants ou morts, illus très par une littérature ou barbares.
  2. Chaque peuple a eu sa langue, sa poésie et sa littérature. Ces biens ont eu le même sort que leurs possesseurs. Un peuple s’emparait-il d’une riche contrée pour y fonder un empire durable et florissant, sa langue ne tardait pas à se développer avec les connaissances, les mœurs et les institutions. Ce peuple, au contraire, vaincu par les ennemis du dehors et la corruption du dedans, s’affaissait-il sur lui-même, le langage tombait en ruine avec lui et ses riches matériaux servaient à constituer de nouveaux édifices.
  3. A l’intermédiaire du livre et du document se poursuit la lutte des langues. Une langue ne s’étend que si elle est l’organe d’une civilisation douée de prestige. Ainsi la « Koinê ionienne attique » a remplacé tous les autres parlers grecs. Ainsi !e latin l’a emporté sur les parlera barbares ; l’espagnol et le portugais sur ceux des peuples de l’Amérique du Sud; l’anglais sur ceux des peuple’ de l’Amérique du Nord. La multiplication des « langues communes b, dans l’Europe d’aujourd’hui, et cela en un temps où il y a au fond unité de civilisation matérielle et intellectuelle, est une anomalie. (1)

Le phénomène a interlingua » se poursuit; il y a eu dans le passé des langues communes intermédiaires, il pourra en naître dans l’avenir.

  1. L’antiquité civilisée a connu la prédominance du grec ; au moyen âge tout est en latin; plus tard, la réaction s’opère ; les parlers nationaux deviennent des langues littéraires; par ex. Dante et Luther renoncent à écrire en latin pour se servir de la langue vulgaire qu’ils purifient et développent.
  2. Dans la lutte des langues le latin ne perd pas ses avantages. Il continue à être employé dans l’Eglise catholique ; il fait l’objet des études dites d’Humanités. Le Congrès international de Botanique a encore imposé le latin comme langue obligée de diagnose. On a recherché à moderniser le latin (latin sans flexion). Récemment la grande fume allemande Siemens et Halske, après avoir installé ses hauts parleurs et appareils de radio dans la

  1. Meillet, A. — La méthode comparative en linguistique historique.

223 ELEMENTS LINGUISTIQUES 89

cathédrale de Spire — l’antique sanctuaire qu’illustrèrent les saint Bernard, Conrad et Frederick Barberousse —. en donnent une description illustrée sous ce titre bien moderne « De Ampliiicatoribus in œde spirensi instituas ». Si haut parleur était traduit amplificator et microphone microphonum, les «Sp^zialbahnsprecher» se disaient Tubi, et les « Siemens Bandchenmikrophon » s’exprimaient Laminatum. De l’ensemble était-il dit <r Effectu9 autem est 200 Watt ».

En Allemagne a été fondée en 1933 Societas Latina et si revue en latin (München, G. Horth). Peano et ses collègues dans Schola et Vita font campagne pour le latin simplifié sans flexion.

  1. Une œuvre lente mais formidable se poursuit sous nos yeux : la refonte systématique du langage. Elle s’étend : Io aux ensembles linguistiques d une part, en constante évolution ; 2° à la création d’une langue internationale ; 3” aux ensembles désignés conventionnels, qui vont en se multipliant, depuis les symboles mathématiques jusqu’à la nomenclature de la chimie.
223.4 Espèces de langues.
  1. On distingue les langues de plusieurs manières .

?,J d’après le lieu où elles sont parlées (asiatiques, africaines, américaines ou océaniennes) ; 2° d’après leur

dérivation en familles dont les principales sont : a) les langues sémitiques: hébreu, arabe; b) les langues aryo-européennes : du midi, sanscrites, iraniennes (zend) pélasgiques (grec, latin), celles du nord: celtiques, germaniques, slaves.

  1. On a posé cette question : la civilisation a-t-elle tout à gagner à la multiplication de foyers de culture, notamment à la révision des langues et des littératures régionales On enseigne aujourd’hui en finlandais à Helsinski. en esthonien à Tallin ; en lithuanien à Kaunas, en letton à Riga, alors que le russe y dominait seul il y a vingt ans. La science et l’unité humaine ne sont elles pas compromises par cette dispersion d’effort*, et par cette surabondance de moyens d’expression ? (Th. Ruyssen.)
223.5 Langue littéraire.

Certains écrivains ont inventé quelquefois pour eux-mêmes une syntaxe et une grammaire. On a été amené à poser le principe que le style ne doit pas sortir des traditions normales de l’activité intellectuelle.

(Gonzague True.)

Gustave Flaubert, écrit M. Bru no t, avait la tête pleine de l’idée d’un style irréalisable qui « devait être rythmé comme les vers, précis comme le langage des sciences, qui nous entrerait dans l’idée comme un coup de stylet. (I) Le droit des peuples de disposer d’eux-mêmes. Revue de métaphysique et de morale, 19$}. et où notre pensée voyagerait sur des surfaces lisses comme lorsqu’on file dans un canot avec bon vent arrière. Forçat du verbe, sentant ton premier jet lâche et même incorrect, il cherche dans une angoisse de chaque jour cette forme que personne n’a jamais possédée, s’acharnant sur une page, raturant, s’interrompant pour se remettre à l’école des grands écrivains de tous les temps, puis se réappliquant à la tâche, toujours inassouvi, toujours rugissant et de son impuissance et de la pauvreté des matériaux que la langue lui fournit ». Il déclamait ses phrases, les écrivait au tableau noir et s’estimait heureux lorsque, après dix heures de travail acharné, il avait écrit soixante lignes dont il était à peu près satisfait.

Ce qui ne peut s’exprimer directement le sera par la vote détournée de la suggestion. Pour un véritable talsnt la suggestion est beaucoup plus puissante que l’expression directe (par ex. transférer aux choses les qualités des hommes et aux hommes celles des choses. (1)

Des poètes ont analysé les instruments de travail, les modes d’expression favoris, le choix des mots pour leur sonorité, leur valeur plastique, images, symboles, allégories. D’autres ont examiné l’architecture de leur œuvre : l’esprit du poète qui choisit, organise, ralentit ou précipite l’expression poétique. (2)

223.6 Orthographe.
  1. L’art d’écrire correctement se disait orthographia, qui en français donne orthographie, ancien synonyme d’orthographe. Ce terme exprime l’art décrire les mots d’une langue correctement, c’est-à-dire avec les caractères et les signes consacrés par T usage.

Le latin, le grec, l’italien, l’espagnol s’écrivent comme ils sont pariés. Il n’en est pas de même du français et de l’anglais.

  1. L’orthographe française est fort compliquée et cela pour plusieurs motifs. Il y a l’écriture des mots en eux-mêmes et le rôle qu’ils jouent dans le discours. Au lieu de correspondre à la prononciation comme c’est son rôle naturel, l’orthographe dépend de l’étymologie dont elle s’écarte néanmoins très arbitrairement et très fréquemment ; de l’analogie qui est constamment violée; de l’usage surtout qui est presque toujours abusif, souvent incertain et contesté. A ces causes de confusion, il convient d’ajouter les vices de l’alphabet français où l’on trouve : 1° le double emploi de c, ç et s, de e, è, ai et ei, de / et ph, de g et de s et z, etc. ; 2° le double rôle de h, ch, et. Enfin l’étonnant abus dem lettres nulles qui hérissent un nombre immense de mots, A toutes ces difficultés dues à l’orthographe d’usage s’ajoutent celles de l’orthographe de règle. Il y a en français une mul-

( I ) Boillot ; Sur l’affiche de Ulen pour la plume Wa-terman.

  1. Paul de Reul : L’art et la pensée de Robert Browning. Bruxelles, Lamertin 1929, 527 p.

90 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 223

ritude de règles et une innombrable quantité d’exceptions. C’est avant tout une langue de nuances. Aucune autre peut-être n’a autant de moyens de varier la pensée à l’aide de certains procédés de syntaxe, qui malheureusement sont souvent fort subtils. Ecrivains, lexicographes se perdent dans des détails insignifiants et que l’on ne parvient pas à régler d une manière sûre. Ex.: l’emploi des majuscules, l’usage du tiret, la formation du pluriel dans les mots composés, les règles du participe passé.

Après trois cents années d’existence, l’Académie française a fait paraître récemment sa grammaire toujours retardée. Elle a soulevé une tempête de protestations. L’orthographe est exigée partout mais non toujours obtenue. « Faire des vers sans mettre l’orthographe, a dit le P. Petit, c’est porter un habit brodé sans avoir de chemise ». Napoléon ne connaissait pas l’orthographe, ni avant lui, Henri IV, Louis XIV, le Maréchal de Richelieu.

  1. Pour presque toutes les langues, il existe un mouvement réformateur : en français, en anglais, en allemand, en néerlandais, etc. Des ouvrages paraissent en orthographe simplifiée. (I)
  2. Depuis le XVIe siècle des efforts nombreux ont été faits en vue d’une réforme de l’orthographe française. Ils ont rencontré de l’opposition.

L’orthographe, disent les opposants, est une forme conventionalisée de l’écriture. Elle a l’avantage de s’imposer aux irrégularités des dialectes et aux changements historiques des sons. Elle lie les forces et les expressions d’une civilisation. Sans orthographe ou avec une orthographe phonétique, Shakespeare et la Bible ancienne seraient des œuvrer étrangères pour les Anglais d’aujourd’hui. Le langage littéraire comme lien d’une civilisation et voix d’une nation doit être regardé d abord comme un langage écrit, bien qu’il ne doive pas rester sans relation arec le parler pour devenir vivant.

Les grammairiens ont donc tenté un effort systématique pour établir un moyen de relation commun et bien authentique entre les communautés à dialectes divers d’une nation.

  1. Brunetière a adressé à la réforme deux reproches : elle changerait In a figure » des mots et en altérerait P t harmonie s et, ce faisant, elle transformerait le français en une sorte de volapük. M. Renard réplique qu’au XVI“ et XVII” siècle l’orthographe avait une autre ligure, que dans les éditions d aujourd hui on la modernise et que Brunetière lui-même, dans son édition des « Sermons » de Bossuet, n’a pas respecté l’ancienne orthographe.

A la fin du XVIIIe siècle, l’Académie a simplifié en bloc 5.000 mots sur les 18.000 que comptait la langue. Et nul ne protesta.

5. Pour l’anglais, nulle académie n’a la garde de son orthographe. Depuis cinq siècles l’anglais s’est simplifié et perfectionné. Le Dr Murray, éditeur du « New English Dictionary », édité par la Clarendon Press, a fait beaucoup avec ses collègues pour fixer en dernier lieu l’orthographe.

La Spelling Reform Association a fait aux Etats-Unis le plus gtand effort pour simplifier l’orthographe anglaise. Elle poursuit cet idéal : avec 42 caractères différents écrire les 42 sons distincts de l’anglais. (1)

Antérieurement 1 Association Phonétique internationale a établi un alphabet pour la notation de toutes les langues.. (Voir aussi l’ouvrage Melvil Dewey, Seer Inspirer-Doer 1851-1931.

  1. Graphisme et phonétisme. — La lutte qui intéresse beaucoup le livre, demeure ouverte entre ceux qui imposent l’orthographe étymologique et ceux qui préconisent l’orthographe phonétique. (2)

C’est la typographie en dernier ressort qui décide de l’orthographe réformée.

Certains pensent que la réforme radicale de l’orthographe française* comme au XVIe siècle, est impossible pour l’Académie. Tous les livres imprimés antérieurement deviendraient du même coup illisibles et (e sacrifice serait trop grand.

Les néo-eapérautistes déclarent que la langue est faite d’abord pour les yeux ensuite pour l’oreille, et revendiquent le maintien de la forme orthographique des mois. Ils estiment que 90 fois sur 100 le graphisme jouera le grand rôle,

  1. Dans les langues autres que le fronçais et l’anglais, la réforme de l’orthographe se poursuit.

Ainsi, l’orthographe serbe a été fixée par Karadjitch au XIXe siècle selon le principe phonétique : les Croates-Slovènes ont gardé la tradition étymologique, mais Gay, au XIXe siècle aussi, a perfectionné pour eux les caractères latins en y ajoutant les signes jusqu alors spéciaux au tchèque.

8. Toute insuffisance d’un système réagit toujours sur Les autres systèmes. Ainsi on a laissé s’établir l’orthographe au petit bonheur. Phonétique par essence, l’écriture s’est laite étymologique. D’où ces conséquences, al On a du inventer une orthographe phonétique pour la sténographie et la « sténotype » (machine à sténographier) en fait l’emploi, Au dactylo ou au typo à opérer alors le redressement de l’écriture phonétique en écriture orthographique. b) La transformation de la parole énoncée (le son) en un texte lisible (imprimé) est concevable à l’intermédiaire d’appareils électriques, mais rendue impossible par suite de la non concordance entre le son et l’orthographe. Déjà on a réalisé aux Etats-Unis cette expérience. Un reportage de match de boxe décrit au téléphone à un 1 2 (1) Dewey, Melvil. Simpler Spelling: Reazons and Rules (ln Décimal classification, édition I2th 1927, p. 49). (2) Paul Reuner. Gutenberg Jahrbuch 1930, p. 338-343. (1) Délia Rocca de Vergalo. La réforme générale de l’ortografe. Paris, Lemerre. 5 fr.


223 ELEMENTS LINGUISTIQUES 91

typo (monotype) qui compose directement à toute vilenie, au clavier, la bande de papier perforée génératrice des textes fondus, générateuis à leur tour de la composition à placer sous les presses.

Est en cause ici toute la lexigraphie. Cette phrase : La documentation internationale au service d’une ciut/i’sa-tion mondiale contient quatre mots dont aucun n’était admis par 1 Académie française avant 1678. C’est l’idée de là qu elle fait ainsi aux mots internationale et civilisation: le mot mondial n’a été admis par l’Académie qu’en 1931 ; le mot documentation demeure exclu du français académique.

223.7 Langues internationales.
  1. Le français, l’anglais, l’allemand. l’espagnol sont des langues dites internationales à cause de leur grande diffu sion. Le français a été longtemps la langue diplomatique. L’anglais a reçu un traitement égal au français à la Société des Nations. Tous les documents y sont publiés dans les deux langues.

Les ouvrages publiés ou traduits en anglais auront dans une immense population un très grand débit. Ce sera pour les écrivains et les traducteurs un encouragement que ni l’allemand ni le français ne pourront offrir. Le tiers de la population du globe comprendra bientôt l’anglais.

Le nombre de langues de grande circulation a augmenté: l’arabe, le russe, le japonais ont acquis ce meme caractère.

  1. Langue internationale, — L’homme n’est plus satisfait des langages spontanés que fa tradition lui a légués. Il veut rationaliser le langage d’abord dans le sens de l’internationalité, ensuite dans celui de la systématisation logique.

Le langage pensé, parlé ou écrit s’est formé lentement au cours ces âges. Il présente ces trois caractéristiques fondamentales : a) il s’est constitué en unités indépendantes, différenciées et « incompréhensibles » les unes des autres parmi des groupes d’hommes plus ou moins nombreux; b) il a évolué tantôt en se différenciant, tantôt en s’unifiant suivant que les communautés humaines étaient ou non en rapports fréquents et constants les unes avec les autres; c) il comprend des données spontanées ou empiriques, inhérentes à l’état des connaissances d’acquisition et d’invention des hommes et des données rationnelles ou susceptibles de raisonnement, d’invention e: de discipline volontaire.

Dans l’état de civilisation universelle auquel est arrivé l’Humanité et qu’il importe de voir développer maintenant, une langue universelle est désirable.

Le langage peut naître de trois processus: a) du simple mélange de langues entr’elles. Ainsi il advint largement dans le passé. Mais des siècles, voire des millénaires, paraissent nécessaires à cet effet ; b) de la prédominance d’une langue existante. Ainsi il advint de certains dialectes dans chaque langue nationale, du grec et du latin dans l’antiquité. Mais les luttes nationales qui s’étendent jusqu’au langage s’opposent à semblable absorption et la civilisation nouvelle devrait être faite d éléments empruntés à toutes les natures, l’instrument de son expression doit être aussi égale et commune.

Dans le langage comme dans la Documentation, il s’opère une différentiation entre: ce qui est spontané, familier et ordinaire: langage vulgaire; ce qui est cultivé, imagé, esthétique: langage littéraire; ce qui est rationnel ci précis : langage scientifique. Les trois langages tels qu ils sont actuellement constitués, se parlent, mais les deux derniers, les littéraire et scientifique, s’écrivent de plus en plus.

Il y a lieu d’élaborer rationnellement et de répandre efficacement un langage universel. De nombreuses tentatives ont été faites depuis trois siècles. Elles ont chacune nus en lumière des éléments précieux, soit en formulant mieux certains desiderata, soit en présentant des solutions de plus en plus adéquates à ceux-ci. En forme finale, on tend vers une élaboration nettement consciente du langage synthétique, une Pasilalic permettant de tout dire internationalement, une Pasigraphic permettant de tout écrire.

Une langue internationale est le complément indiqué d’une civilisation universelle. Les hommes appartenant à une même unité auront à se comprendre les uns les autres. La langue internationale devrait être choisie par un corps qualifié et être enseignée obligatoirement dans les écoles. Il y a un grand nombre de langues internationales, il en naît tous les jours. La plus répandue et la plus populaire est (’esperanto. Des études ont été poursuivies en vue de créer une langue philosophique et scientifique universelle.

Un grand mouvement s’est produit pour une langue internationale. Au moyen âge et jusque dans les temps modernes, la langue de la Rome, anciennement adoptée par l’Eglise et consacrée par le Droit (droit romain) était la langue commune de toute l’intellectualité, enseignée dans les écoles. De nos jours l’effort s’est porté sur une langue artificielle dont le vocabulaire soit formé de racines ayant un maximum d’internationalité et dont la grammaire roit simplifiée et régularisée jusqu’à ne comprendre que quelques règles sans exception. L’esperanto est la plus répandue des langues internationales. Né ti y a 43 ans, il a pris un grand développement. Il est répandu dans le monde entier et il continue à progresser. Il y a dans chaque pays des congrès nationaux annuels d’espéran-tistes et une organisation internationale fortement constituée.

On a estimé à environ 125.000 le nombre des esperan-tiste1* du monde. Ce nombre comprend beaucoup d’hommes de culture très simple.


92 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 223

Les espéranlistes sont répandus dans 100 pays. Ils sont organisés eu 1776 associations locale«, dont 632 associations professionnelles.

L’espéranto a apporté de nouvelles possibilités à la documentation, a) Livres et documents édités en espéranto et disposant de ce fait d*un rayon de présentations. b) Résumes des ouvrages et des travaux en espéranto, c) Bibliographie dont les rubriques et les titres soient traduits en espéranto et combinés avec la classification décimale. (1)

  1. Les applications de b espéranto se font nombreuses. Des revues polonaises, lithuaniennes, japonaises donnent des résumés en espéranto. Les actes de la Conférence internationale « Vrede door Religie » (La Haye, 31 juillet 1928) ont paru en deux versions dans le meme volume, hollandaise l’une, espéranto l’autre. Les orateurs avaient parlé chacun en leur langue et ils avaient été traduits immédiatement. Certains s’étalent exprimés directement en espéranto.

Les applications de l’espéranto à la documentation ont fait l’objet des Travaux du Centra Offïcejo (Paris) et en en particulier ceux de son président, le général Sébcrt. (2)

  1. Dans la lutte pour la langue internationale unique, on a fait valoir les desiderata plus complexes de la langue en sciences, arts et politique. Les uns veulent une langue simple prête à être immédiatement employée. Les autres envisagent la nécessité d un Institut International inter-linguistique qui créerait en collaboration une telle langue. (3)

L’Espéranto et l’ido sont en compétition, mais l’espé ranto a l’organisation de propagande la plus puissante. Deux tendances se disputent au sein de l’espéranto, l’une

( 1 ) Des propositions intéressantes ont été faites par M. Vseevolhold Cbeshicbhin (Nüzhnij-Noovgorod) dans l’ordre de la langue internationale, comme pasigrapbie :

  1. Employer indifféremment les radicaux des grandes langues de circulation internationale en y ajoutant les désinences grammaticales de l’esperanto et en séparant le radical de la désinence par des points, dont le nombre correspond par convention fi chaque langue. Ex, :

C/n’eno. Chien (français) substantif,

  1. Employer les indices chiffrés de la classification décimale comme radicaux exprimant les concepts et les combiner avec les désinences grammaticales de l’esperanto.

Ex. : 599.725 oj Chevaux.

  1. Compléter cette dernière notation par un hiéroglyphe chinois.
  2. Obtenir fi volonté une correspondance conventionnelle entre les chiffres de la classification décimale et les syllabes désignant les notes de la musique soit 1 = ut, ? = re, 3 = mi, 9 = de, 0 = hha.

soit cbeval-oj ou 599.725 oj Soldedeaire so/otj.

Les notes pourraient être chantées comme dans certains langages anciens.

  1. Voir Publication de l’Institut International de Bibliographie.

(3) Voir propositions W. Jezierski. Schola et Vita, 1931. n” 1-3, 1932, n° 1-2. p. 92, met la longue nouvelle au service des intérêts et de l’idéologie réformiste et bourgeoise; l’autre organise le développement et l’application de l’espéranto pour la lutte révolutionnaire.

Des centaines de projets de langue internationale existent et de nombreuses études sur ce sujet, de nombreux projets approfondissent chaque jour le problème. ( 1 )

223.8 Terminologie scientifique spéciale.

La terminologie scientifique est devenue fort spécialisée et difficile à comprendre pour les non initiés. Elle complique la lecture des ouvrages. Le problème d’une terminologie scientifique et universelle es* posé. (Voir les considérations présentées au n° 122.)

  1. Dans la vie courante, on a fréquemment recours à l’usage de noms spéciaux. Ainsi, pour le nom de sociétés commerciales, on exprime Liége-Nemur-Luxembourg par Linalax; la Serma dénomme la « Société d’Electricité de la Région de Malmcdy*. Il est aussi des familles de sigles : le s Syndicat d’études et d’entreprises au Congo s se dit 5ynl(in, mais il est en relation avec Sytnaf qui a elle même pout filiales régionales Symor, Symctame et Syluma. Des noms sont aussi empruntés à des qualités. La soie artificielle à l’acétate de cellulose se dit SetHoae; Çolin pour cela fini ; Durobor, nom de la Cie internationale de Gobeleterie inébréchable (dur an bord).
  2. La nomenclature ancienne est une cause de confusion. Que de temps gagné si l’on pouvait réformer la nomenclature. Quoi, par exemple, de plus simple à faire comprendre que la détermination de la position géographique par la longitude et la latitude. Et pourtant les complications s’accumulent à raison des termes employés et des conventions qui manquent de simplicité. Méridien alors que longitude signifie la même chose. Division du cercle en degrés et non décimalement. Expression de la mesure du méridien en lieues et non en kilomètres. Répartition de degrés de latitude en deux séries de 90° et de ceux de longitude en deux séries de 180°, au lieu d’avoir une notation unique de 0 à 360° qui supprimerait les déterminations subséquentes des degrés en N. S, E. O., et qui embrouille les esprits.
  3. Leibnitz dans sa Characteriatiç Unicersali» imagina, pour exprime! toute idée, un symbolisme semblable fi celui de l’algèbre. Ce symbolisme a été réalisé dan* temps modernes par Boole, Peano. Whitehead. Russel. etc.
223.9 Divers.
223.91 Traductions.

L Les ouvrages donnent lieu éventuellement fi del traductions en plusieurs langues. Ann Vickers, le nouveau

( 1 ) Couturat : Histoire de la langue internationale. — E Wüster : Internationale Sprachnormung in der Technik. Un linguiste autorisé, comme Otto Jrsperscn, a construit à son tour une langue artificielle, le Novial (International Language G. Allen Union, 1928),


224 ELEMENTS INTELLECTUELS 93

roman de Sinclair Lewis, l’auteur de Babbitt, a été publié simultanément le même jour en 17 langues.

  1. La Commission de Coopération intellectuelle a demandé que soit signalé, pour être traduit en plusieurs langues, le meilleur livre de chaque pays. Elle a aussi fait procéder à un « Index Traductionum ».
  2. Les éditions polyglottes combinent plusieurs langues en un même ouvrage. La Biblo polyglotte de Plantin est un exemple typique. On a publié des œuvres classiques de traduction en deux colonnes intralinéaires ou infra-marginales.

Pendant la guerre, Kïzoff, Ministre de Bulgarie à Berlin, a publié un ouvrage en quatre langues juxtaposées, traitant des frontières historiques de la Bulgarie.

4 Les traductions d’ouvrages scientifiques sont souvent c’es adaptations à un nouveau public, elles sont ainsi mises à jour de recherches récentes.

223.92 Signalisation.

La signalisation est une forme de langage, mais qui s’exprime à l’aide d’instruments matériels. Les signes sont à l’état de repos ou de mouvement. Par ex. : la signalisation des routes, des chemins de fer, de la navigation, des langues. La signalisation des contrebandiers entr’eux. Les signaux sont optiques ou acoustiques ou tous deux à la fois: les uns et les autres peuvent être fixes ou mobiles.

On a établi des signalisations à tort et à travers. Nous sommes entourés de signaux. C’est la tour de Babel de la signalisation. Une standardisation, une corrélation s’impose ; Une Signalisation Universelle.

223.93 Corrélations de la langue.

La langue a de nombreuses corrélations. Dans un cours récent à la Sorbonne reproduit sous le titre de a L’Homo Loquenx » (Annales de l’Université de Paris, mai 1931, p. 218-233), M, Léon Brunschwig a donné une belle synthèse des conceptions à travers l’histoire du langage, de ses rapports avec la pensée et avec la logique, et incidemment avec la classification,

224 Eléments intellectuels. Les formes d’exposés

224.0 Vue d’ensemble,
  1. Les éléments intellectuels, ce sont les idées (conceptions, sentiments, ectivilés, imaginations), ce sont tes formes dans lesquelles s’expriment les idées (exposés scientifiques et didactiques d’une part, exposés littéraires et artistiques d’autre part). Le domaine des Sciences et de l’Enseignement a été et vraisemblablement ira en s’étendant immen-ément, celui des Lettres et des Arts aussi.

En meme temps la corrélation deviendra de plus en plus étroite entre la pensée et son expression. Le Livre écrit a rendu possible la concentration d’esprit nécessaire pour produire des œuvres approfondies, équilibrées, riches de substance et impeccables de forme. La mémoire du créateur livrée à elle-même n’aurait jamais pu atteindre ce résultat ; la pensée est si subtile, si fugitive qu’il faut savoir la fixer. L’ère des improvisations des premiers poètes est bien close. Mais qu’on songe à ce que l’algorithme, pur système de signes et de symboles, a été pour les mathématiques et on concevra l’importance de ces formes bibliographiques et documentaires. De plus en plus précises, mieux enchaînées les unes aux autres, elles se présenteront comme des moules tout préparés pour recevoir la pensée, pour l’exprimer avec un maximum de force, de clarté et par conséquent d’efficience. Ces formes. ces moules, seront le résultat de l’effort collectif, additionné et progressant. Joints à la préoccupation de mieux classer les idées, de diviser les textes pour faire davantage ressortir le classement et les rapports, ils feront de plus en plus, du livre, un langage supérieur entièrement réfléchi, se superposant au langage normal des relations usuelles qui, lui, est tout spontané. Un tel langage sera l’instrument adéquat à l’édification des immenses architectures d’idées que constitueront de pins en plus nos Sciences, nos Enseignements, nos Lettres et nos Arts, partis, eux aussi, du savoir et du faire primitif pour s’élever jusqu’à l’intelligence et l’action raisonnées.

Ainsi entrevu, le Livre devient le moyen d’élaboration de la pensée humaine, la concrétion de cette pensée à ses degrés les plus élevés. La Bibliologie ne se borne pins à être technologique. Elle devient, on l’a vu. psychologique, pédagogique, sociologique.

  1. Dans la présentation du sujet ici. il y a lieu de distinguer les questions suivantes : a) les règles de la composition littéraire en général, le terme littéraire s’étendant ici à tout ce qui est lettre ou écrit, donc à la science et à la technique non moins qu’à la littérature. La composition littéraire est dite aussi Rhétorique ; b) le style en généra!; c) les divers types d’exposés; d) les diverses espèces d’ouvrages ou formes de livre; e) l’ensemble de livres qu’on peut distinguer en scientifiques d’une part et littéraires d’autre part, (I)

3, La forme d’un livre est très différente selon qu’il s’agit d’une œuvre littéraire ou d’une œuvre scientifique. Fantaisie et imagination dans un cas ; rigueur scientifique et rationalisation dans l’autre. Cependant les formes d’exposés. qu’elles soient littéraires ou scientifiques, ont de commun de nombreux éléments qu’il convient d’examiner ensemble. (I) (I) Tout ce qui concerne ta Littérature est classé ci-après ainsi que tout ce qui concerne les Fcriüains, Pour l’étude des formes, voir aussi ce qui est dit sous Formules, Bilan e! Méthodes pédagogiques.


94 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 224

  1. Les formes représentent les diverses structures biblio-logiques en lesquelles les matériaux sont ordonnés. Les formes peuvent être considérées en leur état simple.

«élémentaire ». fondamentales: elles sont alors des parties ou des aspects des ouvrages. Elles peuvent aussi, en se combinant, constituer la forme des ouvrages eux-memes en leur totalité et comme telles être définies les « formes des formes ».(Pour l’énumération et le détail des diverses formes, on se référera à la Classification décimale. Tables des subdivisions communes de formes.)

  1. La forme du livre n’est pas arbitraire. Elle est largement commandée par des besoins, voire par des buts à atteindre. Mais, comme il arrive presque toujours, ce sont des besoins très limités immédiats qui ont commandé toute cette évolution. Ces besoins on peut les définir ainsi : 1° enregistrer complètement et facilement : 2° faire retrouver aisément le document ; 3° faire lire rapidement.

La forme du livre est le résultat de l’œuvre collective comme le contenu même. Quand on étudie le livre point par point, élément par élément, forme par forme, on constate l’immense et le séculaire effort qu’il a fallu pour créer ce qui aujourd’hui nous parait si simple que nous ne saurions guère l’imaginer autrement. Aussi ne pouvons-nous deviner tout ce que l’avenir nous réserve encore dans ce domaine des formes du livre.

  1. La forme du livre est distincte de sa substance, les données qu’il contient sont relativement indépendantes. Des données de différentes sources (différents auteurs, différents pays) peuvent être comparables au point de vue de la forme, car elles se rapportent à un même objet, au même temps, et parce qu’elles sont exprimées de la même manière. Malgré cela, ces différentes données peuvent fort bien n’être pas comparables, relativement au fond, certaines étant le fruit d’une observation consciencieuse, d’un raisonnement logique, et d’autres au contraire résultant de la fantaisie et de l’invention de toutes pièces. Ce serait commettre une erreur de les amalgamer, comparer, additionner.

7. Deux problèmes sont à traiter séparément: celui des méthodes et de l’organisation de la recherche scientifique; celui des méthodes et de l’organisation de l’expression donnée aux résultats de cette recherche (livre, documentation). Ce dernier problème consiste notamment à examiner quelles sont les qualités de forme requises pour que les données scientifiques, après avoir figuré dans des documents particuliers, puissent être réunis dans des livres généraux (Encyclopédie universelle). Ainsi les données peuvent se rapporter les unes à un objet, à un fait, s un phénomène déterminé, les autres à un groupe de faits, d’objets; les unes étant exprimées en telles unitées de mesure, les autres non, etc. Elles peuvent être rédigées de telle sorte que la juxtaposition des textes, leur confrontation, leur addition sont impossibles. En combinant ces différentes données, on commet de nouveau une erreur et même en certain cas la diversité de forme est si apparente. si vivante, qu’il devient absurde de vouloir tenter un rapprochement, grouper le tout en une même colonne, un même tableau.

On voit donc que les exigences de forme et de fond sont différentes et peuvent être étudiées séparément. Les exigences de forme sous un certain aspect sont même plus essentielles que les autres chaque fois qu’il s’agit de coordonner des travaux très étendus comme le sont les travaux internationaux et ceux qui portent simultanément sur les domaines de plusieurs sciences ou branches d activité. (1)

  1. Jusque récemment le livre était Mynihitiquc: de vaste ensemble historique descriptif, instructif ou sentimental ou lyrique. Ainsi les épopées, les gros livres religieux. Puis il est devenu analytique, pour tendre & redevenir à la synthèse rationnelle.

9, Deux états d’esprit sont en présence: les uns sont en faveur d’une véritable fixation de l’exposé, dans des grandes lignes tout au moins, et susceptible d’être exprimé en des principes et des normes. Les autres redoutent cette fixation et proclament la liberté.

La Bruyère disait : « Entre toutes les expressions de la pensée, il y en a une qui est la meilleure ». Lors de la lutte des Classiques contre les Romantiques, il s’est trouvé un académicien pour dire que les genres en nombre et en texture étaient déterminés d’une manière immuable. Mais l’immuabilité des formes n’existe pas et leur systématisation à outrance ne va pas «ans inconvénient. Les formes d’exposé ont des moments. Quand elles sont créées elles aident puissamment à l’ordre dans les idées : plus tard elles deviennent tyranniques et compriment souvent la pensée.

Il faut donc proclamer le droit à la libre recherche dans tous sens. (Pareto.)

Le positivisme ayant été préoccupé de liaison et de coordination de faits et de données intellectuelles a constitué un grand embarras au libre mouvement des diverses sciences. (de Ruggiero.)

On possède d’ailleurs des exposés scientifiques qui ne refondent pas systématiquement la science mais qui touchent à toutes ses parties pour les rénover et les conduire dans des voies nouvelles. Ex. : L œuvre de Poincaré.

Les écrits sont de diverses sortes, comme les pensées : celles qui s’efforcent d’être objectives, impersonnelles (scientifiques) ; et celles qui visent à condamner (plaidoyers) ; ceux qui cherchent à amuser (œuvres littéraires). Que de discours, d’articles de journaux, de brochures de propagande, qui consistent à travestir les choses, en passant sous silence, en exagérant, en mettant i une place inexacte, en inventant, en niant. (i) (i) Cf. en ce qui concerne la comparabilité statistique. U. Ricci: Les bases théoriques de la statistique agticole. 1914, p, 7.


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224.1 Technique de la Composition littéraire. Rhétorique.
  1. Notion. — La rhétorique est la théorie de l’éloquence, celle-ci définit l’art de persuader. Elle recherche l’essence de l’éloquence et résout en formules, en préceptes ce qui dans un beau discours, parait être l’instinct du génie. Ainsi la rhétorique procède expérimentalement. Elle a été faite d’après les chefs d’œuvre oratoires comme la Poétique d’après les épopées et les tragédies. Elle prend place entre la Grammaire et la Logique et doit se souder naturellement à ta Documentation.

La Rhétorique peut être conçue en grande partie comme une science rationnelle en voie de constant développement et perfectionnement. Car les chefs-d’œuvre ou exemples dont elle se déduit sont eux-mêmes issus d’une série d’opérations logiques et naturelles de l’esprit humain. La Rhétorique recherche cette suite d’opérations, l’analyse, se rend compte de leur valeur, la traduit en formule.

Toutes les œuvres de l’esprit s’accomplissent par trois opérations: 1° la recherche des idées (dite aussi invention) ; 2° l’ordre dans lequel elles doivent se produire (dite aussi disposition) ; 3° l’expression (dite aussi l’élocution). Bien que distinctes, ces trois opérations dépendent pourtant étroitement l’une de l’autre,

« En effet, si l’esprit n réuni avec soin tous les éléments qui doivent entrer dans le corps de l’ouvrage, s’il a déterminé par un examen approfondi leur existence relative et leur rapport de génération, ces éléments s’uniront en vertu de leurs affinités réelles et trouveront d’eux-mêmes leur enchaînement naturel : de plus, par une conséquence rigoureuse, l’intelligence maîtresse des matériaux de l’œuvre qu’elle médite, assurée de l’ordre dans lequel ils doivent se disposer, les produire au dehors avec une expression puissante et colorée qui reflétera ses clartés intérieures et l’animera de sa chaleur. » (1)

  1. Historique. —- Aristote, dégageant la rhétorique de toutes les subtilités scolastiques, l’a fondée non sur des artifices mais sur des principes universels : il l’a définie, l’art de parler de manière à convaincre, ou la dialectique des vraisemblances et il lui a donné pour base le raisonnement. Son but est d’enseigner que la langue de l’orateur n’est autre que celle du raisonnement et que le meilleur style est celui qui vous apprend le plus de choses et qui nous les apprend le mieux.

Qu’on se représente ce que fut la rhétorique pour les anciens et pour les humanistes. Presque une science encyclopédique. Il fallait un effort pour distinguer le fond de la forme. (Cicéron, De Orntore 1. IV, 17).

hit enim eit scientia comprehendcnda reram plurimarum, sine que oerboram oolabilitas marris atquc irridenda est: tpsa oratio conformando non solam electione sed etiam (I) Géruzet. —Cours de littérature conforme au plan des études rhétoriques (1852), constructione uerborum; et omnes animorum motus, qaos hominum generia natura tribuit, penitus pcrnoscendi, quod omnis vis ratio que dicendi in esrum qui audiunt mentibus at sedandis ant excitandis exprominenda est.

Un humaniste comme Montanus, par exemple, doit préciser que la rhétorique n’est qu’une adéquation et un ordonnancement des moyens aux fins qui permet d’obtenir des formes expressives amples, tout en exigeant « un solide bagage idéal, émotionnel et volitif, doit reconnaître la distance qui sépare les disciplines scientifiques de l’art de la parole >.

  1. Traités. — Les traités de rhétorique sont nombreux. Ceux des grecs, dont le principal est celui d’Aristote, ceux des latins anciens dont celui de Cicéron, ceux de la Renaissance dont celui d’Erasme, ceux du XIXe siècle dont les traités de V. Leclerq, Gérusez, D. Ordinaire, Edouard Laboulaye. (I)

Le professeur des lettres part d’un texte qui est une réalité complexe, et le fait analyser aux points de vue grammatical, logique, intellectuel, esthétique; il fait trouver par les élèves des lois ou règles correspondant à ses diverses particularités: il en fait faire des applications variées. (2)

De la méthode littéraire : journal d’un professeur dans une classe de première (746 p. couronné par l’Académie. 6® édition). Ce livre n’est ni un manuel ni un recueil. C’est une sorte de cinématographe où le lecteur peut voir et entendre travailler ensemble le professeur et ses élèves: préparation des devoirs, correction, explication, commentaires. C’est l’art de travailler, la méthode, le savoir faire,

  1. Rhétorique ancienne et techniqae moderne de la composition littéraire. — La rhétorique, telle que l’enseignaient les anciens, comprenait les éléments les plus variés, elles déterminait à la fois les lois de la composition et les lois du style; elle confinait à la logique par l’étude de la dialectique et du raisonnement, à ta mimique par celle du geste et de la diction, mais en général tout cela n’était que pure forme. Elle enseignait la meilleure manière d’habiller les idées sans fournir une idée, en donnant au contraire le moyen de suppléer par toutes sortes d’artifices au manque d’idée. Elle pouvait faire fleurir une éloquence toute en surface, mettre de l’ordre et de la méthode dans des riens, exposer intarissablement des choses qui ne valent pas la peine d’être dites.

Exorde, exposition, prévision, preuves, réfutation, récapitulation, péroraison, c’était toute la rhétorique et l’on * 2 ( I ) Marmontel : Eléments de littérature. — Laharpe : Cours de littérature. — Batteux: Principes de littérature. — Blair; Leçons de rhétorique. — Baldensperger: La littérature. Création, Science. Durée. — Broeckaert (R, P.): Le guide du Jeune littérateur. (2) My clam in Composition, de Bézard, adopté par Philli. Robbi ns.


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n’en sortait pas. En réalité toutes ces parties se retrouvent dans les discours spontanés, les moins étudiés. Mais la rhétorique ancienne consistait précisément à les dissimuler à recouvrir le squelette de muscles et de peau.

Mais voici que depuis l’antiquité la science a fait son œuvre. C’est elle toute entière qui correspond à la partie invention ; et pour une partie c’est la mathématique moderne qui offre la forme d’énonciation la plus avancée. Il n’en demeure pas moins que l’idée de rationaliser le discours comme la langue, comme la pensée, fut une pensée géniale des Grecs et qu’en possession des moyens nouveaux dont nous disposons, nous avons à reprendre cette œuvre en l’élargissant. C’est notamment une des tâches de la Documentologie.

224.2 Le style.
  1. Le style est un résultat. — C’est l’homme, a dit Buffon ; c’est aussi l’époque ; c’est la matière traitée. — Impondérable, indéfinissable, parce que tout en tenant dans la réalité, il exprime à sa manière ce lien de toutes les choses, suivant qu’explicîtcment ou tacitement, en termes déployés ou par ellipse et syncope, l’écrivain tend à faire éprouver l’unité concrète et synthétique du champ traité.

Le style, dit Covturat, c’est l’ordre que l’on met dans l’expression de la pensée. C’est aussi le fait d’exposer les notions avec clarté en les classant, en dépit de l’énorme fourmillement d’idées qui jaillit dans l’esprit de qui écrit. Le style est la forme d’exposé, ou plus exactement, chacune de ses formes a son style.

  1. Il y a diverses espèces de style : le style simple, le style tempéré, le style sublime. L’aristocratie de France, berceau de la langue française, s’imagina de hiérarchiser son vocabulaire, comme elle hiérarchisait le peuple de France lui-même. Il y eut des mots nobles, des mots bourgeois, des mots roturiers, d’autres frappés d’interdit, comme le nom de certaines parties du corps humain.

En Chine, il y a sept espèces de style : antique, littéraire, fleuri ou mondain, commun, demi-vulgaire, familier et épistolaire.

  1. Chez les moralistes, particulièrement chez les moralistes français, l’observation des choses se condense en une maxime, une réflexion, une pensée. (Pascal. Vauve-nargues.)

Parlant de Taine. Bréder et Hasard (Histoire de la Littérature française illustrée, § II, p. 240), s’expriment ainsi : « La solidité de la pensée, la logique lumineuse du > développement se réflètent dans son style avec une » limpidité absolue ; »1 n’est pas jusqu’à l’aspect typo-» graphique qui ne témoigne dès les premiers regards de » cette rigoureuse ordonnance : le petit tiret s’ajoutait aux points et aux virgules pour séparer le théorème » initial, puis les différentes parties de la démonstration. * puis la conclusion ; toutes les cases tracées dans le 9 domaine d’un chapitre se trouvent remplies également » et l’on continue à voir se dessiner ces cases mêmes pleines. »

Anatole France demande le s sarclage » de la page écrite, il veut que l’on arrache le chiendent des que, qui, qu’on, dont, que soient bannis le point, la virgule, le tiret. On écrit, ajoute-t-il, selon son rythme et le format usuel de sou papier. Il faut écourter les épithètes, supprimer la « potinière », se garder de l’ampoule, du pathos, « Rien n’est aisé comme de tonner, de détonner et d étonner. »

« Une pièce qui serait applaudie à chaque vers tiendrait le spectateur vissé toute la nuit sur son strapontin. » Former des phrases organiques ayant un axe autouT duquel tourne et s’ordonne la pensée, avec un rythme, un nombre, une harmonie, tout ce qu un style soutenu suppose de réflexions, des richesses intimes de forte éducation classique, de capacité de synthèse, d’ordre enfin, Retny.

Chaque auteur a son dictionnaire et sa manière ; il s’affectionne à des mots d’un certain son, d une certaine couleur, d’une certaine forme et à des tournures de style, à des coupes de phrases où l’on, reconnaît sa main.

  1. Joubert.

Sujet, verbe, régime direct ou indirect, les inversions, les figures de rhétorique, quelques images, la phrase était linéaire; elle devient volumétrique, elle se monte étroitement sur l’objet tel qu’il est rêvé par l’émotion et de manière qu’il apparaisse dans sa racine et dans sa fleur, dans l’instant et dans la durée. (Delhorbe sur Ramuz.) Amplifions, disons qu’elle devient dynamique.

Four bien écrire, il faut trois qualités :

  1. la correction (non barbare) éviter barbarisme, solécisme, gallicisme ;
  2. la clarté (non obscure) propriétés des termes et simplicité naturelle de la construction ;
  3. l’élégance (ni plat, ni vugaire) : élégance, de cligcre, consiste à choisir des mots, des locutions et une construction de phrase qui rendent la pensée avec plus de grâce ou de force.
  1. De nos jours les poètes se sont exclus eux-mêmes de la foule en grand nombre. Ils ont voulu raffluer, quin-tessencier. suggérer et non émouvoir, cérébraliser et faire de leur art une science intellectualiste et non un sacerdoce sensible. D’où sont nés souvent l’obscurcisme, l’hermétisme, l’incohérence. Les poètes sont devenus étran gers A la masse, parlant une langue incompréhensible au service de pensée et bien souvent puérilement vide. Mais en raffinant, ils ont atteint aussi des formes supérieure;» d’expression de ta pensée et il faut savoir gré de leur effort.

5. Le style télégraphique des nouvelles de Presse habitue les esprits à la concision dans la clarté. La Presse de tout pays en cette dernière année s’est vue _ -,


224 ELEMENTS INTELLECTUELS 97

obligée de présenter en de courts câblogrammes les données très complexes des grandes négociations politiques et économiques. Il y a ru IA un autre effort trop méconnu.

  1. Le style peut être élevé tout en restant accessible : qualité rare. Les Français ne croient pas qu’il y ait matière si difficile qui ne puisse être présentée au public dans une forme facile, familière et courante. La clarté française.
224.3 L’Exposition, les Exposés.
  1. Notions. — Tout document est un exposé de données, faits et idées. Cet exposé est plus ou moins bien ordonné, clairement formulé, fortement stylé. Le progrès est toujours possible dans une présentation plus lucide, une coordination plus exacte, un équilibre plus harmonieux des données doctrinales. Il l’est aussi dans une description plus adéquate des éléments.

« Il y a des gens, dit Pascal, qui voudraient qu’un auteur ne parlât jamais de choses dont les autres ont parle: autrement on l’accuse de ne rien dire de nouveau. Mais si les matières qu’il traite ne sont pas nouvelles, la disposition en est nouvelle. Quand on joue à la paume, c’est une même balle dont jouent l’un et l’autre: mais l’un la place mieux. J’aimerais autant qu’on l’accusât de se servir de mots anciens : comme si Ica mêmes pensées ne formaient pas un autre corps de discours, par une disposition différente ; aussi bien que les mêmes mots forment d’autres pensées par de différentes dispositions.

  1. Des genres d*œuvres. — Il y a trois grands genres d’œuvres : a) le genre didactique, où l’on se contente d’exposer les principes des arts et des sciences; b) le genre philosophique, où on démontre ces principes; c) la critique où on en fait l’application aux arts et aux ouvrages existants.
  1. Genre didactique. — On appelle didactique, tout ouvrage qui a pour objet principal et essentiel d’instruire. Le terme indique les compositions où l’on se borne à enseigner les principes des arts et des sciences à ceux qui sont censés les ignorer. Les qualités sont l’exactitude et ta concision.
  2. Genre philosophique. — On appelle philosophique tout ouvrage qui tend a exposer et A démontrer les principes des sciences. Toute démonstration logique consiste A déduire une ou plusieurs conclusions certaines d’une vérité connue (syllogisme, enthymène, dilemme). Dans toute démonstration il s’agît avant tout de poser nettement l’état de la question, c’est-à-dire de faire connaître ce que l’on suppose certain et ce que l’on prétend démontrer. Cet exposé doit se faire d’une manière rigoureuse et par des définitions logiques. Bien établir la question et ne jamais s’en écarter, définir exactement les termes et leur conserver partout la même acceptation ; telle est la première règle de toute discussion.

Une œuvre philosophique doit présenter un raisonnement suivi et complet. L’ensemble ou du moins chaque partie instable de l’ouvrage peut se résumer en un syllogisme général dont la conclusion forme la proposition de cette partie, et dont les prémisses sont développées et prouvées A leur tour par d’autres syllogismes qui *e subordonnent et s’enchaînent les uns aux autres jusqu’à la démonstration complète. La démonstration d’une de ces prémisses, pour être c’aire et distincte, exige souvent qu’on l’entreprenne par parties, c’est-à-dire qu’on établisse des divisions: c’est particulièrement dans ce cas que la Forme sèche et nue du raisonnement peut ou doit apparaître en tête de l’ouvrage, afin de projeter sa lumineuse clarté jusque dans les profondeurs les plus reculées du raisonnement. Une logique rigoureuse doit lier toutes les parties d’un ouvrage et dessiner clairement les divisions. Etablies sur ce principe, les divisions seront aisément complètes sans rentrer les unes dans les autres, exactes sans excéder les limites du sujet. Ces limites sont déterminées par la proportion générale de l’ouvrage.

(R. P. Broeckaert.)

Il y a deux méthodes de démonstration, a) La méthode synthétique: elle suppose de la part de celui qui écrit une connaissance préalablement complète du sujet où il n’a plus rien A se démontrer A lui-même, rien A rechercher. Ce qu’il possède, il le compose (sun, tithêmi), »1 en fait un édifice régulier où l’idée simple et générale forme la base, où ensuite l’idée particulière et concrète forme les détails et les accessoires, b) La méthode analytique (ana-luo) est le procédé de celui qui est A la recherche de la vérité: il faut qu’il décompose (analyse) son sujet, qu’il en détaille les objets particuliers, qu’il les examine et les rapporte les uns aux autres, qu’il en déduise enfin l’idée simple, générale, abstraite. Le principe ainsi trouvé par l’analyse devient la base de la synthèse.

  1. Genre critique. — On appelle critique l’œuvre qui tend A juger une autre œuvre et A examiner comment elle répond ou non à des principes posés en critères (Voir n° 274.)

L’exposé peut être 1° une présentation des faits, 2° un jugement des faits, 3° une défense ou une attaque.

La documentation peut revêtir la forme objective, commentée et à dialectique serrée ou la forme pamphlétaire adoptée par les critiques d’un état de chose donné ou par les protagonistes des innovations,

  1. Degrés divers dans l’exposé. — L’exposé d’une même question, notion, science, peut être fait selon des degrés divers.
  1. Le premier ordre de degré est relatif à la longueur de l’exposé. Celui-ci. au point de vue idéologique, est proportionnel au caractère général ou détaillé de l’idée; nu point de vtir littéraire, il dépend du caractère implicite ou explicite, délayé ou concis de l’expression ; au point de vue documentaire, il dépend de l’extension matérielle du document.

98 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 224

  1. Le deuxième ordre de degré est relatif à l’état mental de ceux auxquels s’adresse le document (âge, formation scolaire, classe rfouche, spécialiste). On distingue ici les degré* préparatoire, élémentaire, moyçn, supérieur, spé-

cial. (Voir n° 155.)

Dans un travail déterminé, il faut savoir se limiter.

Il faut distinguer l’exposé complet (traité, encyclopédie) de l’exposé particulier (ouvrage, article).

Un exposé complet n’est pas toujours nécessaire ni désirable.

Un exposé particulier a un but, une occasion. Place doit lui être faite à côté de l’exposé complet.

E.n remontant jusqu’à la source, il y a lieu de se demander ce qu’il faut documentaliser. On répondra : tout ce qui a trait aux questions dont l’ensemble constitue la structure de la science envisagée, ou tous les faits importants, noyés aux yeux d’un témoin non prévenu dans la masse des faits accessoires.

En principe cependant, un livre scientifique doit être complet (complétude). Même un livre ayant en vue les études premières, celles dont tout le reste découle, doit comprendre à la fois l’exposition des éléments et celle des théories qui s’en dégagent. D ailleurs la définition entre les uns et les autres est souvent similaire,

Il semble aussi qu’il faille distinguer trois sortes d’esprit auxquels correspondent trois sortes d ouvrages : a) pour les analystes, spécialistes, la monographie descriptive;

  1. pour les systématiques, universalistes, le traité; c) pour tes synthétisles, théoriciens, l’exposé théorique.

La matière est présentée dans trois espèces d exposé :

1° Exposé littéraire: pittoresque, narratif, successif, simultané (impressions esthétiques et appels au sentiment).

2° Exposé personnel : visant un lecteur ou une catégorie de lecteurs (ad hominen), ne traitant pas ce qu’on sait qu’ils connaissent déjà. La lettre est le type de ces exposés.

3° Exposé systématique : objectif, didactique, la matière présentée pour elle-même et complètement, sans egard a la catégorie de lecteurs ni à l’impression esthétique.

A un autre point de vue, il y a deux grandes catégories d’écrits. Les écrits destinés à faire avancer la science (contenant des faits scientifiques nouveaux). Les écrits destinés à vulgariser et répandre la science. Parallèles a la publication dite scientifique. •

Il y a lieu de laisser l’érudition à la portée de ceux qui ont le désir de savoir, le désir de s’instruire, qui ont le goût de la nature, de l’art, des choses vraies, utiles ou belles.

En général, la vulgarisation scientifique est impossible pour qui ne participe pas lui-même a l’édification de la science. Il importe de porter d’emblée au cœur des problèmes soulevés et de présenter l’explication nette exigeant du lecteur l’effort qu’on est en droit d’attendre de lui. « Autrement, il n’y a que délayage de l’ensemble des vérités acquises à l’état de douceur mielleuse ».

(Edgard Heuchamp.)

Le Scientific American a ouvert un concours destiné à récompenser l’auteur qui saura le mieux, en moins de 3,000 mots anglais, exposer d’une manière claire et non technique la théorie d’Einstein. L’Australien (Paris), à son tour, a publié un exposé complet sans un seul mot technique, dû à M. Charles Nordmann (28 mai 1921).

  1. Le troisième ordre de degré se rapporte à la complexité des données: a) manière d’incorporer dans une rédaction un fait ou une idée simple ; b) manière de combiner un nombre de données dans un ensemble : un ouvrage; c) manière de combiner dans un ensemble divers ouvrages; d) manière de concevoir la combinaison les uns avec les autres de l’ensemble des ouvrages.
224.4 Le Plan.

Un livre, a dit Taine, est une subordination de rapport» généraux à un rapport particulier.

Le Plan est à la base de tout exposé systématique (scientifique, didactique). Il consiste essentiellement en classification et ordre mis dans les idées (voir Classification sous n° 412.3). La difficulté provient d’une part de la complexité des sujets traités et de la multiplicité des points de vue sous lesquels ils peuvent être envisagés • d’autre part de l’entrecroisement constant de ces points de vue. Le plan a pour but d’apporter ordre où il y aurait confusion et enmêle. Toute chose considérée (être, phé nomène, événement, question) se présente dans un complexe d’autres choses: corrélation, répercussion, enchaînement de causes et d’effets. Tout document y relatif participe à la même complexité et le plus petit exposé traite de points secondaires en même temps que du point principal. En conséquence on y trouve forcément des données que ne révèle pas son titre, expression du sujet principal, ce qui dans les opérations du classement et de la catalographie entraîne à une pluralité d’indices et de notices.

« Le problème fondamental, dit Bouasse, se pose ; Comment distribuer les matériaux ) En série. Le choix des séries est subordonné à la condition de n’introduire les idées que (le plus possible) les unes après les autres, au fur et à mesure des besoins, de manière que le lecteur se familiarise immédiatement avec elles sans risque dr les confondre. Le choix des séries est encore subordonné (dans les sciences) à la facilité plus ou moins grande de se représenter matériellement les théories et de les illustrer par des expériences, »

Dans un livre bien construit, on aperçoit le squelette qui forme le support de l’argumentation générale et qui montre son harmonie et sa consistance. C’est tout l’opposé de ce que recommandent les rhétoriciens de masquer le squelette par l’art des transitions insensibles.


224 ELEMENTS INTELLECTUELS 99

Les ouvrages didactiques attachent beaucoup d’impor- ‘ lance au « plan d’étude ». On dresse un plan d’avance pour l’étude de chaque objet. (Ex. Alexis, Géographie.)

224.5 Classification ou ordres des Exposés.
  1. Les principaux ordres d’exposé sont: 1° l’ordre des matières; 2° l’ordre géographique ou topographique (distribution dans l’espace) ; 3° l’ordre historique ou chronologique du développement; 4° l’ordre alphabétique (par exemple les biographies).

Un livre aussi peut être considéré comme une marche : un point de départ et un but vers lequel on progresse.

  1. C’est un problème général en documentation que de déterminer les rapports entre les divers ordres de classement : matière, lieu, temps, forme et langue. Chacun de ces ordres constitue en lui-même une succession dont la ratio de la progression lui est propre, et c’est erreur de réduire en fragments cet ordre que d’y introduire, à chaque échelon, les documents d’un autre ordre.
  2. L’étude d’un sujet, la préparation et la rédaction d’un ouvrage pourront se permettre avec diverses catégories de formes de document. Par ex.: le texte, les illustrations, les listes bibliographiques, les listes chrono logiques, les extraits anthologiques d’ordre littéraire, les notes explicatives détaillant les documents justificatifs (Poésie sur le sujet). On peut établir les données de ces formes différentes en plusieurs séries documentaires distinctes constituées en fiches ou dossiers séparés ; on peut aussi réaliser un exposé unique combinant toutes les formes : l’illustration étant placée en regard ou au milieu du texte, les notes et la bibliographie disposées en notes inframarginales, les citations ou extraits poétiques ou littéraires, les faits chronologiques et les documents insérés à leur place dans le texte lui-même.

L’étudiant et l’auteur, bien avertis des différences scientifiques de ces diverses formes, choisiront celui de ces modes qui leur conviendra, mais ils se souviendront de l’adage latin « Electa una via excluditur altéra ». Le choix d’une méthode excluera l’autre,

224.6 Ordres d’exposition.

Il faut distinguer trois ordres d’exposition : 1° l’ordre de démonstration, il peut n’appeler que fort tardivement une notion d’une utilité connue; 2° l’ordre de découverte, historique dans l’ensemble de l’humanité ou chronologique dans la vie du chercheur ; 3° l’ordre d’initiation ou d’enseignement.

L’ordre d’exposé est bien distinct de l’ordre d’invention. L’auteur qui communique sa pensée ne doit pas forcément obliger le lecteur de refaire avec lui. en ses zigzags, le chemin qu’il a dû lui-même se frayer a travers l’inconnu. Le terrain une fois reconnu par le pionnier, la route pour d’autres peut être directe. L’ordre d’exposé scientifique doit avoir pour objectif l’utilisation des données : celles-ci. en leur existence documentaire, doivent

devenir aussi maniables que des instruments dans un cabinet de physique, des matières dans un laboratoire de chimie.

‘D’autre part, il peut être utile dans l’enseignement d’initier de bonne heure à des notions faciles à comprendre, mais dont la démonstration rigoureuse prend place après une longue suite d’autres démonstrations. Ainsi

par exemple, en mathématique, la notion de la fonction pour être bien comprise, peut être placée au frontispice de la science. « L’inconvénient est mince, car s’il peut être agréable pour la satisfaction complète de l’esprit, de posséder ainsi une définition globale et synthétique, nous cherchons en vain qu’elle peut être l’utilité, soit au point de vue de l’enseignement, soit à celui d’une compréhension générale des choses, pour celui qui cherche à

acquérir une simple initiation préalable. »(A. Laisant, La mathématique, p. 28.)

On doit pouvoir lire un livre dans un autre ordre

que celui des pages, afin de pouvoir comparer. Ainsi, dans un livre d’histoire tout ce qui concerne l’art, ou l’industrie dans un livre d’art, tout ce qui concerne l’art d’un certain siècle ou chez un certain peuple. La notation bibliographique des chapitres contribuera a cela.

Une même matière, pour des buts différents, peut être diversement distribuée et ces ordres se trouvent successivement dans le même ouvrage. Ainsi les programmes, catalogues des universités. On y trouvera la distribution des cours de trois manières : par matière, par professeur et par jour et heure de la semaine.

On devrait pouvoir lire un livre scientifique en le parcourant et en éliminant facilement du regard tout ce qui n’intéresse pas.

« L’utilité des séries artificielles ou transposées n’est pas douteuse. C’est à elle que nous devons nos arts et notre industrie. Dans les recueils scientifiques il est souvent commode d’abandonner l’ordre naturel des faits et des idées et de lui en substituer un autre ; tel est le cas des dictionnaires. » (Proudhon.)

224.7 L’exposition dans la science.
  1. Hiatorique. — L’exposition scientifique est la der-

nière venue dans l’évolution des formes: c’est dans les temps récents qu’elle a commencé à faire concurrence aux formes, à l’antique, oratoire ou sentencieuse, patriotique ou philosophique. L’exposition scientifique est caractérisée par l’objectivité, la simpheité, la clarté, la méthode.

  1. Notion. — Exposer un sujet scientifique, c’est le

circonscrire (sa place parmi les autres sujets) ; le définir (ce qu’il a dr spécifique) ; l’analyser (de quoi il se

compose).

  1. Fondement. — « La science n’a d’intérêt que par

son bloc. Nos explications étant purement verbales


LE LIVRE ET LE DOCUMENT 224 100

(en Ce sens que nous sommes capables seulement d énon’ cer sous le nom de principe, une proposition qui contient un grand nombre de faits), la science des particuliers devient une pure définition de mots. On ne peut conce’ voir le rôle de l’explication physique que sur des ensembles. — Suivant que vous commencez l’exposition par tel ou tel bout, le système des explications se trans’ forme complètement. Ce qui était fait d*expérience devient définition de mot; inversement ce qui était incon testable comme définition de mot devient à démontrer comme fait d’expérience. Nos philosophes sont peu familiers avec ces notions, pour nous élémentaires ; elles ne sont ni dans Aristote ni dans Lachelier. Qu’ils apprennent que, suivant le cas, les mêmes propositions intervertissent leur ordre de préséance; par suite, que leur certitude (apparente) change de nature. Ils voudront bien se rappeler que l’explication en physique est la comparaison de fait avec les échelons d’un sorite développé d une manière indépendante. » (1)

  1. L’exposé comparable à une architecture d’idées. — La division d’un discours — qui va ainsi de la simple phrase à l’alinéa, au paragraphe, à la section, au chapitre — est d’importance primordiale. Il s’agit de faire comprendre au lecteur l’architecture de l’édifice intellectuel qui lui est proposé : il s’agit aussi de lui permettre de s’intéresser à telle partie et non a telle autre. Il doit pouvoir être distrait sur tel détail mais reprendre intérêt à telle autre partie, sans que le fil soit peîdu.

La carastéristique du livre d’être une « architecture d’idées », de données intellectuelles, conduit à prendre en considération l’énorme révolution accomplie de nos jours par l’architecture elle-même. Il est impossible de se désintéresser désormais de l’évolution des concepts architecturaux. La guerre redonnant une faveur nouvelle à l’esprit technique et aux solutions catégoriques, l’architecture se tourna vers les solutions de la science dédaignées jusqu’alors au profit des recherches dites artistiques et qui n’étaient souvent que décoratives, partant parasitaires. Des formes neuves, insoupçonnées sont alors apparues, fruit de la tendance générale vers la civilisation rationnelle, où s’efforce notre génération. L architecture nouvelle utilise aussi les matériaux nouveaux (pierre, brique, bois. fer. béton, acier, paille comprimée, béton de cendres, verre). Elle vise à l’insonorisation, à l’aération du gros œuvre, à l’utilisation de l’espace. La régularisation de l’architecture et sa tendance à l’urbanisme total aident a mieux comprendre le livre et ses propres desiderata fonctionnels et intégraux. (2) 1 2 (1) H. Bouasse. Introduction du tome III du Cours de Physique.

Sur les conditions et les exigences de la science, voir

n” 152. L (2) Voir les œuvres d’Henry van de Velde, de I .© Corbusier. d’Alberto Sartori (Eléments de l’architecture fonctionnelle. Tormo Hoepli. 678 reproductions). Tout ce qu* dans l’exposé écrit n’est pas ordonné selon la logique produit une distorsion de l’esprit, d’autant plus troublante, pénible, inefficiente, que l’esprit a oa vantage pris conscience de l’ordre logique.

Les qualités exigées dans les ouvrages scientifiques sont:

  1. la jusfessc dans les pensées: elle est le fruit d’une étude sérieuse; b) la méthode dans le développement: elle consiste surtout à ne pas mêler les objets distincts de l’enseignement dans les sujets un peu compliqués, à établir et à respecter les divisions naturelles; c) la clarté dans l’expression : elle veut que l’auteur se mette en garde contre les entraînements de l’imagination: d) le sentiment des proportions, si important dans la composition d’un ouvrage.
  1. Analyse de l’exposé. — La forme de l’exposé consiste avant tout dans une disposition des éléments : a) toute phrase peut être ramenée à un type (sujet, adjectif, verbe, adverbe, complément) ; b) tout raisonnement (suite de phrases) a un syllogisme; c) tout exposé (suite de raisonnements) a un type littéraire ou scientifique; d) tout livre (suite de tels types) a un type d’architectuie livresque.

On a la graduation suivante : la syllabe, (phonème), le mot, la phrase simple, complexe (plusieurs proportions), l’alinéa (plusieurs phrases).

A la base de l’ordre des mots dans la phrase, il y a ce qu’on nomme la construction grammaticale. Deux facteurs la déterminent: l’ordre des idées et l’harmonie des sons. Les Hébreux dans leur langue pauvre ont suivi l’ordre des idées, les Grecs et les Latins ont souvent fait sacrifier à l’harmonie des sons la clarté d un style simple et direct. Le moderne latin et les anglo-saxons font des constructions directes, les germaniques rejettent le verbe à la fin.

  1. Formes intellectuelles fondamentales. — On peut dégager les formes intellectuelles suivantes, que les mathématiques ont singulièrement précisées, mais qui sont susceptibles de généralisation n tous les domaines des sciences.

Une théorie forme un emrhaînement continu. — Un axiome est une vérité évidente par elle-même. — Une proposition ou théorème est une vérité qui a besoin d’une démonstration pour devenir évidente. — On donne ie nom de principe à une ou plusieurs propositions qui se rapportent à une même théorie. — Une hypothèse e.«t une supposition. — Une règle est I indication de la marche à suivre pour arriver à un résultat désiré- — Un système (ex. en arithmétique, du grec systema. assemblage) est un ensemble de conventions fur un même sujet. Ex. : système métrique, système de numérotation.

Un problème est toute question à résoudre. La réso

lution d’un problème comprend la solution, (indication


224 ELEMENTS INTELLECTUELS 101

des opérations à faire pour arriver au résultat demandé) et le calcul (exécution des opérations indiquées par la solution).

  1. Une science. — Toute science a des faits, un objet, un programme ou but, des théories, des méthodes.

On peut rédiger l’exposé dans l’ordre suivant : définition, proposition, prévisions, conséquences, règles, remarques. exercices, problèmes.

« A côté ou au-dessous des travaux d érudition, il faut à toute science des exposés synthétiques, oraux et écrits. Pour de pareils exposés, les idées générales sont nécessairement au premier plan, les faits au second, dors qu’au contraire, dans lenseignemcnt érudit, il faut, comme disait Fustel de Coulanges, une année d’analyse pour autoriser une heure de synthèse. »

(Salomon Reinach.)

  1. Desiderata. Recommandations. — Les recommandations, suggestions et desiderata suivants sont proposés pour une claire exposition: 1° la pensée sefa divisée; 2° les parties seront reliées les unes aux autres, formant «chaîne», chaque point étant un problème ou un aspect spécial du sujet traité. Parfois ces point» sont strictement classés, parfois ils sont réunis par les liens d’un raisonnement bien articulé ; 3° elles seront classées ; 4Ü exprimées en termes adéquats, précis, concis, vivant»; 5° disposées en divisions numérotées; 6° chaque division sera rubri-quée : 7° elle sera susceptible de se condenser en une proposition énoncée clairement ; 8° la pensée toute entière pourra donc être liée à un résumé intégral formé de l’ensemble des propositions particulières exprimé dans les divisions du développement ; 9° termes précis, répéter les mêmes mots plutôt qu’un équivalent; 10° phrase construite simplement, sans inversion, courte; 11° exposé direct, enchaînement des idées directs sans incidences (dégression) ; 12° système logique de division et subdivision apparaissant bien nettement tout en soignant la rédaction littéraire ; 13° l’illustration, rée’le et schématique; 14° les références d’une partie à l’autre de l’exposé; 15° présenter éventuellement dans le texte les données générales et renvoyer les noies de tou*e espèce dans une seconde partie. Quelquefois l’auteur fait un exposé synthétique, à l’occasion d’une polémique, mais renvoie à un appendice les notes où la discussion reprend ses droits. Un savant aux idée« synthétiques, après avoir produit beaucoup d’idées particulières, finit par incorporer ses études particulières à un ouvrage général; (I) 16° indiquer les sources bibliographiques. Au point de vue de l’exposition la méthode scientifique veut des renvois confirmatifs au bas des pages ou à la fin du volume. Indication des sources exactes de l’affirmation produite. La science devient liste, inventaire, tableau numérique. Ex. classification du spectre, des étoiles: catalogue du Harvard College Observatory ;

(I) Voir à titre ci exemple : Freemantle. Comparative politics. 17“ donner des résumés. Il y a l’exposé, le résumé de l’exposé et paifois le résumé du résumé (l); 1801 établir des tableaux. Les données de la science tendent de plus en plus à être «tabulisées», à prendre la forme de tableaux soit en colonnes correspondant aux caractéristiques ou parties à relever, soit en schémas systématiques.

  1. Observations complémentaires.
  1. La méthode scientifique (en écrivant), dit de Can-dolle, consiste à donner sur chaque question d’abord les faits, ensuite le raisonnement, enfin les conclusions, sans dissimuler au lecteur ce qui paraît obscur ou incertain, mais le grand public n’aime pas cette méthode. Il veut qu’on débite d’une manière hardie, en posant certains faits ou certains principes comme démontrés et qu’après on l’intéresse par le développement de détails et de conséquences.
  2. On est amené à rechercher maintenant un procédé pour rendre apparente la structure du livre que cachaient les auteurs anciens et pour qui le livre passe comme le bâtiment à la phase: la vérité des matériaux apparent». - Montrer la structure par le dessin du plan (c éveloppement synoptique, décimalisation et rubricage). Idée mère ou proposition, preuve, notes, bibliographie: textes différents d’après ‘la nature des matériaux.
  3. L’art d’exposer doit s’inspirer de l’art d’enseigner et des progrès qu’il a réalisés. Inversement l’art d’enseigner doit faire une place capitale à l’art d’exposer*

« Avec des procédés d’enseignement plus expéditifs, une sévère économie d’efforts stériles, on apprendrait le grec en trois ans et le latin en deux. En érudition comme en pédagogie, la solution du problème est identique: il faut perfectionner r outillage de la transmission du savoir, accroître ic rendement sans exagérer l’effort, augmenter le travail utile par la suppression des frottements qui le gaspillent. L’esprit humain qui est la plus souple des machines, se prête admirablement à des transformations de méthodes quand il est entre les mains d’ingénieurs qui connaissent ses aptitudes et ses résistances. Le jour où la pédagogie, qui n est encore qu un art, sera devenue une science positive, le problème de la surcharge des programmes n’alarmera plus que les timides et les indolents. »

Boissacq, citant Salomon Reinach.

  1. L’exposé par l’image. Il y a une méthodologie de l’exposé par l’image.

e) On peut aussi développer le sujet de la manière suivante: I” de simples points énumérés, bien distinct*, sans lien dans la rédaction mais avec connexité implicite ; 2° des information» sans préoccupation d’ordre (type dictionnaire et encyclopédie) ; 3° un raisonnement selon un des modes typiques (syllogisme, dilemme, sorite, etc.); 49 la systématisation-classification rigoureuse. (I) (I) Victor Cousin: Du vrai, du beau et du bien. 23** édition, p. 660.


LE LIVRE E.T LE DOCUMENT 224 102

  1. Il y a des manières diverses de traiter un même sujet : a) des parties ou l’ensemble; b) sommairement ou en détail ; c) sous un angle étroit ou un angle large ;
  1. toutes choses présentées au même rang ou en mettant en évidence le fait le plus saillant; e) selon un ordre strict de classement (matière, temps, lieu, etc.) ou un ordre dispersé; f) les données présentées simplement et sèchement en elles-mêmes, ou se détachant sur un arrière-fond d’interprétation, de comparaison, d’idées générales destinées à les faire ressortir et à montrer leurs connexions.
  1. Autres recommandations ; t. Examiner tous les problèmes que pose ou peut poser le sujet considéré. 2. Développement sur les À-côté de ces problèmes. L’étayer d’une documentation abondante, choisie, classée, expliquée, 3. Présentation méthodique des divers cas d’espèce. 4. Pour chaque question faire un résumé historique, puis indiquer les opinions des auteurs, conclure par son opinion propre.
  1. L’exposé dans les diverses sciences. — Chaque science a non seulement sa terminologie propre, mais des méthodes rigoureuses d’exposition et dialectique. Il s’agit de ne pas faire disparaître l’énoncé des faits et de propagation essentielle, dans les parties de considérations enchevêtrées sans ordre.
  1. Philosophie, il est des œuvres d’un caractère géométrique dont les parties sont tellement liées entr elles qu’elles se refusent a toute analyse, qu’elles tomberaient en poussière aussitôt qu’on veut les disséquer, membre à membre, articulation à articulation. Ainsi la Logique de Hégel (1812-1816).
  2. Droit. La forme d’exposé donnée aux pièces judiciaires, les « attendus » et les « considérant » sont de solides armatures, des formules qui guident la pensée, la protègent et la défendent. (1) Les lois prescrivent un ensemble de « formalités s auquel les dites données se conforment pour avoir une solidité.
  3. Mathématique. Bien souvent des considérations de méthodes et de principes sont associées à des applications et des calculs, d’où difficultés pour les commençants d’en saisir la filiation naturelle. Il est utile de les réunir en un corps de doctrine séparé, où l’enchaînement devient plus sensible. (Ex. ce qu’a fait de Freycinet pour le calcul différentiel.)

d) Sciences naturelles. Les sciences naturelles sont arrivées à des types d’exposé qui correspondent bien à tous les degrés de développement d’une idée et de son énoncé. On peut à propos des animaux, par exemple. trouver soit une description complète, soit quelques mots de diagnose à son sujet, soit la simple indication de sa place au milieu des genres voisins. On a créé des (I) Voir « Une Croisade ». Journal des Tribunaux (Bruxelles, 2 février 1902). types morphologiques et en remontant à ceux-ci, on peut trouver la description précisa et détaillée de sa conformation intérieure, sauf des différences secondaires qui n’altèrent point sa constitution essentielle et qui indiquent les diagnoses par lesquelles ont le fait dériver du type.

  1. Botanique, Elle répartit ses matières en quelques types d’ouvrages. Les flores (simple catalogue ou ouvrages méthodiques où sont décrits les végétaux indigènes). Les ouvrages généraux, où sont réunis en un corps d’ouvrage toutes les plantes disposées méthodiquement et décrites d’une manière claire et concise (synopsis, prodromus. nomenclature). Les monographies où les auteurs ne font connaître qu’une seule famille.
  2. Technique. La technique ou science de l’action toujours directe et toujours pressée, s’expose de plus en plus en des formes directes instructives, dépouillées de l’inutile.

Description d’une donnée à l’aide d’une figure (Ex. : A. Guillery: Manomètre d’enregistrement avec contrôle permanent de ses inductions. Académie des Sciences, 2 juillet 1928). Résultats exposés à l’aide de tableaux (Ex. E. Rothce et A. Hee : Sur les propriétés magnétiques des zones stratigraphiques de la vallée du Rhin. Académie des Sciences, 2 juillet 1928.)

Tableaux des Associations de normalisation de divers pays, notamment ceux de la Deutsche Normenausschuss. Description de brevet d’invention avec l’obligation par l’inventeur de rédiger sa revendication en forme imposée.

  1. Architecture. On trouve ici les types d’ouvrages suivants ; les œuvres architecturales ; les monographies des monuments les plus beaux : on voit souvent dans cette analyse l’enrichissement de données nouvelles de portée générale (ex.: Penrose). Tous les édifices d’une ville d’art. Tout ce qui touche une famille d’édifices (églises, palais, maisons, etc.) Les éléments et la théorie de l’architecture (ex. les murs, les voûtes, les escaliers).

h) Histoire. On distingue ici trois grandes catégories de formes: 1° les sources (documents proprement dits); 2° les travaux critiques sur les sources et qui sont simplement préparatoires ; 3° les travaux de construction qui varient entr’eux d’après le but de l’œuvre, et par suite la nature des faits, façon de diviser le sujet, c’est-à dire d’ordonner les faits, la façon de les présenter, la façon de les exprimer, le style. (I) (I) (I) L’Histoire de France de E. Dermot (cours moyen. Ire année, éducation civique, histoire de la civilisation, 144 p.) Voici un type de livre moderne pour l’étude de l’histoire. Les 2000 ans d’histoire sont divisés en 69 leçons, conduisant des Gaulois à l’année 1911. Chaque leçon ne comporte qu’une page. Elle a son titre général. Elle est divisée eu trois, quatre ou cinq point» tubriqués et numérotés. Les mots typiques, ceux qu’il faut retenir sont imprimés en italiques. Un résumé encadré et en italiques; un questionnaire achève la page; en regard un croquis, dans le texte, s’il y a Heu. une carte, des por-


224 ELEMENTS INTELLECTUELS 103

  1. Examen des ouvrages particuliers quant aux principes d’exposé. — Un grand travail reste à faire: l’examen scientifique et pratique des ouvrages particuliers au point de vue de leur forme et des principes d’exposé mis en œuvre.

Ce travail doit porter sur les grandes œuvres du passé et sur les œuvres qui paraissent au jour le jour; c’est donc un travail continu : c’est la véritable observation biblio-logique, tandis que d’autres, par l’expérimentation biblio-logique, consisteront dans l’élaboration des ouvrages en pleine conscience et connaissance des principes de l’exposition.

Des ouvrages célèbres présentent d’intéressantes carac téristiques, positives ou négatives, quant aux formes d’exposé. Ceux d’entre eux qui manquent d’ordre dans l’exposé font mieux comprendre la valeur meme de l’ordre, mais en meme temps ils sont peut-être plus près de la vie, qui en soi n’est guère ordonnée. Voici quelques exemples :

  1. Le dialogue de Platon, « Parménide », dit Victor Cousin, demeure un des ouvrages de Platon dont il est le plus difficile de déterminer le vrai but et de suivre le fil et l’enchaînement à travers les mille détours de la dialectique éléatique et platonienne. Longtemps la vraie pensée de Platon est restée un problème. Est-ce un grand exercice de dialectique, où le sanctuaire mystérieux où se cache, derrière le voile de subtilité presque impénétrable, la théorie des idées ?

b) Le Coron est illisible deux fois pour un occidental. Une partie de son inintelligibilité est due à son arrangement. Dans la préparation de Védition « canonique », on n’a fait aucun essai pour présenter chronologiquement les matières ; des révélations de différentes périodes ont été souvent mêlées les unes aux autres en une seule dans le même chapitre. Le principe général de l’œuvre a été de placer d’abord les chapitres les plus longs et ensuite les plus courts. Or. les premières révélations étant souvent contenues dans les chapitres les plus courts, on peut dire que la meilleure manière de lire le Coran est de commencer par la fin. Son inintelligibilité provient aussi de l’esprit désordonné du Prophète qui, dans la partie historique de ses révélations, mêlaient les choses. Le contraste est frappant avec la 3ible où l’ordre historique est suivi. Le Coran parle d’Adam, d’Ahrnham, de Jésus, de Moïse et des autres sans ordre et sans qu’on puisse ressusciter l’ordre dans lequel ils apparaissent dans la suite des temps. traits caractérisés avec une légende et un récit, lecture illustrée se rapportant à l’un des faits visés dans la leçon. Il est lui-même divisé par point. A la suite du récit, sous le titre « à souligner », l’indication des points du récit à relever et qui éclairent l’histoire des mœurs et les progrès de la civilisation. In fine une chronologie donnant cent dates, divisée par périodes et en trois caractères, romains, italiques, égyptienne», pour faire mieux ressortir les faits caractéristiques. Ce petit volume cartonné se vendait 90 centimes. c) {.’Imitation de Jésus Christ présente un texte peu suivi et peu cohérent: les préceptes qui en constituent la substance sont disséminés dans tout l’ouvrage, confondus avec les éléments de mysticité et les règles spéciales à la vie monastique.

  1. L’œuvre de Nietzsche est curieusement morcelée en

une infinité de pensées, d’axiomes, de critiques à l’adresss de tous les philosophes. Elle constitue une série de documents précieux, d’idées nouvelles et des thèses d’une implacable logique. (Tboran Bayle.)

  1. Le souci de répondre perpétuellement à des objections qui le plus souvent se répètent sous des formes diverses et ne sont pas toujours indispensables à l’exposé de la thèse, affaiblissent l’œuvre de certains philosophes. Ainsi Le Dantec et William James.

Beaucoup d’auteurs d’œuvres modestes se sont grandement préoccupés de soigner la forme d’exposé au contraire de ces exemples célèbres. On trouve chez eux, explicitement ou en germe, bien des innovations susceptibles de généralisation, bien des formes devenues susceptibles de devenir des « espèces ». (I) (I) Voici quelques exemples :

  1. En ce qui concerne les sciences pure», mathématique, chimie, physique, botanique, zoologie, etc., C. A. Laisant a entrepris chez Hachette une collection d’ouvrages rédigés pour les années de l’enfance et tendant à son initiation. Ces petits livres (Initiation mathématique, etc.) s’adressent aux parents désireux d’initier leurs enfants, tout en les amusant et en les intéressant par des observations effectives, aux rudiments des différentes sciences, dont la connaissance est devenue, dans une époque de progrès comme celle où nous vivons, d’une nécessité presque absolue.
  2. Dans les Tables de logarithmes du service géographique de l’armée, pour éviter les chances d’erreur et de fatigue, on a adopté le perfectionnement suivant : Les caractères sont d’un type nouveau et leur disposition dans 1«3 nombres ne peut laisser place a la confusion. Le papier a été teinté pour amoindrir pour les yeux l’effet d.» la lumière réfléchie; il est légèrement jauni pour toutes les tables, sauf pour certaines de teinte bleue pour les faire reconnaître de .*uite. (Imprimerie Nationale, 1889.)
  3. Manuel Astruc. « Formulia » : Notions de 7 sciences appliquées & l’automobile. La chimie, la physique, la mécanique. la trigonométrie. l’algèbre, la géométrie. Varithmétique sont mises à contribution
  4. Voici les « Tables nautiques » de C. Cornet (Gauthier Villars). « Les deux tables de cet ouvrage, dit l’auteur, permettent de résoudre le triangle sphérique avec sûreté et rapidité : elles ont été étudiées pour éviter les erreurs, faciliter les entrées, éviter de feuilleter. »
    1. Cottet. Levons et exercices d’analyse à l’école primaire. Livres d’exercices avec des points à la place des mots, à remplacer par les élèves,
  5. Dans « La femme a ses raisons... », par Charles Oui-mont, L’auteur présente le journal intime de ses deux héros en texte juxtaposé sur deux colonnes. Il souligne ainsi d’amusante façon les malentendus qui se glissent dans ce ménage.
  6. Jules Laforgue, sentant passer en lui un flux tumultueux de sensations, d’idées, d’impressions fugitives, ne savait mettre de l’ordre dans tout cela et jetait tout pèle-

LE. LIVRE ET LE DOCUMENT 224 104

  1. Exposé par les méthodes de l’Idéographie et des Symboles. — a) Selon l’ordre chronologique, les premier» symboles sont les chiffres 0, I, 2, etc., dont l’origine est très ancienne. Suivent les symboles des opérations arithmétiques -K — (a. 1500), x (a. 1600) ... les relations = (a. 1550), ) (a. 1650), les nombres e, 7^ (a. 1700)... Pendant le dernier siècle les symboles £ lim, mod. sgn, E, ... ont pénétré dans l’usage commun.

Ces symboles permettent d’exprimer complètement quelques propositions :

1 m ( I H - =

4- «n /

n:

— etc.

2

  1. En général on se sert des symboles mathématiques pour exprimer les parties d’une proposition, lesquelles doivent être accompagnées du langage ordinaire, pour Cor mer des propositions complètes

La partie réservée au langage ordinaire, plus petite dans quelques travaux d analyse, était encore grande dans les ouvrages géométriques. Le calcul fcarycentrique de Möbius, la science de l’extension de Crassmann, les quaternions de Hamilton, pour ne citer que les théories principales, permettent maintenant d’opérer sur les objets géométriques comme on opère en algèbre sur les nombres.

  1. La logique mathématique à son tour étudie les propriétés des opérations et des relations logiques qu’elle indique par des symboles.

La logique mathématique a été successivement développée par Leibnitz. Lambert, Boole, de Morgan (1850). Schröder (1877), Mc Coll (1878), Bertrand Rüssel. On peut en retrouver des germes jusque chez Aristote.

  1. Peano a créé une idéographie qui résulte de la combinaison des symboles logiques avec les algébrique». (I) Il a écrit entièrement en symboles quelques
\[\begin{split}2 + 3 = 5 2 < e < 3\end{split}\]\[\sin{x} — \text{d}x\]

formula pg 104

mêle dans des poèmes amorphes où, à travers des obscurités laborieuses, passaient, çà et là, des éclairs de génie.

  1. Certains auteur* dispersent à travers tous leurs ouvrages sous forme de réflexions éparses ou mélangées à d’autres faits, leurs idées qui. si elles étaient condensées didactiquement en un chapittre spécial, dessineraient avec forme leur conception. Le lecteur par suite est obligé de reconstituer lui-même la théorie et de relire ensuite Fou vrage inspiré par cette théorie, il y a là une commodité de lecture à réaliser.

( I ) Peano a imaginé que toute théorie soit redite en svmbole. Cela, dit-il, exige une analyse profonde des idées qui figurent dans cette branche ; avec les symboles, on ne peut pas représenter des idées non précises. Il condense toutes les idées et proportions diverses, grâce à cette notation. II réalise un formulaire classé dont chaque proposition est exprimée par une formule. Il classe les proposition» dans l’ordre de combinaison en suivant l’ordre de série des symboles. Il donne aux propositions un numéro décimal pour permettre les interpolations. théories mathématiques et certains auteurs l’ont suivi. Ailleurs on s’en est tenu seulement pour énoncer sous forme plus claire des théorèmes. En général cette idéographie est considérée par ses créateurs comme l’instrument indispensable pour analyser les principes de l’arithmétique et de la géométrie, et pour y démêler les idées primitives, les dérivés. 1er définitions, les axiomes et les théorèmes. On s’est aussi servi pour construire de longues suites de raisonnement, precque inabordable par le langage ordinaire.

Peano a essayé de réunir en un seul volume les propositions écrites entièrement en symboles et qu’il appelle « formules ». C’est son « Formulaire de Mathématique » dont il a donné trois éditions successives (t. I, en 1892-1895; t. II, en 1897-1899; t. III en 1901), Ce dernier comporte 230 p. Il est le fruit d’une précieuse collaboration avec divers savants, et contient quantité d’indica lions historiques et bibliographiques. Le Formulaire est toujours en construction, tous les développements étant continuellement publiées dans la Revue de Mathématique.

Les termes du langage mathématique connus remontent à plusieurs milliers. Il s’est accru pendant les siècles. Il était de 1.000 environ sous Archimède, et arrive à 17.000 dans le vocabulaire publié par M. Muller en 1900, sans compter les noms appartenant à la Logique. Il ne convient point, dit Peano, d’ériger tous ces mots en symboles ; il les a exprimés par environ 100 symboles.

Dans le langage ordinaire, on a plusieurs formes pour représenter une même idée indiquée dans le formulaire par un symbole unique et chaque symbole a un nom. Mais on lit les symboles et les ensembles de symboles, sous une forme qui s’approche du langage ordinaire. Ur. peu d’exercice permet de lire ainsi facilement les formules.

Le formulaire est divisé en §§. Chaque § a pour titre un signe idéographique. Les signes se suivent dans un ordre tel que tout signe se trouve défini par les précédents (à l’exception des idées primitives). Un § quelconque contient les propositions qu’on exprime par le signe du § et par le précédent. Ces derniers servent à classer les propositions du §. En conséquence on trouve dans le formulaire la place d’une proposition déjà écrite en symbole^ à peu près comme on trouve la place d’un mot dans un dictionnaire. Toute proposition est indiquée par un nom bre qui a une partie entière et une partie décimale, dans le but de faciliter l’interpolation. Le signe * placé devant un texte indique le changement de la partie entière.

  1. Des efforts devraient être tentés dans d’autres sciences que les mathématiques, pour y introduire l’idéographie et parallèlement d’autres exposés précités ainsi celui à la manière du Formulaire des Mathématiques. On conçoit l’utilité qu’il y aurait à traiter ainsi notamment les sciences, la sociologie, aujourd’hui champ de bataille dans toutes les directions.

Il n’est pas inutile de rappeler ici cette pensée de


221 ELEMENTS INTELLECTUELS 105

Proudhon. «Il faut distinguer phraser de prouver, avant d’exiger des auteurs de telles conditions de certitude, il faut apprendre à ceux qui lisent, aussi bien qu’à ceux qui écrivent ce que c’est que phraser et ce que c’est que prouvet. Tout le fatras, l’obscurité, les contradictions, l’entortillage, les inextricables prologues, les sophismes brillants et les séduisantes chimères dont nos livres regorgent ; toutes les incertitudes de l’opinion, les bavardages de la I ribune, le chaos dans les lois, l’antagonisme drs pouvoirs, les conflits administratifs, le vice des institutions, viennent de notre misérable logique, de notre langage anti-sérielle.

Je veux que l’écrivain, plus ami de la vérité que de la gloire de bien dire, plus désireux de me convaincre que de me surprendre, sans négliger l’élégance du style, la forme de la pensée, la rapidité de l’exposition, fasse, briller à mes yeux, dans une pénétrante analyse, le rap port des termes qu’il compare; qu’il m’en fasse touchci du doigt la formule; qu’il justifie de la propriété et de; la suffisance de son point de vue; que par la puissance des division* et des groupes, par la magie des figures, il me montre, pour ainsi dire in concreto, la vérité de ce qu’il affirme ; surtout que dans la conclusion il ne dépasse jamais le champ de la série.

Il faut distinguer, phraser et prouver. *

(Cf. le n° 159. L’évolution simultanée des instruments intellectuels. 222.24 Notation Universelle.)

224.8 L’exposé et les formes intellectuelles dans la littérature.

En principe, de par son objet propre, la Littérature se distingue de la Science; mais dans la réalité, la distinction n’est pas toujours facile à déterminer et en pratique elle n’est pas toujours observée.

L’objet immédiat de la poésie est de séduire, celui de l’éloquence est de persuader, celui de l’histoire est de décrire les faits vrais pour en instruire les hommes. L’objet de la Science et de la Philosophie est de chercher la vérité dans la réalité et dans les choses, et d étendre le domaine de nos connaissances sur elles.

Les formes littéraires existent en grand nombre et entremêlent leurs éléments. On peut distinguer les formes élémentaires, la ptose et la poésie, les genres proprement dits. Force est ici de se borner à quelques observations générales, laissant tout le développement aux Traités de Littérature.

1° Les formes élémentaires. — Les principales formes élémentaires sont la narration, la description, le dialogue. L’unité de pensée s’exprime dans la proposition. Suivant le sens et la manière d’être, la proposition prend des noms spéciaux : la Sentence est une proposition qui ren ferme un grand sens; l’axiome est une vérité première évidente par elle-même; le Proverbe est une sentence devenue populaire; Y Aphorisme est une sentence ou un précepte scientifique, qui résume en peu de mots de grandes vérités; l’apophtegme est un dit mémorable. La Narration est la partie du discours qui comprend le récit des faits ; I exposition la précède et la confirmation la suit. On distingue: I) la narration oratoire: elle exprime le fait sous le point de vue le plus favorable à la cause; 2) la narration historique : elle doit exprimer l’exacte vérité, mais ne le fait pas toujours ; 3) la narration poétique : elle est laissée à l’imagination du poète.

2° Poésie, Prose. — La prose et la poésie s’appliquent à presque tous les genres. De l’inspiration naquit la poésie (langage des dieux). Entre la poésie et la prose, il y a plus qu’une distinction fondée sur la mesure, la cadence et l’observation des autres règles poétiques. Ces deux formes de la parole répondent surtout à deux manière!} bien différentes de sentir et d’exprimer le vrai et le beau. On distingue les poésies lyriques, épiques ou héroïques, dramatiques, didactiques ou philosophiques, élégiaques, pastorales ou bucoliques, érotiques, satyriques, descriptives. Au point de vue du rythme et de la mesure, on distingue I) la poésie rythmique. On y observe la cadence et le nombre de syllabes, mais non les quantités, car elles sont toutes réputées égales ; telle est la poésie moderne en général et celle aussi des Orientaux. 2) La poésie métrique. Elle repose sur la quantité des syllabes dont les unes *ont brèves et les autres longues: ainsi la poésie grecque, latine, allemande.

3° Les genres iifférmres. — Les principaux genres littéraires sont la poésie, le roman, le théâtre, l’histoire et la critique. Feu à peu, au cours des temps, ces genres se sont constitués. Puis les grands courants de la vie et de la pensée les ont transformés ; constamment il y a eu influence de chaque genre sur les autres.

4° L’Epopée. — A l’origine des peuples on trouve bien souvent des récits légendaires et poétiques, remplis d’actions héroïques et merveilleuses. Ainsi le Mahabharata et le Ramayana chez les Hindous, le Chah Namch chez les Persans, l’Iliade et l’Odyssée chez les Grecs, la Chan son de Roland chez les Francs, les Siebelungen chez les Allemands. Il est des poèmes épiques qui ne marquent plus les origines d’une littérature, mais qui se rapportent de précédents: la Pharsale de Lucain, Y Enéide de Virgile, la Divine Comédie de Dante, la Jérusalem délivrée du l’asse, le Paradis perdu de Milton, la Messiade de Klop-stock, la Franciade de Ronsard, le Télémaque de Fénéloi, c* Martyrs de Chateaubriand.

On donnait autrefois le nom de poème épique au récit d’une grande action nationale. On lui donne aujourd’hui celui d’encyclopédie poétique d’une civilisation (Charles Hitlebrand. Etudes italiennes), L’Iliade, c’est la guerre de Troie et c’est le contraste entre le monde asiatique et européen. La Divine Comédie, c’est la lutte entre le Pape et l’Empereur.

« Pour composer une épopée, dit Lalo, voici la recette. On écrit vingt-quatre chants, contenant quelques dieux


106 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 224

aux enfers, quelques-uns au ciel, voire un en purgatoire tû l’on est bon catholique, un songe ou au moins un sommeil, une prophétie, un ou deux dénombrement» de quoi que ce soit ; enfin une bataille. Ce récit doit être essentiellement noble et métaphorique ; en vers si l’on peut ; si l’on ne peut pas, en prose poétique. >

5° Le Roman. — De tous les genres littéraires, c’est le roman qui est devenu au cours du XIXe siècle le genre littéraire par excellence. S’il est inférieur à la poésie pour l’expression directe du sentiment, il la dépasse de beaucoup quand il s’agit d’en donner une analyse détaillée oi de développer des idées philosophiques ou artistiques, cl aucun genre, pas meme le drame ou la comédie, ne peut rivaliser avec le roman pour la peinture de milieux his toriques ou contemporains.

6° Le Discours. — Toute parole d’une certaine longueur prononcée en public et avec une certaine méthode. L’orn teur doit plaire, instruire et persuader. Les discours offrent la même variété que les genres d’éloquence: religieux, parlementaire, académique. Les rhéteurs divisent le discours en sept parties: exordc, proposition, division, narration, confirmation, réfutation, péroraison.

7° La Dissertation. — Est un discours philosophique qui diffère des compositions oratoires proprement dites en ce qu’il se borne à établir un point de doctrine par la voie du rairtonnement. sans s’attarder à persuader en faisant appel A l’imagination et à lu sensibilité. Analyser, exposer, déduire toutes les raisons qui vont à la même conclusion réfuter les adversaires, être soi-même invincible ou irréfutable: c’est là toute la dissertation.

8° Le Journal intime. — Des écrivains tiennent leur journal (Amicl (16.000 pages), Mauriac. Gide. Barrés, de Vigny, Pierre Lougi. Katherine Mansfield). Pour certains, la fonction du journal est de nourrir l’œuvre et ils ne publient à l’état brut que des résidus, les pages qu’l’» n’ont pas transformées en œuvres d’art, leurs carnets sont alors des recueils de notes qui servent pour leur’ œuvres. Pour d’autres, le journal est bien le miroir de l’âme intérieure de qui l’écrit : une œuvre qui possède »c* lois et son climat propre.

Le journal de Albert Schumann commencé le 12 septembre 1840, le jour de son mariage et où lui-même et sa femme devaient, alternativement chaque semaine, écrire tout ce qui les aurait touché tous deux dans leur vie conjugale. (Publié dans les .4nno/c» de Paris. 1932.)

9° Biographie. — Elle peut prendre des formes variéei : dire l’histoire de la personne; être un exposé purcmenl objectif de »es doctrines ou de ses opinions successives; considérer la personnalité comme un document psychologique de valeur exceptionnelle. Les biographies seront mêlées à l’Histoire générale: on a développé récemment le genre « biographie romancée » où la vérité objective; s’associe aux fictions de l’imagination.

10° L’Enigme, — De nos jours, l’énigme n’est guère qu’un jeu d’esprit. Mais les Anciens, et surtout les Orien taux, dont la langue abonde en images. l’employaient souvent pour exprimer des pensées plus ou moins profondes. L’Ecriture a gardé le souvenir de quelques enigmes de Salomon, de Samson. etc. Dans la légende grecque nous trouvons l’énigme du Sphinx, celle d Esope. Longtemps négligée, l’énigme fut cultivée au XVIIe siècle pai Boileau et par l’Abbé Cottin. Aujourd’hui nous la voyons remplacée par la charade, le logogriphe, le rébus.

225 Éléments scientifiques ou littéraires du livre : Les données de l’exposé.

  1. Le contenant. — Les éléments considérés précédemment sont ceux du « contenant » ou « forme » dans le sens large du mot (éléments matériels, graphiques, linguistiques, intellectuels). Les éléments considérés ici sont ceux du « contenu » ou « fond ». Ce sont les cléments scientifiques ou littéraires, les données mêmes de l’exposé faits et idées.

Derrière le Livre « contenant «, il y a le « contenu ». la Littérature au sens large, (les lettres, la s chose littéraire » : Res litteraria. Materia Bibliologica, Res scripta. l’Encyclopédie immatérielle des connaissances).

En fait, la matière des livres, c’est tout ce qui est constaté et pensé, senti et éprouvé, voulu et proposé. La division de la matière en scientifique, littéraire, pratique ou d’action sociale est relativement récente. Il y a eu au début confusion et mélange, puis lente différenciation Cette matière n’a d’autre limite que la Pensée humaine, laquelle, elle-même, n’a en principe d’autres limites que la Réalité universelle.

Les traditions orales ont fini par être écrites comme les coutumes ont été rédigées : les chansons populaires transcrites, les paysages, les sites, les industries, les choses photographiées ou filmées.

A grands traits on peut répartir les livres produits dans les catégories suivantes ; ouvrages anciens, ayant une valeur par eux-mêmes ou comme sources de l’Histoire; ouvrages littéraires; ouvrages scientifiques; ouvrages techniques et professionnel»; publications administratives officielles ; publications commerciale».

  1. Contenu de la motte des livrets — A quoi sont consacrés ces millions d’ouvrages, ces centaines de millions de documents écrits chaque jour, à la vie plus ou moins durable ou éphémère et dont, ne fût-ce que d’un instant et sur un point particulier, (’effet est venu s’inscrire dans In Réalité Universelle ) Tout le Travail de l’Intelli genco aboutit à des pensées, A des unions, des combinai sons, des cycles de pensée», constituant les systèmes, les théories, faits des vérités, d’erreur, d’opinion. Il aboutit en un mot A des Idéologies qui tendent, par synthèse et élimination, A une mentalité Universelle et Humaine.

225 107

Pour se rendre compte de ce que contient la masse des livres, il y a lieu: 1° d’en faire une statistique classée;

2 d’envisager les causes générales de la production;

3 de suivre les grands courants de la pensée à travers les âges. Il nous faut une histoire des sciences, des connaissances. signalant toutes les innovations, toutes les idées dites révolutionnaires qui ont chacune été le point de départ d une efflorescence d’œuvres nouvelles. Car une idée s’exprime par une pléiade d’hommes en un courant de livres; ex. la Renaissance, la critique religieuse, les grands courants modernes. Chaque mouvement a créé un livre prototype : ce livre une fois créé, il s’est développé, réédité, continué d’édition en édition. Ex. les livres sacrés, les œuvres des grands philosophes, les dictionnaires de langue, les encyclopédie*, les recueils d’inscrip lions, etc.

Qu’y a-t-il dans la rm.ssc des livres > Quel spectacle aurions-nous si, par un miracle bibliographique, il nous était donné tout a coup de pouvoir les lire en mêmq temps dans toutes leurs parties, sur toutes leurs pages ? La première chose qui frapperait serait la répétition; puis I- dépassement de beaucoup d’assertions désormais sans valeur ; puis encore la futilité et la petitesse extrêmes de quantités de questions traitées ; enfin !a manière inadé qunte et inefficiente dont la plupart des exposés sont préscnlés. Mais bientôt frapperait la grandeur de l’œuvre accomplie, la liaison et l’enchaînement qu’offre la matière traitée par toute la succession des livres,

  1. La Pensée bib/iologiquc universelle. —* La matière des livres, au sens large, est dite la matière littéraire. En fait, c’est tout ce qui est constaté et pensé, senti et éprouvé, voulu et proposé. La division de la matière en scientifique. littéraire, pratique ou d’action sociale est relativement récente. Il y n eu au début confusion et mélange, pui$ lente différentiation. Cette matière n’a d’autre limite que In Pensée humaine, laquelle elle-même n’a en principe d’autres limites que la Réalité universelle.

Il n‘y a en réalité qu’une seule Pensée. Cette pensée circule à travers la société humaine (toutes les générations. tous les pays) par un échange perpétuel. Elle prend partiellement et momentanément sa fixation dans les Livres. L’analogie ici est réelle avec les forces physiques qui se ramènent en réalité à une seule, laquelle circule par un échange perpétuel dans la nature morte aussi bien que dans la nature animée et s’incorpore dans les divers corps.

La portion de la Pensée humaine incorporée dans les livres constitue la matière bibliologique en général. Celle ci o pour caractéristique additionnée d’être : 1° pensée ; 2” exprimée; 3° écrite; 4° en correspondance plus ou moins adéquatement avec la Réalité extérieure. (I) (I) Le magnifique discours de Hofmannnsthal, testament de ce grand poète, sur l’Ecrit, domaine spirituel da la Nation.


C’est toute une longue évolution qui a conduit au point actuel. Comment on est arrivé à faire de toute la matière de la pensée une matière bibliologique, à réaliser la concentration des connaissances en sciences bien systématisées à prendre conscience des problèmes et a les poser clairement, à créer des méthodes pour les résoudre. Cette évolution passe de I homogène à l’hétérogène (expression de Spencer) de ce qui est un, semblable, confus au début, à ce qui se diversifie, se ramifie, se spécialise progressivement.

  1. L’Erudition. — a) Avoir de la littérature se dit de celui qui a lu beaucoup de livres, les meilleurs surtout, et a conservé dans sa mémoire les impressions que cette lecture a produites sur l’esprit, b) L érudition suppose en plus avoir lu les commentaires qu’on a fait des livres, ovoir comparé les diverses éditions, connaître le temps où vivaient les auteurs, les sources où ils ont puisé, etc. Le terme érudition (Gelchrte Bilcumg, Gclchrsamkeil) n été borné par l’usage au savoir littéraire dans tous les genres. Il comprend, outre l’histoire littéraire et la connais sance des langues et des livres, l’histoire des peuples, tant anciens que modernes, l’archéologie, la numismatique, la chronologie, la géographie, la partie historique de toutes les sciences, c) Le savoir et la science indiquent plutôt la connaissance des choses que celles des livres; mais sonoîi est absolu généralement dans sa signification; science est plus précis et suppose une étude plus approfondie.
  1. Le Développement de l’Erudition. —* Les développements successifs de l’Erudition présentent un très grand intérêt. « Tous les travaux isolés entrepris pendant des siècles par des érudits qui n’en prévoyaient pas la desti nation finale, viennent se réunir comme des ruisseaux se jettent dans un fleuve et concourir à un but commun digne des plus grands efforts. » (I)

Ils indiquent par quelle suite d’efforts elle est parvenue à acquérir tant d’importance.

  1. Aristote fut un observateur et un penseur, il laissa une œuvre de vaste érudition et la mit au service de la science. Ses disciples, à part Théophraste, négligèrent la science, se perdirent dans les détails ou se bornèrent au rôle de commentateur.
  2. Chez les Romains on trouve aussi beaucoup de commentateurs et de scoliastes, avec trois érudits remarquables; Varron (Antiquités humaines et divines). Pline l’ancien (Histoire naturelle) et Aulu Gelle (Nuits antiques). Varron composa environ 80 ouvrages formant ensemble plus de 580 livres. Aulu Gelle donne le premier modèle de l’érudition littéraire, de la science des textes, des rapprochements ingénieux.

c) Après la destruction de l’Empire romain, les lettres se retirèrent en Orient. L’esprit créateur manqua. Ce fui (1) Voir des vues détaillées sur ce développement dans les grands dictionnaires généraux et spéciaux.


108 LE LIVRE ET L.E DOCUMENT 225

une érudition mesquine, étroite, sans portée, à la mesure des esprits byzantins, pour qui des discussions puériles tenaient lieu de vie intellectuelle. Toutefois la Bibliothèque, composée au IXe siècle par le patriarche Photius, reste un modèle. C’est l’analyse de 280 ouvrages de poésie, d’éloquence, de théologie, de philosophie et de linguistique : extraits et jugements. Le recueil de Sindas (XIe siècle) à la fois lexique, encyclopédique et biographique, est une compilation sans méthode.

  1. L’Erudition moderne naquit en Occident, peu de temps avant que la prise de Constantinople par les Turcs ait fait émigrer en Italie les savants et les lettrés. Ils ont nom de Chrysoloras, Bessarion, 1 héodore Gaza, Lascaris, George de Trebizonde, Phiielphc, Pogge, Ange Folitien.
  2. Puis vint la découverte et les progrès de l’Imprimerie. Le travail des érudits consista à retrouver, à publier et à réparer les débris des lettres et des sciences anciennes, gâtées en tant d’endroits par l’ignorance des esprits. Beaucoup de ces hommes furent les premiers comme imprimeurs (Aide Manuce). Les vastes et précieux répertoires intitulés : « Trésor de la Langue latine » et « Trésor de la Langue grecque s. Erasme, Scaliger, Casaubon, Guillaume Budé, créateur de la Bibliothèque de Fontaine bleau, berceau de la Nationale et créateur des chaires libres de latin, de grec et d’hébreu, origine du Collège de France. — Juste Lipse, Montaigne, Rabelais.
  3. Au XVIIe siècle, l’emploi des formules et des cita Lions, l’apparut pédant qui ne dispurut que graduellement (Molière, qui crée le type de Vadius dont l’original était Ménage).

La véritable érudition étend son domaine : André

üuchesne crée l’historique de France; les frères de Sainte Marthe firent fonder la Gallia Chnstiana. continuée par Haureau. Philippe Labbe publie la Collection des Conciles, Baluze les capitulaires des rois de France, le Père Mène trier fonda la science héraldique, les Augustins avec le P. Anselme étudient les généalogies des Rois de France, les Bollandistes commentent les Acta Sanctorum. Lef Bénédictins préparent de grands travaux historiques et littéraires, avise Jean Mabillon, et son Traité de la diplomatie discernant les vsais des faux diplômes; Richard Simon fait une première exégèse de l’Ancien Testament

Edition de «Nouveaux instruments utiles aux linguis-tes, aux littérateurs, aux historiens » de Elzevir, celle ad Useum Delphini, la collection des Variorum ; la Byzantine du Louvre, la Bibliothèque des Pères, les Bibles polyglottes. Du Cange publie ses Glossaires du latin et du grec du moyen âge, Heinsius écrit sur les poètes latins, les Vossiug sur les historiens de l’Antiquité. Graevîus publie ?on Thésaurus des antiquités romaines et Grono-vius celui des antiquités grecques.

g) A la fin du XVIIe siècle commencent à être publiés, sous forme de dictionnaires, des ouvrages pour vulgariser certaines parties de l’érudition : le Grand Dictionnaire de. Moreri (1674), le Dictionnaire historique et Critique de Bayle (1693), continué par Chaufepié et Prospcr Marchand. Montfaucon enseigne la Paléographie Grecque. Dans son Antiquité expliquée, il donne un résumé complr, des connaissances alors acquises en archéologie grecque, latin:, juive, gauloise. Don Rivet aidé de ses confrère” de la Congrégation de Saint-Maur, entreprend l’Histoire littéraire de la France. En France, l’Académie des Inscrip (ions s’ouvre aux érudits. Fabricius, Burmann, Brunck. Ernesti, Heyne, Reiske, Wolf, Schneider, Muratori, etc., enrichissent par d incessantes recherches, par des publications de plus en plus parfaites, le trésor de l’Erudition.

  1. Au XIXe siècle les travaux sont continués sous l’impulsion de la force acquise et par le génie d’hommes aux larges vues d’ensemble. Les progrès réalisés par FAI lemagne, la France, l’Angleterre, F Italie en philologie, en exégèse, en histoire. Publication du Magasin encyclopédique de Millin. Les hiéroglyphes sont déchiffrés par Champoüion, progrès dans la po>session des langues et des littératures orientales (Sylvestre de Sacy, Chezy, Abel de Rcmusat, E. Quatremèrc, Eugène Burnouf, etc.) L’éru-ciilon possède les signes graphiques, les grammaires, les traduction? d’œuvres littéraires, philosophiques ou sacrées, propres à faire pénétrer dans le génie des civilisation» lointaines. L’étude historique et archéologique se poursuit. De grandes collections d’auteurs grecs et latins, du moyen âge, sont réédités; les documents et mémoires sur F histoire se multiplient. La critique s’organise sur des bases de plus en plus sévères et opère une révision dans tous les domaines. Aidée des découvertes archéologiques, les fouil les notamment, elle donne à l’histoire une base solide qui la rapproche des sciences exactes. Les travaux de linguistique conduisent à la philologie comparée. Les croyances et les religions sont elles-mêmes soumises à un examen serré.
  1. Extension de la Materia Bibliología.
  1. La matière littéraire s’étend toujours. L’exotisme a pénétré toutes les littératures nationales. On va maintenant jusqu’aux littératures indigènes. Après l’art nègre, au tour de la littérature nègre. Depuis quelques années, l’Institut international des langues et civilisations africaines a organisé parmi les africains de toute race des concours de littérature dans leur propre langage. Ces compositions ont été traduites (André Remaison: Draeh. le livre de la Sagesse noire, orné de nègreries. par Pierre Courtois. Paris, Edition d’Art H. Piazza).

Il y a aussi un immense bavardage, caquetage, coas sement.

  1. En art, en critique, en littérature, en poésie, en psychologie, il n’y a pas, il ne doit pas y avoir de sujet réservé. Aucun domaine ne doit rester inexploré aux investigations de l’esprit et de la création humaine.
  2. Les sujets traités ou pouvant être traités sont innombrables, comme les éléments qui constituent le monde

230 VUES D’ENSEMBLE 109

et les rapports entre ces éléments. Deux exemples en feront saisir l’étendue. Pour étudier la situation respective les uns à l’égard des outres de 60 pays, envisagés sous liuit rapports différents à l’intervalle de dix en dix années, pendant le dernier siècle écoulé, il y a lieu de traiter (60 x 60 — 60) X (8 x 8 — 8) x 10 » 17.912.200 données. Les 60.000 questions énoncées dans lu Classification décimale, envisagées dans leurs rapports les uns avec les autres dans les 3,000 lieux mentionnés et à 10 moments différents du temps, donnent plus de 10 quintillons de possibilités.

  1. Livres faits, livres à faire.

Un livre représente un ensemble d’idées et de faits classés dans un certain ordre. On pourrait par la classification et la bibliographie tracer une carte très intéressante des livres faits et des livres restant a écrire ou possibles. En telles langues existent tels livres, en d’autres pas (livres possibles) ; de même en telle science on a étudié telle question à telle époque, ou en tel pays, ou sous tel aspect ; on n’a pas fait une étude intégrale de tous les paya, époques ou aspects; ou bien on n’a pas fait de même dans d’autres sciences.

  1. Contenu d’un livre.

Un livre qui expose une thèse contient nombre de notions intéressantes et souvent peu connues, étrangères au sujet lui-même, mais servant à étayer une démonstration.

Un livre ainsi est une contribution au sujet qu’il traite; une erntribution aussi aux autres sujets.

Il ; a grand intérêt à dégager ces notions de l’ensemble aver. lequel elles ont été amalgamées pour la première fois et de les placer dans leurs séries propres respectives. A cette œuvre s’emploient les analystes, les critiques, les commentateurs, les synthetistes.

23 STRUCTURE ET PARTIES DU LIVRE

230 Vues d’ensemble.

Reliure.

Couverture (Brochage). Feuillets de garde. Faux-titre.

Page-titre. Sous-titre. Frontispice, Préliminaires. Dédicace.

Préface.

Introduction. (L livre proprement dite (Corps de l’ouvrage) Divisions.

Parties, chapitres, sections, paragraphes, alinéas, intitulés, numérotation, sommaire. Pages.

Pagination,

Titre courant.

Rappels en marge.

Notes marginales.

Texte et Illustrations.

Caractères (Majuscules, minuscules, signes). Vignettes, figures, illustrations.

Tableaux. “Tables,

Table méthodique.

/ Matières.

Index alphabéticquc. J Personnes.

( Lieux,

Répertoire chronologique. Appendices.

Planches hors texte. Annexes.

c volume est la division matérielle d’un ouvrage. Le c en est la partie intellectuelle.

  1. Un livre a diverses parties : La reliure. — la couverture, — le titre (titre, faux-titre, sous-titre, frontispice), — les préliminaires (dédicace, préface, introduction, préambule) ; — l’œuvre proprement dite, les Tables des matières et index, les appendices (annexes, planches hors texte).
  2. Le livre présente d’abord sa page titre avec le titre de l’ouvrage, le nom de l’auteur, ses qualités, le rang de l’édition, la date de publication.
  3. Un livre a un auteur (dénommé ou anonyme, réel ou pseudonyme, particulier ou collectif) — l’auteur peut avoir un ou plusieurs collaborateurs ; — il peut être auteur de l’œuvre ou simple éditeur de l’œuvre d’autrui,
  4. La division matérielle de l’œuvre se fait en volumes, livraisons ou fascicules, feuilles et pages.

On peut convenir d une terminologie d’après le nombre de pages: plaquette (jusqu’à 50 pages); brochure (de 50 à 100 pages) ; volume (au delà de 100 pages).

La feuille est l’ensemble de la surface imprimée, qui est plié ensuite pour former des pages (feuilles de 4. 8, 16, 32 pages). Un feuillet est In partie d’une feuille de papier formant deux pages (volants, feuilles volantes).

  1. La division intellectuelle de l’œuvre répartit la matière en tranches qui groupent les matières connexes et qui présentent un même enchaînement. Cette division se fait en parties, tomes, chapitres, paragraphes, sections, alinéas, versets. Ces divisions ont des intitulés ou rubriques. des numéros d’ordre et sont parfois accompagnées de sommaires. Les pages portent un numérotage ou pagination et parfois un titre courant, des rappels et des notes infra marginales.

Souvent des introductions ou préfaces expliquent l’objet de l’ouvrage, le point de vue de l’auteur, l’occasion qui a fait écrire l’ouvrage.


110 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 231

  1. Les tables des matières: méthodique ou systématique, alphabétique, chronologique, numérique.

Les tables se réfèrent soit aux matières, soit aux noms de personnes ou de lieux, soit aux dates, soit aux numéros des pièces et documenta.

  1. Les illustrations intercalées dans le texte servent à l’expliquer par la représentation visuelle des objets. Elles ont leur commentaire dans le texte et il y a lieu d’y recourir en chaque cas,
  2. Un livre donne lieu à des reproductions en exem plaires multiples exécutées par un imprimeur (typographe, lithographe, graveur, photographe). On distingue les éditions successives d’un même ouvrage, des réimpressions. On fait les distinctions suivantes:

Un exemplaire est un ouvrage complet, abstraction faite du nombre de pages, aussi bien que du nombre de volumes et de tout ce qu’ils comportent. Il s’applique à l’unité de tirage d’un ouvrage, d’une gravure, etc.

On distingue les tirages effectués successivement (on dit souvent mille), qui n’impliquent aucune idée de correction ni de modification quelconque dans le texte, reproduit souvent, d’après un cliché ou une composition conservée, et les édifions qui supposent un texte revu, remanié ou complété, et qui sont par conséquent recomposés typographiquement.

Certaines œuvres n’existent qu’a l’état de manuscrits, originaux ou copies, ces manuscrits sont parfois de la main de l’auteur (autographes).

{) Le plus souvent, le livre a un éditeur commercial, il constitue rarement une impression privée.

Mais il y a les publications faites par les administrations publiques (publications officielles) et par les corps savants. Ces publications sont tantôt dans le commerce, tantôt hors commerce.

Le tableau ci-dessus résume ces distinctions et présente les parties d’un livre dans l’ordre de structure qui leur est ordinairement donné, ordre qui n’a rien d’invariable.

Les éléments composant les documents (n° 22) entrent dans la structure du livre. Ils donnent lieu à ses diverses « parties structurées ». Il ne sera traité ici que des parties du livre proprement dit et du livre en général. Ce qui concerne le9 parties des diverses espèces de livres et celle des autres documents est traité avec chaque matière spéciale. Les points suivants sont examinés séparément I * les titres et indications externes ; 2° les préfaces, dédicaces. introductions ; 3° le corps de l’ouvrage, son sectionnement. division et chapitres ; 4° les tables et index ; 5° les appendices et les autres parties de l’ ouvrage.

Chacune des parties du livre a son histoire et ses transformations, chacune a son utilité.

En général les auteurs et les éditeurs se conforment à un ordre devenu traditionnel en !«• diverses parties du livre et qui est celui énoncé ci-dessus. Des exceptions cependant viennent souvent compliquer la présentation. (1)

231 Titre et indications externes.

Il »‘agit ici: I” du titre et du sous-titre; 2° du nom de ( auteur; 3“ de la date; 4” de l’adresse bibliographique des éditeurs et imprimeurs.

La page première du livre est dite page-titre, Elle porte le titre, les noms de l’auteur et de ses collaborateur», l’adresse bibliographique.

Le frontispice ou grand titre est le nom donné à ‘a page titre d’un grand livre quand elle est ornée d’allégories ou d’autres motifs et aussi de la gravure placée en

tète et qui tiennent à l’œuvre elle-même par une relation régulière.

Des règles ont été adoptées par l’ Association des éditeurs anglais pour la rédaction des pages de titre. (2)

C’est la page titre qui fournit les principaux éléments de la notice bibliographique. L’I. f. B. a proposé que l’on imprime, sur le plat et au dos de chaque ouvrage, l’indice de la Classification décimale et. au verso de la page titre, une notice bibliographique complète portant, explicitement et en forme régulière, tous les éléments nécessaires à son identification. Cette notice servirait ainsi. Une fois pour toutes, aux diverses descriptions qui en seraient faites. En la reproduisant en triple exemplaire sut feuille détachée (slips) sur fiches, tout possesseur aurait 1: moyen pratique de faire figurer l’ouvrage dans ses cata-? logues ou répertoires, sans effort de rédaction ni même de copie. (3)

Le U. S. A. Government a pris l’initiative d’insérer dans ses ouvrages une page dite « Library Catalogue Slip » sur laquelle sont imprimées, prêtes pour le bibliothécaire, les entrées par l’auteur, sujet et série.

231.1 Le titre.
231.11 Notions.

Le titre est le mot ou la phrase avec lesquels s’énonce ou se fait connaître le sujet ou la matière d une œuvre.


  1. Le système de politique positive de A. Comte, en quatre volumes, donne un cas typique de l’ordonnancement compliqué d’un ouvrage. Le tome 1 comprend une préface et des dédicaces très longues, un complément de la dédicace, un discours préliminaire en cinq parties avec une conclusion générale du discours préliminaire, une introduction fondamentale en trois chapitres (avec un appendice). Le tome II a une préface et un appendice A la préface formée de quatre éléments, un préambule général et sept chapitres suivis d’une conclusion générale du tome 11 Les tomes III et IV sont construits de la même façon. Le tome IV contient une conclusion générale de ce tome, une conclusion totale du système de politique positive, une invocation finale et un appendice du tome quatrième.
  2. Voir Bulletin de 1*1. I. B. 1898, p. 144.
  3. Voir comme modèle la publication de l’I, I. B. n 65, Manuel du Répertoire Bibliographique Universel, etc.

? 231

de quelque document manuscrit ou imprimé ou de chacune de« parties ou divisions d’un livre. Le titre est souvent trop étendu.

JJ doit décrire fidèlement et adéquatement le contenu du volume, à moins qu’il s agisse d un ouvrage de fantaisie. Il faut que la page titre permette d identifier l’ouvrage. de le classer et de l’indexer.

S’il y a plusieurs sections ou chapitres d’un livre, et qu’ils sont étendus, chaque section doit recevoir un titre intelligible en connexion avec lui.

Erreurs et confusions sont engendrées par des titres inexactes ou vagues. L’impression d’un titre exige que Ton fasse usage de différentes grandeurs de caractères de manière à marquer l’évolution et l’importance comparée des idée».

Tout titre bien fait devrait être une véritable indication de ce que contient le livre, presque sa définition.

Le titre complète l’œuvre ou plutôt la précède, il s’y attache, il en est inséparable. Le titre individualise l’œuvre littéraire et la distingue des œuvres similaires (Cour de F’aris, 19 janvier 1912).

Le titre peut être banal ou générique et nécessaire ou bien il peut être original et constituer lui-même une création littéraire.

Dans les manuscrits et les impressions anciens, l’sincipit» (les premiers mots de l’ouvrage) fait office de titre.

Titres ci sous-titres. — La lisibilité faite de la clarté des caractères, l’ordonnance des titres sont qualité fondamentales. Car le texte est fait avant tout pour être lu.

Le libellé des titres, leur nombre, leur importance relative, leur disposition sont objet de soins. Les titres nets, les sous-titres explicites nombreux. substantiels, don-nent un exposé schématique, mais suffisant à la rigueur, d-? Ja metiere ex potée.

On ne s’est pas borné à désigner des ouvrages par leurs titres. On a en Histoire, donné certains noms à certaines théories. Ainsi, parlant des théories de Male-branche, on appelle l’une * la Vision en Dieu * et l’autre l’< Hypothèse des causes occasionnelles ».

Il y a des livres publiés sous plus d’un titre. (I)

231.12 Historique.

A l’origine les ouvrages étaient dépourvus d un titre spécial et rarement ils portaient l’indication du lieu ou de la date de leur exécution. Le premier livre avec un titre, à la moderne, est le Calendario de Jean de Montc-rrgio (Venise 1476).

Les livres d’Henri Estienne (1502-1520) portent, soit au titre, soit à la fin, Tannée, le mois et même le jour de la publication, quelquefois la formule de la date, avec l’indication de son nom et de sa demeure, comprend des expressions ayant rapport au sujet du livre. Ordinai-

( I ) A modem Proteus, or a list of books published under more than one title. New-York 1884.

rement le titre porte une gravure ou un symbole. Souvent ses ouvrages portent le nom des correcteurs qui en avaient lu les épreuves.

Fourrier, l’inventeur des séries, affectionnait parmi elles la série conjuguée. Ses ouvrages sont coupés de la sorte : avant-propos et poat-propos ; préface et postface ; prolégomènes, cis-îégomènes et intermèdes, etc. La tête du livre opposée à la queue, la deuxième division à l’avant-dernière et la conclusion placée au corps de l’ouvrage.

231.13 Caractéristiques du titre.

Le titre est au livre ce que la figure est à l’homme. On reconnaît le livre par son titre comme l’homme par son visage. Un titre bien fait doit en peu de mots donner une connaissance exacte à chacun du contenu et des caractères.

Le titre d’un livre a une grande importance ; il est en fait fonction de l’époque plutôt que du livre et un livre s’achète surtout sur le titre. Le titre est parfois tout un poème et l’auteur n’en a pas écrit de meilleur. Il y a des règles qui doivent en déterminer le choix. Il faut, paraît-il. se défier du titre formé d’un nom. (Henri Baillère).

On a dit avec raison : le titre doit venir a l’auteur d’un jet ou il ne lui viendra pas heureux, appelant et précis. Un auteur écrit en fonction du titre de son ouvrage.

231.14 Espèces de titres.

On distingue : 1° le titre de la couverture; 2” le titre intérieur, souvent plus complet ; il fait foi dans les descrip lions ; il comprend : titre et sous-titre ; 3° le faux-titre ; 4° les titres des diverses parties; 5° les titres en marge des pages ; 6° les titre« en haut des pages ou en haut des colonnes (titres courants).

231.15 Desiderata des titres.

Evitez le titre commençant par un ou le. Evitez des titres négatifs. Evitez des titres au passif, le présent est préférable. Evitez le mot d’ordre d’un titre. Recherches sur, contribution à sur... Examen de... observation. Ces mots sont des indication« sur la forme matérielle bibliologique ou intellectuelle des ouvrages, non sur leur sujet.

Evitez les titres longs.

Il y a des titres qui sont tout un programme. Ex. :

Le livre de Saint-Simon publié en 1814: « De la réorganisation de la Société européenne et de la nécessité de rassembler les peuples de l’Europe en un seul corps politique en conservant à chacun son indépendance propre ».

La publication 126 de l’Union des Associations internationales : « De l’organisation des Forces Internationales et de leur concentration à Genève ».

Les recueils d’études ou de nouvelles portent généralement pour titre celui de la première d’entre elles, mais c’est induire en erreur le lecteur du titre. TITRE ET INDICATIONS EXTERNES


112 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 231

Il y a double litre quand il y a titre de la collection et titre de la monographie dans la collection.

Certain» des titres portent mention détaillée du contenu. Es:. Dictionary of Philosophy and Paychology including many of the principal conception» of Ethics Logic. Aesthe-tics. Philosophy of religion and giving a tecminology in Engiish. French. German and Italian written by many hands and ediled by James Mark Baldwin. P. H. D. Princeton.

Il y a titre précis lorsqu’aucun doute n’est possible sur 1 r contenu. Es. : L’Europe moins la France ?

Le faux-titre a notamment une raison d’être pour remplir une page blanche quand le titre est tiré sur un quarton 14 pages), après que le tirage du corps de l’ouvrage a déjà été fait. Le faux-titre a aussi l’utilité d isoler la page titre des mentions du verso de la couverture. Ces utilités sont très contestables.

231.16 Titres curieux et indésirables.
  1. Les titres des œuvres littéraires peuvent être fantai listes-, leur fantaisie ou leur profondeur ont souvent un charme prenant. Mais les titres des travaux scientifiques ne sont pas toujours clairs. Ceux des instruments de travail devraient l’être. Qui sous le titre « Les Faux Amis de Derocquigny» découvrira un lexique de mots anglais généralement mal traduits en français. Le langage figuré n’est pas à sa place dans un titre. Il Faut que quelqu’un ne connaissant pas le nom d’un ouvrage puisse en découvrir l’existence par le seul jeu de la logique. (Félix Boillot. ) Un titre curieux, énigmatique, c’est comme un mut derrière lequel il pourrait se passer quelque chose.

Le défaut d’esprit synthétique, universaliste, se remarque à propos du titre des livres. Les auteurs donnent des titres généraux au lieu de titres spéciaux, se figurant être seuls à traiter du sujet. C est comme si, au point de vue des auteurs, on devait tout classer sous le mot «écrivains» : il n’y a plus moyen de s’y reconnaître.

  1. Voici quelques exemples de titres inadéquats, fl)

« Un pape, un empereur, un roi ». (Il s’agit de l’examen des droits religieux du Tsar.)

« Di un libro molto prezoso en poco noto ». (Prof. C, Castellani, Rivista delle Bibliotteche. anno IV. vol. IV. P 33.)

« Le ver rongeur des sociétés modernes ».

« L’envers de la médaille ».

« Essai de solution philologique d’une question d’archéologie généralement réputée insoluble ».

n Pourquoi nous prononcer pour la négative ».

Dans certains recueils de brevets, une bière (cerçueîl) a été classée parmi les boissons et un orgue électrique ( I ) Livres à titres bizarres. Revue des Bibliothèques et Archives de Belgique, 1906 (sept. déc. 492). (boite de distribution de courant), ainsi dénommée par son inventeur, a été classée parmi les instruments de musique.

231.17 Place et forme du titre.

Deux hypothèses,

  1. Le titre vient le premier, suivi du nom de l’auteur car: 1° on lit d’abord le titre puis l’auteur, aux étalages surtout ; 2“ on obtient un titre plus net car entouré de plus de blanc.
  2. Le titre après le r.om car: 1° on économise le mot par, ce qui fait une ligne (il est vrai qu’elle compense le tiret après le nom en tête : 2° le titre marque le nom d’une œuvre qui se présente d’une manière autonome. Un bijou, un tableau, un monument ne se signe pas «par».

Des majuscules de même grandeur sont employées pour les mot» du titre. Ceci par analogie avec les inscriptions romaines des monuments, mais c’est un fait qu’un long texte en capitales est difficile à lire. Rien n’accroche l’œil. Des capitales initiales plus grandes sont justifiées.

231.18 Les titres et les notices bibliographiques.

La description bibliographique du titre a donné lieu à ces questions : Droit de l’abréger — ou de le modifier pour le rectifier — ou de le développer pour l’expliquer dans les catalogues. (Discussion à la Société royale de Londres.)

D’autre part, le titie sert de base au classement de l’ouvrage. Un auteur a le droit de voir son livre figurer sous la rubrique de son titre et un bibliographe est à couvert si »on classement correspond au titre, sans préjudice des notices classées secondairement aux réels sujets traités.

231-19 Régime juridique du titre.

  1. La lot protège le titre comme le livre, mais cette protection est subordonnée a ce fait que le titre soit original et un titre composé.
  2. Le titre d’un journal en France n’est protégé que s’il est déposé au Parquet et si la publication s’en suit. L’usage conserve le droit, le non usage l’éteint, mais un non usage définitif. Donc bien des publications peuvent cesser de paraître sans cesser d’exister, si leur propriétaire en publie un ou deux numéros dans l’année.
  3. Une décision de justice a dit :

« Attendu qu’il n’est pas douteux qu en choîssissant le titre « Les Deux Gosses » et en se l’appropriant pour le faire servir à la dénomination de bandes cinématographiques qu’elle met en vente, la société défenderesse, encore que les vues qu’elle reproduit en public par le moyen de ces bandes n’aient aucun rapport avec l’ouvrage de M. Decourccllc, a cependant voulu profiter de la vogue qui s’attachait dans le public à ce titre;


231 TITRE ET INDICATIONS EXTERNES 113

« Attendu que le droit de fauteur n’est pas limité à la propriété littéraire de son œuvre, puisque ce titre l’individualise et permet de la distinguer des œuvres similaires. » (Tribunal de commerce de la Seine. Art moderne, 1907.)

  1. Le Congrès international des éditeurs a demandé des droits de propriété exclusive des titres caractéristiques de livres.

Vœu n° 60. — «Il est désirable d’adopter un système d’enregistrement de tous les titres caractéristiques, sys terne comportant le droit exclusif de se servir du titre * pendant la durée du droit d’auteur. En Autriche, la protection des titres ett réglée par l’article 22 de la loi sur les droits d’auteur. La jurisprudence des Chambres de commerce et d’industrie se prononce pour l’enregistrement comme marques. En conséquence, non seulement les titres, comme marques verbales, mais aussi en général les pages-titres peuvent être enregistrées par les Chambres do commerce et d’industrie en vertu de la loi sur les marques et modèles. » (I)

231.2 L’auteur.

L’auteur est la personne qui créé ou invente une œuvre, imaginative ou documentaire.

  1. Sur les imprimés, le nom de l’auteur est placé sur la page titre; dans les articles de revue ou de journal. **1 est souvent placé à la fin.
  2. Dans les manuscrits anciens, il se trouve à la fin. Au moyen âge et à la renaissance, les auteurs latinisaient leur nom, ce qui a donné lieu à beaucoup de confusions dans le catalogage de leurs œuvres.
  3. L’orthographe, surtout celui des noms propres, a été longtemps fantaisiste. Les prononciations locales y contribuaient largement. Ainsi Montarby ou Monterby.
  4. Les ouvrages qui ne portent pas de noms d’auteur sont dits anonymes (sans noms).

L’usage qui consiste à supprimer les noms des auteurs a été appliqué très souvent aux œuvres de femmes. Et c’est là une clé pour les retrouver. Les auteurs masculins ont toujours été cités par les historiens, même quand on leur attribuait les ouvrages des autres, ou quand ils n’avaient peut-être jamais existé, comme Orphée. Pythagore, Zoro-a*tre et tant d’autres.

Dans les Vers Dorés (p. 189). à propos d’un ouvrage, de Lysis dit : « S’il n’attacha pas son nom à cet ouvrage, c’est qu’à l’époque où il écrivait, l’ancien usage persistait encore de considérer leu choses et non les individus.

Les disciples d’un grand homme n’avaient point d’autre nom que le sien. Tous leurs ouvrages lui étaient attribués. Ceci nous explique comment Vyasa aux Indes. Hermès en Egypte, Orphée en Grèce, ont été supposés les auteurs (I) Voir l’édition de la loi autrichienne commentée par le Dr Baron de Seiller, Vienne, (Vlauz 1904. d une telle multitude de livres que la vie de plusieurs hommes n’aurait pas même ’uffi pour les lire.

(Fabre d’Olivet.)

Dans le débordement de jalousie sexuelle de cette époque, on attribua à un homme créé par l’imagination des prêtres tous les ouvrages écrits antérieurement à lui par des femmes, dont les noms disparurent à jamais de I Histoire. (Céline Renooz : L’ère de vérité, II, p. 448.)

  1. Parfois des auteurs dissimulent leur véritable identité sous des noms empruntés ou imaginaires. Leurs ouvrages sont alors des pseudonymes.

Cette dissimulation de la personnalité a pour cause le désir d’une plus grande liberté d’expression ou le désir d’échapper à des représailles ou envie.

Il paraît fastidieux à certains d’employer toujours le même pseudonyme et leurs œuvres paraissent sous un très grand nombre de noms.

  1. L’auteur joint souvent à son nom ses propres titres, qualités, notamment ceux de sa profession ou ceux de ses titres scientifiques qui forment son autorité quant à l’ouvrage. Parfois le nom de l’auteur est suivi de l’indication de «on œuvre princip de. ( 1 )
  2. Parfois l’auteur appose va signature ou son paraphe sur les exemplaires de son œuvre.

On trouve souvent le- portrait de fauteur en tête des livres.

231.3 Date. Millésime.
  1. En principe les ouvrages doivent être datés.
  2. Dans les manuscrits la date est placée à la fin. Dans les ouvrages imprimés elle est ordinairement placée sous la page titre, parfois en forme « achevé d’imprimer », parfois auprès du nom de l’imprimeur.
  3. Beaucoup d’œuvres ne sont pas datées, sont antidatées ou postdatées. La détermination de la date doit faire parfois l’objet d’études très nombreuses.

Ainsi, l’on débat depuis longtemps la date de la composition des huit livres de la Politique d’Aristote. Tantôt le Livre VIII est attribué aux débuts de la maturité d’Aristote, tantôt à ses dernières années.

  1. Les Elzevirs n’ont daté que très peu de leurs ouvrages, peut être pour ne pas se compromettre aux yeux des puissants.
  2. Des éditeurs prennent ou reprennent la mauvaise habitude de ne pas dater les livres qu’ils publient, de n’y inscrire aucun millésime. L’avantage commercial, c’est qu’ainsi un volume peut garder longtemps l’apparence d’une nouveauté. Mais c’est comme une supercherie, au détriment da la vérité, et cette supercherie est une source d’erreur, en bien des ca». pour les historiens et les critiques. Il est parfois de la plus grande importance de savoir si un ouvrage est antérieur ou postérieur à un
  1. E*. : Truth of the War, by E. D. Morel. Author of...

LE LIVRE ET LE DOCUMENT 232 114

autre. A la Bibliothèque Nationale de Paris, on a pris l’habitude, pour remédier à cet inconvénient, d’inscrire au composteur la date de réception de chaque volume non pourvu de millésime. Malheureusement, les imprimeurs ne font pas toujours !e dépôt légal l’année même où parait le volume.

Au Ministère de l’instruction publique français, cette question du millésime a été examinée par le comité des travaux historiques. Unanimement, le vœu a été exprimé que la loi sur le dépôt légal soit modifiée à ce sujet, et qu’il soit ajouté un article ordonnant que le millésime do l’année soit imprimé sur le titre de choque volume. Le gouvernement annonce la sanction de ne plus souscrire à aucun ouvrage qui ne porterait pas d’indication de millésime,

Le Copyright oblige les éditeurs à dater leurs livres, mars souvent ils ont soin de placer la mention du Copyright et de la date à une place où nul n’aurait l’idée de la chercher.

  1. Dans les écrits ecclésiastiques, il y a la date du permis d’imprimer (Nihil obstat).

Certains ouvrages qui ont exigé un long temps d’imprimer portent la date de l’achevé d imprimer.

  1. Certains livres sont datés par année, mois et jour. ^ Ex. : Albert Cheron : Les innovations législatives égyptiennes en matière de société. Paris, Rousseau, 26 mai 1931.
  2. Détermination de la date d’ouvrages non datés. —

La citation dans le corps du livre de tiers ouvrages qui sont datés est un moyen de déterminer la date antérieure à laquelle il n’a pu être imprimé.

i) La contrainte d’exprimer la date de la publication d’un livre en chiffres romains remonte à l’origine de l’imprimerie. Tandis que les règles de l’emploi des chiffres arabes sont certaines en incunables, il n en est pas de même des chiffres romains. Souvent D (500) est exprimé par des éléments 1 3, et M (1000) par C 1 D. Par suite d’addition et de soustraction on est souvent placé devant des sigles. Voici quelques exemples inintelligibles de millésimes rares ou embarrassants. MccccLXXll (1000 + 400 + 50 + 20 +2) 1472

MiiijD (1000+500—4) 1493

M’ J VIII 1508 j) Les dates ne sont pas les mêmes pour tous les calen

driers. Il est proposé un calendrier universel dû 1 la

réforme du calendrier grégorien. La S. D. N. a pubhé

la classification en 9 catégories de divers projets actuelle-

»

ment existants.

231.4 Adresse bibliographique.

a) L’adresse bibliographique (Direccion bibliographies pie de imprenta) est la mention placée ordinairement au pied de la page titre du livre. L’adresse comprend le nom et l’adresse de l’éditeur, tout au moins la ville, et on comprend aussi dons l’adresse la date de publication lu sens étendu du mot.

  1. Les ouvrages portent d ordinaire le nom de l’éditeur. Ils portent quelquefois celui de l’imprimeur. Le premier est porté aur Ja page titre, ie second est souvent indiqué in fine. Des imprimeurs apposent parfois leur signa.ure autograpbique.
  2. Des circonstances douanières amènent maintenant à indiquer sur les volumes le pays où est imprimé l’ouvrage.
  3. Le « colophon » est le paragraphe placé à la fin des livres imprimés dans lequel est donné le nom et l’adresse de l’imprimeur, le lieu et la date de commence ment ou d’achèvement de la publication ou quelques autres particularités.
  4. Les typographes hollandais ne faisaient jamais figurer leur nom sur leurs productions. Le plus souvent l’éditeur seul signait le livre, sans ajouter s il en était en même temps l’imprimeur.

232 Préface - Introduction.

  1. Tout discours préliminaire dont on fait précéder un livre, soit pour en expliquer le plan et l’intention qui a pré idé à sa composition, soit pour gagner la bienveillance du lecteur, prend le nom de préface. On lui donnait autrefois le nom de prologue, mais ce nom aujourd’hui n’est guère employé quu pour les pièces de théâtre. On l’a appelé aussi « Isagoge. préliminaire, préambule ».
  2. La préface prend quelquefois le nom d’avant-propos. Elle est elle-même précédée parfois d un avant-propos dont elle est le développement et la justification.
  3. L’introduction présente en un résumé toutes les connaissances nécessaires à l’intelligence de l’ouvrage. Elle fait connaitre. par exemple, l’état de science des arts et des lettres à une époque; elle rappelle les événements au nombre desquels s’encadre la vie ou 1 histoire particulière que l’on va raconter. L’introduction peut se déve lopper au point de devenir elle-même un véritable ouvrage
  4. En tête d’une édition on établit 1‘historique de l’ouvrage : telle édition, année, tirage. Ex. : Encyclopedia Britannica.
  5. Préliminaire. — Ce nom est donné à l’ensemble des chapitres et documents qui en qualité de préambule précèdent le texte de l’œuvre.

On trouve ceci en tête d un livre :

« Pour faciliter au lecteur l’étude de cet ouvrage, je lui conseillerai de commencer par la lecture du dernier chapitre qui résume la direction générale de tous mes arguments. »

La préface concerne : 1° l’origine de l’œuvre; 2° son aspect : 3° ses relations avec les œuvres antérieures de l’auteur ou avec d’autres œuvres; 4° l’indication des collaborateurs et les remerciements ; 5° les conditions du travail de l’auteur.


233 CORPS DE L’OUVRAGE 115

L’usage veut que l’auteur explique comment et pourquoi il a écrit son livre, le but qu’il a poursuivi.

Porphyre, disciple de Plotin, mit aux catégories d’Aristote une préface exacte et élégante que la postérité ne sépara plus de l’ouvrage meme.

Il faut commencer et terminer la lecture d’un ouvrage par la préface: commencer pour savoir dès l’abord ce que l’auteur promet ; terminer pour contrôler s’il a tenu parole.

Parfois la préface forme une œuvre par elle-même. Ainsi dans les œuvres de Bernard Shaw.

Dans son traité, « Le salaire, l’évolution sociale r.t ht monnaie ». M. Fr. Simiand (Paris. Alcan) commence par indiquer aux lecteurs ce qu’ils doivent lire de son ouvrage selon qu’ils disposent d’un peu de temps, d’une heure ou deux, ou de quelques loisirs.

La dédicace est le paragraphe ou la lettre (épitre dédi-catoire) qui se place au commencement d’une œuvre, ordinairement après la page titre et adressé à la personne à qui elle est offerte. Les dédicaces avaient une grande importance autrefois, où les écrivains, dépendant des seigneurs. devaient manifester de cette dépendance en la proclamant publiquement.

La préface doit définir le but. l’esprit et le plan de l’ouvrage.

Postface. — Elle a sa raison d’être lorsque la publication de l’ouvrage s est poursuivie sur un long espace de temps pour permettre a fauteur de mettre à point certaines questions.

Avertissement. Avis aux lecteurs. — Contient des obser- . vations pratiques sur la manière de se serv:r de l’ouvrage.

But du livre. — Champ du livre. — Ordre du livre et marche de l’ouvrage.

233 Corps de l’ouvrage.

Le corps d’un ouvrage c’est le texte lui-même dégagé de tous accessoires tels que préface, préliminaire, appendice, tables, etc.

Le corps consiste dans les matières qui y sont traitées et c’est la partie de l’auteur ; entre ces matières, il y a un sujet principal a l’égard duquel tout le reste est seulement accessoire.

233.1 Division, sectionnement des ouvrages.
  1. Notion. — Le Uxte se divise communément en tomes, parties, livres, chapitres, sections, paragraphes, etc, entre lesquels est distribué toute la matière.

Au sectionnement il faut des tables correspondantes. Ces facilités pour le lecteur ne doivent jamais être négligées dans des livres qu’on peut être appelé fréquemment à feuilleter.

Le but du sectionnement est de retenir l’attention, exciter l’intérêt, soulager la mémoire. Il faut y joindre une habile disposition typgraphique, notamment l’emploi de caractères variés, usage des vignettes et des gravures.

La division en paragiapbes et les rubriques aménagées en marge permettent au leeteur de passer tout ce qu’il juge superflu pour lui.

Le traitement logique d’un sujet selon un cycle de divisions et subdivisions nettement accusées dans le texte est un progrès dans le livre scientifique et didactique. Il correspond à un développement de la ponctuation dans un double sens; 1° c’est une ponctuation d’un degré plus élevé que le simple point (.); 2” c’est une ponctuation placée à la division logique de l’idée et non des seules phrases du langage qui les exprime.

Le titre est en fonction de la division adoptée. Il est comme la rubrique générale à placer en tête de la table des divisions et celles-ci sont comme autant de sous-titres du titre lui même.

Les divisions sont de divers ordres. A côté de celles qui correspondent au développement fondamental du sujet, il y a celles qui se rapportent aux introductions et conclusions, aux conditions externes du sujet comme sa présentation, à des annexes, des tables. Ainsi on peut diviser un ouvrage en parties (livres) et lui donner outre les parties principales numérotées, une partie préliminaire (définition du sujet dans son ensemble et indication de ?j marche de son développement) et une partie complémentaire (par ex, l’histoire et la bibliographie du sujet). Une préface, un épilogue.

  1. Historique. — Les anciens ne connaissaient pas la division d’un ouvrage en plusieurs livres, d un poème en plusieurs chants d’étendue à peu près égale. L’Iliade et l’Odyssée comprenaient bien un certain nombre de rhapsodies qu’on pouvait réciter séparément, mais ces rhapsodies ne répondaient pas du tout à trois chants distincts et nous apprenons d’un scoliaste qu’on les écrivait à ‘a file sans autre marque de séparation que le signe appelé Coronis. Ni Hérodote ni Thucydide ne divisèrent leurs histoires en livres. De même Xenophon. Platon. Théophraste. en un mot tous les auteurs qui ont précédé l’ère d Alexandre.

C’est à partir de ce moment seulement que des écoles annexes de grammaire et de critique ayant été fondées en annexe à la Bibliothèque d’Alexandre, ceux-ci éprouvèrent l’embarras de retrouver un passage ou de vérifier une citation. On divisa donc chacun des poèmes d’Horace en vingt-quatre chants destinés à être écrits sur autant de petits rouleaux et désignés par la série de lettres de l’alphabet grec.

Hérodote fut partagé en neuf parties qui prirent le notrg de neuf muses. Le même principe fut appliqué ensuite aux autres ouvrages. A partir des premiers Ptolémées tous les écrivains sectionnèrent eux-mêmes leurs ouvrages de longue baleine en livres de longueur uniforme.

Le morcellement des ouvrages en rouleaux à livres faisait souvent des coupures arbitraires selon l’étendue des


116 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 233

rouleaux du commerce et les rouleaux s’égaraient rendant le livre incomplet. On serrait alors les rouleaux dans un même écrin, moyen insuffisant. Que de livres furent ainsi perdus, rendus incomplets J C’est assez tard qu on prit l’habitude de termiier la ligne avec le sens.

  1. Unités du sectionnement. — A la manière de la simple arithmétique, en toute matière il doit être déterminé ce qui doit être tenu pour l’unité normale (un), avec ses multiples d’un côté (deux, trois, dix, cent), ses sous-multiples de l’autre (un dixième, un centième, etc.) Cette détermination est conventionnelle. Par e//e se réalise l’analyse et lu synthèse, la décomposition et la combinaison. Il serait inexact de faire de l’idée la pensée scientifique correspondant a l’unité de la réalité objective. Car s’il y a des unités déterminées en certaines parties de la science, elles manquent en d’autres et certaines sciences n’en ont pas du tout. L’analyse scientifique redeviendra une idée dite simple et une plus simple, jusqu’à la plus ultime qui est l’étre sans détermination. Dès lors la proposition implicite ou explicite dans la phrase n est que l’unité de langage, l’inité du discours verbal ou écrit (documentaire).

Une unité extérieure et qui ne cadre pas exactement avec l’unité de pensée. Celle-ci détermine l’auteur en chaque cas particulier correspondant à une phrase principale avec éventuellement une ou plusieurs phrases déterminatives et précisantes, attendu que grammaticalement est possible la phrase courte ou le complexe de la phrase, allant jusqu’à la période. Dans la pratique ce sera ou à peu près l’alinéa, ou ce que les anciens appelaient les ver scia.

  1. Espèces de divisions. — a) Le tome correspond à une très grande division de l’ouvrage. Le terme volume indique une division matérielle dépendant uniquement de la reliure. Ordinairement la division par volume concorde avec la division par tome, il n’est pas rare cependant de rencontrer des tomes relies en un volume ; il est très rare ou contraire que plusieurs volumes séparés soient nécessaires pour contenir un seul tome.

Les études d’une science sont trop vastes pour être enfermées en deux ou trois volumes.

  1. Le chapitre définit chacune des parties dans lesquelles se divbe une œuvre ou un écrit aux fins du meilleur ordre et de la plus facile intelligence de la matière dont il est traité.

Un chapitre correspond a une question en science.

  1. Le paragraphe se définit chacune des divisions d’un écrit ou d’un imprimé qui se font en passant d un point à un autre.

Dans les grammaires on donne comme titre aux paragraphes les phrases qui servenl d’exemple. Ainsi le contenu se précise et à la seule lecture de l’exemple la règle est rappelée.

d) Verset. — Le livre ancien est formé de versets. Cour- tes phrases, deux ou trois phrases au plus. L’enchaînement des verset» laissait idéologiquement à dé irer. Rien de notre art moderne d exooser.

Dans certaines sciences la division des matières porte des noms spéciaux. Ainsi en géométrie, les divisions sont appelées théorèmes, problèmes, corollaires, scolies.

  1. Desiderata du acclionnement. — a) Il est désirable que, dans l’intérêt des diverses parties et chapitres, les matières soient autant que possible traitées d’après un plan symétrique. ( I )
  1. Le sectionnement doit être rigoureusement conforme à la division de la matière elle-même.

Les auteurs parfois donnent à plusieurs chapitres qui se suivent le même intitulé et en font des suites ou des fins. C’est un procédé inadmissible. La disposition systématique de la matière doit être indépendante de la longueur des textes et il y a quelque chose de choquant à voit couper un développement pour des raisons aussi extrinsèques.

  1. Titre courant. — Le titre courant doit remplir dans le livre un office utile. Il faut le considérer comme le sommaire ou le résumé de la page au dessus de laquelle il est placé.

C’est une erreur de donner à toutes les pages d’un livre le même titre courant, celui du livre lui-même. Ce titre est bien connu du lecteur et mieux vaut consacrer la place à mentionner sur les pages paires (gauches) les grandes divisions de l’ouvrage et sur les pages impaires (droites) les divisions les plus spéciales; de toute manière des mots expressifs, empruntés à l’ordre systématique. En vue du découpage des livres scientifiques et techniques, il pourrait être utile cependant que chaque page porte en bas le titre avec !e nom de l’auteur et l’année.

  1. Division en cartons. — Les parties d’un livre peuvent être mise en évidence par des feuilles de papier fort ou de carton blanc ou de couleur portant sur les côté» les notations du sectionnement. Ex. ; Manuel de rinatitut international de Bibliographie (publication n” 67). Certains comptes rendus annuels de la Caisse d’Epargne de Belgique.

8. Mention de la fin des ouvrages. — Il y a lieu d’indiquer clairement qu’un article, partie d ouvrage ou volume est fini. Si la publication de certaines parties ou volumes est indéfiniment ajournée, le fait doit être mentionné clairement sur ltî* numéros subséquents. Le mot « Finie » ou « Fin » est consacré. On l’accompagne parfois d’une vignette. (1) Exemple; dans les 19 volumes de sa Géographie Universelle. Elisée Reclus a maintenu l’ordre le plus régulier dans la description de tous les pays: généralités, orographie, hydéographie. climatologie. Tore, faune, etc. Voir à ce sujet la Théorie des subdivisions communes d? la Classification décimale.


233 CORPS DE L’OUVRAGE 117

Quantité d’ouvrages dont les »tiilr» oui été annoncées (à suivre) n’ont jamais été continués ni achevés, souvent de par In volonté des auteurs qui ont changé d opinion.

233.2 Notation des divisions.

La notation des divisions réalise un système pratique et précis. (I) Il sert à la consultation, à la référence et à la signalisation.

La notation des paragraphes peut tenir lieu de transition. Le lien peut être dans la pensée qui se suit et embrasse sans peine des objets divers parce qu’elle les rupporte tous à un objet supérieur parfaitement déterminé.

Espèces de notation. — L’indication des divisions peut » • faire par une notation basée soit sur des chiffres, soit sur des lettres.

  1. Les chiffres donnent lieu au numérotage, soit in numéro courant (numerus currens), soit un numéro

décimaf correspondant aux divisions de (a Table des Matières (voir Tables de Matières).

I^es chiffres sont des chiffres arabes ou des chiffres romains.

  1. Les lettres donnent lieu à une littération (ex. : littera C. littera Cb). Les lettres sont majuscules, minuscules ou une combinaison des deux. Elles peuvent être latines ou grecques, ou une combinaison des lettres des deux alphabets. Ex. : B./
  2. Il peut y avoir combinaison de chiffres et de lettres.

E*.: II P y

Numérotage. — Le numérotage est de création relativement récente. Ce n’a été qu’au XVIe siècle, dans l’édition de Du Moulin (Lyon 1554) et de Le Conte (Paris. 1556) qu’on a commencé à donner des numéros aux différents chapitres ou canons des distinctions et des causes des œuvres de Gratien. Pendant tout le moyen âge et souvent encore dans les temps modernes, on les a cités par le premier mot du canon.

C’est tardivement aussi qu’ont été numérotés les verset# de la Bible. Dans l’usage, les chapitres des divers livres qui la composent sont indiqués conventionnellement par des chiffres romains et les versets par des chiffres arabes. Ex.: Mat. V. 1-8. Evangile selon Saint-Mathieu, chap. V, versets 1 à 8.

Les articles des codes, des lois, des conventions sont numérotés. Le Code civil français (code Napoléon) comporte 2,200 articles. Les lois de certains Etats sont elles-mêmes numérotées par année. On dira « Chapter 4f5 of the Laws of 1897 ».

Le numérotage des vers, éventuellement des lignes, est Un moyen pratique pour les notes inframnrginales ou en fui de texte.

Dans l’édition des classiques de Teubner, les vers sont numérotés de cinq en cinq.

(I) Sur la numérotation en général, voir ce qui en est dit sous « classification » et sous « administration ». Dan» les Procecdings de la Bntish Muséum Commission de 1849, toutes les questions et toutes les réponses ont reçu un numéro d’ordre continu.

Le numérotage sera ou unique á travers toutes les parties d’un ouvrage ou recommençant. Parfois les suppléments édité# plusieurs années après sont paginé* et numérotés À la suite (ex. ; Géographie des frères Alexis).

233.3 Ordre des matières dans le livre.

Un livre a une progression, une série, la raison qui procède à son enchnnement (la classification. l’ordonnancement, la logique). La question des ordres a été traitée à l’occasion de., éléments intellectuels du livre.

La série échelonnée ou graduée comme dans les règnes animal et végétal est la forme la plus ordinaire aux ouvrages de raisonnement dans lesquels on procède par division et subdivisions du sujet.

L’ordre varie à l’infini d’après les auteurs, d’après les ouvrages et même d’après un même ouvrage «iuand il s’agit d’une œuvre constituant une collection. Ainsi S. Berger ne compte pa*. pour l’Ancien Testament seulement. moins de 212 ordres différents, distribués en sept series principales et il déclare expressément que cet ordre pouvait être augmenté. Pour le Nouveau Testament, il signale 38 ordres.

233.4 Rubrication.

Les divisions reçoivent leur dénomination (titre, intitulé, rubriques). Les rubriques facilitent énormément la lecture et les recherches. Si les divisions circonscrivent nettement le sujet traité, les rubriques concentrent la pensée sur leur objet principal. Bien rubriquer un document est tout un art. L’auteur qui s’impose de le faire voit s’améliorer son exposé, car le fait seul d’avoir à exprimer des rubriques adéquates, claires et se succédant en série, oblige a préciser quel est l’objet d un paragraphe ou d’une section et à mûrement réfléchir à I ordre du plan d’exposés.

Autrefois, il y avait un spécialiste, le « rubricateur » ou enlumineur qui trajait sur les livres les rubriques.

La rubrication des lois et des ordres du jour de congrès et assemblées lég:slatives fournit ample matière expérimentale à une technique de la Rubrication. (I)

  1. Dan» »a « Somme des connaissances humaines ». Elie Blanc s’exprime ainsi : « les articles sont numérotés de 1 à 10.000 et chaque volume en comprendra 100 exactement, ce qui simplifiera extrêmement les renvois et les recherches. Plusieurs articles de moindre importance pourront être réunis sous un même numéro d’ordre. Ils seront désignés distinctement s’il y a lieu, par des décimales. La numérotation adoptée peut donc satisfaire à tous les développements ultérieurs et à toutes les exigences. Chaque article, sTf est étendu, sera précédé d’un sommaire dont chaque partie sera développée dans un paragraphe distinct. s

118 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 233

Les rubriques ont joué un rôle énorme dans le Décret de Gratien (Droit Canon).

234 Tables, Index.

234.1 Notions.
  1. Les tables sont des listes placées au commencement ou à la fin du livre et dans lesquelles sont indiqués les chapitres ou les divisions notables qu’il contient, avec la référence aux pages où il en est traité afin d en faciliter la consultation.

Une table des matières peut être définie comme la bibliographie (ou catalographie) du contenu d’un seul

ouvrage.

2. La table des matières a plusieurs fonctions : a) annoncer le contenu d’un ouvrage; b) faire retrouver le lieu où une question y est traitée; c) décharger le texte d<- certaines indications en les reportant in fine (par ex. un index des espèces dans un traité de zoologie); d) permettre d’embrasser le sujet général dans sa complexité, les parties et l’ensemble, les corrélations des parties, le tout grâce à un résumé synoptique des matières traitées. (I) Voluspa. Texte d’après les vélins de la Bibliothèque de Copenhague, dans Van den Bogaert, Recherches sur l’histoire primitive des Belges, C’est une réduction des matières présentée méthodiquement de façon qu’on puisse en voir l’ensemble d’un seul coup d’œil (table généalogique, chronologique),

La table des matières établit entre les diverses parties d une œuvre un lien solide de cohésion. En la dressant, on constate souvent les lacunes,

  1. La table est un élément absolument nécessaire. Ce sont les données de l’ouvrage ordonnées selon un autre plan mais, cette foi», avec s;nif. le référence aux textes qui ne sont plus répétée Ainsi, par exemple, ajouter une table géographique ou une table chronologique à un buvrage disposé dons l’ordre des matières, c’est comme si l’on écrivait une seconde fois en prenant pour base l’ordre des lieux et une troisième fois l’ordre des dates.

Les tables et index constituent en principe le moyen de suppléer à la redistribution des matières de l’ouvrage selon un ordre autre que celui adopté dans le corps de l’ouvrage.

Les tables d’un livre doivent contenir tous les renseignements utiles et être de facile accès.

E:les doivent donc compléter toute publication. Elles ont une importance capitale, en particulier les tables des grands traités, des œuvres des Collectivités, des Périodiques, des Annuaires.

4, Rapport avec ta Bibliographie. — Les tables des matières et les index constituent en un certain sens des

( instrument* de recherches bibliographiques et comme tels 1 forment des compléments aux Bibliographies. Il en est ? ainsi surtout des tables et index des périodiques.

234.2 Historique.

Les premiers qui imaginèrent l’index alphabétique ? furent les Grecs (syllabilcê. syllabus) comme le rapporte M. I ullius à Atticus. Il s’agissait de retrouver facilement » cum enim studiosi illi veteres locupletem rerum lc verborum omnium copiam semper et cum inaxima corn-modidate. in piomptu agere per desiderarent. excogitarunt sibi indice alphabrtaria ordine digestos. Les Jurisconsultes. les théologiens rédigèrent bientôt des tables Amn-tores litterari, prœ»ertin juri»consulti et tbrologi, libros fere omnes profession!» suœ in clencos, syllnbo», indices, tabulas et répertoria copiossima redigerumt ■. (Dutripon.)

Dans les ouvrages du XVIIIe siècle, il y avait des tables analytiques très développées, sorte de résumé des propositions développées dans les mémoires.

Les Anglo-Saxons ont de bonne heure attaché une grande importance aux index.

234.3 Espèces de tables et index.

Les tables peuvent être : a) générale ou particulière,

  1. méthodique ou alphabétique; c) se référer aux matières (idéologique), aux noms de personnes (onomati-que), aux lieux (géographique) ou à tout autres données.

120 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 234

Les labiés d’un ouvrage peuvent donc se dénommer de ceux manières : par leur objet et par la forme de classement, a) Par leur objet: elles seront par matières (idéologique), par nom de personnes (onomatique), par lieu (géographique), par date (chronologique, b) Par leur forme de classement: alphabétique, systématique,

numérique, décimale.

Certains ouvrages comportent deux tables de matières. L’une, simple division systématique du sujet, donnant une vue d’ensemble. L’autre analytique, développant en détail la première dans le même ordre systématique.

Sur les caractères et les avantages respectifs du classe-ment systématique, synthétique et analytique de la base alphabétique ou note*, voir ce qui se dit au sujet de la classification.

Le nombre et la variété des index et des tables va en se multipliant dans les ouvrages et ils s’établissent i divers points de vue. ( I )

  1. Le Manuel général des Travaux de 1 Institut de Droit international, 1893.
234.4 Tables systématiques.
  1. S’il s’agit d’un travail étendu, la table des matières en constitue le plan qui autrement se dissimule dans le développement comme le squelette sous la chair.
  2. Tout livre devrait être accompagné de la table systématique des matières. La table des matières peut souvent avec avantage être répétée par fragments dans l’ordre alphabétique. Elle ne doit jamais être écrite en phrases continues à travers la page, ce qui trouble la lecture. Elle doit toujours indiquer les doubles pages initiales et finales. Ex. : 1—20.
  3. Il y a des tables de matières explicatives où les chapitres sont développés par arguments, puis par sommaires correspondant à une thèse ou proposition (ex. : Traité d’Economie Politique de Leroy-Beaulieu).

d) Lorsqu’un ouvrage a plusieurs volumes, ou qu’il est publié par l’auteur plusieurs livres ayant d’étroites connexions les unes avec les autres, il est opportun de (?) Exemples : a) le Traité de Géologie de E. Haüge. Sur 2024 pages, il compte 100 pages de tables et index, ceux ci au nombre de six, plus une bibliographie.

  1. Le Traité de Zoologie concrète d’Yves Delage, contient cinq tables, une méthodique au commencement et quatre à la fin : index bibliographique, table des mots techniques, celle des noms des hôtes des parasites, l’index génétique des protozoaires»

c) Vernes (Manuel d’Histoire des Religions) fait suivre ron livre d’une table intitulée : Résumé analytique d’après le contenu des paragraphes. Addition ce notices bibliographiques étendues avec jugement sur leur valeur, placées en tête des différentes divisions du livre. Chaque paragraphe est accompagné d’un titre indiquant son contenu et d’une table spéciale, ou résumé analytique, placée à la fin du volume, récapitule ces titres de façon à permettre au lecteur de trouver aisément les pages qu’il a besoin de consulter. 234 )

publier in fine la table synthétique détaillée de l’ouvrage complet. (I)

  1. On peut commencer et poursuivre une publication par livraisons ou fascicules sans suivre l’ordre systématique de l’ouvrage. Quand l’œuvre est suffisamment avancée, on publie la table des matières ordonnant la suite en un ordre rationnel. Chaque partie de l’œuvre, quelle que soit sa taille, ayant été brochée à part, l’abonné n’a qu à remplacer l’ordre chronologique de parution par l’ordre méthodique donné dans la table des matières. Ex. ; Encyclopédie ces Mathématiques.
234.5 Index alphabétique.
  1. Notion. — a) L’index établi par ordre alphabétique des mots ou des noms donne le moyen de trouver aisément les matières qui sont traitées dans un livre ou un document. Un livre reçoit du fait de son index une ampli fication de son usage, une valeur pratique accrue.

L’index remplace tous les noms cités, dans un ouvrage, par des numéros de page ou de division. Ce qui fait que, connaissant un nom, on en trouve aisément la matière, de même que, par la matière, on apprend à connaître le nom auquel elle se rapporte.

Dans certaines de ses parties l’index constitue une sorte de vue synoptique sur a matière. Bien que basée exclusivement sur l’ordre alphabétique, il présente un certain ordre successif qui subordonne alphabétiquement, les parties aux parties et aux parties de parties.

  1. Kaire un index est tout un art. un art difficile, com pliqué et dont les principes et les règles se dégagent chaque jour davantage. Il y a quelques années se constituait en Angleterre une Index Society pour pourvoir d’index les ouvrages qui n*en ont point et depuis la méthodologie de l’«indexing» s’enrichit sans cesse de nouvelles contributions.
  1. Méthodes. — a) Les index alphabétiques contiennent des termes techniques et ces noms usuels.

Les mots matière des objets, questions, etc., et les noms peuvent être donnés en deux index distincts ou en un seul ordre alphabétique.

Ex. : Extrait de l’Index de The Library, 1905, p. 452.

Lcqcnds, bequeathed by Caxton, rather «Sacra Legenda» titan « Golden Legends y- 335 199.

Leighton. Alexander, proclamation for bis capture, 25.

Lemaître, Jules, notice of his ■ La Massière ». 188. Letter IVritcr, a Jacobean, 22-24.

  1. Index: avec indication en grasse du siège principal de la matière et subdivisions par points traités: ex. dans Gustave Lanson Histoire de la Littérature française. Le*age. 522; comédie 534, 628, 664, 665; roman: 668-674, 675, 678. 679, 710, 748. 811, 817, 820.

(I) Ex.: Maurice Borgey : L’élevage humain. LE LIVRE ET LE DOCUMENT


234 TABLES. INDEX 121

  1. Les notes sont indiquées par les n0B des pages suivis de la lettre n en italique. Ex. Mandchourie. 52n.
  2. Trop souvent les index font perdre du temps, quand iU sont multiples, clôturent chaque série (annuelle ou autre) de la publication et quand ils ne donnent qu’un seul index sans déterminatif. Seuls les index cumulatifs et les index à plusieurs vocables (un mot précisé par un ou deux autres) rendent des services désirables.
  3. Au lieu de faire figurer dans cet index de simples mots, il est préférable d’y introduire des propositions et de subdiviser les points de vue.

Ex. : L’index de Enjorced Peace 1916, non en deux colonnes mais en une seule ligne.

League to Enforce Peace, appeal to intellect, not émotion, Monroe Doctrine, George Grafton, Wilson and Jefferson,

définition of

Not a part of International Law.

Spreads a Pax Americana over two Continents.

    1. bound to arbitrate questions under variety of ideas of.
  1. Index consistant en réalité en une redistribution d’un texte sous des rubriques alphabétiques et une répar tition de ce texte sous chaque rubrique jugée utile.

Ex. : Index to the Constitution annexée à la publication de la Constitution américaine faite par la Carnegie Endowment. On y trouve sous un mot Soldiers, ahall not be quartered in time of peace in any houae without the consent of the owner, art. 3. ( I )

234.6 Autres tables et index.

Il est un grand nombre de tables générales. Elles visent la possibilité d’utilisation de l’ouvrage à divers points; leur clarté et facilité de consultation doivent faire l’objet d’une attention particulière.

  1. Table géographique. — Elle renferme l’index rangé par ordre alphabétique ou par ordre méthodique. Il suffira de se reporter à un nom quelconque de ville, de pays ou de région pour voir immédiatement tout ce qui dans un ouvrage intéresse ce lieu,

La terre, ses aspects, sa structure. Bon évolution, par Aug. Robin. Paris, Larousse.

Index alphabétique illustré de tous les termes géogra-phiques ou géologiques et de tous les noms propres cités dans le volume.

b) Tables chronologiques. — En une seule série sont présentées les dates accompagnées s’il y a lieu des termes qui les précisent: environ, pïesque, avant, après, entre. (I) Voir dans la Bibliographie in fine les travaux sur la méthode d’index. Lire dans Bulletin /. /. B. : Note sur la manière de préparer des index. Voir comme modèles , Keview of Reviews Index! —- Pool Index (A. L. A. Index). — Certains index des publications de la Société des Nations.

labié analytique des matières du Recueil périodique des assurances (longue analyse des cas cités).

Table analytique de la Revue encyclopédique Larousse, I able générale du Journal officiel de la colonie de Ma-dagascar depuis sa création jusqu’à la fin de l’année 1901. Date de ri promulgation Analyse Numéro tiu journal Date du journal Observations

Henri Mazel a émis le vœu de voir dresser une chro-nologie historique des événements racontés et une table philosophique des principales idées de l’œuvre. c) Liste des auteurs. — Listes des auteurs dont les opinions sont discutées ou citées dans cet ouvrage. (Ex.: Vareiiles Sommières: Les personnes morales.

  1. Tables de personnages. — Il s’agit non des auteurs ni des personnes mentionnées, mais de personnes fictives introduites dans les œuvres d’imagination. MM. Christophe et Cerfbeer ont publié un «Répertoire alphabétique des personnages » de la Comédie humaine de Balzac (il y en a plus de mille) .
  2. Iconographie. — Table des figures et des cartes (par n° de figure et selon l’ordre des pages). Table des gravures. Table des planches (reproductions photographiques. hors texte).

Ex.; Félicien Rops et son œuvre, édition Deman, 1897.

« Cet ouvrage contient une table iconographique constituant un Répertoire général de l’œuvre gravé et lithographié, aussi complet qu’il nous a été possible de l’établir. »

Complément au catalogue descriptif de l’œuvre gravé de Félicien Rops, par E. Ramiro. ■ Il renferme diverses tabulations: tables des ouvrages illustrés par Rops et des ouvrages dont l’illustration lui est attribuée. Table des auteurs dont il a illustré les œuvres et ceux dont l’illustration lui est attribuée. Table des illustrations du catalogue. Liste numérotée des œuvres qui s’y trouvent décrites avec renvoi à la pagination : errata.

  1. Index des manuscrits. — Les ouvrages d’érudition comprennent aussi un index spécial des manuscrits avec l’indication des pages ou ils sont cités.
  2. Index des initiales. — Il est parfois donné à part.
  3. Concordances. — On donne le nom de Concordance de la Bible à une sorte de dictionnaire où tous les mots de l’Ecriture Sainte sont classés par ordre alphabétique, avec l’indication des passages où ils se trouvent. Il existe des Concordances en latin, en grec, en hébreu. La concordance latine la plus ancienne remonte au XIIIe siècle, et a été faite par le frère franciscain Saint Antoine de Padoue. Presque à la même époque, le dominicain Hugues de Saint-Cher, vulgairement appelé le cardinal Hugues, en composa une autre plus complète, qui fut aussitôt améliorée par le franciscain Arlot Thuseus et le dominicain Conrad d’Halberstadt : c’est à l’occasion de cette concordance que la Bible fut divisée en chapitres.

122 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 234

La première concordance hébraïque a été faite de 1438 à 1443, par le rabbin Marehodée Nathan, qui adopta la division par chapitres du cardinal Hugues, et y ajouta 1 % subdivision par versets. Il n’existe pas de véritable concordance grecque pour l’Ancien Testament, mais on en possède plusieurs pour le Nouveau; la première a été composée par Xiste Bétulius, en 1546, et complétée plus lard par Kobert Etienne. (1)

  1. labié des espèces. — Les descriptions des espèces et en particulier les espèces nouvelles ont une grande importance dans les Sciences de la Nature. Pour faciliter le> recherches comprimes, on indique les espèces usitées dans un index spécial, Ainsi, par ex., la Table des Protozoaires dans le Traüé de Zoologie Concrète d Yves Delage. Cette table est imprimée en deux sortes de caractères : l’un plus gros pour les noms de groupe, l’autre plus petit pour les noms de genre. Dans chacune des deux séries on trouvera deux sortes de noms. Les uns sans parenthèses, alignés au bord de la colonne, sont ceux de groupes adoptés ou de genre décrits dans l’ouvrage. Les autres, entre parenthèses et en recul sur l’alignement de li colonne, désignent les synonymes, soit de groupes, soit de genres décrits et chaque synonyme est suivi d’un mot sans parenthèses qui est le nom du groupe ou du genre dont il est synonyme et qui est décrit dans l’ouvrage n la page indiquée par le numéro qui suit son nom à sa place alphabétique. Cela permet de trouver immédiatement les noms ces genres et des groupes non acceptés dans l’ouvrage, et relégués par l’auteur en synonyme. Mais il fallait en outre faire l’opération inverse, et Lndi quer pour chacun des groupes et des genres acceptés par l’auteur les noms synonymes admis par d autres auteurs. D’ordinaire, c’est dans le corps du texte que se trouvent ces indications, mais ici c’est dans la table qu elles sont reléguées, placées entre parenthèses à la suite des noms acceptés, après le numéro indiquant le renvoi au texte.
234.7 Tables et index d’après les sciences.

D’après les sciences et les techniques, les Tables ont des formes et présentent une importance variée.

  1. En matière de brevets d’invention où il s’agît d épuiser les recherches, les index ont une importance capitale.

b) Pour les ouvrages de Philologie basée sur la totalité de ce qui s’est dit relativement à un texte, ils ont une non moindre importance. (1) E. P. Dutripon. Concordantiac Dibliorum sacrorum vulgatae editionia. Paris, 1838, Bélin, in-folio, 3 colonnes, plus de 25.000 versets. Index commun à tous les livres composant la Bible. L’auteur montre, par un exemple, qu’avec les mots de la Bible ayant été ainsi réunis, on peut former des exposés systématiques comprenant exclusivement les paroles sacrées ordonnées sous des rubriques choisies (par ex. définition, nécessité, cause, mode, temps, lieu, etc.). 234 ? c) Dans le Droit, les tailles jouent un rôle capital dans les recueils de jurisprudence. Il s’agit, sur une question donnée, de retrouver toutes les décisions judiciaires y relatives qui ont été publiées dans les nombreux recueils existants.

234.8 Place et forme matérielle des tables.
  1. Régulièrement, c’est en tête du livre que doit se placer la table des matières qui contient l’idée et le plan de l’auteur, toutes choses que le lecteur veut et doit tout d’abord connaître, de même que c’est en tête des chapitres que se place le sommaire, c’est à-duc la table des matières afférentes à chaque chapitre. Aujourd’hui cependant, on a pris I habitude de rejeter cette table à la fin du volume, après l’index alphabétique. Cela est dû en partie à la nécessité de déterminer la pagination, ce qui est impossible ,.vant l’achèvement du volume. Mais il est loisible de placer celle-ci en tète en limprimant sur un carton extra, paginé et portant des folios en chiffres romains.

La coutume se répand de placer la table en tête du volume ; elle constitue ainsi la meilleure des préfaces.

  1. Tout le volume étant subdivisé et les paragraphes indexés, les références setont faites au moyen de ces nombres avec les paragraphes en exposant. Ex.: 321.4’
  2. Pour éviter d’ajouter une table aux précédentes, on combine parfois deux tables en distinguant par des astérisques certains noms ayant certain caractère. (Ainsi Yves Delage. dans son Traité de Zoologie, combine une liste alphabétique des Protozoaires parasites avec son index générique des Protozoaires.)
  3. Tables cumulatives. (Voir le principe sous n0 241.31 Périodiques.)
  4. On peut encore innover quant aux dispositifs : voici l’index alphabétique d’une publication disposé en forme de dépliant placé à la fin de l’ouvrage, afin de faciliter la consultation, La table peut se déplier et former ainsi une partie à consulter apparente, le livre restant ouvert. Exemple: Edmund Stemmer (Budapest), catalogue n” 9.

Autre exemple : répartition géographique des indus-

tries et des métiers publiée par l’Office du Travail de Belgique.

  1. Les divisions et subdivisions de la table des matières d’un ouvrage peuvent être exprimées par une notation décimale appropriée. Divers cas sont à distinguer :

1° Une notation personnelle et synthétique distincte de la notation de la Classification décimale elle-même qui est universelle et analytique. Cette notation de la table des matières est avantageusement appliquée à la désignation et à la numérotation des divisions et subdivisions dans le corps même de l’ouvrage. Le présent traité a appliqué cette méthode.

2° Certains ouvrages ont, quant à la distribution intérieure des matières, suivi strictement l’ordre de la LE LIVRE ET LE DOCUMENT


235 AUTRES PARTES DU LIVRE 123

Classification décimale. Ils ont indique visiblement cet ordre en plaçant les indices bien en évidence. Ils se sont servi pour les divisions et les rubriques de caractères de grandeurs variées, de proportion à Taire que couvre chaque division. (Voir à ce, sujet ce qui est dit dans la Classification. )

3” Il est demandé d’adjoindre à tous les documents, livres, articles de périodiques, brevets, etc., le ou les indices de la Classification décimale qui correspond à la matière traitée. Il est utile de mentionner ces mêmes indices à la suite de chaque chapitre et même de chaque paragraphe des ouvrages scientifiques. Il y aurait à cela trois avantages : concordance de la classification particulière propre à l’ouvrage avec la Classification universelle ; élaboration de la table décimale des concordances à placer in fine du volume; facilité donnée pour la dissection de l’ouvrage et la répartition de ses fragments dans les dossiers respectifs de l’Encyclopédie documentaire.

4° Adjonction aux autres tables et index. — Les tables de matières décimales selon la C. D. sont surtout précieuses au point de vue des langues. C’est un fait connu qu’il faut beaucoup moins de temps pour apprendre à lire une langue que pour la parler ou l’écrire, et que la plupart des personnes qui font des recherches sont habituées à lire les revue-j de leur spécialité en plusieurs langues. Cette lecture est rendue facile par le grand nombre de mots techniques qui sont presque tous internationaux et aussi par l’illustration qui devient de plus en plus abondante. Mais il y a grosse difficulté à se servir des index alphabétiques : là il faut connaître à fond la langue et sa synonymie. Un index décimal rend ici des services considérables.

235 Autres parties du livre.

  1. Appendice. — Par appendice (ou annexe), en entend la partie qui se place à la fin d’une œuvre, et qui contient note,, documents, pièces justificatives destinés à éclairer, expliquer ou illustrer le texte. Souvent l’appendice reproduit les documents in extenso, notamment dans les livres d’histoire, pour éviter au grand nombre des lecteurs la fatigue ou la confusion qui pourraient résulter de l’abondance des matériaux. Certains auteurs rejettent dans l’appendice les citations, les détails scientifiques, les développements plus amples, les remarques qui se rattachent au texte et cela sous des numéros correspondant à ceux du texte lui-même.

2. Bibliographie. — a) La bibliographie peut être disposée de diverses manières : 1° dans le texte courant ; 2 ‘ qu bas des pages ; 3° à la fin de chaque chapitre ; 4” résumé à la fin du volume. Dana les 3° et 4” cas, elle peut faire référence globale ou bien pour chaque sujet elle peut renvoyer à la page même qu’elle concerne et non à une seule page pour tout le chapitre. L’inconvé- 123 ?

nient de citer les ouvrages au bas des pages ou bien de le faire dans une partie à part consiste dans les répétitions ou dans la localisation dans une seule caté-gorie des ouvrages qui peuvent en intéresser plusieurs.

  1. A l’index bibliographique placé in fine renvoyer les chiffres inscrits entre crochets à la suite des noms d auteur imprimés en petites capitales. Ex. : Yves DELACE : Zoologie concrète.
  2. Des listes ou tables bibliographiques peuvent être établies d’après les divers ordres de classement, comme elles le sont pour les Bibliographies séparées et pour les tables des matières (systématiquement ou analytiquement si les listes sont placées par nom d’auteur ou à l’inverse, alphabétiquement si elles sont classées dans Tordre systématique par matière).
  3. En indiquant la page initiale et finale des articles, on fait connaître aussitôt sinon l’importance, au moins les dimensions des articles. Ex.: p. 14-27, article allant de la page 14 à la page 27. Dans les éditions successives et les traductions, la pagination change le plus souvent, et il en résulte des difficultés et des confusions dans les renvois à tel ou tel passage. C’est pourquoi on a adopté un système de renvoi au chapitre, à la section, au paragraphe (§), etc. Ex. : Baldwin, La pen»ée et les choses. Préface: p. XVII.
  4. Citation et notice bibliographique. — La citation peut se faire soit par l’édition de La page, soit par le chapilrage. La citation précise va jusqu’à la ligne et jusqu’au mot.
  1. Résumé en langue étrangère. — Chaque auteur écrivant en une langue peu répandue devrait se donner la peine, à côté de son ouvrage en langue nationale pour ses compatriotes, d’en donner aux étrangers la traduction dans une langue internationale. Ex. : Les articles de la Kevuc polonaise d’éducation ; la thèse du Dr Domec, etc.
  2. indication des autres œuvres de l’auteur. — Les ouvrages portent souvent l’indication des autres œuvres du même auteur ou de la même collection. L information est utile pour le lecteur ; elle est utile pour la diffusion des œuvres mentionnées.
  3. Planches. — Elles sont souvent disposées hors texte, complétant celles qui sont placées dans le texte. Elles se réunissent quelquefois toutes ensemble in fine, imprimées sur papier couché, tandis que le texte est imprimé sur papier ordinaire.
  4. Annonces. — Le Journal, la Revue, le Livre ensuite, sont devenus des porte-annonces. Celles-ci sont insérée« dans le texte ou sur feuilles spéciales intercalées, soit ai commencement, soit à la fin du volume ou du fascicule. Une couleur spéciale du papier prévient le lecteur qu’il s’agit d’annonces. Une disposition combinée des annonces au verso du texte facilite le découpage de celui-ci.

7. Errata et corrigenda. — a) Au cours d’impression AUTRES PARTIES DU LIVRE


124 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 240

de l’ouvrage des erreurs sont commises qu’il est utile de relever in fine en une liste dite Errata et corrigenda,

erreurs et corrections*

  1. Addenda et corrigenda. — Les listes en ont une grande importance dans certains ouvrages qu elles améliorent d’autant plus qu’un temps plus long s’est écoulé entre les premiers et les derniers volumes. Reste la question de rendre vraiment utile ces listes sans obliger à y recourir constamment. Les corrections a la main, d’après ces listes, des passages fautifs du texte est un moyen, mais il n’est pas satisfaisant, car il abîme les livres.
  2. Les éditions successives sont aussi corrigées, augmentées et remaniées. Certains auteurs ont la probité de signaler eux-mêmes leurs changements d opinion. Ainsi Lanson, Histoire de la littérature française, XI* et XII0 édition, p. XVIII et note 1, a signalé pour l’éducation littéraire de jeunes gens, ce qu’il appelle ses « notes de repentir et de conversion ».

8. Sommaires et Thèse. — a) Des résumés sommaires, précis ou abrégés sont souvent joints aux ouvrages et ont de grands développements. Ex. : Lilly’s «Four English Humorists of the Nineteenth Century. — Voelken « Indian Agriculture ».

Chaque chapitre est précédé d un court sommaire (ou argument) qui le résume et permet d en embrasser ?e

contenu.

Desiderata : 1. Placer ce sommaire détaillé en tête de chaque chapitre. 2. Reproduire ce sommaire dans la table des matières. 3. Indiquer les idées développées sous forme de proposition ou thèse ou seulement de sujet ou rubrique.

  1. On peut résumer les principales doctrines et propositions contenues dans un ouvrage sous la forme de Thèse placée à la fin. Ex. : Traité élémentaire de Philosophie à l’u*age des classes. Edité par l’Institut supérieur de Philosophie de l’Université de Louvain. Tome II : après la Théodicée et in fine du volume.
  2. Supplément. — Comme dan5 toute œuvre humaine, l’auteur reconnaît qu’il a commis des erreurs et des oublis. Il publie alors des suppléments, quand est terminé son ouvrage s’il est de longue haleine.

24 ESPÈCES, CLASSES, FAMILLES D’OUVRAGES

240 Généralités.

240.1 Notion.

Les documents forment des espèces (types, formes, catégories) qui combinent de manière différente, d une part les éléments composants dont il a été traité au n” 22. d autre part les parties structurées dont il a été

traité au n° 23.

Les espèces de livres et de documents peuvent se classer en quatre grands groupes.

  1. Les documents proprement bibliographiques (traités ici sous n° 24).
  2. Les documents graphiques, autres que les publi cations imprimées et les manuscrits d’ordre littéraire et scientifique (n° 242).
  3. Les documents qui, sans être bibliographiques ni graphiques, sont cependant des équivalents ou des substituts du livre (n° 243).
  4. Les documents qui sont le résultat de l’enregistrement, sous toutes formes de données relatives à l’administration publique et privée, aux « affaires » (correspondance. notes, rapport, comptes, registres, état, listes et répertoires, etc.).

Depuis l’invention de l’écriture, celle surtout de l’imprimerie, les livres se sont tellement multipliés, qu ils forment presque autant de classes, de genres, de familles et d’espèces que les productions naturelles les plus con- nues. La Bibliologie est devenue une science presque aussi vaste que la Botanique et la Minéralogie.

La nature, avec des éléments relativement peu nombreux, produit des complexes morphologiques très variés. La théorie mathématique des combinaisons entre en action. Il en est de même des livres et les travaux faits pour classer en séries les éléments chimiques, les végétaux, les animaux, doivent suggérer des travaux analogues pour le livre.

Il faut étudier, signaler et collectionner les livres comme on étudie les plantes et les animaux, pour leurs types et non seulement pour leurs individus.

A cette fin, on possède les diverses espèces de catalogues de /ivres qui déjà ont largement avancé le travail.

En leur ensemble les livres forment comme l’immense orchestration des voix humaines. On y trouve des grandes familles d’instruments et dans chaque famille des espèces bien caractéristiques qui tous ont leur raison d’être. Le Livre proprement dit, la Revue et le Journal sont trois de ces grandes familles. Le Journal à fort tirage offre quatre ou cinq types, la Revue une douzaine de types, le Livre au moins une vingtaine. C’est là ce qu’en terme technique on peut appeler les « formes » du livre et leur étude se confond avec celle des espèces. Elles sont déjà au 2* degré, les complexes de formes bibliologiques plus élémentaires au 1er degré. Il faudrait pouvoir décomposer tous les documents en ces formes élémentaires, systématiser celles-ci et voir ensuite comment elles se combinent entre elles pour donner lieu aux diverses familles des formes de livre.


240 GENERALITES 125

240.2 Classification.

La classification des espèces de livres peut se faire à plusieurs pointa de vue.

  1. — D’après le contenu ou sujet traité.

À. — D’après les matières traitées.

Leu livres ¿fan* leur ensemble tendent à enregistrer toutes les connaissances acquises et à former ainsi le corps bibliographique de la science. Les connaissances ou sciences sont ordonnées selon un ordre hiérarchique, et une classification : Philosophie, sciences sociales, philologie, etc. Il en sera question plus loin. Les spécialisations dérivant de In division du travail conduisent à consacrer ordi nairement un livre ou un document à une science, à une question, à un point particulier.

  1. — D’après les lieux.

On distingue aussi fes ouvrages selon le pays ou lieu auquel se rapportent les matières traitées: ex.: Angleterre, France.

  1. — D’après le temps.

On distingue les ouvrages selon le temps ou moment auquel les matières sont considérées. Ex. : XVe siècle.

  1. — D’après le contenant.

On considère la forme à cinq points de vue différents : formes matérielies, formes scripturales, formes linguistiques, formes documentaires, formes intellectuelles, formes de destination.

  1. — Formes matérielles.

1° Le Livre, ou ouvrage séparé, qui paraît sans suite et en un tout complet et indépendant. 2° La Brochure ou plaquette (pamphlet), livre de peu d’étendue. 3° Les Feuilles volantes, placards et publications paraissant en livraisons successives. 4° La Revue ou Périodique, publication qui paraît à des dates régulières, avec suites, et dont les numéros successifs des années antérieures forment des collections. La revue est principalement destinée a tenir les lecteurs au courant de tout ce qui se passe dans un certain domaine, dans une certaine science. C’est une sorte de journal publiant les nouvelles de chaque spécialité. 5° Le journal qui présente les faits au jour le jour.

  1. — Formes scripturales.

On distingue suivant qu’il s’agit : a) de manuscrit (ancien ou contemporain, autographe) ; b) d’ouvrage composé sortant des presses; c) de reproduction dactylographique ou polygraphiée par des procédés autres que l’imprimerie,

  1. — Formes linguistiques.

Les livres sont écrits en toutes langues. Ils donnent lieu à des groupes distincts d’après ces langues, qui, elles- méme8, se rattachent à de grandes familles (latine, germanique, slave), et qui ont leur patois. Il y a une classification des langues. — Dans l’organisation des bibliothèques. on distingue les ouvrages en langue nationale. (En Belgique: français, flamand, allemand) et en langues étrangères.

  1. — Formes documentaires.

On distingue ; Io Les œuvres dites bibliographiques, c’est à-dire les textes et les publications proprement dits, 2” Les Estampes, gravures, affiches, cartes postales illustrées et tout ce qui contient une illustration et est publié à part. 3° Les Photographies non publiées. 4° Les Cartes et Plans. 5° Les Partitions musicales.

  1. — Formes intellectuelles.

On distingue des catégories d’œuvres d’après la disposition interne des matières, d’après certaines formes biblio logiques qui se sont constituées au cours de l’évolution du livre.

Parmi les livres proprement dits, on distingue les Monographies, ouvrages qui traitent d’une question particu lière (ex. : Monographie de l’acier), les Manuels ou Traités, ouvrages qui exposent toute une science ou un ordre de connaissance, d’une matière, systématiquement et dans toutes leurs parties (ex.: Traité de Physique, Manuel de Chimie) ; les Encyclopédies ou Dictionnaires, consacrés, comme les traités, à toute une science, mais qui en diffèrent parce que les matières sont réparties en un certain nombre de mots ou rubriques, qui se succèdent dans l’ordre alphabétique (ex. : Encyclopédie de la Construction), les Thèses ou Dissertations académiques.

  1. — Formes de destination.

A ces divers ordres de classement on pourrait en ajouter un sixième, celui qui prendrait comme base la manière dont l’œuvre est traitée, le caractère des auteurs et des lecteurs (Psychologie bibliologique). A ce point de vue, on peut distinguer :

Les livres pour le grand public instruit, pour les spécialistes, pour des catégories spéciales de lecteurs, pour l’enseignement aux divers degrés, pour le public en général. On peut distinguer encore :

Livres de laits (Exposé des sciences).

Livres de spéculation; Livres d’imagination, d’induction, d’investigation, d’invention.

Livres d’idées ou livres de philosophie : Etudient les faits au point de vue de leur relation de cause à effet.

Livres de sentiments; S’adressent aux facultés affectives. et particulièrement aux facultés sociales, esthétiques, émotives. morales (destinés à l’éducation littéraire).

Ces ordres de classement sont fondamentaux. On peut considérer que chacun d’eux occupe une des faces du cube ou bloc qui représenterait l’ensemble des ouvrages. Ce sont les mêmes ouvrages que l’on peut répartir chaque fois selon un ordre différent.


126 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 240

Ainsi un ouvrage sur la Philosophie (matière), en Angleterre (lieu), au XVIIe siècle (temps), qui serait un traité (forme), composé en français (langue)).

La classification bibliographique fournit le moyen de classer les collections et leur catalogue en tenant compte de ces classes fondamentales.

Elle permet aussi de classer les répertoires bibliographiques, les dossiers, les fichiers de note».

Une classification des œuvres peut aussi se faire a d’autres points de vue. (1)

  1. Les livres et documents sont :

1° ceux d’ordre scientifique, objectif, utilitaire;

2° ceux d’ordre littéraire, imaginatif, récréatif.

Ils se développent dans des conditions différentes, rén lisant des types généraux dont il a été possible de déduire des principes, des normes et des règles différentes. Laissant largement de côté ici les œuvres littéraires, dont les traités de littérature ont fait leur matière, nous nous attacherons surtout aux œuvres scientifiques.

L’œuvre scientifique n’a pas pour but de plaire, ni de donner des recettes pratiques pour se conduire, ni d’émouvoir, mais simplement de savoir.

  1. Au point de vue des bibliothèques publiques, on distingue les divisions suivantes :

Ouvrages de lecture courante et ouvrages d’études. Ouvrages de références, d’informations, de renseignements, qu’on consulte, qu’on ne lit pas dans leur ensemble (dictionnaires, encyclopédies, atlas).

Ouvrages d’étude de tout genre.

  1. A d’autres points de vue encore, les œuvres peuvent être distinguées de diverses manières, selon qu’elles sont : spécialisées ou constituant des ouvrages d’ensemble; de petite ou de grande étendue ; d’un ou de plusieurs auteurs ; périodiques ou non ; simples dans leur contenu ou formées de diverses œuvres rassemblées ; livres pour être lus. ou consultés ou étudiés.
240.3 Histoire. Evolution. Génétique.

Les espèces d’ouvrages, à la manière de la plupart des œuvres humaines, ont été formés au cours du temps, tantôt par l’action collective, les ouvrages se transformant lentement et fragmentairement sous l’influence les uns des autres ; tantôt par l’action individuelle, un auteur créant une œuvre qui devient un type. A l’origine tout est, complexe, vague, confus ; ensuite tout tend à se

(1) L’œuvre (en lat. opéra, mot dérivé de opus, operis) est le résultat permanent du travail ou de l’action, en particulier une production de l’esprit, en très particulier un écrit, un livre. Bien que « ouvrage » se rapporte à la chose faite et œuvre à l’action, le mot œuvres au pluriel, s’applique pourtant aux écrits d’un auteur, mais toujours avec un sens général : œuvres complètes, œuvres posthumes. Quand on veut parler spécialement de l’une d’elles, (’idée devenant plus précise, plus matérielle, s’exprime par le mot ouvrage. diversifier, s’individualiser, se préciser. Cette double action est déterminée tantôt par des besoins pratiques, tantôt par des considération» théoriques où intervient ta Logique, l’Esthétique, les fins morales. L’évolution se poursuit sou# nos yeux.

L’Humanité a débuté par la Poésie. La Prose est venue plus tard. (Quintilien : Rhétorique.) Le Journal est du XVIIe siècle; Abraham Verhoeven et Renaudot. La Revue naît au XIXe siècle, surtout sous le nom de mercure, correspondance, annales, magazine. Puis l’on voit naître les publications industrielles (Amérique, Angleterre). Aujourd’hui les publications d’art.

Au livre on a substitué la revue, puis les annuaires, puis la documentation sur fiches, puis la coordination internationale de l’information scientifique.

Tous les jours on voit naître des ouvrages d’un type nouveau, qui n’était pas ou guère représenté dans l’ancienne littérature. Un livre es! capable de créer une science nouvelle ou tout ou moins une branche d’une science, un des aspects de l’exposé d’une science.

On peut arriver aussi a de nouvelles formes du livre par deux voies ; Io ou bien l’on se demande quels buts devraient être atteints par le livre, à quoi il devrait servir (usage autre que celui qu’il a déjà) ; 2° ou bien, après avoir analysé la itructure du livre actuel, on envisage d’autres distributions de ses éléments nouveaux, des développements et nouvelles liaisons de ses parties.

240.4 Corrélation entre les espèces.
  1. On peut concevoir deux cas : ou bien forme et fond sont à ce point rattachés l’un à l’autre que le fond (les données) est tenu comme ne pouvant être exprimé qu’en une forme documentaire déterminée; ou bien les formes sont à ce point indépendantes du fond, qu’elles sont susceptibles d’« informer » toute donnée d un fond quelconque. En fait c’est ceci qui a tendance à se produire. Une forme nouvelle au début s applique à un certain fond mais bientôt on lui trouve d autres applications et finalement on parvient à la dégager in se et a généraliser son emploi à la matière universelle. Par ex. le périodique a commencé par les nouvelles politiques, la photographie par le portrait, le cinéma par les scènes d’acrobatie.
  2. Les formes des publications et des documents sont apparues au cours des âges. Elles ont pu se développer par scissiparité, sans guère de liaison les unes avec les autres. Les liaisons aujourd’hui doivent être opérées et ceH d’un système complet de publication que chaque science doit pouvoir disposer. (Voir plus loin le système proposé, )
  3. Voici quelques exemples de rapports entre les diverses formes :
  1. Le traité peut se décharger largement des détails sur les dictionnaires encyclopédiques et réaliser ainsi à un haut degré l’œuvre synthétique.

241 DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 127

  1. Le périodique a des rapports avec le traité exposant I la manière similaire, La liaison est désirable : en faisant dans le périodique des références constantes au traité; en faisant du périodique un substitut du traité ; en s’efforçant alors d’indexer en détail chaque partie, de se référer constamment de l’un à l’autre, d’établir des tables systématiques détaillées,
  2. Les traités sont mis en rapport avec les Annuaires bibliographiques (revues critiques), les Centralblàtter (listes bibliographiques). Ex.: Paleontographica : Beitrage zur Naturgeschichten der Vorzeit. Neues Jahrbuch fùr Minéralogie, Géologie und Paléontologie.
  3. L’alternative se présente entre des traités trop vastes ou trop anciens, où l’on risque de se perdre, et thèses, brochures, articles de revues où la science se trouve disséminée et émiettée.
  4. Les revues permettent la publication de travaux de détail, de minces découvertes à qui l’on n’aurait pu faire les honneurs coûteux d’un livre ; les bibliographies tiennent les travailleurs au courant de l’état de la science ; les comptes rendus critiques relèvent les erreurs.
  5. On distingue par gradation, d’après le caractère d’achèvement des travaux: 1° les simples notes ou articles dans un journal ; 2° les mémoires ; 3° les ouvrages ; 4° ce qu’on appelle « Un livre », nom qui s’applique à une composition sur un sujet bien délimité, dans laquelle on suit une marche logique, pour en tirer des conséquences au moyen d’idées neuves ou de faits en grande partie nouveaux.
  6. Il est des ouvrages qui sont simplement composés de deux sortes d’ouvrages, fragmentés et juxtaposés. Par ex. : certaines Zoologies, certaines Anatomies comparées. Les descriptions des espèces zoologiques et botaniques se trouvent éparses dans un grand nombre de périodiques et dix mémoires spéciaux qu’il faut compulser et consulter pour toute détermination On y parvient par des listes de revision, des catalogues ou répertoires régionaux, des ouvrages d’ensemble publiant des descriptions. On a en zoologie de travaux, dont le cadre est zoo-géographique (monographies d’espèces, des lieux et autres déterminants ex. Pellegrin : Les poissons du bassin du Tchad. Paris 1914) et d’autres dont le cadre est précisément zoologi-,1 que. Ils consistent en une monographie complète de toutes les espèces connues d’un groupe naturel important. D’autres ont un cadre biologique (vie fonctionnelle).
  7. On fait des documents sur des documents, sur des documents de documents, et ainsi de suite sans limitation. Les livres donnent lieu à des bibliographies, puis à des bibliographies de bibliographies, À des bibliographies des bibliographies de bibliographies. D’une œuvre on fait la critique, puis la critique de la critique. (1)

(I) Augustus Rolle. A His’ory of Shakespearian Criticism. Oxford University Press, 1932. i) Pour capter l’attention l’image est plus efficace que le texte; la maquette supérieure à la photographie; l’appareil en mouvement surtout de plus haut intérêt que limmobile.

240.5 Espèces, cycle bibliologique et types d’exposé.
  1. La classification par especes de livres et documents

intervient à tous les stades du cycle bibliologique ; quant à la production, il y a des auteurs, des imprimeurs, des éditeurs spécialisés (par ex. pour le périodique, pour le dictionnaire) ; quant à la distribution : des librairies spécialisées (ex.: Librairie des dictionnaires); quant à la conservation : catalogue, collection, organisme (ex. : les

ouvrages d’ensemble sont classés dans la Bibliothèque des références, les périodiques dans les Hemerothèques) ; quant à l’utilisation: genre de lecteurs: quant à l’organisation : règles et plans spéciaux.

  1. D’autre part, les diverses espèces d’œuvres étant intimement liées à des modes fondamentaux d’exposé, dans un but de simplification on a traité éventuellement de ceux-ci a l’occasion de certaines espèces.

241 Documents dits bibliographiques

241.1 Œuvres spécialisées.

On a trois sortes de travaux : des travaux particuliers (analyse, monographie) ; des travaux généraux (synthèse, théorie) ; des travaux documentaires, englobant tous les faits particuliers et les ordonnant synthétiquement.

Quatre types caractéristiques d’ouvrages spécialisés sont à distinguer : lu la brochure, le pamphlet, le petit écrit; 2° la monographie proprement dite, brève ou étendue ; 3J l’essai; 44’ le livre proprement dit, de proportion limitée, distinct du traité et de l’encyclopédie.

  1. Brochure.

Ce terme s’applique nu caractère matériel de l’écrit * c’est un écrit de peu d’étendue comparé au livre. Le journal et la revue ont enlevé de son importance à la brochure. Mais pour la propagande, les tracts clairs, courts et suggestifs, sont fort précieux.

Voltaire fit clair, court et vif. Plus de grands ouvrages. De petits in-12°, des brochures de quelques feuilles, c Jamais, disait-il en pensant a l’Encyclopédie, vingt volumes in-folio ne feront de révolution : ce sont les petits livres portatifs à vingt sous qui sont à craindre. Si l’Evangile devait coûter 1200 sesterces, jamais la religion chrétienne ne se serait établie. »

La brochure n’a pas In même vie dans chaque pays. Elle tend à être vendue avec les journaux plutôt qu’avec les livres. Une devanture représente une valeur ; l’occuper par une brochure de faible prix, c’est immobiliser pour peu d’avantages une place trop considérable.


128 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 241

En Angleterre, les Smith sont les grands éditeurs de brochures à raison de leurs bibliothèques de gare. Pendant la guerre, ils publiaient peu. Leur objectif était exclusivement mercantile, ils faisaient paraître ce que le public demandait et non ce pour quoi une préparation du public était nécessaire.

Des concours sont parfois organisés pour l’établissement des meilleures brochure». Ainsi « L’Emulation agricole » organisa en 1908 un concours pour la rédaction de monographies contre l’abandon des campagnes. 787 monographies furent présentées,

  1. Monographie.
  1. C’est la description d’un sujet, complète et à tous points de vue. C’est la mise en valeur de tous les documents, de tous les éléments d’information se rapportant à un sujet unique et limité de manière a en composer un portrait qui soit l’exacte ressemblance du modèle. (1)

On ne peut plus guère publier que des matériaux et il faut des laboratoires pour les élaborer. D’où le principe de la publication en éléments pouvant se réunir, formant une collection et le principe de répertoire sur fiches eu feuilles destinés à ordonner ces éléments en collections.

Une monographie en réunissant tout ce qui concerne un sujet est un travail d’analyse et de synthèse bibliographiques.

  1. Il y a des collections de monographies et des monographies publiées selon des plans systématiques. (2)
  2. Au degré le plus simple un document est une description qui peut elle-même être ramenée à une définition (3) ; pluB simplement encore la définition est remplacée par le défini: le nom (mot, terme). L’énumération, le catalogue et le dictionnaire sont des collections de descriptions ou de noms.

La description, base essentielle de la monographie, est aussi un élément des divers types de publication.

Les descriptions des objets des sciences doivent èlre de plus en plus précises. Elles visent soit les caractères qu’il n’est pas possible de mesurer, soit la détermination des caractéristiques numériques (caractérisation),

La question des descriptions est liée à celle des signalements. (4)

    1. Mascaret. Monographie des communes et des paroisses.
  1. Michel Edmond. — Monographie d’un canton type: topographie, géologie, mœurs et coutumes, groupements sociaux. 1911, un vol. avec cartogrammes, graphiques et similigravures. 12 fr.
  1. Les monographies des systèmes scolaires d’une cinquantaine de pays et les descriptions du développement, année par année, de certains d’entr’eux, publié dans

l’Educational Yearbook (1924-1928).

  1. Liard, Louis. — Définition géométrique et définition empirique.

(4) Ed. Jacky, — Traité de signalement des animaux domestiques. Nomenclature descriptive des expressions employées dans le signalement. Avec un tableau de l’âge des animaux domestiques d’après la dentition (fr. 1.50). En sciences naturelles, les descriptions se font conformément à des méthodes devenues habituelles.

Constamment les descriptions y sont renouvelées. Or de nouvelles espèces doivent être décrites. De lâ des refontes, des rééditions. Chaque espèce réçoit une « diagnose » suffisante et une figure qui mette en lumière ses caractères fondamentaux. Les dimensions sont exprimées suivant leur nature en mètre», millimètres ou microns (millièmes de millimètre) représentés par les lettres m, mm ou pi. Les descriptions dans certains ouvrages de sciences naturelles sont précédés de tables dichotomiques. (Ex. S. Garman, The Plagiostoma. Cambridge (Harvard) 1913.)

Dans les descriptions des objets, il faut des conventions pour désigner les positions décrites. Ainsi dans les descriptions anatomiques, l’animal est supposé placé verticalement, la tête en haut, la face ventrale en avant. Les termes haut, bas, avant, arrière ont donc les significations qu’implique cette orientation. Les termes droite et gauche s’appliquent toujours à ( animal décrit sans tenir compte de la position de l’observateur.

  1. Le Congrès international de Navigation a demandé l’étude d’un formulaire clair, court, mais cependant suffisamment complet qui renfermerait les renseignements nécessaires pour définir les caractéristiques de chaque rivière, étudiée au double point de vue de son régime et des besoins de la navigation, (I)
  2. Les mêmes considérations qui justifient la classification universelle et l’unification des formats conduisent directement au principe de la publication sous forme de monographie, c’est-à-dire d’éléments intellectuels unitaires, séparés, distinctement substitués aux recueils poly-graphiques ou tout au moins prenant place à côté d’eux. Il est désirable dans chaque science d’en arriver par entente internationale à un système de caractéristiques minimum à exiger pour une description scientifique (diagnose).
  1. Essai.

C’est la composition concrète, généralement en prose, de caractère critique ou philosophique, sur une question bien délimitée et sans caractère dogmatique. On possède les œuvres d’essayistes célèbres : Montaigne, Francis

Bacon, Charles Lamb. de Guincey, Carlyle, Macaulay, Addison, Emerson, Sainte Beuve, Anatole France, Jules Lemaître, Paul Bourget, Emile Faguet.

H. Spencer a défini ainsi l’essai. » Au cours des années employées par moi à écrire diverses œuvres systématiques, de temps en temps ont surgi dans mon esprit des idées qui ne se prêtaient pas à entrer dans celles-ci. Beaucoup ( 1 ) Voir rapport M. V. E. Timmof. — Bulletin de l’Association internationale permanente des Congrès de Navigation. Janvier 1930, p. 65,


241 DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 129

d’entr’elles ont trouvé place dans des articles publiés pour des revues et sont actuellement réunies dans les trois volumes de mes essais. »

A l’essai se rattache la conférence. Elle est généralement prononcée, mais sur écrit préalablement rédigé et elle est souvent publiée. Francisque Sarcey, qui n’aimait pas le genre, a dit : « C’est l’art de ne rien dire avec intérêt ». La conférence scientifique est une leçon. La conférence littéraire consiste aussi en une sorte de leçon familière, actée, spirituelle, alerte et, la plupart du temps, improvisée. « C’est l’art d’amuser un public en buvant de l’eau sucrée — c’est l’art de faire de la causerie quelque chose qui soit a mi-chemin du discours et de la conversation. »

  1. Le livre.

Le livre, de par ses divisions, pourrait être considéré comme l’unité normale placé entre la brochure, d’une part, et l’ouvrage d’ensemble, d’autre part.

Sur chaque question, de temps en temps, des ouvrages

241.2 Ouvrages d’ensemble.

d’ensemble sont devenus nécessaires. L’utilité d’une bonne mise au point apparaît d’autant plus évidente que les travaux particuliers se sont multipiés. Il faut alors entreprendre le triage des publications et dégager les faits qui méritent d’être retenus, montrer l’importance respective de ceux-ci, et indiquer les conséquences pratiques et discuter les hypothèses auxquelles ils ont servi de base.

Que ces ouvrages t’oient rédigés sous forme de traité et de cours méthodique ou sous forme d’encyclopédie et de dictionnaire, leur but est toujours de condenser, de réunir en un seul ouvrage d’étendue limitée, toutes les connaissances actuelles relatives à leur objet.

241.21 Traités. Manuels.
241.211 NOTIONS.
  1. Le traité est un ouvrage qui résume et condense, sous une forme concise et claire, nos connaissances les plus précises sur une science. Par un choix judicieux des matières, il s’attache à en présenter un tableau d’ensemble, insistant sur Ls faits acquis, passant rapidement sur les expériences douteuses et les questions mal élucidées.

Un traité magistral est un document fondamental ; c’est une mine de renseignements bien coordonnés ; c’est la somme des connaissances sur un sujet.

Le traité doit être d’abord le guide indispensable de tous ceux qui veulent s’initier à la connaissance d’une science, il est leur compagnon, leur ami de toutes b»s heures. C’est lui qui dans les universités fournit aux maîtres te cadre de leur enseignement et met les élèves I en mesure de compléter par leur travail personnel des leçons qui ne peuvent guère porter que sur une partie plus ou moins restreinte d’un vaste domaine.

  1. Les traités et manuels seuls sont insuffisants dès qu’on aborde des questions nouvelles ou qui n’intéressent pas les auteurs de manuels et résumés. On est contraint de chercher des éclaircissements au delà d’eux, dans les œuvres originales elles mêmes. L’érudition alors n’est ni hors-d’œuvre ni vain ornement; elle est partie intégrante de la substance même de la recherche. (Meyerson. De l’explication dans les sciences, p. XIII.)
  2. Une science affirme sa constitution et son autonomie le jour où elle a donné lieu à un traité. Le traité naît ainsi quand les notions nouvelles d’une science exigent d’avoir recours à de nombreux mémoires épars dans les recueils scientifiques. Quand les matériaux innombrables sont accumulés, véritable entassement de richesses, l’esprit court grand risque de s’égarer au milieu d’eux s’il ne prend pour guide un ouvrage méthodique qui lui permette d’embrasser l’ensemble, tout en faisant connaître avec des détails nécessaires les éléments principaux.

Par exemple, une science aussi nouvelle que la criminalistique compte déjà un traité à 6 volumes (le traité du Dr Locard).

  1. Le traité systématique, s’il peut se décharger largement du détail sur le dictionnaire encyclopédique, réalise à un haut degré l’œuvre synthétique. Des esprits s’y essaient à embrasser l’ensemble de la matière, à l’ordonnance de la manière la plus coordonnée, à l’animer du souffle de l’unité. Dans les traités sont semées avec largesse des idées qui ont préoccupé souvent les savants la vie durant. Un traité est l’expression de l’esprit arrivé au but de son grand effort pour saisir et pour comprendre. Il est comme un testament intellectuel total à l’œuvre où il s’inscrit.
  2. Bien des sciences, bien des problèmes scientifiques ont été créés ou développés, en commençant par créer des chaires ou des instituts, en formant des professeurs, en amenant ceux-ci à écrire des manuels. En commençant par l’enseignement supérieur, on y prépare les organes et le personnel pour l’enseignement secondaire et primaire.
  3. Le traité doit embrasser les données d’une vue systématique et synthétique ; l’encyclopédie, les répertoires et catalogues sous une forme monographique : le périodique sous forme d’information courante.
241.212 HISTOIRE DES TRAITES.

Le traité est le produit d’une longue évolution historique qui n’a pas eu le même rythme dans tous les domaines des connaissances. Voici quelques faits.

  1. Tout ce que la géométrie élémentaire avait trouvé pendant l’époque classique fut résumé par Euclide (IIIe siècle avant J. C.) dans ses éléments « Stoikeia ».

130 LE LIVRE F.T LE DOCUMENT 241

Peu de livres ont eu un succès aussi durable. Depuis son apparition jusqu’à nos jours, il n’a cessé d’ètre utilisé. Depuis rien d’essentiel n’a été changé. Les Anglais appellent encore leurs livres de géométrie élémentaire « Euclid ».

  1. Les vrais manuels de l’antiquité sont les compilations du Ve et du VIe siècle, celles de Martianus Capella, d’Isidore de Séville, de Bolie, etc.
  2. Les Upanishad sont des traités de philosophie religieuse dont le nombre dépasse 200 et qui sont très différents entre eux. Ce sont comme des appendices aux « Brahmana » ou ouvrages d’exégèse théologique.
  3. L’établissement par Justinien au VIe siècle, des Institutes de droit romain, véritable traité de droit à l’usage de renseignement a apporté un type remarquable de traité.
  4. Avant la Quintinie, qui fut « directeur général des jardins fruitiers et potagers de toutes les demeures royales», il n’y avait pas de traités d’horticulture en France. C’est en observant les jardiniers, en les interrogeant, que la Quintinie apprit les secrets que s’étaient transmises les unes aux autres les générations de jardiniers.

L’idée de consigner l’expérience de la vie pratique des métiers est tard venue. L’encyclopédie au XVIIIe siècle ayant procédé à la description de beaucoup d’arts généralisés, après elle on a publié des traités ou manuels sur ces matières spéciales.

  1. Les Physiocrates n’ont pas fait de traité méthodique. La science n’a d’eux en ce genre que le petit Abrégé des principes de. L’Economie politique, disposé en tableaux et formules, a la manière des arbres généalogiques, écrit en 1772 par le margrave de Bade ou peut-être par Dupont de Nemours.
  2. Dans la période qui s’ouvre au XVIIIe siècle, les professeurs d’université créaient en Allemagne, surtout à Gottingen, pour les besoins de l’enseignement, la forme nouvelle ou Manuel ¿’histoire, recueil méthodique des faits soigneusement justifiés, sans prétentions littéraires ni autres.

Le traité ou manuel a pris un grand développement en Allemagne au cours du XIXe siècle. Histoire des religions. histoire des institutions, histoire littéraire ancienne et moderne, histoire de l’art, droit, sciences naturelles, Ü ne fut pour ainsi dire pas de hautes études qui n eut le sien. La France longtemps en retard sous ce rapport regagna le terrain perdu et produisît d’admirables traités.

C’est de l’Allemagne que pendant longtemps les autres pays ont été tributaires pour les ouvrages destinés à l’enseignement supérieur,

h) Le traité de chimie organique fut réalisé pour la première fois par l’infatigable Beilstein. Actuellement, on ne trouverait plus de chercheurs ou d’hommes de science de la même envergure qui pourrait continuer sous le même esprit et en inspirant autant de confiance, ce travail qui s’est accru à l’infini. Il a donc été nécessaire de confier la construction des traités & toute une équipe de collaborateurs.

  1. En ces dernières années, un grand mouvement renouvelle les traités dans toutes les branches de la science et détermine la création de types nouveaux.
241.213 ESPECES ET TYPES DE TRAITES.

Les traités réalisent des variétés nombreuses et tendent même à se fixer en quelques types fondamentaux. Il n’y n pas pour une science qu’un seul type de traité; il en est plusieurs, certains auteurs se plaçant à des points de vue différents, et ces traités vont en se complétant, en s’appuyant même les uns sur les autres. Les données suivantes le montrent.

  1. On peut distinguer ;

le traité complet en plusieurs volumes:

un appoint de nouveauté (œuvre de création, opinion, discussion) ;

un compendium de vulgarisation ayant surtout pour objet de réunir en un seul, ordonné, facile à lire et commode à consulter, les nombreuses publications spéciales, importantes ou modestes et concernant chacune des points de la science.

  1. Les traités présentent l’exposé tantôt à un point de vue théorique, tantôt à un point de vue pratique, tantôt ils combinent les deux points de vue.

Un traité souvent comprend deux ordres de données : 1° une mise au point de la science traitée qui lient compte de tous les aspects ou problèmes, y compris les recherches les plus récentes; 2° un exposé des idées personnelles de l’auteur.

Il y a bien de grandes choses qui n’ont que de petites places dans les traités classiques, et qui dès lors méritent d’ètre abordées dans des ouvrages spéciaux.

Inversement, des ouvrages portent le titre d’encyclopédie tout en étant systématique (ex. : Encyclopédie des sciences mathématiques). Des ouvrages portent le titre de traité tout en étant alphabétique (ex. ; 1 raité alphabétique des droits d’enregistrement, de timbre et d hypothèque, par E. Maguéro),

  1. Il existe des manuels alphabétiques (ex. : Le manuel alphabétique de philosophie pratique, par John Carr). Ostwald a écrit un traité de chimie en forme de dialogue.

Certains éditeurs se sont préoccupés de fournir des cours complets. Ainsi la librairie Savoy a donné un Cours complet d’Histoire naturelle : Botanique (Ph. van Tie-ghem, 1600 p.). Géologie (A. de Lapparent. 1280 p.), Zoologie (Claus, traduit par Moquin Tandon. 1566 p.).

Beaucoup de traités sont rédigés conformément au programme des cours de tel ou tel établissement d’enseignement (ex.: Traité des machines à vapeur, de Alheilig et Roche, rédigé conformément au programme des cours de machine à vapeur de l’Ecole centrale)


241 DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 131

Souvent des maîtres ayant professé leurs cours à l’uni-versité ne l’ont pas publié, mais ils en laissent des notes. Et d’autre part, il se tiouve que certains de leurs élèves ont transcrit ces cour« à l’audition orale et que l*un d eux, s’aidant de notes et de transcriptions, en fasse la publication d’un livre (ex.: Histoire de l’Eglise, par J. D. Maehler, publiée par le R. P. Gams).

Le traité didactique exige des explications orales. Il n’est donc pas complet par lui-même, ce complément étant laissé au maître.

On a employé parfois la forme d’un ouvrage général, s’adressant au grand public instruit, et celle des rapports complémentaires renfermant des études techniques s’adressant aux spécialistes. (Ainsi J. Murray et J. Hjort : The Depth of the Océan, London 1912. relatif à la campagne océanographique du Michael Sats dans l’Atlantique).

Certains traités consacrés à une science sont accompagnés du sommaire d’une science auxiliaire. (Ex. : Louis Roule, Traité raisonné de la pisciculture et des pêches. A la 24’ partie est jointe un sommaire d’océanographie).

Quand la matière auxiliaire est très importante pour un ordre d’étude, il en est fait un traité propre. Ex.: Traité de zoologie médicale.

Des ouvrages de grande étendue ont été résumés. D’autres ont été condensés (ex. : Le système de politique positive de A. Comte a été condensé par Ch. Cherfils, Paris. Girard, 1912). Le plan et dans la mesure du possible la lettre du texte ont été respectés jusqu’au scrupule. La Philosophie positive a été condensée par Miss Martineau.

  1. Traité synthétique. — Il semble aujourd’hui que les traités sont l’expression des grandes synthèses scientifiques. Qui veut reconstruire l’architecture de l’ensemble d’une science compose un traité. Et les ouvrages de cette espèce sont essentiellement de grandes architectures d’idées. Il ne s’agit pas de procéder par élimination ou clagage. ce qui en ferait un simple schéma, mais de s’arrêter à l’essentiel.

Les traités peuvent se contenter de résumer en un chapitre ce qu’ont dit les auteurs qui ont traité chacun fragmentairement du sujet, à un point de vue particulier ; mais autre chose est utiliser tous ces éléments synthétiquement et substituer des notions coordonnées à des notions autrement décousues. Mais en réunissant en une même étude de l’objet étudié ce qui n’a été souvent vu que séparément chez plusieurs, parfois assez éloignés les uns des autres, on s’expose naturellement à établir des connexions plus ou moins inexactes, à réunir des dispositions exclusives Tune de l’autre, etc. Il faudrait avoir approfondi tous les groupes d’objets par des études personnelles pour éviter sûrement ces écueils. C’est impossible. Force est donc d’admettre les inconvénients de la méthode et de chercher ultérieurement à les corriger.

A côté ou au-dessous des travaux d’érudition, il faut H toute science des exposés synthétiques, oraux ou écrits. Dans des pareils exposés, les idées générales sont nécessairement au premier plan, tes faits au second, alors qu’au contraire, dans l’enseignement érudit, il faut, comme disait Fustel de Coulanges, une année d’analyse pour autoriser une heure de synthèse. (Salomon Reinach.)

Ouvrages d’introduction. — Il faut attacher le plus grand prix aux ouvrages considérés par leurs auteurs à faire prendre en quelque sorte par chaque science la conscience d’elle-même. Pour les mathématiques. Pierre Bontroux a réalisé œuvre semblable dans Les principes de l’analyse mathématique, exposé, historique et critique (2 vol. Herman, 1914 et !919) et dans L’idéal scientifique des mathématiques dans l’antiquité et dans les temps modernes (Paris, Alcan), L’auteur utilise l’étude approfondie qu’il a faite de l’évolution de la pensée mathématique pour écrire un traité dont on a dit qu’il était l’initiation la plus directe et la plus substantielle qu’on puisse souhaiter tout à la fois et indivisiblement à la science, a l’histoire et à la philosophie des mathématiques. Cet ouvrage soulève le problème du devenir de la science mathématique et il en dégage la mission actuelle des mathématiciens.

  1. Naissance de nouvelles formes. — On voit à un moment donné naître de nouvelles formes de traité et elles sont intimement liées à la conception même que l’auteur se fait de la structure même de la science.

Ainsi, dans les sciences naturelles, on a longtemps publié des traités dits de zoologie et d’anatomie comparée où Ton trouve le sujet traité de la manière suivante : Le règne est divisé en grandes sections qui sont étudiées séparément. Par ex. : Mollusques. Le chapitre commence par des généralités sur le groupe; c’est une anatomie comparée des mollusques dans laquelle on expose la variation des fonctions et des organes dans ce groupe, tel qu’on ferait au chapitre Mollusques dans un traité d’anatomie comparée tel qu’on le comprenait autrefois. Puis on annonce que le groupe se divise en tant de classes et immédiatement on aborde leur étude, on les examine séparément les unes à la suite des autres. Prenons celle des Gastéropodes, On les traite comme on fait de rem-branchement des mollusques, puis on passe à la sous-classe. de l’ordre au sous-ordre, sans se préoccuper des animaux qui possèdent les organes toujours de la même manière et alors on change brusquement de plan. On entre dans la zoologie pure. On décrit les familles, les genres principaux voire les espèces, mais sans en faire connaître autre chose que les caractères presque exclusivement exté rieurs qui les distinguent et qui sont suffisants au but de la zoologie qui est de nommer et de classer.

Ce n’est la ni de la zoologie ni de l’anatomie comparée, mais des chapitres d’anatomie comparée emboîtés les uns dans les autres et dont le dernier de chaque groupe contient un chapitre de zoologie pure.


132 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 241

Le défaut est que ce livre, concret pour être lu et consulté mais non pour apprendre quand on ne sait déjà. L’étudiant ne peut trouver de notions concrètes de descriptions analogues assises sur un être réel sans les chercher dans des monographies spéciales.

Un nouveau type de traité de zoologie a été réalisé par Yves Delage et Herouard (traité de zoologie concrète).

L’auteur »’est proposé de présenter les choses Sous la (orme où l’étudiant le désire, où il a besoin qu’elles soient pour en avoir une notion précise et pour les retenir.

La liaison s’opère entre revue et traité. Ainsi le Recueil de Législation, de Doctrine et de Jurisprudence coloniale, publié sous le patronage de l’Union Coloniale française, et en liaison avec le Traité de Droit Colonial de P. Dareste. Ce traité donnera une hase de documentation que le Recueil tiendra à jour, et réciproquement. Les 34 années antérieures du Recueil qu’il n’est plus possible à tous d’acquérir seront en quelque sorte résumées par le Traité.

Les trois publications suivantes ont été en partie coordonnées sous la direction du prof. J. E. Conrad.

— Grundriss zum Studium der politischen Œkonomie, en un volume.

— Handwörterbuch der Staatswissenschaftcn, 3” édition 1908 à 1911.

Jahrbuch für Nationalcelconomie und Statistik.

Ces publications forment donc un traité, une encyclopédie alphabétique et une revue.

Certains traités sont en liaison avec des tableaux muraux (ex. : Manuel de l’arbre, édité par le Touring Club de F rance).

Beaucoup de traités sont établis en collaboration, notamment en Allemagne, où plusieurs rédacteurs spécialistes sont groupés sous une direction éditoriale. (Ex. Handbuch der Technischen Mykologie, de Lafar.)

Les temps sont venus où les science», continuant à avoir besoin de grands traités systématiques, sont dans l’impuissance de les voir produite par des individualités isolées. La collaboration A deux ou trois est devenue courante: celle d’une association d’auteurs, d’un comité d’action comprenant des douzaines de membres y fait suite. Voici que s’instaurent peu A peu des instituts permanents dont la mission dévolue d’abord A de simples monographies, s’étend ensuite A des rapports et ultérieurement à des refontes et mises A jour de ces rapporta. Les organismes internationaux officiels ou privés remplissent ¡ci une fonction très importante. Ce qui se passe A la Société des Nations et au Bureau International est particulièrement intéressant A suivre, comme ce qui se passe dans les Instituts Scientifiques du Gouvernement des Etats-Unis.

f) Dans certaines matières, telles que l’art. le mot systématique a été pris dans un sens différent. Un ouvrage d’Art et d’Archéologie s’ouvre par une introduction donnant la définition et la division de l’art. Vient ensuite, coupée par période, l’histoire de l’art de différents peuples. c’est-à-dire celle de son développement organique. La partie systématique prend alors l’art dans son ensemble, elle l’étudie en lui-même, dans les matériaux qu’il emploie, dans les procédés qu’il applique, dans les conditions qui s’imposent à lui, dans le caractère qu’il prête aux formes, dans les sujets qu’il traite, dans la répartition de ses monuments sur toute la surface du terrain occupé pat la civilisation. (Plan du manuel de l’archéologie de l’art, d’Ottfried Millier, commenté par Perrot et Chippiez. )

s Après une période de synthèse philosophique et de théories esthétiques dont les deux tentatives les plus puissantes furent à ses débuts les Vorlctun/fcn über die Esihc-tik. de Hegel (1835-1838) et à son déclin la Philosophie de l’Art de Taine (1867), l’ambition des historiens de l’art dut se faire plus modeste. Avertis par l’insuffisance des encyclopédies éphémères, dont il serait d ailleurs injuste d’oublier les services, il» se bornèrent à des monographies. Etudier l’œuvre d’un artiste, l’histoire d’un monument, l’art d’une région, dépouiller les inventaires et les comptes, constituer des séries, dresser des catalogues, tel fut le mot d’ordre dans tous les laboratoires historiques. A l’histoire de l’art comme à l’histoire sociale en politique, on applique la devise célèbre de Fustel de Coulanges : a Une vie d’analyse pour un jour de synthèse. » André Zinkel. Histoire de l’art. Introduction.

  1. La philosophie a produit de grands traités depuis Aristote et depuis le moyen âge. Le Cours de Philosophie publié par l’Institut supérieur de Philosophie de Louvain comporte une série de volumes consacrés aux diverses parties de la philosophie par les divers professeurs.

Les traités types en psychologie sont ceux de Wundt. de Lieps. de James. d’Hôfdenmg. etc.

L’Allemagne continue à publier de grands traités. Par ex. celui de Joseph F robe» (Lehrbuch der experimer-tellen Psychologie, 2 vol, ensemble 1278 pages). Une somme, un ouvrage énorme, patient, serré et admira-blement documenté, comme il n’en paraît guère qu’en Allemagne, un traité que, grâce aux tables, on peut consulter comme une encyclopédie.

  1. Les auteurs des grands traités scientifiques sont placés devant une tâche énorme A raison des rapides transformations de la science.
  • La difficulté d’écrire un traité de physique, dit M, E. H. Amagat. consiste A foire pince aux études nouvelles tout en répétant les théories classiques. S’il est opportun, de modifier dès maintenant l’exposé de certaines branches de la physique en groupant de loin, autrement sans lien apparent, dont la dépendance réciproque résulte aujourd’hui de fait» expérimentaux solidement établis, ne paraît-il pas dans d’autres cas. plus convenable au contraire et plus prudent de conserver sans modifications essentielles l’exposition consacrée, en faisant entrevoir que dans

241 DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES

l’avenir des retouches et des adaptations pourront devenir nécessaires ? Ne serait-il pas regrettable et prématuré, par exemple, de mutiler actuellement l’œuvre admirable de KreSnel, sous prétexte do la souder en un ensemble plus homogène aux théories électro-magnétiques ? Il n’est donc pas de science, à l’heure présente, dont l’exposé soit hérissé d’autant d’écueils que celui de nos connaissances en Physique, si l’on tient compte surtout de la difficulté de discerner les travaux qui doivent rester, dans l’avalanche de matériaux trop souvent médiocres dont la science est de plus en plut encombrée, conséquence inévitable de son extrême diffusion, s

Le Traité de Physique de Chivolson est présenté comme un intermédiaire entre les livres classiques, rédigés souvent en vue d’un programme d’examen détermine et les mémoires originaux des ouvrages spéciaux.

Le grand traité de mécanique de Tisserand donne une exposition générale des connaissances de l’astronomie à 1 > fin du XIXe siècle. C’est une œuvre magistrale et durable qui remplace le traité de Laplace; c’est un ouvrage qui condense tous les résultats antérieurs au point de vue mathématiques et physiques.

Le traité de géologie de Hang est le plus récent. Il est Ion étendu lé volumes). Il tenveise toutes les théories antérieures, montrant le dynamisme dans les phénomènes.

Le traité de géologie de Lapparat a remplacé en 1832 tous les traités précédents. En 1903 avait déjà paru la 6’ édition. Il a pu, grâce à son succès, être tenu à jour. Il est comme un répertoire de connaissances de la terre à noire époque. L’ouvrage de Suess, grâce à son point de départ tectonique, a plus de vie. Le livre de Haug donne un enseignement par les gravures, qui enlève définitivement à la géologie ce qu’elle avait autrefois d’un peu rébarbatif.

Le grand ouvrage d’ensemble sur la paléontologie de Karl von Zittel est une révision complète des connaissances acquises sur les animaux et les plantes fossiles avec une histoire de chaque groupe, de son origine, de son évolution et de ses rapports vraisemblables avec les rameaux voisin*.

Le grand ouvrage d’Yves Delage et E. Hérouard. ( roilé de zoologie concrète, peut être considéré comme nn traité type.

Dans le cours de zoologie de J. Lensen. l’auteur choisit, comme type, pour choque groupe zoologique, un animal dont la description permet de dégager les caractères du groupe entier.

A propos d’un traité qui a fait époque (Les colloïdes, pat J. Duel aux, chef de InboraVolte à l’Institut de France. Paris, Gauthier Villars, 1920), on a fait l’observation suivante: que sur le nombre de travaux ayant pour objet l’étude théorique d’une matière nouvelle, il arrive qu’ils ne s’inspirent pas d’une doctrine unique. L’esprit se perd alors au milieu des contradictions et une mise au point »’impose. Le premier moyen est de réunir toutes 13 3 les données certaines en un ensemble cohérent. Le second consiste dans l’élimination de détails inutiles et surtout des doctrines périmée». Les théories se succèdent en révélant des formes de plus en plus parfaites. On peut reléguer dans l’histoire beaucoup de lois et de règles reconnues fausses ou inapplicables qui, très connues auparavant, continuent à subsister pour la forme et la tradition,

Il y a des rassemblements de données connues qui sont éparses. Par exemple, les poissons du Japon avaient été décrits dans des recueils non seulement du Japon mais dans tous les pays ; ils exigeaient des recherches bibliographiques absorbantes. Un répertoire dressé par MM. jordan lanaka et Snydcr (Journal of the College of Science, Imperia] University of lokio; t. XXX111, I, 1913) en a rassemblé et coordonne tous les documents dispersés.

Les ouvrages raisonnés des sciences appliquées ont une très grande importance. Il faut dresser sur des bases scientifiques et précises les préceptes de l’application, il iaut raisonner la pratique et l’emploi des choses, il s agit d’une part de considérer les objets et êtres décrits, tels qu’ils se comportent dans la nature et tels qu’on doit les envisager par rapport à l’usage que nous faisons d’eux. « Il s’agit de montrer comment les problèmes nombreux et parfois complexes que soulève la pratique, trouvent leur solution dans les études scientifiques et comment par suite ces dernières devant prendre leur rang et occuper leur place qui est la première, il est nécessaire de les exposer telles qu elles sont, comme d’en présenter toutes les conséquences, s ( I )

  1. La médecine a une matière immense à recueillir et à systématiser. Les traités sont des œuvres considérables.

Le nouveau traité de médeciuc et de thérapeutique s été publié en fascicules sous la direction de MM. Brouardel et A. Gilbert (40 fascicules, 200 fr. Paris. Bailère 1906).

Il est dit dans la préface : « Laissant aux dictionnaires et aux traités du temps jadis, la forme antique de lourds volumes, incommodes à consulter encore plus à lire, le nouveau traité parait en fascicules séparés, entièrement distincts, ayant chacun leur titre, leur pagination propre, leur table des matières. Chaque fascicule se vend séparément et forme un tout complet réunissant les maladies qui constituent des groupes naturels.

s Pour assurer à la publication une plus grande rapidité, les fascicules sont publiés aussitôt prêts, sans tenir compte de l’ordre des numéros «

Le Traité d’hygiène publié par Brouardel et Mosny, avec un grand nombre de collaborateurs (Paris, Baillière et Fils) est divisé en 20 foscicules qui ont paru mensuellement, mais sans suivre l’ordre des numéros afin d’assurer une publication plus rapide, écueils où s’étaient (!) Louis Roule. Traité laiton né de la pisciculture ef des pichet.


134 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 241

heurtas jusqu’à présent les grands traités de médecine publiés en gros volumes avec des collaborateurs multiples.

  1. Le Droit présente cette particularité qu’il a dans la pratique non moins que dans la théorie, besoin de textes et d’interprétation de texte. De là l’importance des traités de Droit, L’ordre suivi par l’exposé des traités de Droit fournit un moyen en quelque sorte mécanique de se retrouver dans le dédule des opinions et des décisions judiciaires.

Un ouvrage de droit anglais, tel que celui de Taylor Law of évidence as administered in England and Ireland cite dans ses 1253 pages environ 10,000 cas.

Les Pandectes belges (Corpus Juris Belgici) inventaire général du droit de la Belgique, par Edmond Picard et ses collègues comprennent plus de 120 volumes. Son fondateur a rapporté de ns un écrit spécial intitulé Une grande aventure juridique, la genèse et le déroulement de ce grand travail.

Le Traité pratique de droit civil français de MM. Planiol et C. Ripert est entrepris avec le concours de professeurs des facultés de droit. Il paraîtra sous une forme condensée un exposé complet de la doctrine de la législation et de la jurisprudence. Il comprendra 13 volumes de 800 à 1000 pages et un 14” consacré aux tableaux. Il combine en un seul ouvrage les avantages d’un exposé méthodique de doctrine, d’un répertoire de jurisprudence et d’un code annoté.

Le Traité de droit international public de Pradier-Fodcré est en 8 volumes d’un millier de pages chacun.

Il est accompagné d’une table analytique de 198 pages.

Du Droit Romain de Georges Cornil (Aperçu historique sommaire ad usucum cupidae legum juventutis. Bruxelles 1921, X-746 p.) son rapporteur a dit : c’est le fruit’ magnifique de trente années d’enseignement et d’une vie toute consacrée à l’étude et à de sérieuses recherches.

Il résume de façon personnelle tous les travaux antérieurs sur la matière, y compris ceux de l’auteur. C’est en 700 pages tout ce que la pensée humaine a, jusqu’à nos jours, enfanté de plus savant et de plus profond sur ce grand sujet renouvelé de siècle en siècle: le droit romain que les modernes comprennent mieux que les Romains eux-mêmes ont jamais pu le comprendre. C’est un chef-d’œuvre en son genre

  1. Sous le titre « Les archives du manuel social «, publié sous la direction des PP. A. Vermeersch et A. Muller S. J., paraissait périodiquement en forme de fascicules d’importance variable, des études dont l’ensemble composera un Manuel doctrinal de première valeur sur toutes les questions sociales à l’ordre du jour. Le fond J de cet ouvrage sera constitué par la réédition refondue, mise à jour et considérablement augmentée du Manuel social du P. Vermeersch.

l) Le Manuel de littérature de Brunetière se divise typographiquement en deux parties: en haut des pages. un « discours » d’affilée sur la suite de lettres françaises

jusque environ 1880; en bas des notices consacrées aux divers auteurs.

  1. Les traités d histoire sont les œuvres dites de seconde main qui sur le fondement de documenta originaux exposent les conclusions des auteurs sur les faits, li y a le traité d’histoire générale et le traité d’histoire spéciale.

Le difficile est le bon sectionnement des séries. Ex. :

Le répertoire chronologique de l’histoire universelle des Beaux-Arts, depuis les origines jusqu’à la formation des écoles contemporaines, par Roger Peyre. Vérification des dates. Concordances de l’Histoire des Beaux-Arts chex tous les peuples. Paris, H. Laurens, 534 p.

Par année, sous chaque année par pays, une table alphabétique des noms propres usités.

Dans l’Histoire spéciale (ex.: Histoire de l’Art). Il s’agit de présenter un tableau de l’histoire, l’évolution avec assez de détails pour que l’entraînement puisse en être suivi.

La difficulté est de faire une place aux influences des matières exclues des sujets traités. Il est impossible dans le traitement d’une matière si vaste et si complexe de conserver pour chaque partie des coupures rigoureusement synchroniques. Mais on s’efforcera du moins que le groupement et l’enchaînement logiques des œuvres et des faits ne soient jamais rompus.

  1. Les grands Grundrisse des Allemands sont élaborés I en collaboration d’après des plans généraux dressés par

les directeurs de la publication. Ex.: Le Grundriss de Ueberwcg.

  1. Il existe de grandes collections de traités ou manuels. Par ex. en français la collection des manuels Roret pour les divers arts et métiers.

La nouvelle collection des « Mises au point » (Paris. Gauthier Villars) a pour but de compléter avec un minimum d’efforts l’instruction générale scientifique et de la mettre au courant de l’essentiel de la science moderne. Ce ne sont pas des traités didactiques, ni des ouvrages de documentation, mais bien des livres de lecture scientifique; nulle formule n’arrêtera le lecteur et des figures schématiques ou photographiques éclairent constamment le texte. Un index sommaire des récentes publications accompagne chaque volume. Celui-ci comprend :

1° un rappel des principes essentiels nouveaux et anciens ;

2° un tableau juste, assez complet et détaillé, très clair avec références et documentation (modérée) de l’état actuel des sciences, tant comme principe que comme application, en insistant davantage sur les plus récentes, peu connues du public d’âge mûr, ^ans négliger 1*historique de la science étudiée, l’enchaînement des découvertes, l’évolution des idées et doctrines et le perfectionnement des méthodes ;


241 DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 135

3° des conclusions generales de l’extension possible de la science envisagée, les possibilités dévolution des théories et des principes ; enfin les principaux problèmes qui restent à résoudre et perfectionnements à réaliser.

La collection des « Manuels Hoepli » comprenait dès 1906 plus de 900 volumes. Cette collection forme la plus vaste encyclopédie des sciences, des lettres et des arts ayant paru en Italie. Les manuels portent sur toutes les branches. Leur prix varie de fr. 1.50 à 12 fr.

On a appelé « encyclopédie * une collection de traités sur les branches des sciences humaines ou sur toutes les branches d’une science complexe.

241.214 METHODES. DESIDERATA.

Une méthodologie du traité se dégage progressivement de l’expérience. Plusieurs auteurs dans leur introduction en ont formulé certains principes. ( I ) Des observations, recommandations, desiderata sont à formuler à ce sujet.

  1. Le traité doit être concis. Dire beaucoup de choses en peu de mots, tel est l’idéal du bon traité. Mais la concision ne saurait être au détriment ni de la précision, de la clarté, ni de la complétude.

Il doit résumer la multiplicité des faits et les découvertes quotidiennes. Le but est de dégager des milliers de monographies des « contributions » entassées sur les rayons des bibliothèques, les résultats positifs et les vues générales qu’il semble permis désormais de considérer comme assurés. C’est utile ne fut-ce que pour marquer plus nettement sur la carte les frontières des terræ incógnitas.

Le traité résume à l’usage des débutants tous les travaux antérieurs de manière a leur rendre l’étude plus aisée et à leur fournir sur toutes les recherches qu’il leur plairait d entreprendre un point de départ et une méthode.

Ils ne doivent pas être aussi complets que possible, mais l’auteur doit se préoccuper de ne jamais laisser le lecteur sans aucun renseignement sur un sujet. Les détails sont l’affaire des ouvrages plus spéciaux.

  1. Le traité doit être complet ; il doit être l’exposé de toutes les matières de la science à laquelle il est consacré.

Il y a lieu d’envisager le traité le plus complet et en tirer ensuite des types moins complets, soit qu’on y omette des parties, soit qu’on en résume d autres.

En principe, il y a donc des traités de type élémentaire (minimum), moyen, supérieur (maximum).

Des procédés typographiques peuvent faire distinguer les degrés de l’exposé. Par ex. dans le sommaire et dans (I) Yves Delage i t Sur la manière d’écrire dans les sciences naturelles. Préface d’un mémoire sur l’Embtyo-fence des éponges s, In: Arcli, de zoologie expérimentale et générale, 2“ série, t, X. 1892. Voir aussi la préface et l’avis au lecteur du traité de zoologie concrète du même auteur. le corps même des chapitres, les idées et les faits de première importance sont imprimés en caractères gras qui attirent l’œil. (Ex.: Cours d’histoire: Ch. Guignebert. L’Europe et le moyen âge, de Dupont Ferrière).

Chaque paragraphe du texte est résumé en une phrase liminaire composée en caractères gras, (Ex. : Résumé aide-mémoire d’histoire de la littérature française de De Plinval. )

  1. Le traité doit faire application des fotmes bibliolo-giques les plus avancées. Fout ce qui a été dit des parties et de la structure du livre se retrouve ici. Un traité en fait est la réunion en une superstructure biblio-logique de divers éléments structurés plus simples. (Par ex. : le cliapitrage, les notes historiques et autres, les tables, la bibliographie, les illustrations, etc.)

Ainsi les idées générales qui dominent chaque science comme prémisses ou comme conclusion, les lois qu’elle établit, les grandes séries de faits et les formules qui les résument, sont exposées dans des paragraphes dont chacun porte un numéro d ordre et se complète par une suite de notes imprimées en caractères plus fins. Dans ces notes sont indiquées les idées d’une importance secondaire et les applications particulières de chaque loi ; les assertions sommaires sont justifiées par des renvois aux ouvrages spéciaux d’où elles ont été tirées ; parfois même les plus importants des textes que l’auteur a visé sont transcrits en entier. Par là. le lecteur est ou dispensé de recourir aux sources ou mis à même de savoir auxquelles il doit s’adresser aux plus riches et aux plus privés.

  1. Le traité doit être coordonné, il doit être synthétique. Les propositions les plus importantes sont à présenter dans l’ordre optimum de leur enchaînement. Beaucoup d’auteurs, pris de court par le temps, se bornent à reproduire comme chapitre d’un livre des études particulières parues en articles dans les revues ou présentées dans les congrès. C est un avantage de posséder en un même recueil l’ensemble de leurs pensées, mais ce serait un avantage plus grand s’ils s’astreignaient — travail long, méticuleux et difficile — de reformer leurs divers écrits sur une matière en un seul qui se présenterait dans l’unité de son corps d’idée et de sa forme d’expression.
  2. Le traité doit être systématique. La rédaction alphabétique est la plus éloignée de toutes des principes de la classification naturelle. Il faut dès lors, chercher à donner à la rédaction systématique tous les avantages de la recherche systématique. (Voir ce qui a été dit sous le n” 224. Exposés systématiques.)

La méthode de découverte n’est pas forcément celle qui convient à l’exposé des résultats acquis. En fait cet exposé se fait de deux façons s’il s’agit de toute une science: sous forme de dictionnaire ou sous forme de traité.

Dans le dictionnaire on expose à chaque mot ce que l’on sait de l’objet correspondant en utilisant toutes les


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lois qui s’y rapportent. On fait donc une synthèse d’explications. il en résuite qu’en général un tel article ne sera compris que par un lecteur déjà familiarisé avec les lois elles-mêmes. Les dictionnaires sont commodes pour chercher des renseignements, des détails que l’ordre alphabétique permet oc trouver aisément, mais ils ne donnent aucune Idée de l’enchaînement des lois scientifiques, c’est-à-dire de l’essentiel de la science.

Le traité se propose d’exposer cet ordre, un ordre linéaire et logique, mais il ne donne pas la moindre idée de la façon dont la science se fait. Ils sont précieux pour les gens de métier, savants ou étudiants. Dans les parties les plus avancées des sciences où l’enchaînement déductif des lois est bien conçu, ils sont d’admirables monuments de logique.

En somme, pour décrire l’arbre de la science, ou bien on le met en morceaux qu’on étiquette et qu’on range dans l’ordre alphabétique : c’est le dictionnaire. Ou bien on te décrit en allant des racines vers les feuilles: c’est le Irai lé synthétique, mais pour des raisons variées, on en éloigne toutes ou presque toutes les feuilles. (I)

  1. Le traité doit offrir de l’unité. Il est nécessaire que les gros traités soient faits en un seul traité, de temps et conçu avec un rigoureux esprit d’unité, faute de quoi l’indécision se produit dans les recherches et le défaut de proposition dans les vues. Les sciences, les faits ne marchent point d’un pas régulier. Sur certains points, ils sont stationnaires sur d’sutres ils se transforment avec rapidité ; leur variation et leurs progrès sont subordonnés aux variations et sux progrès des sociétés. Il faut à un moment donné en tracer le tableau, ce que ne peuvent les périodiques.
  2. Le traité pourrait être à la fois impersonnel en re qu’il rapporte l’état de la science œuvre connue et personnel en ce qu’il donnera un classement et une direction de pensée aux données exposées et qu’il rattachera aux diverses matières classées des données nouvelles et originales.
  3. Le traité doit être à jour.

Le traité classique en élimine cependant tout ce qui trop récent ou trop individuel encore, risque d’être éphémère. Il doit aussi éliminer tout ce qui est tombé définitivement en désuétude et n’est plus pris en considération ou au sérieux par personne. Cependant il signalera en note l’existence du récent et du périmé.

j) Le traité doit présenter des concentrations classées de données. Il y a des travaux possibles avec l’appareil bibliographique existant, mais fastidieux et provoquant le gaspillage du temps. Ainsi par ex., avec certains traités de zoologie, l’étudiant est obligé de prendre un animal et de rechercher, dans le chapitre anatomique tout ce que 1 (1) E. Brucker; L’éducation de l’esprit scientifique. Revue scientifique. 30 mai 1906. l’on dit de lui en citant son nom entre parenthèses, à la suite de quelque courte indication, de manière à se constituer un type au moins sur lequel il puisse reposer son esprit. Mais jamais il r’y arrive, car celui que l’on cite à propos de l’appareil digestif n’est plus cité quand on passe au système nerveux ou aux organes de la reproduction. Il n’arrive jamais que le même soit pris à propos de toutes les fonctions et l’étudiant se résigne, de guerre lasse, à prendre les choses comme il les trouve et à rester dans le vague des abstractions. Ce travail qu’il n’a pu faire, c’est à l’auteur à le faire pour lui. C’est à fauteur à lui présenter let chose » dans la /orme où Ille désire, où il a besoin qu elles soient pour en avoir une notion précise et pour les retenir. (Yves Delage.)

  1. Le traité, par son contenu et sa présentation, sera un stimulant au développement de la science et non une cristallisation. En montrant les progrès dans le passé, il doit être un rappel pour le progrès dans l’avenir: en indiquant les points acquis, il doit signaler les problème’ posés et restant a résoudre.

Le traité ne doit pas chercher à imposer le statu quo dans l’encre et le papier, et a le perpétuer sous cette forme.

  1. Le traité sera l’ouvrage essentiel de l’exposé fondamental de chaque science, l’ouvrage intégral. On y trouvera à leur expression optimum, les divers éléments bibliologiques combinés entre eux également.
  2. Le traité fera partie intégrale de l’organisation de la documentation et de l’édition.

Il en sera partie notamment : 1° en mettant en œuvre toute la série coordonnée des formes bibliographiques élémentaires; 2° en s’établissant en corrélation avec la série des formes fondamentales de publication (encyclopédie, revue, annuaire, atlas, bibliographie) ; 3° en appliquant les règles formulées pour la publication et pour la biblio graphie ; 4“ en étant une contribution au plan de la Documentation universelle,

  1. Le traité sera largement en coopération. L’organisa lion suivante, déjà largement esquissée dans la réalité, permettrait d’arriver à une documentation intégrale. Elle reposerait à la fois sur l’enseignement, sur les services scientifiques officiels et sur les sociétés scientifiques, les chaires des instituts supérieurs, les séminaires similaires de tous les pays, qui sont presque tous membres des associations internationales. Celles-ci pourraient assumer en coopération systématisée et continue, établir un traité fondamental de chaque science. Puisque les matières ont à être enseignées partout, le travail de mise au courant de la matière est déjà effectué par les professeurs. Les cours partout devraient être objectivés par un traité complet mis à la disposition des étudiants. Les assistants des maîtres, aidés d’étudiants, auraient la tâche de l’élaboration matérielle des traités au moyen des matériaux publiés de divers côtés.

241 DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 137

241.22 Encyclopédie. Dictionnaire.
241.221 NOTIONS.
  1. L’encyclopédie est l’ouvrage qui traite ou prétend traiter de toutes les sciences humaines. L’encyclopédie est aussi le terme donné à la connaissance de tout ce que l’homme peut savoir. Le mot vient du grec cnkuklopaideia qui signifie littéralement cercle de sciences, de en dans, A;ui’/<>5 cercle et paideia, instruction science.
  1. Le mot encyclopédie a reçu cinq sens différents : 1“ l’encyclopédie dite universelle ; l’ensemble d’une science dans toutes ses notions abstraites et concrètes ; 2 l’encyclopédie dite vulgaire ; notions sommaires sur toutes les parties d’une science ou des sciences; c’est l’encyclopédie des gens cultivés; 3° l’encyclopédie comme science préliminaire, notamment pour préparer aux études; 4” l’encyclopédîe comme science complémentaire (compléter les lacunes des études) ; 5” l’encyclopédie philosophique : ensemble des généralités abstraites et permanentes d’une science : les normes ou premiers principes ; les constantes. ( 1 )
  1. L’encyclopédie répand des connaissances sur tout ce qu’il n’est plus permis à personne d’ignorer: science, industrie, technique, histoire, art, société. Elle permet de suivre partout le mouvement grandissant de l’évolution humaine. A notre époque la curiosité de la pensée est devenue générale et l’encyclopédie est devenue l’outil de cette curiosité. C’est l’âge oii la riche matière des dictionnaires se systématise en encyclopédies méthodiques.

Nous sommes, disent toutes les œuvres, à l’âge de l’encyclopédie. Elles ajoutent: l’esprit le mieux nourri n’est pas celui qui connaît les choses, mais celui qui sait où les trouver (n’est-ce pas là une nouvelle version de la primitive devise de l’Institut International de Bibliographie ; « Quid seit ibi scientiae habendi est proximus »). Il laut créer l’habitude de recourir à l’encyclopédie (Encyclopédie habit). L’encyclopédie est la pierre angulaire (Cornerstone) de la Bibliothèque. Elle est le lien entre tous les livres. La voilà pénétrant déjà dans l’école et de là elle pénétrera à la maison, comme le dictionnaire a débuté aussi par l’école aux Etats-Unis. Elle est le moyen illimité de répondre aux questions sans limite». Pas besoin comme aux livres d’index placé à la fin ; tout sujet, si large ou si spécial, figure à sa pince alphabétique propre. El ils ajoutent encore: les connaissances qui ont coûté à l’homme des centaines de millions, on les achète aujourd’hui pour un prix vraiment insignifiant.

d) Les ouvrages en la forme dictionnaires sont utiles pour ccncentrer des renseignements nombreux où l’on se préoccupe plus de la précision et de la « monographie de chaque sujet » que de leurs liens de dépendance et de connexion. Ce sont pat excellence des ouvrages que l’on (I) (I) Comp. E. Picard. Les constantes de droit, 1921, p, L consulte au lieu de les lire de I* première à la dernière page. Les Dictionnaires comme les Encyclopédies sont des instruments plus souples que les infidèles mémoires. Ils les aident et laissent les hommes plus libtes, plus dispos. Ils fournissent vite, à toute heure, suivant les besoins de l’instant, les renseignements, la documentation de la vie, des sciences, des métiers. Ainsi l’instrument d’information par excellence est le dictionnaire dont la forme offre un ordre plus large, mais de consultation plus nt’ée que l’ordre logique ou scolaire des questions.

Un dictionnaire se compose de notices et chaque article étant un tout complet par lui-même, est plus compréhensible que les parties des traités qui reposent sur l’exposé antérieur. On peut donc les comprendre directement et par là tout en restant scientifique, on obtient un résultat de vulgarisation. On vise à donner l’exposé complet et scientifique des faits connus jusqu’à ce jour,

  1. Il y a inconvénients et avantages à la forme dictionnaire : il est impossible d’y trouver une question traitée dans son ensemble et il faut aller en chercher les éléments dans dix articles et patfois dans dix volumes. C’est le morcellement arbitraire et indéfini avec les doubles emplois et les répétitions innombrables. C’est l’absence complète de méthode et d’unité mal dissimulée par la régularité apparente que consacre l’ordre alphabétique. La lenteur avec laquelle paraissent les volumes et le nombre auxquels ils s’élèvent lassent souvent la patience du public.

Un traité et un dictionnaire ne rendent pas les mèmer offices. Quand on chciche un renseignement précis sur un point quelconque, on le trouve rarement dans un traité dogmatique. Ceux-ci étant des ouvrages classiques doivent être courts et peu coûteux, insuffisants et détaillés. Un dictionnaire facilite les recherches par le fait d’un vocabulaire détaillé. Certains articles très généraux sur des questions fondamentales peuvent constituer de véritables monographies rapprochant le dictionnaire du traité.

Une science pour être complète doit sortir des limites trop étroites où on la tient souvent enchaînée et envahir les domaines qui lui étaient autrefois interdits en les traitant du point de vue de la science envisagée.

Certes, sur ces sciences connexes, on n’utilisera que des livres cpmmuns et des mémoires déjà publiés, sans prétendre user du neuf ; mais ce sera déjà une œuvre bien importante que de rassembler les données éparses, de manière à les présenter dans leur ensemble. En outre, l’histoire d une science, la biographie et la bibliographie ne sont guère présentées dans les traités. En conclusion, le dictionnaire n’est pas le manuel ni le traité, il n a ni la belle ordonnance ni l’enchaînement des idées qu’on admire dans ces ouvtages. L’ordre alphabétique s’y oppose. Il brise fatalement la suite logique, les intéressantes discussions sur les points controversés. En revanche


138 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 241

il donne en peu de aigues tout ce que le lecteur a besoin de savoir ; il replace les faits, les choses, les personnages dans leur vrai cadre, il résume les découvertes, le tout débarrassé des difficultés techniques et mises à la portée des esprits peu cultivés.

241.222 HISTORIQUE.

L idée de réunir dans un seul ouvrage toutes les connaissances humaines est fort ancienne. Les premiers livres confondaient tout ; c’était des polygraphies dans toute la force du terme. L’œuvre du temps a consisté à distinguer les genres. Aussi les anciens livres sacrés, la Bible notamment, étaient de véritables encyclopédies. Moïse et Confucius ont été des centralisateurs. Les exposés de la philosophie antique, épanouis dans l’œuvre d’Aristote, offrent une idée de l’encyclopédie. Les écrits des poly-graphes grecs, ceux de Caton, Varon et Pline, ont un caractère encyclopédique. Au Ve siècle de notre ers, Martianus Capclla réunit en un seul livre les sept sciences qui composaient alors tout le savoir humain : grammaire, dialectique, rhétorique, géométrie, astrologie, arithmétique et musique. En avançant dans le moyen âge, on rencontre des encyclopédies spécialement consacrées à telle ou telle science et connue sous le nom de « Summae » ou IlSpécula ». Salomon, évêque de Constance, tenta au IXe siècle un OicUonarium Universale. L’œuvre littéraire gigantesque du moyen âge est l’encyclopédie d’Albert Le Grand, 2I volumes in-folio dans l’édition Jammy (1615) et 38 in-quarto dans l’édition Sorgnet (I890-99). Saint-Thomas d’Aquin produisit sa Somme qui a traversé les âges. Sous le régime de saint Louis, au XIIIe siècle, le dominicain Vincent de Beauvais composa à la demande du roi, son Spéculum historiale, naturale, doctrinale et morale, vaste compilation destinée à reproduire les notions éparses dans les divers écrits. Cependant dans tous ces ouvrages l’idée d une encyclopédie demeurait encore incomplète. Des tentatives plus précises furent faites dès le commencement du XVIIe siècle. En 1606, un professeur de Brème, Mathias Martins. traça le plan d’une encyclopédie complète ; Henri Alated publia à Herborn une Encyclopédie VU Tomis distincta (1620). Bacon, par sa classification méthodique des connaissances humaines (1620), sera le germe de ce qui devrait au XVIIIe siècle produire de véritables encyclopédies. Le dictionnaire historique et critique de Bayle (1696) a exercé une immense influence sur la direction des idées au XVIIIe siècle. On Ta appelé une œuvre à l’allemande, une compilation informe de passages cousus à la queue les uns des autres. L’auteur ne cherchait qu’un texte, un prétexte pour développer ses propres idées.

La plus célèbre des encyclopédies fut celle fondée par Diderot sous ce titre « Encyclopédie ou Dictionnaire » raisonné des sciences, des arts et métiers, par une s société de gens de lettres, mis en ordre par Diderot et > quant à ht partie mathématique par d Alenihert (1751-» 1772. 28 vol., suppl. 1776-1777, 5 vol.; table analytique » et raisonné, 2 vol. 1780). »

En tête de l’Eneyclopédie fut donné le fameux Discours préliminaire, supérieur, disait Voltaire, à la Méthode de Descartes et égal à ce que Bacon a écrit de mieux.

L’Encyclopédie ne traitait que de certains sujets choisis relatifs aux lettres, aux arts, aux sciences ou aux métiers. E: elle les présentait dans leur ensemble.

Cet immense tecueil fut plusieurs fois réimprimé. Monument grandiose des connaissances humaines et de l’esprit philosophique novateur, l’Encyclopédie fut un instrument de guerre en même temps qu’une œuvre de science. La Révolution y puisa la plupart de ses principes. Une infinité de publications du même genre ont paru depuis dans divers pays.

Les Encyclopédies se sont succédées en France, âpres la première. Le «Dictionnaire philosophiques de Voltaire. L’«Encyclopédie méthodique» éditée par Panckouke et Agasis (1782 1832) en 201 volumes; articles classés par matières constituant Je cette sorte une série de dictionnaires particuliers de diverses sciences. « Encyclopédie moderne » (1824-1832). «Encyclopédie des gens du monde» (1831-1844), «Dictionnaire de la Conversation. Encyclopédie nouvelle» (1834). «Encyclopédie catholique» (1838).

Le grand dictionnaire universel du XIXe siècle, de Pierre Larousse (1863) se propose ce programme: Combiner le dictionnaire et l’encyclopédie, enregistrer dans l’ordre alphabétique tous les mots, quels qu’ils soient, en groupant autour de chacun d eux les faits et les idées qui s’y rattachent et en donnant l’explication immédiate, faire un dépouillement complet du savoir humain répondant à la formule « Instruire tout le monde sur toutes choses ».

En Angleterre, il y eut un mouvement encyclopédique parallèle à celui de la France et le devançant parfois. « The Encyclopedia * de Chambers est de 1728. L’Encyclopédie britannique publiée à Edimbourg (1771) a abouti à l’Encyclopedia Britannica de nos jours. (Voir ci-après. ;

En Allemagne, de nombreuses encyclopédies furent aussi publiées. Celle de Zedler (1751), de Jablonsky (1767), de Koster (1779), de Hübner. VAllgemeine Ency-clopadic de Ersch continuée par Grüber (1818), le Kon-versations Lexikon de Brockhaus.

La Chine s’est montrée de bonne heure le pays des encyclopédies. Le Pài-Wcn-Y un-Fou est celle qui contient avec la langue tout ce qui concerne la Chine dans l’ordre physique et moral. Il est dû à 76 lettrés réunis à Pékin sous la présidence de l’Empereur Khangh-hi, œuvre de 127 volumes terminée en huit ans (1711). (I) ( I ) Sur les encyclopédies et les dictionnaires, voir Larousse, Dictionnaire Universel, Introduction et Ve Dictionnaire. Un exemplaire en 3,000 volumes de l’Encyclopédie chinoise a été donné aux Instituts du Palais mondial.


241 DOCUMENTS B!BLIOGRAITIIQUES 139

241.223 ESPECES.
  1. On distingue les encyclopédies générales et spéciales, les exposés alphabétiques des exposés méthodiques, les encyclopédies réelles des dictionnaires de la langue, les traités, les encyclopédies des textes, des collections qui reproduisent les notions et les données.

On a distingué aussi les ouvrages encyclopédiques, lexicographiques et les ouvrages biographiques, ces deux dernières catégories devant cependant être tenues comme des contributions importantes à l’Encyclopédie totale.

La Terminologie est insuffisamment fixée. Les termes encyclopédies et dictionnaires s’emploient indifféremment quand l’œuvre est alphabétique. Parfois le terme encyclopédique a été attribué à des traités systématiques (par ex. l’Encyclopédie des sciences mathématiques).

  1. D’une manière générale, il y a deux grands types

d’encyclopédies : l’encyclopédie analytique qui prend

le type de dictionnaire, qui enregistre les détails et qui sert de « dock » aux curiosités de l’esprit; l’encyclopédie synthétique qui présente les éléments essentiels et expose le savoir selon les grandes lignes de la classification.

  1. Les grandes collections fractionnées en petits volumes constituent en fait de véritables encyclopédies systématiques. Ainsi les collections allemandes telles que « Gros-schen Sammlungep » et « Aus Natur und Geisteswelt » (Verlag Teubner).
241.224 TYPES O ENCYCLOPEDIE.

Il existe un grand nombre de grandes encyclopédies. L’existence des unes a facilité l’établissement des autres.

  1. L’Allemagne possède diverses grandes Encyclopédies.

Le « Brockhaus » et le « Meyers Konvcrsations Lexikon ». Celui-ci a été fondé en 1626. A chaque édition, le nombre de volumes augmente. (17 volumes de la 5° édition avec 10,300 illustrations et un tirage accusé de 250,000 exemplaires). La grande encyclopédie allemande « Der grosse Herdcr » (Herder et Cie, Freiburg. Maison Catholique), Elle ajoute aux données documentaires des réflexions et des conseils pratiques. Abondamment illustrée.

L’encyclopédie «Brockhaus» a instauré ce procédé de retirer de la circulation les anciens exemplaires, en les reprenant en payement d’une partie du prix. Car il ne suffit pas de lancer des livres nouveaux, il faut empêcher l’encombrement produit par les anciens.

  1. L’Italie a mis sur pied une encyclopédie nationale.

Un mécène — c’est la première fois que cela se produit — a fondé un institut pour établir cette encyclopédie. Il y aura trente-deux grands volumes illustrés.

D’autre part, une » Enciclopedia delle encidopedie » est en cours, en 16 parties spéciales de 1,000 pages, mais en vente séparément. L’œuvre sera complétée par deux volumes de dictionnaire synthétique. Comprenant tous ? les mots du savoir su.vi d’une brève interprétation et de ? références aux volumes où la matière a été traitée, c’est donc une fusion de la méthode alphabétique et de la méthode synthétique (trattatistico).

  1. L’Encyclopædia Britannica a été fondée en 1768. La 14’ édition récemment parue offre des faits typiques du degré de développement où en sont arrivées les grandes encyclopédies. L’édition a été réalisée par la coopération de 3,500 collaborateurs de partout. Il a été dépensé £ 400.00Ü avant toute impression. L’œuvre totale a coûté £ 500,000 (environ 62 millions de francs belges). Il n’y avait plus eu refonte de l’Encyclopacdia depuis vingt ans. Les éditeurs annoncent leur œuvre comme la première Encyclopaedia « humanised », pratique au plus haut degré, complètement « pictured » (illustré) et non seulement à jour, mais « à la minute ». Elle est l’œuvre d’une firme: «The Encyclopredia Britannica Cy Ltd», qui a fait copyright tout son contenu en 1929. L’éditeur en chef a été Mr. J. L. Garvín. Les éditeurs ont formulé ainsi les buts multiples qu’ils ont eu en vue : Pour tout ceux qui désirent comprendre le temps extraordinaire où nous vivons, les nouveaux mécanismes, les nouvelles structures sociales et économiques. Le « digest » des informations universelles que I on peut obtenir n’importe ou, sur n’importe quel sujet. Toutes les connaissances assimilées par l’Humanité et les informations indispensables sur aujourd’hui. Accessibilité immédiate à toutes les connaissances, les faits et les théories, tout ce qui est arrivé dans le monde et tout ce qui existe aujourd’hui, La solution apporte à généraliser des problèmes qui se posent à chacun à chaque instant dans la vie, dire comment faire une multitude de choses. Elle répond au besoin de lecture. Elle permet de continuer seul son instruction, la matière y étant exposée par les meilleurs maîtres. ( I ) L’Encyclopédie comprend approximativement le contenu de 500 livres de format moyen. Au prix moyen de 10 s. 6 d. chacun, cela ferait £262.10 *., soit approximativement dix fois le prix de l’Encyclopédie. Elle comprend 500 cartes, dont 192 en couleurs, et réunies en un volume avec un index géographique de 100,000 noms de lieu (Atlas-Index). Des bibliographies sont données à la fin de chaque article pour diriger la lecture. L’index alphabétique comporte un volume séparé : il comprend 500 mille rubriques, 15,000 illustrations visualisant le texte, plus de 1,200 planches, dont beaucoup en couleurs.

En tête de chaque grand article traitant des grandes divisions de connaissances, il y a une introduction indiquant quels articles sont à lire pour avoir une connaissance appropriée du sujet. Ceci est une caractéristique nouvelle. (I) (I) La présentation dit ; e It in not only a book to consult, but a book to enjoy, without any sacrifice of that erudition which has been the peculiar glory of the Britannica in the past, it has been « humanised » so that the riches of all knowledge are accessible and intelligible to the plain man. s


140 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 241

Le papier de l’Encyclopédie est approprié à son objet. C’est le résultat d’années d’expériences. Il a été spécialement fabriqué. Le corps est de pur sulfite et chiffons.

Il est de couleur crème claire, opaque et velouté. Les pages sont faciles à tourner.

C est un fait remarquable qu’une œuvre de cette ampleur puisse être produite sous la forme d une entreprise privée. Elle marque une audacieuse tentative pour étendre de plus en plu9 le marché de l’Encyclopédie et par une publicité commerciale appropriée pour faire comprendre dans les milieux de la science, de l’éducation, de l’administration, des affaires, dans le milieu des familles, les avantages de posséder l’instrument d’étude et d information qu’est une grande encyclopédie. Le prix complet est de £ 27 6 avec reliure en pleine toile et meuble pour contenir les volumes. Le prix est de £ 1 à la commande mais il y a 25 payements mensuels consécutifs de 23/9 chacun. L’Encyclopaedia Britannica projette de reprendre et grouper en volumes spéciaux tout ce qui concerne telle branche de science et de l’activité humaine.

  1. Les Soviets ont mis en publication la grande encyclopédie russe. Aux Etats-Unis F Encyclopedia Americana est complétée par « The Americana, an Encyclopedia cl Current Events». D’autre part, la World Book Encyclopedia avec sa nouvelle édition en 12 volumes, 8,000 pages, 10,000 illustrations, a coûté un million de dollars d établissement.

En Espagne. 1*Encyclopedia España est fort bien documentée et abondamment illustrée.

L’Encyclopedia Espasa, de la maison « Espasa Colpe >, comprend 70 volumes.

L’Encyclopédie anglaise « Europa » est sur feuilles mobiles.

Pour la France, le Larousse du XXe siècle en 6 volumes comprend 200,000 articles, 50,000 gravures.

La « nouvelle encyclopédie française » est en préparation. M. de Monzie en a conçu le plan. Selon la préface, il ne s’agit plus d’établir une compilation, ni un dictionnaire a qui serve de dock » aux curiosités de l’esprit. Les manuels, les ouvrages de diffusion élémentaire ne manquent point.

L’originalité de l’encyclopédie, qui comptera dix à douze volumes, consistera dans la substitution à la formule alphabétique, encore observée dans la dernière encyclopédie, publiée sous la direction de Marcelin Berthelot, d un classement nettement méthodique. Et, pour faciliter les recherches, un dernier tome recensera alphabétiquement touts les matières traitées. Enfin, suivant des règles à définir, l’ouvrage sera constamment mis à jour des progrès scientifiques. Les biographies seront réduites au minimum ; aucune dépense romptuaire d’illustrations n’entravera t achèvement de la tâche.

Les méthodes qui interviendront à l’origine dans la répartition des sujets seront de la rigoureuse et féconde loi de la division du travail. L’esprit de parti sera exclu. On fera appel à l’Université, mais il ne s’agit pas d’une œuvre universitaire.

Les ressources? Il s’agit ici d’une entreprise désintéressée. Elle ne demande rien au budget. Par des dons, des legs, l’autonomie civile devant lui être octroyée par le Conseil d’Etat, elle devra s’assurer des fonds. Ni les libraires, ni les éditeurs ne siégeront au comité. S il y a bénéfice, il ira à la caisse des lettres et des sciences. L’œuvre s’inspirera de l’esprit de dévouement qui anime les savants.

241.225 ENCYCLOPEÜIES ET DICTIONNAIRES SPÉCIALISÉS.

Les encyclopédies et dictionnaires spéciaux existent pour toutes les branches de nos connnatssances : philosophie, sciences, arts, littérature, histoire, religion. Bible, etc. Voici quelques exemples et quelques particularités :

  1. Parmi les anciennes publications, on peut citer :

/ encyclopédie des sciences philosophiques de Hegel ( 1817), l’encyclopédie ri anatomie et de physiologie par Tood (Londres, 1835-1859). l’encyclopédie de la littérature anglaise de Chambers (Ib43), l’encyclopédie de la littérature américaine (1857), l’encyclopédie de théologie protestante de Herzog (1853-1859).

  1. En pédagogie: de 1903 à 1910 paraissent en 10 volumes « l’Ency dopa dische s Handbuch der Pädagogik » ; en 1905 le . Paedagogisch Woordenboek > hollandais: en

1911 le a Nouveau dictionnaire de pédagogie » sous la direction de F. Buisson. Maintenant voici en Allemagne le « Lexikon der Pädagogik der Gegenwart » sous la direction de Picler (1930); en Italie « Pedagogía » de Santamaría dans 1*. Enciclopedia delle Enciclopedia #, M. Kormiggini.

Le nouveau dictionnaire de pédagogie et d instruction primaire de F. Buisson s’est assigné ce but : Donner aux maîtres un guide pratique et sûr de toutes les connaissances qui leur sont utiles, pour qu ils orientent convenablement leur enseignement, pour qu’ils connaissent bien l’œuvre à laquelle ils sont voués et pour qu’ils aient une idée exacte de l’avenir qui les attend.

Le dictionnaire donne à la (in une table alphabétique des articles avec renvoi aux pages, pour permettre de se rendre compte de l’ensemble des sujets traités et, parcourant d’un coup d œil les titres des articles, de voir quels sont ceux où iis pourront chercher un complément d’information sur tel ou tel point donné. In fine la liste des collaborateurs en faisant remarquer que les articles non signés doivent être attribués à la Direction du Dictionnaire. La liste indique la qualité des auteurs, mais non les articles dont ils sont l’auteur dans le dictionnaire.

  1. Dans le domaine de la technique, les dictionnaires techniques illustrés de A. Schloman sont publiés en

241 DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 141

anglais, français, allemand, italien, espagnol et russe. Les éditions nouvelles apportent constamment des extensions et perfectionnements.

Le « Pitman’s technical dictionary of engineering and industrial science in seven languages. (le 7* est le portugais) est édité par S. Slater avec une large collaboration.

L’encyclopédie technique des aide-mémoires Plumon (Paris, Béranger, Liège) est divisée en fascicules traitant chacun d’une partie bien déterminée de la technique. Cette division permet à chaque ingénieur, grâce à un nouveau mode de reliure, de se composer lui-même son aide-mémoire suivant ses besoins et avec le minimum de frais.

  1. L’Encyclopédie des sciences mathématiques de ce siècle est le résultat d’une collaboration de mathématiciens allemands et français, L auteur de chaque article de l’édition allemande a indiqué les modifications qu’il jugeait convenable d’intToduire dans son article et d’autre part la rédaction française de chaque article a donné lieu à un échange de vues auquel ont pris part tous les intéressés.

L’importance d’une telle collaboration, dont l’édition française de l’encyclopédie offre le premier exemple, n’échappera pas. Une édition anglaise suivant les mêmes principes était en préparation en 1914.

  1. Dans le Dictionnaire de Physiologie de Ch. Richet, le premier mémoire mentionné et indiqué immédiatement apres le mot même, est le mémoire fondamental et les indications bibliographiques principales. Les indications contenues dans ce mémoire, on ne les reproduit plus, et l’on se contente de rapporter, sans autre citation, les résultats scientifiques obtenus par les auteurs qui y sont cités. Pour tout le reste, il y a l’indication des sources auxquelles il a été puisé.
  2. Le dictionnaire médical de Dechambre déjà réédité comprend I DO volumes.
  3. Il y a des encyclopédies juives en français, allemand, anglais, russe.

2 (1.226 DICTIONNAIRE. LEXIQUE,

VOCABULAIRE, GLOSSAIRE.

a) Un dictionnaire est un recueil de mots d’une langue ou de plusieurs langues, rangés dans un ordre, tantôt méthodique, le plus souvent alphabétique. On donne aussi le nom de dictionnaire à certains recueil» ou répertoires alphabétiques (dictionnaire de chimie, d histoire naturelle, de sciences). Le lexique est un petit dictionnaire qui renferme un choix de mots, ceux qui ont été employés à une époque ou par un auteur, ou qui appartiennent à tel genre. Le Vocabulaire est un dictionnaire alphabétique contenant les mots d’une langue avec une explication succincte, ou bien les termes particulier» à une science, à un art, à une époque, à une littérature. N! Enfin, le glossaire est un dictionnaire où l’on explique certains mots moins connus.

Le dictionnaire, dit Camille Lemonnier, est le trésor inépuisable de l’éloquence et du savoir humains ; c’est le recueil énorme où se décante l’expérience des âges.

La lecture des anciens dictionnaires est pleine d intérêt. On se rend compte immédiatement de la conception des hommes du temps sur les sujets éternels.

  1. Les plus anciennes compilations auxquelles on puisse donner le nom de dictionnaire de la langue ne paraissent pas remonter au delà du règne d’Auguste. On en a donné deux raisons. Pour songer à compiler un tel ouvrage, il faut que la langue sur laquelle on travaille soit déjà à son apogée sinon à son déclin et aussi que l’on ait sous les yeux la collection dis ouvrages écrits dans cette langue. Avec l’établissement du centre intellectuel d’Alexandrie, ces conditions se réalisaient. Le premier en date est le Lexique homérique d’ Appollonius le sophiste, recueil des mots employés par Homère, qui parut à Alexandrie au temps d’Auguste. Il est suivi d’une série de glossaires et de dictionnaires, œuvres embryonnaires d’Androma-chus, de Pollux, d’Harpocration d’Alexandrie, de Photius de Suidas, etc.

Ce n’est qu’au XIe siècle qu’on trouve l’essai sérieux d’un dictionnaire : il est d’un certain Papia, surnommé le Lombard, qui lui donna le titre de Efemen farta m. C’est un vocabulaire latin dans lequel l’auteur a fait entrer, comme exemples, des vers et des passages grecs. Au XVe siècle Jean Crestone. carme de Plaisance, rédigea un dictionnaire grec-latin (M76). En 1523, Guarnio de Tavera publia un lexique grec intitulé : Magnum ac perutile Die-tionarium. En 1572, Henri Estienne. continuant les travaux de son père, mit à jour son fameux Thésaurus lingae graecae (5 vol. in-folio). Puis on vit paraître le premier dictionnaire où les mots français avaient été rangés par ordre alphabétique, celui de Nicot publié après la mort de l’auteur par le libraire Jacques Dupuys. Alors parut le Dictionnaire de l’Académie française (1694) dont la 17* édition a été publiée en 1844. L’Académie travaille constamment à des révisions. C’est un exemple à la fois d’une œuvre collective et d’une œuvre à édition continue.

Le dictionnaire étymologique de Ménagé est de 1650 ; le dictionnaire français de Richelet, de 1680: le dictionnaire de Trévoux de 1704. le dictionnaire universel de la langue française, avec la prononciation figurée (1813), le dictionnaire de la langue française de Littré.

Le premier dictionnaire anglais (latin-anglais) remonte nu Xe siècle, et se trouve dans une grammaire latine. Le fameux dictionnaire de Johnson qui domina tout le domaine de la lexicographie anglaise est de 1755. L’américain Noah Webster publia son dictionnaire en 1806, L’English Dialect Dictionary en 6 volumes fut achevé en 1905. Ce fut Charles Richardson (1775-1868) qui le premier fit attention à la signification changeante des mots. De là


142 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 241

sortit 1*« English Oxford Dictionary » commencé par la Philological Society en 1842 et achevé en 1928 grâce au travail de J. A. H. Murray. (I)

  1. Un dictionnoi-e est un catalogue de mots. C’est ‘a matière première de la langue enregistrée et tout nouveau dictionnaire incorpore les anciens. Un dictionnaire est ainsi un ensemble de monographies classées alphabétiquement. Ces monographies peuvent être établies suivant un même plan et embrasser toutes les mêmes éléments, présentés chaque fois dans un même ordre. Ainsi le Dictionnaire de la langue latine, de Freund, donne les éléments : 1° grammaticaux; 2° étymologiques; 3° exé-gé tiques; 4° synonymiques ; 5° historiques spéciaux ou chronologiques ; 6° rhétoriques ; 7° statistiques.

Dans son dictionnaire grec-français, Alexandre résume et classe au commencement des grands articles les différents sens d’un mot, en renvoyant par des chiffres aux exemples qui les confirment.

U existe un dictionnaire parallèle des langues russe, française, allemande et anglaise, par Ph. Reiff (Carlsruhe. 4* édition).

  1. Des dictionnaires de la langue ont été établis à divers points de vue, d après divers principes et selon divers ordres de classement; dictionnaires d’étymologie (par ex. pour le français ceux de Scheler et de Stappers), dictionnaire du type dit analogique ou des idées suggérées par les mots (par ex, ceux de Boissiere et de Rouaix), dictionnaire idéologique (Robertson), dictionnaire historique des mots de ta langue, dictionnaire logique (Le Blanc. Elie Blanc), dictionnaire des rimes, etc.
241.227 DESIDERATA. METHODES.
  1. De l’étude des encyclopédies, on peut dégager les desiderata suivants : 1° intégralité ; 2° classification méthodique adaptée au but de synthèse en même temps que d’analyse; 3° impartialité; 4° collaboration; 3° continuité.
  2. Les encyclopédies ont à fournir des renseignements exacts, complets et détaillés sur toutes choses ; embrasser toutes les connaissance-« humaines en l’état actuel de la science ; toute la langue, toutes les terminologies avec les mots les plus nouveaux, tous les hommes, tous les faits, toutes les. idées jusqu’à aujourd hui.
  3. La forme la plus avancée serait pour chaque science une encyclopédie systématique ; 2. éditée en connexion avec l’internationale de la science qui en détient le plan et la constitution ; 3. reliée au système de publication de cette science ; 4. établie en coopération internationale et interspéciale ; 5. que chaque chapitre ne soit pas seulement l’œuvre d’un spécialiste mais d’un comité de spécialistes de divers pays se mettant d’accord sur un texte minimum et indiquant leurs variantes propres.
  4. La forme dictionnaire est appropriée au premier stade d’une science, alors qu’il s’agit de recueillir les faits. Un dictionnaire spécial peut être entrepris par un groupe d’hommes disposés à poursuivre des observations anotées et à dépouiller du point de vue de la science et de ses questions les sources documentaires qui existent.

Il est travaillé selon un plan d’après lequel la matière est répartie par ordre alphabétique. Le travail est réparti entre collaborateurs. On fait usage de fiches d un format arrêté d’avance. Chacun établit sur elle la matière dont il a accepté la charge. Un double des fiches est remis au Secrétaire qui collectionne le tout. Quand tout est centralisé, un Comité de rédaction met de l’ordre et rédige en forme le ou les dictionnaires.

  1. Parlant du Dictionnaire de In Bible, Vigoroux s’exprime ainsi ; « Un dictionnaire de la Bible ne saurait remplacer un commentaire. Un dictionnaire doit nous dire nettement, précisément, sans verbiage, sans parti pris, ce qu’on sait actuellement de certain ou de probable d’un tel personnage, tel fait, telle théorie. Les articles d’un dictionnaire doivent être comme des monographies détail lées quoique concises : ils doivent résumer et condenser à notre usage ce qui a été écrit de plus judicieux sur chaque point particulier. »
  2. Il ne faut pas se méprendre sur le caractère et la valeur du travail encyclopédique. Sainte-Beuve, bien qu’avec une exagération malheureuse, a écrit : « La moindre lettre de Pascal était plus malaisée à faire que toute l’Encyclopédie. » La vérité est celle-ci : le travail de création et de synthèse est une chose ; le travail de collectionnement, de réédition, de classement, de résumé et de définition en est une autre. Deux travaux également utiles et absolument nécessaires. Toute synthèse ne vaut que parce qu’elle repose sur des faits abondants et contrôlés; tout inventaire de ces laits vaut surtout s’il peut conduire à des synthèses.
  3. Les auteurs, des éditeurs et des libraires se sont spécialisés dans le domaine des dictionnaires. (1)

Edison avait une bibliothèque constituée uniquement de dictionnaires. Cela lui épargnait beaucoup de temps, car il y trouvait rapidement l’information dont il avait besoin.

  1. Sur la conception d’une encyclopédie rationnelle, universelle, internationale, voir l’exposé dans la 4° partie.
241.31 Revues. Périodiques proprement dits.
241.311 NOTION.

a) Par publications périodiques on entend au sens large les journaux politiques, littéraires, scientifiques ou professionnels, ainsi que les publications de même ordre (1) A survey of englisb dictionaries by M. M. Mathews, Oxford University Press. London. ( I ) La Maison des dictionnaires réunissait dans son catalogue tous les dictionnaires connus (Paris, 6. rue Herscbel).


241 DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 143

paraissant périodiquement (notamment les journaux de modes et les publications publicitaires). Au sens restreint un périodique ou c publication en série » (serial publication) est toute publication paraissant à des intervalles réguliers ou irréguliers, avec un numérotage consécutif et avec un terme non fixé d’avance. (I) Elle est sauf exception due à une collaboration. En général, elle est spécialisée quant au sujet et quant aux pays, régions ou localités. Le mot « Magazine > emprunté à la langue anglaise, désigne un périodique illustré paraissant ordinairement une fois par mois. Le IX* Congrès international des Editeurs a donné du périodique cette définition (au point de vue des tarifs postaux) « les Publications. Jour-* naux et Kevues, Recueils, Annales. Mémoires, Bulletins (en collection) paraissant au moins une fois par trimestre »

la Bibliothèque Nationale de Paris, beaucoup plus large, étend la définition aux publications paraissant plus d’une fois par an. D’après le tarif postal français, cessent d’être considérées comme périodiques les publications paraissant moins d’une fois par mois.

  1. Les connaissances relatives aux périodiques (sciences et arts du périodique) ont droit à des noms similaires aux autres connaissances et elles donnent lieu à une distribution ou classification analogue. En conséquence: 1° Pério-dicologie sera le nom de la science du périodique ; elle observera et décrira (périodicographie) ; elle expliquera par causes et effets, par genèse et état de coexistence ; elle systématisera dès lors en lois (périodiconomie) ; elle commencera donc en analyse et elle finira en synthèse. 2° Périodicotechnie sera le nom de l’art du périodique : x manière de le lédiger, éditer, diffuser, conserver au mieux et avec le maximum d’efficience. 3° La périodico-économie sera le nom de l’ensemble des mesures tendant « organiser les efforts pour donner aux périodiques, dans la société, au degré local, régional, national, international, toute l’expansion que mérite leur utilité.
  2. Quelques chiffres donneront une idée du nombre des périodiques. En Belgique il oscille autour de 2.200. Une liste des périodiques du monde parus de Î900 à 1921 et se trouvant dans les Bibliothèques de Grande-Bretagne a relevé 24,678 titres. Le tirage des périodiques est fort différent de l’un à l’autre. Le tirage de « feuilles de loisir », par exemple, est considérable en Allemagne

La Berliner Illustrierte Zeitung a un tirage de 1,753,580 exemplaires, la Münchener Illustrierte Presse 700,000, la Kölnische Illustrierte, 300,000.

241.312 HISTOIRE, EVOLUTION DES PERIODIQUES.

L’histoire des périodiques est rendue difficile parce que I on a peine à distinguer les commencements de ce que I (I) Voir définition de I« Manchester Union Lift, 1898, I cigh Repts of Proc, of the 55th meeting of the Library

Association. 143 ?

nous appelons une Kevue. Au début, la dénomination de ¡oumal, qui a prévalu plus tard sur celle de Gazette, fut d’abord réservée aux recueils littéraires et scientifiques. On appelait alors tournai un ouvrage périodique qui contenait les extraits des livres nouvellement imprimés avec en détail des découvertes que l’on fait tous les jours dans les arts et dans les sciences (encyclopédie). Ce fut, disait-on, un moyen inventé pour le soulagement de ceux qui sont ou trop occupés ou trop paresseux pour lire les livres entiers.

  1. On a distingué cinq époques dans l’histoire de la littérature périodique : 1° sa naissance au XVIIe siècle; 2° son jubilé au Xt/ill” quand en Angleterre Addison et Steele produisirent leurs brillants travaux ; 3° sa rapide expansion dans la première moitié du XIXe siècle; 4° la révolte des spécialistes dans la dernière moitié du siècle; 5° la vaste production d’aujourd’hui avec comme objectif l’approbation du public.
  2. La France et l’Angleterre ont marché de pair pour la développement de la presse périodique, l’une ou l’autre étant première pour tel genre ou pour tel genre. Le développement a été similaire en Allemagne, mais avec moins d’intérêt pour le périodique qu’en Angleterre.
  3. Le commencement du périodique est marqué par la publication des catalogues de livres, avec bientôt des notices et commentaires. Puis paraissent en France le Journal des Savants (1665), Nouvelles de la République des Lettres de Bayle, les Mémoires de Trévoux; en Grande-Bretagne les Acta Philosophica (1665), les Philo-sophical Transactions ( 1665) de la Royal Society ; en Allemagne les A cia Eruditorum (1682). Vinrent ensuite des appréciations critiques par des hommes compétents, puis des contributions origirales, des mémoires, Il fallut pour faire le tournai des Savants (1665) une large collaboration. Dès 1702, l’abbé Bignon institua une compagnie pour continuer le a journal de,- Savants ».
  4. Le XVIIIe siècle commence 1”« essai * et conçoit le périodique comme un type: Spcctaior (1711) Gentleman’s Magazine. Guardian (1712). La politique commence à être mêlée à la littérature. On tire jusqu’à 4.000 exemplaires. Mais le St amp Act vient apporter un frein à la franche critique. Trait caractéristique au XVI11” siècle, on voit en Amérique chaque ville de quelque importance désirer avoir sa propre revue exprimant l’opinion de !a ville et dirigeant le goût littéraire des habitants.
  5. Au début du XIXe siècle paraissent en Angleterre des revues de haut style. Fdinburgh Reüiew (1802) qui se continua 127 ans jusqu’en 1929, Quarterly et Blac^ulood qui proclama « qu’il voulait relever le goût en littérature et appliquer les principes philosophiques et les maximes de vérité et d’humanité à la politique. »
  6. Dans les 50 dernières années naquit le Magazine populaire (AII the Ycar Round, 1859); Cornhill (1860). Mac Millan’s Magazine (1860). On voulait distraire le

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public. En France, ce qu’on appela journaux de lecture et de récréation n’apparut que plue tard. Les premières revues pour les enfants parues à Brooklyn aux Etats-Unis (The Young Misses Magazine) suivies d’un grand nombre à partir de 1870,

  1. La fin du XIXe siècle vit se produire les grande» revues scientifiques sous l’empire d’une réaction et aussi par nécessité d’une communication plus ample, plus rapide et plus étendue entre savants. Ainsi la Classical Rcvicw (J667), VAsiafic Reuieu) 11675), La France fut en avance sur ces types de revues, car le Journal du Palais (Droit) date de 1672 et les Nouvelles découvertes dans toutes les parties de la médecine de 1679.
  2. L’illustration dans les périodiques arrive dès les années soixante, L’English lllusirated Magazine est de 1664, C’est l’un des ancêtres du périodique illustré. En 1871 le Strand Magazine obtient un immense succès au moment même où W. T. Stead crée la Rcoieui of Revicul. Très tôt en France paraissait Le Tour du Monde de Cliartop et L’Illustration qui demeure le maître parmi les illustrés. Il faut attendre le XIXe siècle pour voir se constituer des revues proprement dites et la fin de ce siècle pour assister à l’efflorescence des organes des corps scientifiques et professionnels de toute catégorie.
241.313 BUT. FONCTION.

La Revue prend place entre le Livre et le Journal et sa fonction s’en trouve déterminée. Le Livre est généralement une œuvre individuelle sur un sujet particulier et qui est achevé au moment de sa parution. Le Journal est dû aussi à une collaboration, mais il paraît d’ordinaire tous les jours et contient des nouvelles de toutes espèces. La supériorité du Périodique sut le Livre provient de la spécialité de ses articles émanant chacun d’une compétence. L’auteur d’un livre n’est pas également versé dans tous les domaines du sujet qu’il traite et cela se constate en le lisant. Les revues sont devenues les moniteurs, les journaux de l’information dans tous les domaines. Elles assurent à tous l’information rapide de toutes les nouveautés, dans le domaine des lettres, des arts, des sciences, de l’éducation, de la philosophie, de l’industrie, du commerce, de l’agriculture, de l’économie politique et sociale, etc. Le Congrès International de la Presse Technique et Professionnelle (1929) a proclamé que c’est à la Presse technique que revient le rôle de diffuser de par le monde les derniers progrès. Une bonne revue ne peut laisser passer d’idées neuves sans les signaler et les discuter. Ne pas confondre un périodique avec un ouvrage publié par livraison. Ainsi Spencer a publié ses premiers principes par livraisons périodiques. Six livraisons formaient un volume. Souvent les articles publiés dans nos revues par un auteur donnent lieu à publication d’un livre. Mais toute la matière scientifique qui figure dans les périodiques est loin de passer en forme de livre. Ainsi notamment en astronomie. Les journaux quotidiens eux renferment abondamment la matière de l’Histoire au jour le jour et à ce titre ils doivent être conservés. Les revues devraient supposer l’existence des grands ouvrages imprimés auxquels leurs articles font naturellement suite, ouvrage de longue haleine déjà fortement en retard sur ce que l’on peut avoir appris au moment de leur parution. Les revues ont une valeur durable : a) parce que la science ne se renouvelle pas totalement tous les trois ou quatre ans; b) parce qu’elles contiennent le développement historique des questions ;

  1. parce que les conditions financières des travailleurs individuels ne leur permettent pas de renouveler périodiquement les livres mêmes de leur bibliothèque. Cependant les périodiques anciens n’ont pas une égale importance pour toutes les sciences et cela à raison du caractère des sciences traitées. Ainsi les périodiques de Mathématiques. de Philosophie, d Histoire, par exemple, ont une valeur permanente; ceux de Médecine et de Technique, par contre, sont vite périmés.
241.314 CLASSES DES PERIODIQUES.

Les périodiques se divisent en deux classes principales : l” les périodiques publiés d’une manière indépendante; 2” les publications qui apparaissent sous les auspices d un corps. Les unes ont un nom individuel (ex. Annales de Bretagne), les autres ont un titre général (ex. Rapport, Bulletin, Journal). En principe chaque organisme tend à avoir sa Publication périodique. Revue ou Bulletin, en laquelle sont publiées les informations qui le concernent. En attendant la possibilité de créer leur propre publication, certains organismes disposent d’une partie ou rubrique dans les publications de tiers. La coopération pourrait conduire les associations à s’entendre pour publier ensemble ou par groupes similaires un périodique collectif. Dans une couverture commune, elle contiendrait des feuilles ou cahiers mobiles. Il y aurait là économie d’impression et de transport en même temps que bonne division du travail et bien des publication» d étendue réduite pourraient se présenter ainsi avec plus d’aspect, être »Ores d’avoir accès dans les bibliothèques.

La Revue est une forme en évolution constante et à la recherche de son ptopte équilibre. Elle tend tantôt vers le Journal, tantôt vers le Livre (quand par ex. un numéro entier est consacré à une même question, à une même œuvre, à une même personnalité et qu’il en est fait un tirage spécial parfois numéroté. (I) (I) Exemple: Le n° 7 de L’Architecture d’aujourd’hui, consacrée à l’œuvre d’Emile Perret. Un autre numéro sera consacrée à la Russie.

Nosokomeion. revue trimestrielle des hôpitaux. Stuttgart. Kohlhammer, Chaque numéro constitue un volume de plus de 300 pages, édité en plusieurs langues. Les études ou articles publiés en langues étrangères sont suivis d’un résumé en français. Illustrations abondantes.


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Il a paru des revues « en volumes » comme on pourrait les appeler. Chaque numéro contient avec une pagination particulière des feuilles qu’on peut réunir pour former cinq ou six volumes contenant chacun un ouvrage à part. On a créé récemment des journaux qui substituent aux revues petit format et à composition compacte des publications de grand format comme les quotidiens à six ou huit colonnes, avec titres en caractères grands, variés, retenant l’attention et facilitant la lecture parcourue, avec illustration abondante, d’information récente. Par ex. Pax (Paris) pour les questions internationales; Le Siècle Médical (Paris) pour la médecine. Ce périodique comporte 14 pages. Il est bi-mensuel et ne coûte que 20 centimes. La manchette porte qu’il est c exclusivement réservé au Corps médical «. Il fut créé en 1927 grâce à l’initiative des laboratoires du Synthol et de leur puissante organisation. En 1930 il s est complété par une édition en langue espagnole. Les Américains et les Anglais publient beaucoup de collections de brochures (pamphlets) qui paraissent sans périodicité fixe mais sont numérotés. Des revues se créent pour faire connaître spécialement les peuples les uns aux autres ; la Revue d’Allemagne en français, en anglais The french Quarterly, « une revue donnant une vue (“uivey) adéquate et impartiale des différents aspects des activités intellectuelles françaises d’un point de vue moderne ».

241.315 PARTIES.

La revue comprend trois éléments fondamentaux: a) les rubriques permanentes permettant de suivre la science ou l’objet du périodique, le mouvement sous ses divers aspects ; b) les études sur des points particuliers (monographies) ; c) les études synthétiques qui exposent un problème dans toute son étendue et sa complexité. Un bon périodique spécial se compose donc de rubriques les unes variables, les autres permanentes. Il se compose éventuellement: 1° d’un éditorial présentant certains faits, en soulignant V Importance ; 2° d’articles de fond; 3° de mélangea et variétés, documents inédits, notes, critiques, etc ; 4° de bibliographies méthodiques (de comptes rendus critiques) ; 5° d’une chronique donnant des précisions sur les travaux entrepris ou en cours, l’état présent d’une question, des détails intéressant les personnes, etc. (faits, documents),

L’« article » est l’écrit de dimensions régulières qui s’insère dans les périodiques et autres publications analogues et dans lequel on traite de questions plus ou moins importantes,

241.316 OPERATIONS. FONCTIONS.

On ne citera ici que pour mémoire les noms des chapitres dont il y aurait lieu de traiter sous cette appellation générale. Il s’agit du Cycle entier des opérations relatives à la productio i (rédaction, impression, édition), à la distribution (librairie), a la conservation (bibliothèque), à l’utilisation (lecture, consultation).

241.317 PERIODICO-ECONOMIE. ORGANISATION.

La périodico-économie traite des mesures d’organisation. En principe celles-ci se divisent en deux groupes : 1° celles relatives à l’organisation intérieure de l’entité productrice d’un périodique; 2° celles relatives a l’organisation générale de l’ensemble des périodiques.

  1. Organisation scientifique du travail et documentation: tous les principes et recommandations en ce qui concerne la bonne organisation de ces institutions et administrations trouvent à s’appliquer ici (organisation du bureau, organisation scientifique du travail). (I)

Les périodiques sont amenés à organiser leur propre documentation qui doit comprendre : a) ce qu ils ont imprimé, les manuscrit» et lettres; b) ce qu’on leur envoie à imprimer et qui ne l’est pas; c) les nouvelles qu’il« apprennent de leurs correspondants; d) les nouvelles des agences de presse non publiées par eux ;

  1. les autres revues et journaux; f) les autres sources de documentation. Les revues trouvent dans leur documentation le moyen de publier instantanément des informations étendues au sujet des faits qui leur sont annoncés sommairement par lettres ou télégrammes. Connaissant la valeur de leur correspondants, ils trouvent aussi dans leurs lettres des éléments précieux d’orientation parmi les nouvelles recrues de sources tierces.
  1. Finances : Les revues indépendantes et qui disposent d’une rédaction et d’une administration bénévoles vivent de leurs abonnements ou s’il s’agit d’une association éditrice et de leur bulletin, des ressources qui en proviennent. On estime souvent à 300 le nombre minimum d abonnés nécessaire pour couvrir les frais d’impression et de poste. En Belgique, il existe un certain nombre d’abonnements obligatoires : a) aux publications officiel les par les communes; b) au bulletin religieux (semaine religieuse) par les paroisses aux frais des fabriques d’église. En Belgique aussi, le gouvernement, représenté par ses divers ministères, souscrit souvent des abonnements pour encourager les périodiques.

3. Exposition : des expositions de périodiques ont été organisées en divergea circonstances. Elles ont été combinées avec l’exposition du Livre en général à Leipzig en 1914 et avec l’exposition de la Presse en général a Cologne en 1927 Ptessa). Une exposition de la Presse a eu lieu a Tiff lin en 1930. Une exposition de la Presse périodique belge a eu lieu au Palais Mondial en 1922. due à la coopération de l’Union de la Presse périodique. (!) Il est hautement désirable de donner une organisation d’ensemble aux périodiques, en liaison avec celle de la documentation en général. (Voir ce point.)


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de l’Institut International de Bibliographie et du Musée de la Presse.

  1. Concentration de3 périodiques : devant le nombre considérable de périodiques, nombre qui s’accroît de jour en jour, on doit se demander s’il est nécessaire qu’il y ait tant de périodiques scientifiques. Il serait désirable de voir réaliser plus de concentrations dans les périodiques, des fusions, des simplifications, des cartels. La transformation des périodiques dans de telles directions s’imposera au triple point de vue scientifique, technique et financier.
  2. Le périodique dans les bibliothèques : Le périodique a conquis sa place dans les bibliothèques. Entré modestement chez elles, il y a plusieurs décades, il y occupe maintenant une place grandissante, au point qu’en certaines il a fait l’objet d’un département spécial. La Bibliothèque Royale de Belgique possède maintenant

4.000 périodiques divers dans la salle publique ; environ 1.500 dans ses réserves, en tout environ 10,000 avec les collections non continuées. Le budget annuel est de

200.000 francs belges. On prépare en ce moment la nouvelle salle qui sera affectée aux périodiques dans la Bibliothèque Nationale de Paris.

La John Crerar Library reçoit 4,168 périodiques courants et 17,000 autres suites comme des rapports annuels et des parties de livres publiées en séries. 11,000 collections de périodiques scientifiques et techniques sont remis au « Science Muséum » à Londres.

  1. Association et Congrès de Presse Périodique. — Dans de nombreux pays existent des associations autonomes et distinctes s’occupant de presse périodique. Ainsi en Belgique la déjà très ancienne Union de la Presse Périodique. Dans d’autres pays, la Presse périodique et quotidienne sont confondues en un seul organisme de défense et de représentation. Dans certains pays même la Presse périodique n’est pas dégagée des associations d’éditeurs. Par contre, là où l’évolution différentielle est plus accentuée, on trouve des associations de Presse périodique spécialisées, et là où l’esprit d’entente et de coopération est insuffisamment développé, on trouve sous des noms différents plusieurs associations en concurrence et rivalité. Au delà des Associations Internationales ont été constituées avec hors Congrès internationaux (Association, Fédération). Il y a le Congrès, tout général, de la Presse périodique et celui spécialisé de la Presse Périodique Technique.
241.32 Journaux.
241.321 NOTION.

a) Le Journal a été défini par Hatin : « Tous les écrits quels que soient le mode et l’époque de leurs publications successives qui, par leur titre, leur plan et leur esprit, forment un ensemble et un tout, (1)

Le journal est une publication qui paraît tous les jours et qui, à raison de son grand tirage et des ressources indirectes qu’il peut en acquérir, est vendu dans des conditions de particulier bon marché. Le journal est le miroir universel do la vie contemporaine ; il peut en être la critique. Le journalisme est devenu à la fois une science et un art. Un journal est un moyen de mise en commun des idées.

« La Presse est le clairon qui sonne la diane des peuples. s (Victor Hugo. La légende des siècles.)

Le nom de gazette (gazetta, petite pièce de monnaie de la valeur de deux liards, que l’on payait pour lire cette feuille) a été réservé jusqu’en ces derniers temps pour désigner les feuilles politiques. La dénomination de Journal, qui a prévalu plus tard, fut d’abord réservée aux recueils littéraires et scientifiques.

L’étymologie du mot gazette est instructive. Dès 1563, les Vénitiens achetaient au prix d’une gazetta, petite pièce de monnaie, les Notizic scritte, sorte de journal manuscrit, dont l’impression était prohibée. De là le nom de gazette, devenu synonyme de journal. Quant a la Gazette de France, encouragée par Richelieu, qui y faisait insérer des pièces plus ou moins officielles, elle s’appela d’abord le Hureaa d’adresse. Ce fut au XVIIIe siècle qu’elle prit le nom de Gazette, auquel furent ajoutés plus tard les mots : de France. Comme elle était soumise à des censures plus ou moins sévères, il y eut, à différentes reprises, des gazettes à la main, c’est-à-dire manuscrites, qu’on distribuait sous le manteau.

b) Il est un aspect tout grandissant du journal. C’est bien lui qui raconte la vie au jour le jour, la vie publique, et ce que, de la vie privée, il rend public. Or il est Ju Monde un grand théâtre « Theatrum Mundi ». Une pièce immense, aux multiples personnages, aux scènes compliquées, aux épisodes infinis. Le journal raconte cette grande pièce. Aux heures où le drame s’intensifie, où il devient tragédie, comédie, épopée, la lecture de la feuille quotidienne devient passionnée. Il n’y a alors si palpitant feuilleton que la simple succession des dépêches reçues de toutes les capitales. Les journaux dans leur ensemb e constituent les pièces les plus précieuses, les plus authen- (1) Hatin. — Bibliographie historique et critique de la Presse française. Précédé d’un essai historique et statistique sur la naissance et le progrès de la presse périodique dans les deux mondes. Paris. Didot 1866. — La Tribune de Londres a donné cette définition : « A great London daily Journal is something more than a purveyor of news, however important that element of its activities may lie. It is a mirror of the life and thought of its time; an open platform for the ventilation of Political and Social grievonces, and the advocacy of reform : an instrument by means of which Public Opinion may be instructed, guided and made effective, s


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tiques de l’esprit de chaque nation. Ils sont parmi les instruments de l’histoire d’une époque sous quelque face qu’on la veuille étudier. Nulle part ailleurs, on ne saurait trouver des renseignements plus nombreux. Et si on leur applique la méthode adéquate, dans leur ensemble plus sûr. c’est en interrogeant ces témoins des événements auxquels ils ont été presque toujours intimement mêlés, en les confrontant, en les contrôlant les uns les autres, qu’on peut arriver à la vérité.

Le journal est avant tout « journal », c’est-à-dire relation des événements qui se produisent dans le monde au jour le jour, comme au temps d’une vie moins accélérée les « annales » s’écrivaient c à l’an l’an ».

  1. Le journal offre ces trois tendances: 1° il s’adresse au public, à la grande masse de lecteurs (chercher à étendre leur nombre); 2° il concentre les nouvelles et les informations (s’efforcer de les multiplier) ; 3° étant périodique et assumant une fonction régulière, il tend à être le plus fréquent possible.
  2. Le journal constitue une espèce bien caractérisée de document. Il constitue aussi un genre littéraire. Non seulement l’article de journal, son esprit, son allure, sa composition, mais le journal tout entier,
  3. Le joumai à un sou avant la guerre était même la sorte de livre la plus répandue aujourd’hui. Le journal est devenu la seule lecture de la plupart des gens. Aujourd’hui un grand journal, c’est matériellement et intellectuellement un livre, bien plus, presque une bibliothèque qui paraît tous les jours.
  4. La Presse est devenue une puissance intellectuelle qui a extraordinairement grandi, ou plutôt, c’est la communication de la pensée humaine, faits et opinions qui a trouvé en elle un instrument de concentration, d’amplification et de diffusion que l’on ne pouvait soupçonner. Le cardinal Maffi disait à ses prêtres : « Vous prêchez le dimanche ; mais le journal prêche tous les jours et à toute heure. Vous parlez à vos fidèles à l’église , le journal les suit à la maison. Voua les entretenez pendant une demi-heure : le journal ne cesse de leur parler. »
  5. La valeur de la Presse est bien inégale. Elle constitue même largement une non-valeur et pour certains de ses organes une anti-valeur.

« Les journaux, disait Jules Claretie, forment une usine formidable de renseignements, d’idées, de nouvelles, un moulin à paroles et à polémique**, broyant le grain quotidien, le blé, l’ivraie, les hommes et le meunier même. »

La science contient encore plus de choses que le journaliste le mieux intentionné n’en saurait y mettre. (Jean Labadie, L’Opinion, 18 mars 1922, p. 299.)

L’exploitation d’un journal a un double caractère : entreprise de publication (information, polémique, littérature, fantaisie, reportage); entreprise de publicité (réclames. annonces, abonnements, fondation d’imprimerie). Les Français ne pensent plus, n’ont plus le temps de penser ; ils ne pensent plus que par leur journal. Ils ont un cerveau de papier. Drumont.

Les défenseurs du journal moderne répondent à l’enquête de la Revue Bleue (1897) : « N’ayez que des choses sublimes et délicates à me confier, je parlerai un autre langage. Je ne représente plus une aristocratie intellectuelle, je représente la foule. Que la foule ait une âme, je serai une âme aussi. Je suis le Forum antique transporté à domicile: n’ayez que des orateurs dominés par l’idée de la Cité, Je suis la Bible éparse de l’Humanité: faites-moi des révélations dignes du génie de l’Homme. Réformez-vous, je me réformerai avec vous. »

241.322 HISTOIRE DES JOURNAUX
  1. Le journal a déjà une longue histoire dont les étapes peuvent être résumées ainsi. Origine: Abraham Verhoe-ven («Nieuwe Tijdinghen») à Anvers (1603); Théophraste Kenaudot en France (1631). (Bureaux d’adresses et de rencontres.) La Liberté de la Presse. Les Révolutions anglaise puis française donnent essor à la Presse. La presse à vapeur. Journal à bon marché. Marinoni et les presses rotatives. La ??? Presse jaune » américaine. L’Illustration. Marconi : les journaux conquèrent les océans et les nouvelles diffusées par radio. (1)
  2. Les Romains ont connu les journaux, les quotidiens, sorte d’affiches qu’à l’époque de Jules César on allait lire aux carrefours de la ville. «Acta diurna populi romani» (D
  3. Avec les « Acta diurna », il y a les Actes des premiers chrétiens. Il y a les correspondances des savants du XVIe siècle qu’ont renouvelées Guy Patin, Saumaise et Vossius, correspondances qui étaient les vrais journaux d’alors.

d) On a beaucoup recherché et discuté les origines du journal moderne comme on l’a fait des origines de l’imprimerie. C’est qu’il est difficile de décider à quel moment il y a encore simple écrit de circonstance?, pièces isolées se rapportant à un seul événement (Relatio, Zeitung, Tijdinghen. Avviso, Couranten) et à quel moment il y a publication périodique continue, il semble bien que l’origine doit être recherchée dans les « Nieuwe Tijdinghen » (I) Eug. Hatin a écrit une « Histoire politique et littéraire de la Presse en France » (1859-1861. 8 vol.). Il y a procédé surtout par monographie consacrée à la fondation et au développement de chaque journal. Il y a joint des chapitres qui résument l’historique d’une époque, envisageant à la fois les grands et les petits journaux et une bibliographie générale de journaux. « Je me suis étudié, dit l’auteur, à rassembler tous les faits touchant à la presse, à les contrôler, à les coordonner, à montrer comment est né et a grandi le journal, par quelles phases successives et si diverses il a passé depuis deux siècles. C’est en un mot l’histoire de l’instrument plutôt encore que celle de *es effets que je me suis proposé d’écrire. »

( ? ) V. Leclerc : Les journaux chez les Romains.


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d Abraham Verhoeven. dont les premiers numéros ont paru le 17 mai 1605. (1)

  1. Il y eut au XVIIIe siècle trois sortes de journaux : les gazettes officielles qui ne contenaient rien ; les gazettes orales que M. Funk Brentano a étudiées dans les Nouvellistes ; les gazettes clandestines ou nouvelles à la main, étudiées par Paul Beyle et J. Herblay dans la Nouvelle Revue.
  2. Jusqu’à la Révolution, la lecture d’une Gazette, agent de renseignement, demeure le privilège des classes riches. Leur prix était trop élevé pour la bourse des paysans ou des ouvriers. La lecture et la difficulté des communications leur fermaient les campagnes, tout aussi bien que le matériel des imprimeries était impropre à en produire une quantité considérable d’exemplaires. Elles ne recrutèrent guère de fidèles dans les classes proches du peuple. Les petits bourgeois de Paris se cotisaient pour les acheter en commun ou payaient leur location aux cabinets de lecture.

Les journaux révolutionnaires conquirent un instant la foule, une foule restreinte il est vrai, formée par le peuple parisien. Aussi dé laissèrent-il s le domaine aride de l’information pour se jeter dans la bataille politique. Aussi les contemporains consacrèrent-iis la presse sauvegarde de toutes tes libertés et même éducatrice du peuple. Sous l’Empire la Presse a subi un dur esclavage.

Pendant la Révolution, époque d’effervescence du journalisme, on arbora toutes les dénominations pour lancer un journal. Ils s’appelaient des bulletins, feuilles, annales, chroniques, courriers, postillons, messagers, avant-gardes, avant-coureurs, sentinelles, spectateurs, observateurs, indicateurs, miroirs, tableaux, lanternes, etc.

  1. Lorsqu’après Napoléon la presse se releva, elle retourna à son rôle politique. Les hommes de la Restauration l’y convièrent. La plupart des journaux toutefois coûtaient encore fr. 0.15. ce qui tenait à l’écart la masse des paysans et des ouvriers. Toutefois, le journalisme étendit alors le champ de sa clientèle dons de vastes proportions, car il conquit définitivement les provinces où les feuilles de l’ancien régime et surtout de la Révolution avaient déjà poussé d’heureuses reconnaissances.

Vers 1800, les « Nouvelles » de Paris arrivaient en quatre jours ; celles de Londres en dix ; il fallait deux semaines pour recevoir les correspondances de Vienne; un mois pour celles de Rome.

h) Au XIXe siècle, la révolution dans la diffusion même du Journal fut faite par M. de Girardin. Jusque là le journal, à raison de son prix élevé, était considéré comme un objet de luxe. En 1835, la presse politique comptait à (I) A. Govaert: Origine des gazettes et nouvelles périodiques, Anvers 1880. — Van den Branden : Abraham Verhoeven. — Patria Magazine, avril 1933: Het storm-achtige leven van Abraham Verhoeven, de eerste Couran-tier van Europa. Paris et en province à peine 70,000 abonnés sut une population d’environ 33 millions d âmes. La raison était dans leur tarif d’abonnement. Le Journal de Pari» coûtait avant la Révolution 24 livres pour Paris et 30 pour la province, le Mercure, bien qu’ordinairement mensuel, 24 et 32 livres, enfin les gazettes étrangères coûtaient, en 1779, celle d’Amsterdam 48 livres, celle de Clèves 42. Girardin fixa le prix de la Presse à 40 francs par an. les annonces devaient couvrir la différence. Dès 1838 la page d’annonce était affermée 150,000 francs. La réforme d’Emile de Girardin, le journal à 5 centimes acheva la pénétration de la presse dans toutes les classes de la société. Ainsi le journal est devenu pour tous, « comme le tabac, comme le café, un besoin impérieux de notre existence, s

L abolition du timbre sur les journaux a été aussi un pas vers la Presse à bon marché. La publicité en est un autre. Un autre moyen de lancement de la presse fut le roman-feuilleton, dont Alexandre Dumas et Eugène Sue furent les écrivains souvent aussi plus littéraires que moraux.

Le journalisme a pris son essor aussi grâce à la facilité des communications, à la transmission instantanée pour ainsi dire des nouvelles, au perfectionnement de l’industrie du papier et la machine à imprimer.

A la fin du XIXe siècle. Paris possède une soixantaine de journaux quotidiens, qui comptent parmi leurs rédacteurs et directeurs les hommes politiques les plus considérables, passant de la rédaction au pouvoir et du pouvoir à la rédaction. La presse en province compte 3.200 journaux, parmi lesquels près de 1,200 quotidiens.

En 1704 parut en Amérique la première Gazette hebdomadaire. Un siècle plus tard, le journal américain au plus fort tirage ne dépassait pas 900 exemplaires quotidiens. En 1871, on ne comptait pas dans toute l’Amérique plus de 11 journaux arrivant à sortir par joui 10,000 exemplaires. En 18%, le tirage total quotidien des journaux américains s’élevait à 8 millions pour atteindre en 1929 66 millions d’exemplaires. En même temps les formats se sont agrandis et nul ne s’étonne de 60 pages quotidiennes et de 2«X) pages dominicales de certains journaux.

  1. Tous les moyens offerts par la science moderne ont été mis à contribution par le journal pour se procurer des nouvelles (et au besoin les inventer), pour multiplier rapidement ses manuscrits, pour porter instantanément le papier noir et blanc à ses lecteurs.

On voit succéder les inventions suivantes. Jusqu’en 1832, les journaux étaient imprimés à In main. Cette année-là est introduite la presse à vapeur. Puis les presses rotatives (cylindre). La stéréotypie vient permettre de les multiplier, la composition en cylindres courbés la perfectionne. Des machines multiples sont construites combinant 6 ou 8 presses et tirant 100,000 à l’heure. La composition se fuit à la linotypie et à la monotypie. L’extension des chemins


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de fer qui transportent les journaux. La télégraphie, les câbles, les téléphones, la T. S. F.

  1. De nos jours deux tendances: Les grands journaux

de Paris ont pour caractéristique leurs chroniques criminelles. La chronique judiciaire, dit Tarde, à elle seule a fait commettre plus de crimes par la contagion du meurtre et du vol que l’école n’a jamais pu en empêcher. Les journaux de province ont pour caractéristique les personnalités. Parce que le peuple comprend plus aisément les images concrètes que les idées abstraites, ils délaissent la discussion des idées et ne combattent les opinions qu’à coup de personnalités offensantes sur ceux qui les prônent. Tous ils poursuivent non pas le bien de la foule, mais leur argent et la déclaration d’éducation et d’autres belles choses ne sont que des mots de façade derrière quoi se fait la besogne cupide. J. Pigelet.

  1. Quant à l’avenir il semble devoir être caractérisé par la concentration des journaux ; la transmission instantanée des illustrations à distance. Les substituts du journal : la radio (journal diffusé, la presse parlante ou informations journalistiques à domicile); le cinéma (actualités, la presse filmée). Demain la presse télévisionnée.
241.323 FONCTION DES JOURNAUX.

OPINION PUBLIQUE.

  1. Aujourd’hui sont intéressés aux journaux: 1° le

public des lecteurs ; 2n les gouvernements ; 3° les différentes organisations qui veulent éduquer et diriger les masses, créer ou entretenir des mouvements dans l’opinion; 4° les propriétaires des journaux; 5° les journalistes, écrivains, rédacteurs ; 6° le personnel ouvrier, administratif et technique ; 7° les annonciers.

  1. C’est par la presse que se poursuit l’œuvre de démo-lition, de défense et de reconstitution sociale. Le mot de Mgr Kettelcr est devenu célèbre : <t ai Saint Paul revenait au monde, il se ferait journaliste »,

Trois cas sont à distinguer: lu la propagation de faits et des nouvelles exacts et objectifs. Ils conduisent immanquablement à une meilleure compréhension mutuelle à travers le monde ; 2° la fausse nouvelle. Elle trouble les esprits et les excite les uns contre les autres ; 3° l’absence de nouvelles. Elle engendre l’ignorance et crée la peur avec ses malentendus et finalement la haine. Il faut compter avec la conspiration du silence. Il est des pays où la Presse n’aborde pas toutes les questions. (1)

Les journaux ont une action quotidienne continue. Il y n eu des campagnes de presse célèbres. Par exemple, celle de Cornély dans le Figaro, à propos de l’affaire Dreyfus. Chaque jour un petit article incisif, éloquent, ramassé, précis, du trait, de la bonne humeur et surtout de la persévérance, de l’unité et de la méthode. Chaque jour (I) M. de Tressan, France. Assemblée de la Société des Nations. Journal 1932, p. 233. une goutte tombait et peu à peu la trouée se faisait dans la conscience publique. Ce fut un merveilleux exemple de ténacité et de persuasion. Que dire de ce qui s’est passé avant et après la guerre: le bourrage de crânes.

  1. C’est par la voie de la Presse, et non plus par les revues et les livres que les savants, les explorateurs, les novateurs exposent au public leurs nouveaux concepts, leurs découvertes, leurs théories. Par l’abaissement du prix des journaux, ceux-ci pénètrent partout, jusque dans les bourgades les plus reculées. La politique a fait place à l’information et se réfugie dans les quotidiens spéciaux.
  2. On a longtemps pensé que la liberté de la presse à elle seule pouvait être le remède aux maux engendrés* par la Presse. Avant la guerre encore, on pouvait écrire de bonne foi :

« Grâce à la liberté d;. la Presse, le peuple est toujours assuré d être éclairé du pour et du contre sur toutes les affaires. L’information contradictoire, la discussion, le droit de réponse qui mènent, l’instruction des partis politiques apportent à tous les intéressés les éléments multiples et opposés parmi lesquels on peut choisir les témoignages et juger les dépositions.

« Mais par-dessus tout, la liberté de la Presse favorise la défense de tous les intérêts et sauvegarde la nation contre les entreprises de ceux qui, possesseurs du pouvoir, seraient tentés d’en abuser à leur profit, ou bien au bénéfice d’un petit nombre de privilégiés. Si les scandales politiques, si les malversations sont devenus extrêmement rares comparés à ce qu’ils étaient sous l’ancien régime, ce n’est point parce que la nature humaine a changé beaucoup, c’est surtout parce que la publicité des journaux a transformé les administrations en maison de verre où tout se passe au grand jour. A la vérité la liberté de la Presse est indispensable, mais insuffisante. Le problème ici se pose dans les mêmes conditions que pour la liberté économique. Elle est précieuse, mais à soi seule insuffisante. » Jules De Bock, Le Journal à frutiers les âges,

241.324 CARACTERISTIQUES.
  1. Spécification. — Dans sa forme actuelle, avec son esprit, ses tendances, son objet, le journal apparaît donc comme une création tout à fait spécifique, nettement différente du livre et du périodique. Sans doute entre les matières du livre et celles du journal la ressemblance peut exister et rien n’empêcherait de débiter par tranches beaucoup de livres (ex.: feuilletons, etc). Mais la matière ici est secondaire. Le fait de présenter chaque jour à des lecteurs des informations sur des questions qu’ils n’ont pas sollicitée, dans une forme mâchée, kaléidoscopique, panoramique, avec un tut comme en a un l’avocat d’une cause, là résident les différences essentielles. Et c’est dans leur maintien et leur accentuation peut-être qu’il faut voir l’avenir du journal. Il n’est pas trop de

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pouvoir disjroner pour deux hns différentes de deux formes bibliologiques qui soient psychologiquement et sociologiquement diflércntes.

  1. Nombre. — En U>46, d’après Balby, il se publiait dons tout rUnivers environ 3,000 journaux. En 1866. d’après Hatin, le nombre en aurait été de 12,000, avec chaque jour 3,000 versant toutes les vingt-quatre heures sur le globe de 5 à 6 millions de feuilles. Avant la guerre, le nombre de journaux et de périodiques était évalué ensemble a 72,000.
  2. Périodicité. — On peut dire que les presses à nouvelles roulent tout le temps. On a des journaux du matin, du midi, du soir et même plusieurs éditions d’un même journal au cours de la journée.
  3. Etendue. — Chaque numéro du Temps représente un volume d’environ 100 pages. Voilà 2 millions de pages pour la col ection du journal. Le Bcrliner I ageblatt publie 44 pages, le Lolfal Anzeiger 48, la Gazette de Vosa 32, sans compter son supplément. Le journal anglais est immense, on le consulte, on ne le lit pas. Le journal allemand est lu du commencement à la fin. Un numéro du / imes, du Nieuwe Rotterdamschc Courant, d’un grand journal américain, contient pour un prix minime la matière d’un volume in-8” de 300 pages.
  4. Tirage. — On peut le connaître par les chiffres donnés de temps à autre dans les comptes et certifiés par les autorités comptables. Le Daily News and Leader publie chaque matin le chiffre de son tirage. C’est un appel à la publicité. En France, chaque jour, 300 journaux couvrent le pays de 18 millions d’exemplaires. Pendant la guerre le tirage du Petit Parisien est monté à plus de 2 millions. Le lierlincr Tagcblatt, avec ses six suppléments hebdomadaires, arrive à peine à 100,000 exemplaires.
  5. Rapidité d information. — La nécessité d être re premier à annoncer les nouvelles a fait faire des prodiges. En Amérique les grands journaux préparent d’avance des notices bibliographiques sur tous les grands hommes. On les remet à jour quand ils sont malades et qu il y a danger de mort. La lutte de vitesse va plus loin. Dans les derniers jours de la mort du Pape, pendant toute une semaine, un des journaux de l’Ohio, imprima chaque matin 500 exemplaires avec ce télégramme ; « Rome. Le Pape est mort aujourd’hui. » Ces 500 exemplaires furent régulièrement détruits jusqu’au jour où la mort a été réelle. Ainsi le journal put être le premier de la Cité à annoncer la nouvelle. Pendant que se vendaient les premiers numéros, on imprimait les autres.
241.324.1 Espèces de presse.

a) On distingue les journaux : 1° d’après leur périodicité ou le commencement de leur publicité: quotidien, hebdomadaire ou plusieurs fois par semaine, journal du soir, du midi ou du matin; 2° d’après leur destination. Ceux qui s’adressent à la masse ou à une élite ; 3° d’après les matières: journaux d’information, journaux politiques, journaux spéciaux; 4° d’après leur organisation financière. Journaux constituant des entreprises commerciales; journaux d’Etat, journaux de partis politiques. Parfois désireux de posséder un journal indépendant, les abonnés en souscrivent les actions (ex. : Le Quotidien). D’autres fois la propriété du journal s’abstient systématiquement de tout ce qui est exploitation. (Ex. Christian Science Monitor.)

  1. Presse Jinancièrc. — Il y avait en Belgique il y a quelques années plus de 500 journaux financiers. Leur nombre se trouve actuellement réduit à moins du quart de ce chiHrc. Le procédé de certains de ces journaux est simple : par des études circonstanciées, souvent habilement présentées, mais toujours tendancieuses, arriver à jeter la suspicion sur toutes les valeurs autres que celles du patron du journal et conclure par un conseil d’achat d’ailleurs intéressé en faveur de ces dernières,
  2. Journaux de modes. — Le premier journal de mode en France date de 1768 (Journal du Goût ou Courrier de la Mode). C’est par dizaines que I on compte aujourd’hui les journaux de ce type.
  3. Journal mondial. — L’idée se fait jour d un journal mondial, placé tous le contrôle efficace de tous les intéressés et publiant d’une part les nouvelles, d autre part les démenti» et les rectifications. Un tel journal, tout le monde pourrait le consulter avec confiance pour y trouver une présentation sincère et digne de foi des nouvelles internationales. Un tel journal serait à compléter par une Centrale de radiophonie diffusant journellement ces nouvelles; et par une Agence internationale de Presse répandant les nouvelles parmi les journaux existants ; par une Union de la Presse internationale, attachée à la Société des Nations et à l’Union Pan-Américaine, par une section d’information au sein de cette organisation ou de l’organisation mondiale qui y serait substituée. ( I )
241.325 COMPOSITION ET PARTIES DU JOURNAL.
  1. Un journal est composé d’un ensemble de rubriques, les unes permanentes ou périodiques, les autres occasionnelles. Articles de fond divers. Articles de discussions politiques. Nouvelles du jour et faits divers. Roman-feuilleton, nouvelles locales, annonces.

b) Il faut distinguer les nouvelles (news) et les vues (views). Quelques feuilles (papers) sont des journaux (news papers) ; d’autres au contraire tendent à être des revues (views papers). Les journaux sont imprimés, dit Steed. pour dire les nouvelles. Le goût des nouvelles est aussi vieux que le monde; un apport constant de nouvelles intéressantes et vraies est nécessaire à la vie de tout journal. (1) Voir les suggestions des Associations de Presse pour la collaboration à l’organisation de la Paix. (N° officiel des publications de la Société des Nations, Conf. D. 143.)


241 DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 151

  1. Le numéro du samedi 14 décembre 1929 d’un grand journal parisien donne une juste mesure de la mentalité de certains organes dits « d’information ». En première page, trois colonnes sur les massacres de Palestine, une colonne sur la trombe d’eau de l’Hérault, trois colonnes sur le cadavre découvert dans une malle, à Lille ; deuxième page : trois colonnes et demi sur le cadavre dans une malle, un conte, un feuilleton et de la publicité. On

. a souvent dénoncé la façon dont la presse parisienne dite d’information comprend son role.

d) La Presse française s’est distinguée à toutes les époques par le soin et la recherche des grandes et belles formes littéraires.

On a demandé que l’article de journal soit court, concis, complet, simple et pourtant élégant; qu’il ne dépasse pas une colonne, un bon millier de mots. En Angleterre le Globe n’accepte pas d’articles dépassant 1200 mots, le Daily News, mille mots, payés I livre, le Daily Graphic, 900 mots. « Je lis rarement sans colère ou sans fatigue un article de raisonnement, tandis que je ne me fatigue pas d’apprendre des faits », disait Zola.

La lecture des journaux est facilitée par des titres détaillés et la place constante des articles.

e) Le classement des matières prend une importance partout dans un journal qui atteint jusqu’à 16 et 20 pages et qui paraît en éditions presque continues. Ce classement prend comme base soit les catégories de nouvelles, soil l’ordre où elles parviennent, soit les pays, soit les «formes» des articles (article de fond, correspondances, reportage, interviews, comptes rendus, etc.)

En général le classement des matières dans les journaux présente quelque chose d’ahurissant, comparé à la belle ordonnance du livre. C’est la confusion même et la lutte entre articles et informations pour capter l’attention. Le journal rappelle le spectacle désordonné de la rue ou du voyage, avec peu d’efforts pour aider l’esprit à classer et lire les faits et à attribuer à chacun son importance relative.

Les feuilles américaines, suivies par les feuilles continentales, classent les matières en amorçant toutes les principales à la première page et en renvoyant pour la suite aux autres pages.

La Neue Freie Presse met ses télégrammes en vedettes. La Kölnische Zeitung les éparpille dans son texte pour obliger à le parcourir. Le Berliner Tageblatt met dans chaque numéro le fait sensationnel qu’il faut avoir lu, la Frankfurter Zeitung publie des renseignements détaillés sur des faits de politique internationale ou de commerce.

Voici la décomposition et la mise en page d’un numéro du Daily Telegraph :

1re p.: Annonces de mariages, d’établissements de bienfaisance, de séances musicales, de voyages, annonces légales, etc. — 2° p.: Cours de la Bourse et publicité


financière. 3° p.: Compte rendu des divers marchés commerciaux anglais; départs des paquebots; un ou deux articles d’intérêt général. — 4L‘ p. : Chroniques musicales et littéraires avec des clichés d’annonces d’éditeurs de musique et de marchands de pianos. —» 3e p. : Articles divers et problèmes d’échecs. — 6° p. : Annonces sportives et chroniques de sport ; informations religieuses et nouvelles diverses. — 7e p. : Suite des diverses rubriques sportives et clichés d annonces sur deux colonnes. — 8” p. : Annonces théâtrales et annonces diverses de droguistes, parfumeurs, grand» magasins; les informations du jour; une annonce pour le journal même. — 9e p. : Articles divers, nouvelles. — 10* p. : Informations étrangères;

bourse des Etats-Unis. — II** p. : Critique d’art, nouvelles du continent. — 12’ p. : La mode et des annonces de couturières, de modistes, etc. — 13*’ p. : Informations militaires et navales, annonces à la ligne d éditeurs, d’institutions, etc. — 14’. 15” et 16* pages: petites annonces diverses.

  1. La manchette est la phrase que certains journaux impriment en te te, près de leur titre et qui varie chaque jour. L’Œuvre a lancé ce genre qui est difficile. Une bonne manchette doit être courte et suggestive plutôt qu’explicite. Elle n’impose pas une idée toute faite: elle donne à réfléchir.
  2. En dehors de la réclame tapageuse qui attire l’œil, il y a l’annonce proprement dite, qui est comme l’instrument d’une société de services mutuels créée pour le journal et qui est à encourager. C’est le moyen le plus rapide et le plus direct de rapprocher l’offre et la demande. Le Times public régulièrement plusieurs pages supplémentaires d’annonces, comprenant ensemble de 60 à 80 colonnes de 300 lignes chacune. En Amérique, il y a des jours où le Herald publie 4,500 annonces répartie” en 100 colonnes et embrassant toutes les branches d’affaires, tous les besoins de la vie contemporaine. Elles sont rangées avec tant d’ordre et sous tant de rubriques diverses que le lecteur trouve sans peine ce qu’il cherche dans cet océan de lignes microscopique*. Le Times fait parfois 50.000 fr. d’annonces par jour; une feuille de Berlin, en trois semaines, a enregistré 400,000 fr. d’annonces.

Mois il y a excès maintenant : l’annonce est doublée par la réclame et triplée par la propagande.

Le journal, cette admirable machine intellectuelle, retourne a la matière. Il finit par être entièrement doté par la publicité. Il en a besoin pour vivre, pour faire ses dividendes, alors deux conséquences s’imposent. D’une part, cherchant sans cesse à étendre son tirage afin de pouvoir hausser ses tarifs de publicité, il descend le niveau moyen de ses lecteurs et fait appel à leurs plus bas sentiments, à leur regrettable ignorance. D’autre part, il se tait sur les questions vitales pour ne pas déplaire aux puissants qui lui achètent sa publicité et menacent de ta lui retirer dès que les articles parlent clair et franc.


152 LE LIVRE ET LE DOCUMENT

241.326 TYPES DE JOUKNAUX.
  1. Le journal à combinaison La Croix de Paria, publié par la Maison de la Bonne Presse de Paris. Grâce, à ses 14 modes de combinaison, il se transforme aisément en journal régional, à partie commune et partie spéciale, portant toujours le titre de t Croix ». Ex. : La Liberté pour tous, éditée par la Maison de la Bonne Presse de l’Ouest, Le journal à 4 pages à 5 colonnes, deux pages forment la partie commune, deux pages la partie spéciale réservée à la chronique locale ou régionale. 1,000 journaux avec une page entière de composition spéciale reviennent

à fr. 32.50.

  1. Camille Lemonnier. vers 1900, écrivait : « Le Soir » de Bruxelles a été créé par un typo comme journal » gratuit, quasi obligatoire. Il a trouvé le moyen d’avoir •’ des écrivains de talent qui, pour vingt francs, écrivent « des articles de trois ou quatre colonnes. Tous les jours,

» le seul des journaux belges, il publie une chronique « de tête sur des sujets de science, d’art, d’utilité publi-» que. 11 cM une des créations les plus remarquables du • journalisme européen. •

  1. En 1907, le Daily Mail de Londres a fait paraître une édition en caractères Braille a l’usage des aveugles.
  2. Letellier, gros entrepreneur du Panama, allait être compromis dans l’affaire. Un journaliste de beaucoup de talent mais de moralité douteuse le convainquit que pour se défendre il devait fonder un journal. Ce fut l’origine du Journal auquel Xau, en quelques mois, donna le plus grand essor. Le moyen fut simple: la pornographie. Tous les jours un demi-miilion de Français put s offrir, pour un sou, deux articles échauffants et en dernière page, aux annonces, de la prostitution. Le succès fut si énorme qu’au cours de la guerre Letellier put vendre le journal quelque vingt millions.
  3. Dans la catastrophe qui frappait la civilisation pendant la guerre, dans les émotions élémentaires et vitales qu elle a soulevées et dans l’universelle floraison cFhéroïs-me, on a pu voir la preuve des profondes survivances, des forces affectives et des instincts. On a vu ainsi aux prises l’autorité de la raison et de l’intuition et cela si fortement qu’on pouvait lire, sur les murs de Paris, des affiches portant : « L’Œuvre, propre, vivant, n’est pas le journal que lisent les imbéciles s.

f) Le Tape (création moderne) est un journal financier unique en son genre, comme on va pouvoir en juger, publié à New-York. Il paraît tous les jours de Bourse et s’imprime en cinq heures, de 10 heures du matin a 3 heures de l’après-midi. Son format est sa moindre singularité: environ 300 mètres de long sur 2 cm. de large. Il ne se vend pas au numéro, mais compte d’innombrables abonnés dans tous les Etats-Unis et au Canada. Il paraît simultanément à San-Francisco. Montréal, Québec, etc., en même temps qu’à New-York. C’est l’organe officiel de 241 la Bourse de New-York. Il ne publie que la pure vérité, c’est-à-dire les cotes succcsives enregistrées de toute transaction effectuée, au nombre de près de 5,000 actuellement (1910).

L’éditeur du Tape commande à 20 reporters, sans cesse occupés à noter les cours au fur et à mesure qu ils se produisent et qui se divisent la besogne méthodiquement. Quarante télégraphistes spéciaux envoyant ces cours à douze collègues installés au haut du bâtiment de la Bourse, qui les transmettent au bureau central du Tape. Là vingt autres employés, par une simple pression du doigt sur un bouton actionnant un fil électrique, impriment d un seul coup choque cote sur des appareils tellement petits que chacun d eux tient dans un chapeau. Ces vingt mille cotes en même temps paraissent sous les yeux des abonnés quelques secondes après leur fixation en Bourse, dans un rayon de vingt mille autour de la Bourse. Au delà, c’est la compagnie qui, au moyen de milliers et de milliers d’autres petites presses semblables, répand en quelques minutes, dans tous les Etats-Unis et le Canada, les cotes successives de toutes les valeurs transactionnées à New-York. On en est arrivé à appeler « tape-prices » (prix enrubannés) les prix successivement cotés pendant une séance de Bourse et indiquant au fur et à mesure les fluctuations du marché, drpui» le prix d’ouverture jusqu’au prix de clôture.

241.327 ¡NFLUENCE, PROPAGANDE. VALEUR ET VÈNAUTÈ. DE LA PRESSE.
  1. A l’age d’or de la presse, on disait : La Presse est l’organe informateur et directeur de l’opinion. Elle s’honore d’être l’écho et l’animatrice de l’opinion publique. La Presse qui instruit et moralise les nations, forme l’opinion publique, elle régit le monde entier.

Certes, la Presse est et demeure le principal moyen de lormation et d’expression de l’opinion publique, et la guerre a montré que l’opinion était désormais le mystérieux et (ormiduble levier du gouvernement des nations modernes ; il convient donc d’avoir une Presse qui soit fonction des relations que les pays respectifs se proposent d’établir entre eux. La lormation d’un courant d’opinion a deux sources principales : Io l’infiltration lente des idées et des laits — et par des faits il faut entendre aussi bien l’énoncé ou l’appréciation d’un intérêt — amenés mr une même pente par des canaux dont le plus important est la Presse quotidienne ou périodique ; 2° un événement qui soulève soudainement le vieux fonds d’idées de la masse, qui déplace en quelque sorte la ligne de partage des eaux, qui charge le cours des opinions et crée en peu de temps un état d’esprit différent, c’est-à-dire en somme des possibilités économiques et politiques nouvelles.

(Henry Moresset. )

  1. La Presse lut longtemps un organisme de propagation de nouvelles, de diffusion et de défense des opinions.

153 DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 241

5 étant développée en proportion de l’instruction publique, elle est devenue une affaire commerciale très coûteuse, dont les revenus les plus assurés proviennent de la publicité. La transformation de la presse d’opinion, à tirage restreint, en grande presse d’information et de publicité est un des chapitres les plus importants de l’histoire sociale conte inporai ne.

Les grands journaux font la conspiration du silence contre tout ce qui ressemble à une idée (le mot est d André Tardieu lui-même) et souvent ils sont en dernière analyse aux mains de quelques personnalités. En France et ailleurs, la grande Presse s’abstient soigneusement de citer les journaux qui œuvrent en marge d’elle-même.

Les peuples se méprennent réciproquement sur une foule de manifestations do l’opinion. En matière de politique extérieure, les journaux, même en temps de paix, sont tous tendancieux; des discours officiels, ils ne reproduisent que ce qui répond à leur buts politiques propres. Ceci est soigneusement éliminé de sorte que les bonnes paroles sont tombées dans le vide ; cela au contraire, peu important en soi, fait l’objet de commentaires passionnels, sensationnels. Les opinions isolées de quelques groupes sans importance réelle ou de quelques individualités sans mandat sont présentées comme l’expression de l’opinion publique ou la politique même suivie par les gouvernements responsables. D’ailleurs même la Presse dans son ensemble ne présente pas toujours adéquatement l’opinion publique.

  1. La Presse d’information est souvent Presse de déformation. La Presse pêche par ignorance ou parti-pris.

« Rien, dit Charles Richet (Les Coupables), n’est plus servile qu’un journal. Il n’ose pas, pour ne pas déplaire à ses abonnés, résister au sentiment populaire et cependant c’est le journal qui détermine le sentiment populaire. Cercle vicieux redoutable ; car l’opinion publique est la hile immédiate du journal. Le journal crée l’opinion et l’opinion dirige le journal, Il n’a pas le courage d’être plus qu’un reflet. Un reflet! Mais les vacillantes lueurs qu il se complaît à refléter sont celles qu’il a lui-même le premier projetées dans l’espace. »

  1. L analyse politique et sociale de la presse s’impose,’ donc. Mais qui la fera cette analyse ? Il faut connaître le volume d’une opinion. Quand les organes attitrés du pangermanisme lancèrent dans le public des articles menaçants, en rassurant les populations en proclamant que ces feuilles étaient sans influence et presque sans lecteurs. L’événement a prouvé le contraire.
  2. Presse. Opinions de presse.
  • Il nous plaît de voir comment un même événement » survenu chez nous ou au dehors, réagit dans nos divers » terroirs, quelle résonance il trouve dans les divers » milieux de notre opinion. Et quand, après ces lectures » variées, on s’efforce de parvenir à In synthèse qu’elles » commandent, on se sent plus ferme et plus rassuré sur

» le sens des grands événements que nous voyons s’ac-* compli sous nos yeux et mieux armés aussi pour les Ilsuivre et les diriger dans leurs évolutions successives. s

(Albert Lebrun, Président de la République Française.)

  1. Après Fashoda, les organes nationalistes de Pans, L’Intransigeant, La Presse, La Hatric, etc., adressaient à l’Angleterre et aux Anglais les pires invectives et les plus virulents sarcasmes. Quelques années après, ils exaltaient à f unisson, l’Entente cordiale, ils faisaient de l’opinion des jouettes, car dans les deux cas ils ne parlaient pas seulement circonstances mais principes.

Au cours des événements qui ont porté Fiitler au pouvoir, on a vu le gouvernement prussien imposer aux journaux la publication d’un manifeste contraire au referendum organisé pur ses adversaires et réprouvé par les journaux. Le président Hindenburg est intervenu au dernier moment pour taire modifier la législation.

  1. On devra se demander aussi si la Presse ne devra pas être systématiquement complétée par des mesures de publicité politique. Ce qui fut fait en Angleterre pour la conscription volontaire, plus tard pour le grand emprunt, mérite d’être étudie avec la plus grande attention. Des masses énormes d’hommes ont été convaincus en très peu de temps d’un devoir patriotique à remplit : a enrôler et apporter leur souscription à la patrie. ( I )
  2. « Le journal contemporain, dit Fi. de Brandéis, est fatalement obligé d’obéir à la loi de l’intérêt qui est vitale pour lui, qui le transforme en un jouet, instrument cherchant à satisfaire le goût, quel qu il soit, de son client, ou bien il est l’instrument de campagne politique ou financière. Chaque personne qui ouvre une feuille quotidienne est en droit de se demander si ce qu’elle y trouvera a été mis là pour Datier sa manie ou pour influencer sa pensée au profit d’un tiers. L’utile, la seule chose qu’il importe de vulgariser n’y trouve un abri qu’exccp-tionnellemcnt et comme à regret. Le journal est trop souvent la propagation des immoralités. »
  3. Il est important d’avoir des journaux répandus dans tout un pays et combattant les idées particularistes. C’est un moyen de former une opinion commune. Ainsi les journaux ont pu contribuer à former l’âme de la Chine, C’est une indication de ce que pourrait être de grands journaux réellement mondiaux pour la préparation de la « République mondiale des esprits et des activités ».

j) On a fait à la Presse trois grands reproches: 1° elle est méchante; elle est vénale; 3° elle est de contenu inférieur. Beaucoup d’organes de la presse, pour vivre, ont ou les subventions du gouvernement ou celles de grosses affaires qui sont intéressées a voir influencer de certaine manière l’opinion publique et les parlementaires. Dans une phase ultérieure on a vu la propriété des jour- (I) (I) Voir dans les journaux illustrés de l’époque, notamment Le Miroir du 4 mars 1917,


154 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 241

naux passer directement à certaines firmes (notamment celle des armements). Un a vu aussi à l’inverse, des journalistes devenir riches et puissants, acquérir la propriété d usines.

Une étude sur la corruption de la Presse et ses conséquences politiques serait aujourd’hui une des plus instructives parmi celles qui pouriaient être faites sur le mécanisme réel et les coulisses de la politique mondiale.

Aujourd’hui un homme enrichi par des moyens qui empêchent tous ceux qui le connaissent de lui donner la moindre estime, peut s’acheter un journal et dès lors devenir « tabou » en s’imposant à l’admiration de 1.400,000 lecteurs.

Pendant la guerre, les histoires scandaleuses de Tellier, de Humbert, d’Aimereyda, (Le Journal, Le Bonnet Bouge) ont mis à nu des pratiques, des influences et une moralité déconcertantes.

Quelques mois avant la guerre. Le Journal fut racheté pur le Creusot. Son principal collaborateur, devenu après son directeur, fit naturellement une campagne de presse en faveur de l’augmentation des armements. Le higaro fut subventionné par les banques allemandes, comme l’a démontré le procès Cailliaux. La Rheiniache Weaifdhliche Zcitung, qui réclamait chaque année impérieusement des armements, appartenait a la Maison Krupp.

Dans tous les pays maintenant, des groupes, par les idées, les intérêts ou l’argent, influencent la Presse. Ils y procèdent par une action souvent occulte. En France, le Creusot dispose maintenant du Temps et des Débata. En Belgique, l’/lction et Civilisation, Le XXe Siècle, L Indépendance, L’Etoile Belge, La Gazette; en Allemagne, les divulgations sensationnelles (affaire Klepper) ont fait connaître de quelles subventions jouissaient quelques quo tidiens importants : Ücutachc Allgcmcinc Zcitung, Kol-nische Voll^azeitung, Berliner Tageblatt, Frankfurter Zei-tung. Dans la Cité de la Société des Nations, le Journal de Genève. (I)

Les chances diminuent pour le lecteur d être renseigné complètement et exactement. Pour une très grande partie, la Presse n’est plus que l’instrument ultime de banquiers et d’industriels, une machine À orienter l’opinion publique dans un sens favorable à certains intérêts privés. Les organes indépendants de la Presse ont fort a faire pour vivre.

  1. Le 29 novembre 1917. L’Œuvre publiait en manchette: • Amasis (pharaon d’Egypte) fut l’auteur de cette loi qui oblige tout Egyptien à déclarer chaque année au gouverneur de son nome d’où il tire ses moyens d’existence, et celui qui n’obéit pas. celui qui ne paraît pas vivre à l’aide de ses ressources légitimes est puni de mort. Solon l’Athénien ayant pris cette loi en Egypte

( I ) Voir les incidents scandaleux rapportés par Philippe I.amour dans Monde, quand fut troublé un exposé de la Presse fait à la Sorbonne au cours de l’hiver 1933. l’imposa à ses concitoyens qui l’observent encore et la jugent irréprochable. » (Hérodote.)

La magie du « noir sur blanc * ou s c’est écrit » dos Mahométans, du labou qui représente la parole, expression de lu réalité quand elle est moulée en caractères d imprimerie. Les journalistes procèdent souvent a tort et à travers et sans réfléchir aux conséquences de leurs informations et de leurs articles. Ils font penser aux apprentis sorciers, ils suscitent parfois des réactions populaires, dont par la suite ils ne sont plus les maîtres. (I)

1.« vanité et la fureur de la publicité dès le XVIIe siècle furent grandes. « Tel, s’il a porté un paquet en cour, a mené une compagnie d’un village à l’autre en pleine paix, ou payé le quart de quelque médiocre office, se fâche s’il ne voit pas son nom dans la Gazette... »

Les fausses nouvelles au XVIIe siècle. « ... L Histoire est le récit de choses advenues ; la Gazette seulement le bruit qui court. La première est tenue de dire toujours la vérité ; la seconde fait assez si elle empêche de mentir. Et elle ne nient pas, meme quand elle rapporte quelque nouvelle fausse qui lui a été donnée pour véritable, s ( 1 héophraste Renaudot, 1631.)

  1. La grande Presse est systématiquement dévouée a tous les gouvernements successifs et contradictoires pen dant qu’ils sont au pouvoir. On a vu en France, en 1932. la Presse se prononcer en masse pour le Japon après l’avoir fait pour la Chine ; abandonnant à droite, au commande ment et d’un coup la « thèse française » pour se rallier avec effusion aux propositions I ardieu à Genève, alors que la veille, émue, elle les déclarait « une utopie criminelle et une trahison ».

Certains gouvernements font passer à l’étranger, dans quelque journal de troisième ordre, un article élogieux pour leur politique, quelque déplorable a-t-elle pu être. Leurs services de Presse font ensuite reproduire cet article qui sort de leur propre officine par l’un ou l’autre journal à leur service, comme étant une approbation venue de l’étranger ! Manière coûteuse de « bourrer le crâne » du pays! Certains journaux ont des relations directes notoi rement connues avec les ministres des affaires étrangères de leur pays. Le temps. Le iimea.)

En France, le Président du Conseil a disposé un moment de 24 millions de fonds secrets par an. Un député socia liste a critiqué cette institution à la Chambre, le 24 juin 1916 (Journal de Genève, 9 juillet 1916). Outre les aides financières aux journaux, il y a celles aux journalistes. Il y a des services de Fresse parmi les organes de l’administration de tous les pays. Le service de Presse du ministère des affaires étrangères de Belgique a coûté environ 300,000 fr. par an.

Beaucoup de journaux sont alimentés aux fonds secrets, qui ont quelquefois été appelés « le fonds des reptiles ». 1 (1) Apprentis Bordera ; toute l’édition, 10 juin 1933.


241 DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 155

  1. A côté des affaires publiques, il y a les affaires privées. Ici l’une des formes de l’action de la Presse est « le chantage ». Quand un journal connaît sur quelque personnalité une anecdote qu’il lui serait peu agréable que le public connaisse, il lui propose un marché en lui vendant son silence. Des banques ou entreprises financières achètent ainsi la publicité des journaux ; ils leur achètent les numéros ou les subventionnent. M. Vallé a estimé que pour l’affaire de Panama, la Presse a reçu 14 millions. (1)
  2. Par la trustification on voit se réaliser graduellement une « Internationale de la Presse ». C’est celle-ci, hélas, bien triste à le constater, qu’on a dénommé l’Internationale du fascisme et l’Internationale sanglante des armements. (2) Ainsi aous nos yeux et par des voies différentes toutes matérielles se constitue une puissance spirituelle énorme qui rappelle celle des religions autrefois, des grands Pontifes qui les dirigent. Mais elles avaient, elles, de (Grands Inspirés.
241.328 LE PUBLIC. LES LECTEURS.
  1. Le lecteur suit son journal. Il a confiance en lui, il rationne comme lui ; il en reçoit les faits avec une appréciation exprimée à leur propos. On peut constater que lorsque la direction d’un journal change sans que le lecteur en soit averti, le lecteur à son tour change d opinion.

b) Le public comprend-il les journaux qu’il lit? Connaît-il assez de mots pour cela. M. Bony a cherché à répondre en analysant le n” du 9 juillet 1920 du journal Le Temps. II y a relevé 45,500 mots sur lesquels 2,800 nom» propres et une centaine de mots étrangers. Il s’y trouvait donc environ 42,600 termes du langage courant. Sur ce nombre il y avait 3,838 mots différents. De sorte que, rien que pour lire ce numéro, il fallait connaître près de 4,000 termes. La l’° page contenait 1,371 mots différents; la 2”, 780; la 3«. 551; la 4 , 470; la 5e. 406; la 6% 260. Encore les mots ne comprenaient ni les pronoms et adjectifs possessifs. Et pour comprendre « actif », il faut connaître « acte », et comprendre « barque » pour « débarquer », etc. En outre des mots ont plusieurs sens; « malaise économique », a mécanisme du crédit international ». En somme pour comprendre ce numéro du Temps, il faut comprendre environ 6.000 mot«. Pour enseigner ce vocabulaire à un enfant, en supposant qu’il en connaisse 1,000 et qu’il puisse en retenir 20 par semaine, il faudrait six an». (1) Ce qui fut distribué à la Presse en France à l’occasion de l’affaire du Panama. Paul de Cassagnac a reproduit la fameuse liste Flory dans L’Autorité du 30 mars 1893. Reproduit dans Didier : Le Journal et la Revue. Conférence à la Maison du Livre. Bruxelles 1910.

(2) L’Internationale sanglante des Armements, par Otto Lehmonn-Russbüldt. Bruxelles-Eglantine. c) Parmi ceux qui lisent les journaux, peu lisent autre chose et comme le remorque Tanneguy de Wogan, aucune lecture n’est plus préjudiciable à l’habitude de l’attention soutenue que celle-là. La lecture du journal ne fixe jamais l’esprit sur uri sujet quelconque pendant plus de 3 ou 4 minutes à la foi» et chaque sujet vient présenter un changement de scène complet. Il en résulte que le nombre de lecteur» du livre diminue graduellement et d’une manière continue chez toutes les nations civilisées. L’influence immédiate du livre sur la politique et sur la société diminue aussi proportionnellement. Les idées de l’auteur du livre ont à passer par le crible du journal avant de pouvoir exercer leur effet sur l’esprit populaire.

Pour la propagande par la Presse, une idée doit pouvoir prendre la forme de quelque « nouvelle ». Alors elle est communiquée par les agences, elle est lue et les journalistes en font matière à article.

  1. De l’avis des criminalistes, rien n’est plus favorable aux attentats que la reproduction à fort tirage et avec force détails, des crimes et des délits de tout genre.
  2. Le public n’a-t-il pas la Presse qu’il mérite ? Une enquête a été poursuivie sur cette question : raison poussant vers la lecture d’un tel journal plutôt que tel autre. Cette enquête a obtenu ces trois sortes de réponses ; 1° par habitude; 2° pour les annonces; 3° pour la nécrologie. (I)
241.329 ORGANISATION.

Un journal exige toute une organisation, impliquant direction, collaborateurs, ateliers de production, services administratifs. Tous les progrès réalisés dans l’art d écrire et de reproduire, dans la coopération intellectuelle, dans l’administration, trouvent application ici. L’organisation s’opère dans deux directions ; organisation interne de chaque journal et organisation générale de l’ensemble de la Presse.

  1. Science du journal (journalisme).

Il s’est constitué une science du journal. Elle porte en allemand le nom de Zeilungswesen. (2) On pourra risquer en français le terme d’Hémérologie, coordonné avec ceux d’Hemerothèque, de Bibliotogie et de Périodicologie. Que les matériaux de cette science sont abondants et que de nombreux exposés, complets ou partiels en aient été présentés déjà, en témoignent les 7,000 titres de T «Internationale Bibliographie des Zeitungswesens » du Dr. Karl Börner (Leipzig O. Harrassowitz).

  1. Cycle des opérations.

a) Communication. — Les nouvelles reçues et transmises (voire fabriquées) par les agences de presse constituent 1 2 (1) Rouge et Noir : 1932.08.03, p. 5. (2) Brunbuber Robert. — Das moderne Zcitungswesrn (system der Zeitungslehrc). Leipzig. G. J. Göschen 1907, 109 S. Geb. 0.80 M. Sammlung Göschen 320.


156 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 241

chaque jour une masse considérable. Télégraphie et téléphonie fonctionnent tout le jour durant et les informations sitôt reçues, sont transcrites, multipliées et envoyées aux journaux abonnés. Ceux-ci ne sont à même de publier qu’une partie de ces dépêches, communiqués et articles. Que devient l’autre partie ? il est désirable dans l’intérêt de I Histoire de la conserver en quelques exemplaires prototypes.

Il existe des combinaisons de tarifs télégraphiques et téléphoniques pour les journaux.

  1. Impression. — Les grands quotidiens d information possèdent à eux leur presse, leur rotative, leur matériel d’impression et de clichage.
  2. Transports. — Question capitale pour la Presse, En 1929 il y eut à Genève une Conférence européenne relative aux transports le journaux et périodiques. Elle délibéra sur l’essentiel du problème devenu fort complexe.
  3. Distribution. — Les journaux de Paris qui n’ont pas un service particulier de vente au numéro dans les départements chargent de ce service soit les Messageries Hachette, soit les Messageries du Petil Journal. Les dépositaires en province font connaître le nombie d exemplaires qu’ils écoulent de chaque journal. Les employés des messageries prennent au bureau du journal la quantité totale demandée et adressent à chaque dépositaire un colis ???ui contient le nombre demandé par lui de tous les journaux qu’il débite. A Paris fonctionnent des systèmes qui divisent la capitale en secteurs, dont le préposé assure les débits et reprend les invendus.

Il s’est formé des services de messageries de journaux qui sont pour les journaux l’analogue des maisons d’édition ou de commandes. Ils prennent les envois pour les petits marchands.

En France la maison Hachette a 7,000 employés dans son service ; elle sert 16,000 vendeurs de journaux, elle possède 279 autos; par son intermédiaire sont vendus 28 millions de pièces imprimées par an ou environ 77,000 par jour, dont 10 périodiques édités par elle-même.

Les messageries étendent leur action, Un accord est intervenu entre les Messageries Hachette et le Poste Parisien qui leur réserve l’exploitation de la publicité littéraire de ce grand poste, ainsi que l’organisation de ses conférences.

  1. Les journaliste».
  1. Dans un journal on distingue la direction et la rédaction et elles ont des responsabilités civiles, administratives et pénales très différentes. Une fonction spéciale est celle du secrétaire de la rédaction chargé du bon à tirer final. Les collaborateurs d’un grand journal sont dispersés à travers le monde entier. Le journal a des rédacteurs attitrés, des rédacteurs occasionnels, des contributeurs éventuels bénévoles.
  2. Contrairement à ce qui se passe en France, un homme politique en Angleterre n’est jamais publiciste. Les journalistes y remplissent un rôle tout aussi important que celui de ministre, mais c’est un rôle distinct. Celui qui n’assume aucune responsabilité peut exposer ses idées. La tâche est grande et belle pour le publiciste qui peut exercer une influence sur les événements et posséder une belle autorité,

Qn s’est beaucoup occupé depuis quelques années dans les journaux littéraires de définir les rapports qui existent entre le journalisme et la littérature. Des journalistes font œuvres littéraires ; le journal est un moyen de faire connaître les œuvres au grand public. (1)

  1. Le Bureau International du Travail a publié une étude sur « les conditions de travail et la vie des journalistes ». Elle passe en revue la situation des journalistes dans les divers pays aux points de vue de l’aspect général de lu profession, de la formation du journaliste, du degré d’organisation de la profession, des conditions de travail proprement dites (durée du travail, repos hebdomadaire, vacances, etc.), des salaires, du marche du travail et des institutions de prévoyance. Elle relève les différences frappantes qui existent d’un pays à un autre en ce qui concerne la situation du journaliste.

Les vrais journalistes ne font pas métier de leur conviction et de leur caractère. Ils ont une conscience et défendent dans les journaux avec sincérité ce qu ils croient être juste. Il est exact qu’un journaliste est souvent un homme plus soucieux de prendre la réalité immédiate dans ce qu’elle a de confus et de passionnant que d’étudier les phénomènes transcendants sous l’aspect de la réalité.

Le Congrès de la Presse Belge (août 1921) a estimé que la profession de journaliste, mission de confiance, de collaboration et d’initiation, a le caractère du mandat rémunérateur, il a repoussé la qualification d’employé, mais estime que les garanties de statut, de préavis et de congé sont nécessaires à l’exercice de ta profession. Le syndicat journaliste et le syndicat de la Presse en France ont négocié, mais sans succès, I établissement d un statut des journalistes servant de base aux conventions entre les journaux et leurs collaborateurs.

On compte à Paris sis fois plus de journalistes qu’il n’en est besoin. Un jour peut-être la Presse ne sera plus représentée que par quelques grandes feuilles d’information, qui tueront les autres, d oit une situation de chômage à envisager pour l’avenir.

  1. /Igences. In forma! ions.

a) l,es agences télégraphiques de nouvelles ont été fondées par Reuter en 1849, Il y a eu en Europe quatre 1 (1) Paul Ginisty i A niWogie du journalisme, Paris, De la grave.


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grandes agences : Reuter, Wolf. Stéfani et Havas, qui plus ou moins trustées se communiquent leurs télégrammes et qui tiennent ainsi comme dans un filet l’opinion de l’univers. Les agences, telle Havas, ont dans chaque capitale un correspondant qui lui envoie les nouvelles télégraphiques dans ses bureaux de Paris. Là elles sont imprimées et adressées par cyclistes aux journaux abonné» qui les reproduisent.

  1. Avec le télégraphe et le téléphone les journaux locaux ont 6 ou 8 heures, parfois 12 heures d’avance sur les journaux de la capitale. Il y a donc une recrudescence de vie pour ces journaux. Les agences télégraphiques envoyant à tous les journaux les mêmes nouvelles ont tué le journal international, tel que L’Indépendance Belge. Les représentants de la presse allemande (réunion du 22 août 1915) ont compris ce dnnger et demandent l’organisation d’un service de renseignements dans le « sens national vu qu’il est plus important encore d’envoyer des informations de l’Allemagne à l’étranger, que de recevoir de lui des nouvelles souvent stupides et que les faits contredisent. »

Il faut assurer à l’Allemagne l’indépendance absolue et la liberté de ses informations.

  1. Le journal s’est distingué de la revue et maintenant les informations se distinguent des journaux (bureaux et agences de presse, les communiqués, les dépêches). A l’Exposition Pressa les mot « Nachrichtenwesen » avait pris place à côté de celui de Zeitungswesen. (Runkel. –Oefïentlicher Nachrichtendienste, 1928.)
  2. Pendant la guerre, on a voulu supprimer les agences. Elles sont revenues plus puissantes. Havas et Reuter avec les 18 agences nationales se sont entendues. Elles ont divisé le monde au point de vue des nouvelles. Rien ne passe qui ne soit contrôlé nationalement ou par les pays qui ont le monopole chez d autres,
  3. Les informations se vendent aux journaux. Elles se vendent aussi aux grands particuliers, Les agences qui achètent un article 50 francs, en font faire 10 exemplaires à la machine et le revendent 10 francs en province, gagnant ainsi 50 francs sur l’article.
  4. Il y a des agences de petites nouvelles. Ainsi a Informations quotidiennes de la presse associée », Directeur-fondateur Jean Bernard. Envoi de 5 À 10 feuilles d’informations inédites qu’on ne trouve nulle part ailleurs, abonnement pour les quotidiens, les hebdomadaires, etc.
  1. Trusts. Concentration.
  1. Du temps de Gtrardin, avec 300,000 francs on créait un organe sérieux. Aujourd’hui il faut 5 millions pour lancer et soutenir un journal dans le goût du jour.
  2. Partout il y a tendance à la concentration. La concentration des journaux a été considérable. En Allemagne. Stinnes, le grand industriel a possédé À lui seul 60 grands journaux. De grands trusts de journaux fonctionnent en

Allemagne ; groupe Uistein-Konzern, Moses. L’ensemble des publications d’Ulstein (comprenant la V oseische Zei-tung et In Berliner Zeitung am Mtttag) accuse le tirage formidable de 4.210,920 exemplaires. L’entreprise possède 66 rotatives, 114 autos, deux canots automobiles et trois avions. Elle consomme 8 millions de tonnes de papier par an.

  1. Le trust de journaux de Lord Northcliffe. ce féodal du journalisme, multimillionnaire, nommé lord et chargé d’une haute mission diplomatique aux Etats-Unis.
  2. Le fameux trust oiganisé par Hearst aux Etats-Unis fut assez puissant pour retarder quelque peu l’entrée en guerre des Etats-Unis. L’imprimerie des journaux ou trust Hearst tire chaque jour cinq millions d’exemplaires et l’on sait quelle quantité de pages ont les journaux américains.

Un autre trust comprenant 521 journaux vient de se fonder à New-York. Ce trust possède de nombreuses lignes télégraphiques dont l’ensemble donne une longueur supérieure à 10,000 kilomètres.

  1. Certaines imprimeries recueillent les journaux qui cessent de vivre. Elles continuent de les faire paraître, les Imprimant tous avec la même matière. On ne change que le titre. Ainsi n’importe qui a la facilité de faire imprimer un journal dont il sera propriétaire. 200 exemplaires lui coûteront 10 francs.

L’homme qui résoudrait le problème d’acheter dans tous les pays la majorité des journaux et des agences télégraphiques serait automatiquement le maître du monde. Mais tous les organes de presse ne sont pas À vendre et de nouveaux journaux peuvent se créer. Cependant on aurait sur tous les journaux une certaine domination si on les tenait par le papier. L’on peut acquérir l’autorité sur les papeteries si l’on achète dans les lieux d’origine de vastes forêts d’où se tire la pâte de bois. Hugo Stinnes avait commencé par opérer ainsi, il était devenu maître de la production du papier en Allemagne, Finlande et Scandinavie, (!)

  1. La presse et les Nouvelles (vraies ou fausses).
  1. En réalité c’est par les dépêches de tous les pays, envoyées par les agences, que chacun est tenu au courant de ce qui se passe. Tous les matins ou tous les soirs, parfois aux deux moments et encore à midi, les dépêches rendent compte de ce qui se passe dans l’immense arène du monde où les faits se déroulent par suite de luttes ou de coopération de travail régulier ou d’innovation générale. ,

L’homme-journal — celui jl’Helgoland, mort en 1907 — se rendait de ferme en ferme chaque jour et racontait à haute voix les dernières nouvelles du monde entier. En arrivant à chaque ferme il rassemblait les habitants en sonnant une petite cloche. Il ne se faisait pas payer, mais (I) (I) L’Allemagne nouvelle de Victor Cambon.


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ses auditeurs lui témoignaient une reconnaissance propor- i tionnclle à l’intérêt ^es nouvelles qu’il apportait.

  1. La Conférence des Experts de Presse (août 1927) a commencé à synthétiser les éléments relatifs aux nouvelles, comment les recueillir et assurer la transmission rapide, la protection avant et après la publication. 1« diffusion intensive. Une fois entré dans cette voie féconde, on peut entrevoir comme développement logique le besoin accru de documentation sûres rapide, complète ; la nécessité d’envisager d’autres moyens de diffusion de la vérité, de les étendre non seulement aux nouvelles au sens journalistique du mot (informations du jour), mais aux articlrs et surtout aux données mêmes sur lesquelles reposent les faits intéressant la vie internationale.
  2. On n’a pas encore défini la fausse nouvelle. C’est là une matière fluide, éphémère et délicate à saisir. Parfois on est en présence de nouvelles tendancieuses, déformées ou inspirées, parfois telle nouvelle se voit donner une importance disproportionnée. On connaît les interminables discussions à Genève sur la définition de l’agresseur ! Une étude historique de l’effet des nouvelles de presse sur l’opinion publique aux périodes critiques est reconnue désirable,

La question des fausses nouvelles a été soulevée a la S. D. N. Comment réduire ou éliminer ces fausses nouvelles dont l’effet est d’irriter l’opinion publique. L’aversion unanime des Journalistes et des Associations de Presse s’est manifestée non seulement À l’égard de l’intervention gouvernementale, mais à l’égard de toute intervention extérieure. Il faut tenir compte du prix que le public est disposé à payer pour les nouvelles. La majorité du public ne payerait pas les nouvelles exigées au prix où celles-ci reviennent. Il faut donc que la publicité payée et les autre« intérêts commerciaux viennent combler la différence. D’où une influence puissante qui tend à faire dévier les nouvelles de leur caractère d’objectivité complète. Une déclaration des Associations de Presse demande, dans l’intérêt de la Paix, que les industries d’armement ne soient pas autorisées à posséder ni à diriger indirectement des feuilles publiques. On a fait remarquer que l’absence de nouvelles était aussi préjudiciable que la fausse nouvelle. Le silence crée la peur, ce qui mène aux malentendus et en fin de compte à la baine.

  1. On a proposé que la Société des Nations soit chargée de propager des nouvelles par elle contrôlées, par conséquent que la S. D. N. contrôle rapidement les nouvelles qui publiées déjà lui paraissent suspectes, qu’elle dispose d’un organe qui serait l’auxiliaire de ceux qui existent et en qui le monde pourrait avoir confiance. ( I )

e) Il a été créé récemment un tribunal d’honneur des journalistes chargé de trancher les litiges mettant en jeu un intérêt international. Il est compétent pour sanctionner (I) (I) Proposition de M. Jules Rnisson au Comité français de Coopération européenne. d’une sorte de flétrissure morale les auteurs de renseignements volontairement erronés et ceux mêmes qui ont mis un soin insuffisant à se documenter. Il ne peut toucher ni aux doctrines, ni aux idées, mais il a pour but dt maintenir la notion d’honneur dans les relations entre journalistes étrangers. ( I )

  1. A la Table Ronde de l’Union des Associations Inter nationales, M. Briantchaninoff, l’organisateur des Congrès Psychosociologiques a présenté un projet de Cour Internationale privée destinée à s occuper des affaires de Presse dans ses rapports avec l’opinion publique.

7, Oocumenfûfion.

  1. Le journal comme la revue a trois utilités documentaires : 1° on le lit quand il paraît; 2° on en fait des collections (très peu); 3° on les découpe (beaucoup).
  2. Il y a lieu de distinguer la documentation par »4 Presse quotidienne et la documentation de la Presse quotidienne: 1° la Presse quotidienne apporte les nouvelles en premier lieu, les articles de revue et les livres ne contenant la matière que beaucoup plus tard ; 2° elle contient des éléments qui se retrouveront plus tard dans les périodiques et les livres; 3° elle contient l’expression immédiate de la pensée et de l’opinion publique à l’égard des événements; 4° par les entrecoupements, les reproductions similaires ou les altérations, par les erreurs mêmes constantes dans une série d articles publiés dans les jour naux différents, on peut se rendre compte dès l’origine d< certaines nouvelles, des sources qui les lancent et les paient (ex, Ivor Krcuger pour Ivan Kreuger).

Le journal comme documentation c’est: 1° l’actualité; 2° la mise sur la trace du fait; 3° un exposé court bien tîtulé ; 4° des articles de vulgarisation des questions ; 5° une matière abondante à bon marché.

  1. Certains journaux dressent pour eux-mêmes la table des matières du contenu des numéros. Le Times publie les tables de son contenu.
  2. Les Archives contemporaines (système Kecsing) publient une documentation chronologique illustrée des événements mondiaux. La publication est hebdomadaire Elle se fait en 4 langues. Un index alphabétique accompli pagne l’index cumulatif. L’index portant le numéro le plus élevé est seul à conserver, il reproduit en les corn mentant tous les précédents qui peuvent dès lors être détruits.
  3. Des journaux publient des revues de la Presse dans lesquelles les articles sont cités textuellement, pour venir en aide à la presse et aussi pour leurs propres services. Le Ministère des Affaires étrangères de France a organisé un service de traduction de journaux étrangers et publié des Bulletins de Presse abondamment pourvus et présentés d’une manière assez objective.
  4. Des journaux ont publié des éditions résumées. Ainsi les numéros hebdomadaires pour l’étranger de ta Gazette
  1. Voir rapport P. Otlet au Congrès Psychosociologique.

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de Cologne, autrefois L’Indépendance d’Outremcr, ln Kölnische Zeitung Wochensausgabe.

  1. Il y a un service de découpure de presse dans toutes les grandes administrations publiques et privées. Des agences de découpures de journaux se sont constituées (type: Argus de la Presse), moyennant payement par découpure elles envoient au jour le jour tous les extraits de presse concernant une question ou une personne. Ces agences ont de nombreux lecteurs qui parcourent les journaux les ciseaux à la main, après s’être mis en mémoire, d’après des listes dressées et tenues à jour, tous les sujets qui intéressent les abonnés. Les hommes politiques, les artistes, les personnes en vue i»ont désireux de connaître ce qu’a dit d’eux la presse. C’est elle qui fait la notoriété (ce qu’on appelait autrefois la gloire).

Les bureaux d’un grand journal constituent des centres de. documentation très importants. Ils reçoivent une grande correspondance, et des inconnus lui envoient quantité de documents. Il est désirable que cette documentation, susceptible d’améliorer considérablement la valeur des nou-velles publiées, soient organisées et les méthodes générales de classement et de catalogage trouvent ici leur application.

  1. Les journaux sont précieux a conserver. La France, dit le bibliophile Jacob, ne conserve pas les journaux, qui sont pourtant les meilleurs instruments de l’histoire d’une époque, à quelque point de vue qu’on la veuille étudier. Ces pauvres journaux s’en vont tristement au néant, ù l’oubli et plus tard, demain peut-être, on les payera au poids de l’or. Ce sont les oracles de la Sybille écrits pur des feuilles de chêne ; n’est-il pas étonnant que notre XIXe siècle laisse s’anéantir chez la beurrière et chez l’épicier les pièces les plus précieuses, les plus authentiques de l’esprit national.
  2. La conservation des journaux soulève quatre question» différentes : 1° sous quelle forme présenter les journaux quotidiens dans les bibliothèques publiques et aussi dans les grands cercles ? 2° comment conserver des collections complètes de certains journaux (Hémérothèques) ???, 3° comment constituer des archives de la presse comprenant des exemplaires types de tous les journaux (Musée de la Presse) ; 4° comment utiliser les journaux sous forme de découpures (Encyclopédie documentaire).
  3. Tous les journaux du pays dans ta bibliothèque nationale, quelques grands quotidiens et les journaux locaux dans les autres, au moins un journal source de faits et de l’histoire contemporaine dans toute bibliothèque. On relie les journaux en fin de trimestre. Ceux de consultation courante sont collés sur onglets et reliés au jour le jour. Les numéros dépareillés de plusieurs journaux que l’on désire conserver font l’objet de recueils factices où les numéros de plusieurs organes sont classés par ordre de date.

La Bibliothèque Nationale de Paris possède une collection complète des journaux parisiens. La Library of Con- gress de Washington possède des collections considérables.

Dans certaines bibliothèques anglaises, les journaux sont affichés. Ils se lisent debout devant des pupitres. Les journaux les plus répandus comme le Daily Mail, le Tele-graph, le Tirncê sont affichés à deux ou même trois exemplaires. de façon que plusieurs lecteurs puissent les compulser à la fois.

La Bibliothèque doit posséder un choix judicieux de journaux. « Pat les journaux, elle met chacun en situation de se faire une opinion personnelle raisonnée, basée ???ijr une information pluriale et contradictoire, au lieu d’avoir seulement l’opinion toute faite de l’unique journal qu’il lit. »

  1. On a constitué de grandes collection» de spécimens de journaux. A Aix-la-Chapelle. M. Oscar von For-kenbeek est parvenu à réunir 75,000 feuilles de journaux différentes dans le Zeitungs Muséum, subventionné par la ville. En Belgique, on s’est vivement intéressé aux collections les plus importantes. Le Musée de la Presse au Palais Mondial comprend maintenant les collections de Warzée. Vanden Broek et de Fonvent en un ensemble considérable. ( I )
  1. Institutions.

Le journalisme a fait surgir tout un ensemble d’institutions communes pour les rapports professionnels et la déontologie, pour l’aidr mutuelle, pour l’enseignement, les maisons et instituts de Presse.

  1. En Amérique le journalisme a pénétré dans les Universités. A Columbia, il a élevé le journaliste nu rang d’un professionnel, bien que ce soit peut être une affaire. A Berlin, à l’Université on a créé non seulement une chaire de journalisme (Zeitungswissenschaft), mais un Institut, laboratoire ou bibliothèque où 800 journaux sont découpés et classés. Il y a les Ecoles de Journalisme à l’Université de Chicago, Philadelphie, Colombo (Ohio) qui ont des cours préparatoires de journalisme. Université catholique de Lille. En Allemagne, professeur Koch à Heidelberg. Le Secrétariat du Volksverein de Miinchen-Gladbach s’e»t transformé en une école de journalisme.
  2. La Maison de la Presse de Paris créée pendant la guerre (rue François l#r) n’a été fermée qu’en décembre 1922. Elle comprenait un service d’informations recevant. analysant et diffusant les contenus de la Presse du monde entier ; un service de propagande répandant des opinions. Ce dernier service avait la naïveté de se présenter ouvertement comme organisme de propagande française, afin que nul n’en ignore.

La « Maison de la Bonne Presse » (Paris. 5, rue Bayard) fondée par les Assomptionnistes et reprise par M. P. Feron-Vrau. est aujourd’hui une maison d’édition considérable. Elle comprend un personnel de près de 6f0

  1. La collection de journaux de feu le Dr Guilmot — 80.000 spécimens environ — a été acquise par M. le Juge Berrewaert de Louvain, C’était incontestablement la plus importante du monde.

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personnes. Ce chiffre n’est rien auprès du nombre des collaborateurs de bonne volonté qui se sont groupés autour d’elle et qui forment une armée de plus de 50,000 délateurs, chevaliers de la Croix, pages du Christ, porteurs de ses diverses publications. Par ses journaux et revues, elle pénètre chaque semaine dans plus d’un million de foyers ; le total des tirages de toutes les publications réunies dépasse deux millions.

Elle a son imprimerie, une administration qui se tient en relation constante avec tous ceux qui s’occupent de propagande, de rédaction pour ses 25 revues et journaux.

  1. La Fédération internationale des Journalistes est une institution permanente. Elle a constitué dans les grandes capitales d’Europe, sièges d’organisation nationale officielle, des commissions de travail : documentation et archives. finances (Pana), étude juridique (Berlin), prévoyance et assistance (Vienne), études techniques (Genève), propagande (Londres). La Commission de documentation a mis au point un important recueil de contrats et textes organiques, conventionnels ou légaux, véritable code international de la condition de journaliste.

Une Association Internationale de Journalistes accrédités à la Société des Nations a été constituée à Genève en 1927. Le problème de la collaboration de la presse à l’organisation de la Paix a été discutée à l’assemblée de Genève (1932) (Document A. 312, 1932). La Conférence de Madrid a traité- un aspect de la question : les relations télégraphiques.

Récemment, le Comité exécutif de la Fédération internationale des Journalistes a adopté une résolution condamnant les persécutions de la presse en Allemagne et déclarant la rupture momentanée avec la Fédération des Journalistes allemands.

  1. Il a été formé en mai 1933 à La Haye une Fédération internationale des Associations de directeurs et des éditeurs de journaux.
  2. Des Instituts du Journalisme ont été créés en divers pays. En Allemagne notamment « Deutsches Institut fur Zeitungskunde ». Des publications spéciales ont été consacrées à la théorie et à la pratique du journalisme. Ex. : en Allemagne la Zeitungswissenschaft.

La création d’un Institut International de la Presse a été décidée par le Comité de la Fédération Internationale des Journalistes (Prague, avril 1929). C’est à la suite du vœu délibéré en Î927 par la Conférence internationale des Associations internationales de Presse.

  1. Des expositions internationales de la Presse ont eu lieu dans maintes expositions générales. Il y en eut aussi dans des expositions plus spéciales. Celle du Livre b Leipzig en 1924, celle de Pressa a Cologne en 1927.

g) La création d’une Bibliothèque (Hémérothèque) mondiale de la Presse doit retenir l’attention. Elle est appelée à devenir un Département important de la Bibliothèque Mondiale. 9. Desiderata. Réforme.

  1. Parmi les objets de ces réformes, on peut indiquer les suivantes : extension du nombre de pages des journaux. multiplication des rubriques, collaboration compétente, informations sur la vie du dehors et « l’heure qu’il est dans le monde », édition de suppléments spéciaux répondant au besoin de lecture dominicale, apportant aux feuilles à la fois de la distraction, des connaissances, de l’idéal et de la beauté. Le journal populaire constitue trop souvent pour le paysan sa seule revue et sa seule bibliothèque. Il devrait être transformé en organe distributeur d’une nourriture intellectuelle, saine et abondante. C’est là un minimum de desiderata. On peut se demander, d’autre part, si, sans apporter aucune restriction à la liberté de la presse, il ne conviendrait pas d’en voir combattre les mauvais côtés par des informations plus nombreuses et plus systématisées émanant des autorités, gouvernement et administrations. La conception même du Journal officiel est demeurée quasi invariable depuis plus d’un siècle. Il y a, dans le développement et l’adaptation de l’idée maîtresse à qui il doit sa naissance, de précieuses possibilités. L’Etat doit à ses membres des informations précises, détaillées, continues sur ce qu’il veut, entreprend et propose à la conception de ses membres.
  2. En ce qui concerne la lecture et la documentation par leur moyen, on peut souhaiter notamment : 1° qu’il soit constitué dans les grands centres des salles de lecture de journaux, comme en Angleterre et en Amérique, afin de combattre l’influence néfaste de la lecture d’un journal unique et tendancieux ; ces salles de lecture devraient être, autant que possible, annexées aux bibliothèques ; 2° que ces dernières organisent des collections de journaux, les unes centrales ou générales, les autres locales ou spéciales ; les journaux sont des sources importantes de 1 histoire >t des organes de la tradition ; 3° qu’il soit publié pour au moins un journal de chaque pays des tables détaillées comme celles que publie le Times et dont les index, en rappelant la date des principaux événements, puissent faciliter les recherches dans les numéros contemporains même des autres journaux. A défaut, même simultanément. que des catalogues bibliographiques manuscrits Sur fiches à plusieurs entrées soient établis au centre national de collectionnement de journaux, qu’il soit procédé à une utilisation plus généralisée et plus systématique des découpures de journaux pour alimenter la formation des Répertoires de Documentation. Il y existe des possibilités d’une meilleure utilisation à cet effet des services de presse des administrations et des argus de la Presse. Œuvres de distribution de vieux journaux; utilisation systématique des feuilles déjà lues pour étendre la lecture gratuite dans toutes les classes sociales.
  3. Remèdes divers à envisager. — 1° Limiter la liberté de la presse. Impossible. 2° Se montrer plus sévère pour

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la répression des délits. Par le régime qu’a mis en vigueur la loi de 1881, la presse irresponsable est aujourd’hui au-dessus de la loi, puisque les délits qu’elle commet sont presque toujours impoursuivU, puisque quand ils sont poursuivis, les poursuite-, lentes, tardives, coûteuses, semblent avoir pour but de sauver îe coupable, de décourager le plaignant, puisque les vrais auteurs du délit, soigneusement protégés, voient amener devant les tribunaux l’homme de paille de leur journal, le gérant; puisque les peines édictées ou prononcées sont inefficaces ou ridicules. L’avocat général Cruppé qui s exprime ainsi demande un tribunal plus moderne composé de trois éléments: le magistrat de profession, le juge populaire et l’expert. Toute personne, association, administration prise en partie ou diffamée par la presse doit avoir le droit de répondre dans l’organe qui l’a attaqué à la même place et pour au moins autant de lignes du même format. (I) 2° Former une ligue de l’élite des journalistes repoussant toutes accointances avec les pamphlétaires et les pornographes (M, Leroy Beaulieu), 4° Créer des associations pour la protection des lecteurs de journaux. (2) 5U Combattre l’idéal bas par un idéal élevé, opposer à presse sérieuse à la presse frivole et corruptrice.

241.329.1 LA PRESSE DANS DIVERS PAYS.
  1. Angleterre. — La presse anglaise n’eut pas une longue enfance. Dès le XVIIIe siècle, elle présenta i.n caractère de virilité. Elle intéressa par des récits de voyage en feuilleton. Elle fut longtemps l’organe de l’opinion, son porte-voix sincère et authentique, le défenseur attitré des intérêts et des citoyens anglais, l’incarnation de l’âme anglaise. La presse est maintenant trustée, aux mains de quelques potentats et risque fort de dégénérer.

Les journaux anglais à l’inverse des journaux français, semblent avoir essentiellement pour but de renseigner vite et bien. Peu de théories, peu de considérations générales : des faits, des faits, des faits. Cette forme de journalisme suffit à elle seule à caractériser la société britannique.

Le journal anglais vise l’information, le lecteur n’y cherche point une direction de conscience. Le journal français est avant tout politique. Le journal anglais dispose de forts capitaux, le journal français pas. Le journal anglais ne peut être vénal, il risque trop; le journal français est accessible aux tentations. ( 1 ) Lors du vote de la loi scolaire par les catholiques en 1884. Le journal de Bruxelles créa le Bureau des démentis ; en moins d’un mois on parvint à purger les feuilles des adversaires de la plupart des canards dont elles nourrissaient leurs lecteurs à l’occasion de cette loi.

(2) Le jour où nous pourrons faire une nouvelle législation sur la Presse, séparer la Presse littéraire et politique de la Presse financière, nous aurons fait une heureuse besogne d’assainissement. (Franck à la Chambre Belge, 16 mars 1922, p. 379.)


  1. Allemagne. — Les débuts de la Presse y ont été secs et impersonnels. C’est Frédéric II qui, en éveillant la conscience nationale, a donné le premier essor à la Presse, bien que sa puissance d expansion date surtout de la révolution allemande de 1848. Il y avait en 1928, 3,293 journaux et 4,730 revues. Cette Presse n’est pas centralisée comme en France; il y a de grands journaux de province.

Quand Bismarck fit voter une loi contre les socialistes (1878) ils s’organisaient sous forme de sociétés sans but politique en apparence, ««cercle de fumeurs», cercle choral. Ils transportèrent leur journal en Suisse, à Zurich, d’où les exemplaires entrèrent en contrebande dans toute l’Allemagne. Ils imprimèrent secrètement des feuilles volantes et continuèrent leur propagande.

A Berlin, Scherl, qui fut un colporteur vendant livres et montres, a créé la Woche, puis le Localanzeiger. puis le Tag. Le Tag. vers 1906, a deux éditions: politische qui donnait la reproduction réduite du Localanzeiger ; unter-haltung, toutes espèces d’autres nouvelles. Tous les jours de la semaine le Tag a un autre supplément : agricole, littéraire, etc. Il tire à 100,000. Le gouvernement le ¡subsi-diail car c’était précieux pour lui que le public as&ez cultivé pour lire le Tag demeure dans les opinions moyennes. En tête du Localanzeiger, on trouve en quelques mots le résumé des événements saillants du monde entier. La lecture de ce résumé donnait l’assurance immédiate que l’on pouvait être tranquille, qu’aucun événement ne forçait à modifier le cours de ses idées ou l’orientation de son activité.

En Allemagne les auteurs connus publient souvent leurs essais dans les quotidiens.

A Berlin il y avait environ 10,000 vendeurs de journaux à la rue. dont 6,800 avaient leur place stable.

Pendant la guerre^ Lu.dend.Qrff organisa la fameuse « K.riegspre’iseamt ». Wolf mentait, mentait toujours. « Le mensonge est un devoir patriotique », telle fut la devise. Le pouvoir militaire étant omnipotent, le pouvoir civil n’existait plus. La propagande du Kriegspresseamt s’inspirait de deux principes : l’espoir et la haine.

Il y eut tout un temps deux presses officieuses, celle de la Chancellerie et celle de von l’irpitz qui avait organisé au Ministère de la Marine un bureau de presse à tendances pangermanistes. La presse n’a guère été qu’un informateur officiel, obligé notamment d’insérer les articles préparés par l’autorité. Le gouvernement faisait publier des articles par l’intermédiaire non seulement de ses organes mais de journaux indépendants. Le gouvernement a déclaré que les articles de sources officielles ont pour but de fournir aux petits journaux des nouvelles intéressantes.

C’était l’agence nouvelle « Tranzoceana » qui envoyait les nouvelles par télégraphie sans fil au cours de la guerre, les câbles sousmaiins étant devenus inutilisables. Cette


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agence était soutenue par les industriels et par les sub- ? sides du gouvernement.

I .a législation sur la Presse en Allemagne, l’organisation, du Pressebureau, et la censure pratiquée en temps de paix, jointes à la confiance du peuple allemand, permettaient o Berlin de créer dans toute l’Allemagne l’opinion qui lui convenait sans en avoir l’air. En effet, un réglement obligeait le journaliste allemand de remplacer un texte censuré par un texte accepté. Depuis l’avènement d’Hitler la Presse connaît une concentration aux mains du gouvernement.

  1. Etats-Unis. — Le journalisme américain est devenu une formidable machine. Il compte les plus complets exemples dans la «Yellow Press» la Presse jaune. C’est le journal qui est connu comme moyen de gagner beaucoup d’argent. (La chaîne des journaux de Hearst.) A côté existe la « Human interest Press », qui fait un usage abondant des incidents oui révélent In nature humaine n fait naître les émotions. (Par ex. Le Star, de Kansas City.) L’Amérique a des « news papers » et « newspapermen ». l’Angleterre et le continent ont des journalistes. Il y a une grande différence. Les journaux américains font d’im meiises sacrifices pour utiliser tous les moyens créés par In science pour In transmission rapide de l’information. Le journal américain, comme instrument de nouvelles, est des années en avance sur les autres.

La Presse américaine est en général une pure entreprise commerciale, de parfaite à-moralité, exploitée selon une technique savante, rationalisée, mécanisée, le dernier cri de la réclame, de l’information. du reportage. Elle est trustée.

La Presse des Etats-Unis a une grande influence. Elle est riche et en général intéressante; elle occupe, en temps de prospérité, d’après les rapports fournis par le Ministère de I*Intérieur, 261.000 employés qui touchent 2.5 milliards ¿r??? dollars par an et 28.000 hommes travaillent avec 5.000 femmes, rien que pour rédiger les 20.000 publications diverses dont 2.300 sont quotidiennes, et ont une circulation presque incroyable de 44 millions d’exemplaires ???n moyenne par jour. (Le nombre de livres divers publiés, en une seule année prospère, a été de 227,495,000. y compris les livres d’école, etc.) On imprime en moyenne par jour aux Etats-Unis : 312.000 journaux italiens, 334,000 journaux allemands. 536.000 journaux en hébreu. Il y a lieu de remarquer que la plupart des juifs sont d origine russe et allemande, quoiqu’un grand nombre préféraient déclarer qu’ils étaient polonais quand les pays qui les ont vu naître étaient tombés en défaveur.

Il y a aux Etats-Unis plus de 2.300 journaux quotidiens et 14.600 hebdomadaires. Pratiquement on compte un exemplaire par 5 habitants. Ces journaux représentent un capital de 1.154.786.000 dollars. Un seul de ces journaux occupe 2.066 personnes, dont 48 rédacteurs au service de l’information et 466 personnes au service de la publicité. Une soixantaine de journaux américains ont leur bureau à Paris.

Il y a quarante-quatre publications périodiques de langue française aux Etats-Unis, dont 7 journaux quotidiens,

2 tri-hebdomadaires, un bi-hebdomadaire, 24 hebdomadaires, 2 revues bi-mensuelles, 6 revues mensuelles, 2 le-vues trimestrielles. Le tirage total des journaux quotidiens de langue française est de 43,700 exemplaires. Le Daily Mail, le New-York Herald et le Chicago Tribune ont une édition parisienne.

Un journal américain laisse en blanc ses pages du milieu pour permettre ainsi au lecteur d y emballer «es tartines.

  1. Italie. — La Presse italienne fait une grande part à la politique, au théâtre, à la critique littéraire et philosophique, aux articles d’idée générale. Le goût du pittoresque. du lyrisme même, paraît le trait caractéristique de l’information italienne : devenu industriel et conquérant. l’Italien n’en continue pas moins à considérer le monde en artiste. (Gabriel Arboin )
  2. Hollande. — La Hollande possède de très grands journaux: la NieuWe Rotterdamschc Courant, VAIgemeen Handelsblad, le Tclcgraaf, le Maasbode.

La NieuWe Rotterdamsche Courant (N. R. C.) fournit l’exemple le plus avancé de la Presse hollandaise. Le vendredi 19 mai 1933, « Ochtendblad » 12 pages et le soir « Avondblad » 24. soit un total de 36 pages. Il donne en moyenne 28 ou 30 pages par jour (8 ou 10 le matin, et 20 le soir). Aussi le N. R. C. est le journal qui donne la plus grande place à l’art en général, non seulement à la littérature hollandaise, mais à la littérature de tous les pays, française, allemande, anglaise, russe. Scandinave, espagnole, italienne, etc., etc.

  1. Japon. — La presse japonaise est une de celles qui a le plus progressé. Eiv 1860 les Nippons connaissaient à peine les journaux. Ce sonf les Européens qui ont fondé les premiers journaux. Il y a aujourd hui 115 grands jour naux dont la moitié ont plus de 10 pages par jour et dont deux tirent 900.000 et 1.500.000 exemplaires (Tofcîo-Nichinichi et Osaka-Mainichi). Avec les périodiques pa raissant plus de 3 fois par mois, il y a 8,445 journaux. Les journaux sous forme de sociétés anonymes sont devenus de grandes entreprises capitalistes au service du capita lisme. Il n’y a pas de grand journal exprimant la culture et l’idéologie de la masse prolétarienne.
241.33 Annuaires (Almanachs, Calendriers, Adresses).
241.331 NOTION.
  1. Les annuaires sont des recueils destinés à reproduire chaque année une série de faits ou d’événements concernant une contrée, un département, une localité ou une branche quelconque des connaissances ou des activités

241 DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 163

humaines. Les annuaires paraissent généralement au début de chaque année pour servir de guide aux personnes de profession déterminée. Ils contiennent les données utiles À l’exercice de la profession ou déterminent la succession des travaux qu’ils ont à faire, ainsi que la manière de les exécuter.

Un annuaire donne des renseignements sur la composition des organismes officiels et privés de toute nature, de la spécialité à laquelle il se réfère (administration, sociétés, instituts de recherche et d’enseignement, presse spéciale) ; souvent des informations sur les personnalités elles-mêmes. Renseignements généraux d’ordre commercial, juridique, administratif. Données fondamentales et permanentes sur la matière.

  1. Il est difficile de définir l’annuaire par des caractéristiques bien nettes. Dans ce qu’il a d’essentiel, l’Annuaire est un ensemble de données mises annuellement à jour. Mais cette définition conviendrait aussi au Traité et à toute forme d’ouvrage réédité annuellement. Pour qu’il y ait annuaires, il faut une seconde condition, qu’il y ait matière même annuellement renouvelée. C’est le tas des statistiques et des états du personnel des organisations, des listes d’institutions existantes, des adresses des personnes, des abonnés aux services publics ou privés.

Les annuaires sont des documents difficiles à enfermer dans une définition simple. Ils ont — ou ils devraient avoir — de commun, d’une part le fait d’être publié» annuellement, d’autre part le fait de contenir des informations de caractère synthétique et bibliographique. Il y en a qui forment cependant des publication» annuelles et constituent une série indépendante. (Ex. : le catalogue annuel de bibliographie, le recueil annuel des bibliographies, les recueils annuels des administrations officielles (publiant des documents officiels), les recueils ou rapports des associations et les actes de certains congrès.) Les annuaires ont pour objet de mettre ou courant de la situation et des progrès dans tous les pays et en un domaine déterminé.

Une longue élaboration améliorée d’année en année a conduit aux grands annuaires actuels. Un annuaire peut reproduire chaque année, mi«e à jour, sa partie générale. Chacun de ses volumes alors est un tout complet par luiJ même.

241.332 TYPES D’ANNUAIRES.
  1. Plusieurs annuaires ont acquis une grande réputation: l’Annuaire du bureau de s longitudes, Y Annuaire du Commerce Didot-Bottin, Y Annuaire historique fondé en 1818 par Lesur, Y Annuaire du clergé de France; Y Annuaire diplomatique, Y Annuaire militaire, etc.

b) Sébastien Bottin (1764-1853) était en 1794 secrétaire général de I administration centrale du Bas-Rhin quand il y publia le premier Annuaire statistique qu’on ait vu en France. De 1809 à 1853 il continua la publication annuelle que de l a Tynna avait commencé a faire parai tre en 1801. A la mort de Bottin Y Almanach du commerce de Paris, des départements et des principales villes du monde fut réuni à V Annuaire du commerce de Didot. publié depuis 1797. Les mots un Bottin ou un Didot-Bottin sont devenus des sortes de nom commun pour désigner le livre d’adresses (dit almanach de cinq cent mille adresses).

L’annuaire Didot-Bottin en est arrivé à la 137” année de publication. La collection forme plus de 200 volumes ri constitue un très précieux répertoire de documents historiques, consultables sur demande dans l’immeuble de l’annuaire.

L’annuaire contient aujourd’hui des adresses de tous pays, il comporte 20.000 pages en 5 volumes pesant environ 30 kilos. Mis à plat les volumes d’une »eule édition formeraient une pile neuf fois plus haute que le Mont-Blanc (

  1. La Belgique possède un « Annuaire permanent de documentation financière et industrielle ». C’est un recueil sur fiches mis constamment à jour, distribué hebdomadairement. publié par la collaboration d’un groupe d’experts comptables, d’ingénieurs commerciaux, d’actuaires et de juristes. Sa 12* année comportait 5 volumes contenant environ 9,000 notes sur les sociétés dont les titres font l’objet de transaction.
  2. La Minerva, Jahrbuch der Gclehrtcn Welt, annuaire du monde savant, a été fondé en 1892. Elle est consacrée au progrès des relations du monde scientifique. Après la guerre a été publié 17ndex Genera/ia, directeur R. dr Montessus de Ballore (Paris Editions Spcs) donnant des indications sur 1,100 universités et grandes écoles, 315 observatoires, 3,000 bibliothèques, 775 instituts scientifiques. 250 laboratoires, 1,250 académies et sociétés savantes. 2.300 pages, 60,000 noms de notabilités intellectuelles (liste alphabétique). Prix: fr, 192.50.
  3. Il y a aussi le type des « Qui êtes-vous ? » annuaire des contemporains, sorte de biographie documentaire, le « curriculum vitae », les fonctions et titres actuels, les œuvres produites.

« Who’s who in America » ; « Who’s who in Great-Britain »; Wer ist’s »; « Wie is dat »; « Vem ar det ».

Les annuaires peuvent aussi être des catalogues de personnes ou d’institutions. Ex, : a Batanîker Adresabuch * ; c Index Biologorum », etc.

  1. Des annuaires internationaux ont été produits. Ainsi le Répertoire international de la Librairie, œuvre du Congres international des Editeurs (liste de toutes les maisons d’édition et de librairie: livres, musique, arts).

On a établi des annuaires comme guide pratique pour la correspondance, le voyage et les relations au sein des congrès internationaux, des conférences et des réunions. Ainsi nnuaire du Pureau international d’Education (Genève), IMnniiflire de la Vie internationale, publiés par I Union des Associations Internationales (Bruxelles).


164 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 241

Les données alors sont à la fois nationales et interna- 1 tionales.

  1. Le Deutsche Schule im Auslande présente en son

numéro de décembre 1928 une forme pratique d’annuaire. C’est un résumé de tous les renseignements utiles aux étrangers désireux de faire un séjour en Allemagne. Ces renseignements comportent : 1° l’énumération des ser-

vices s’occupant de cette question ; 2° la bibliographie des ouvrages a consulter.

  1. Le FrankJurtcr Gelehrten Handbuch du Dr Borzmann s’applique exclusivement à une ville : Francfort.
  2. Le nouvel Institut intern, de Droit public publie un annuaire qui contient les lois de droit public adoptées dans différents pays d’Europe et d’Amérique au cours de l’année 1928.
  3. Des annuaires (Jahrbücher) existent en Allemagne pour les diverses branches du droit. Ils présentent chaque année les résultats essentiels obtenus dans ce domaine, tels que les offrent les ouvrages, les revues, la juridiction, et la pratique administrative. Le dernier créé de ces annuaires est le «Jahrbuch des Treuhandrechts* (Annuaire du droit fiduciaire) de J. Hein».
  4. Certaines publications de la Société des Nations sont des œuvres magistrales dons le genre annuaire. Ainsi {‘Annuaire Militaire 1928-1929 contient en ses 1,123 pages des information» abondantes sur l’organisation militaire de 60 pays à l’exclusion des colonies. Chaque année toutes les monographies sont revues et corrigées d après les documents les plus récents. Dans la grande majorité des cos, grâce aux documents périodiques paraissant à des intervalles rapprochés, on a pu suivre et insérer dans I année même des informations la concernant. Ainsi en 1929, les informations jusqu’au commencement même de l’année 1929. Des graphiques et tableaux récapitulatifs font ressortir les caractéristiques principales de l’organisation des différentes années et donnent des vues d’ensemble sur les diverses marines.

L’annuaire devient ainsi la forme de publication mère des données essentielles recueillies par les observatoires sociaux par lesquels sont complétées de plus en plus les grandes organisations.

  1. Une commission spéciale d’experts réunis à l’Institut international de Coopération intellectuelle a dressé i n plan de publication d’une série d’annuaires spécialisés (annuaire des savants, annuaire des littérateurs, annuaire des artistes). Ils ont envisagé la distribution du travail entre les différents pays, l’institution jouant le rôle d’un co’lecteur et d’un metteur en œuvre. Au-dessus de ces annuaires spécialisés serait placée une publication plus générale ci sommaire : un « qui êtes-vous international », liste bio-bibliographique des principales notabilités du monde entier, pour l’exécution de laquelle une importante subvention privée a été attribuée à l’Institut.
241.333 DESIDERATA. RECOMMANDATIONS.
  1. Les annuaires sont désirables particulièrement dans les domaines où les changements sont si rapides qu’il importe d’avoir périodiquement des situations à jour. Ils devraient comprendre des renseignements présentés sous une forme concentrée, facilement consultables, sur les points suivants : 1° énumération des établissements, associations, institutions et personnes relatives à la spécialité, notions sur les personnes célèbres ; 2° chronologie (dates importantes, date de l’œuvre) ; 3° calendrier général et calendrier des faits à venir relatifs à la spécialité (congrès, réunions corporatives) ; 4° législation sur la matière (lois, arrêtés, etc.) ; 5° codes des usages; 6° tableaux des unités, barèmes, tables, formules; 7° terminologie: vocabulaitre international (français, anglais, allemand) des termes employés dans la spécialité; 8° tarifs; 9° brevet*; 10° statistiques; 11° bibliographie de la spécialité: a) ouvrages et articles de l’année, b) bibliographie fondamentale, c) liste des périodiques; 12° documentation: offices de documentation, grandes collections existantes, musées spéciaux (autonomes ou sections); 13° enseignement: écoles et cours; 14° commerce : fournisseurs de la branche;

15° adresses en général: 16° annonces classées relatives à la spécialité.

  1. En bonne terminologie il faudrait remplacer le terme « annuaire » par « répertoire » quand la publication n’est pas annuelle. Il manque en français une notion équivalente à l’anglais « directory s. (1)
  2. Toutes les notices devraient être rédigées par les intéressés eux-mêmes, conformément à une formule ou à un questionnaire. C’est le moyen d’être exact. Les meilleurs annuaires conservent leur composition typographique. Ils envoient chaque année aux intéressés l’épreuve de la notice qui les intéresse, en demandant de la compléter et de la corriger.
  3. Il faudrait dans chaque pays une centrale d’adresses, ou tout au moins une organisation générale des adresses. Les éléments de cette organisation seraient : 1° les registres et fichiers de l’état civil et de la population tenus par les villes ou des autres administrations; 2° les annuaires généraux et spéciaux publics (adressiers, directories, livres de téléphones, de chèques postaux, etc.) ; 3° les adressiers manuscrits établis par les institutions spécialisées; 4° les renseignements que les particuliers seraient invités à fournir.
241.334 ALMANACH CALENDRIER

L’almanach contient, outre le calendrier, des renseignements astronomiques et parfois des prédictions sur le (I) L’Institut international de Bibliographie a satisfait à un ensemble de desiderata documentaires dans son Annuaire de la Belgique acicnlifiquc, artiaiiquc et littéraire (publication n° 71).


241 DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 165

temps. On y ajoute aujourd’hui certains renseignements spéciaux (almanach du laboureur, des missions, du pèlerin). En général, l’almanach est un ouvrage populaire. Il pénètre jusqu’au tond des campagnes. Il s’arroge «ou-vent la spécialité de la prédiction du temps. (I)

L’origine des almanachs est très ancienne. Les Grecs donnaient le nom d’almanach aux calendriers égyptiens. Kegistre ou catalogue qui comprend tous les jours de l’année distribues par mois avec les données astronomiques. des notices et dates relatives aux actes religieux et civils principalement les saints et les fêtes.

La succession des phénomènes annuels et les divisions de l’année se rencontraient sur les monuments publics bien avant l’emploi des tablettes mobiles.

Un almanach est imprimé chaque année à Pékin cor les presses impériales et tiré à huit millions d’exemplaires qui sont aussitôt expédiés dans toutes les provinces du Céleste Lmpire. Et l’intérêt qu’y prenaient les Chinois, la confiance qu’ils accordent à ses renseignements et à ses prédictions étaient tels que chaque année ces huit millions d’exemplaires étaient tous vendus jusqu’au dernier.

Le calendrier astronomique publié comme contenu dans les almanachs et dans beaucoup d’annuaires, indique l’ordre des jours, des semaines, des mois, avec les noms de saints, les fêtes, etc.

On a souvent donné le nom d’atmanach aux publicu-lions officielles ou officieuses, annuelles (almanach royal, almanach de Gotha) relatives aux administrations des Etats, celui d’annuaires aux recueils de statistiques des Etats. Mais ces derniers annuaires se sont considérablement amplifiés. (2)

241.335 ANNEES.

a) Les « années » (Jahrbücher, Ycarbooks) (telles l’année philosophique, l’année psychologique. Tannée sociologique (3), Tannée électrique) sont des publications qui rendent compte plus ou moins complètement des travaux faits dans l’année sur une science déterminée (1) Le célèbre Sarragozano, almanach espagnol, tirerait, rapporte-t-on, 30,000 exemplaires annonçant pour tels jours le bon temps, 50,000 autres annonçant le mauvais temps. La moyenne des appréciations des lecteurs ne maintiendrait favorable au talent de divination de l’éditeur. (2) Exemple: L’« Annuaire du Canada» 1927-28. publié par le Bureau fédéral de la Statistique, section de la Statistique générale (un volume de 1,122 pages) porte comme sous-titre « Répertoire statistique officiel des ressources, de l’histoire, des institutions et de la situation économique et sociologique de la puissance ». Il provient par transformation successives, de l’Annuaire et Almanach parus depuis 1867. (3) L’Année sociologique, fondée par Duckheim (Paris Alcan), a repris sa publication avec la collaboration de l’Institut français de sociologie. Avec 150 pages de mémoire elle en comprend au moins 400 de bibliographie analytique où non seulement sont analysés les livres, mais encore où les faits sont répartis et organisés. et publiés dans des langues différentes, permettant à chacun de connaître rapidement les travaux de ceux qui étudient les sujets qui l’occupent et de se servir de ces travaux,

  1. Les Années constituent ainsi des parties de la Bibliographie générale. Il en est surtout ainsi pour les Jahrbücher allemands. Mais certaines Années comportent dej tables de chronologie, de faits, de contacts, etc. qui les font déborder du cadre bibliographique. D’autre part existe souvent chez les rédacteurs le désir d’extraire des œuvres recensées les idées générales de marquer la direction et le mouvement scientifique en rapprochant plusieurs ouvrages.
  2. On peut se demander pourquoi n’y aurait-il pas régulièrement des rapports périodiques sur l’état de no1 2 3 1* connaissances comme toutes les autres branches d’activité privée ou publique en ont (industries, administrations, etc.) ? La British Association a confié à des comités spéciaux le soin d’élaborer des rapports sur les progrès scientifiques réalisés dans une matière déterminée. C’est permettre à chacun de suivre le mouvement des idées et des faits de la science sans avoir à lire la niasse entière de la littérature du sujet. Pour diviser le travail, cette lecture est faite par quelques-uns pour tous.

La Chemical Society publie annuellement des rapports sur les progrès réalisés dans les différents départements de la chimie durant Tannée. (I)

241.4 Collections. Recueils de textes. Commentaires.

Les Recueils, les Collections et les Commentaires figurent parmi les plus grandes œuvres bibliographiques. Leur établissement a donné lieu à des sommes de labeur énorme.

Diverses questions sont à examiner: la publication de collections d’ouvrages constituant chacune une individualité ; les recueils de texte qui ne constituent pas des ouvrages entiers ; l’examen des textes et les principes à suivre pour leur publication; la reproduction des manuscrits, notamment par les procédés photographiques ; les commentaires des œuvres.

241.41 Notion.

a) Le Recueil est le rom générique donné à un assemblage, à une réunion d’actes, de pièces, d’écrits, d’ouvrages en prose ou en vers et aussi de morceaux 4c musique, d’estampes, etc. Les recueils comprennent donc plusieurs ouvrages de même forme ou qui traitent la même question. Ainsi; Recueil des lois, Recueil de discours. Recueil de pièces de théâtre. Les grandes collections des ordres religieux (Bénédictins et Jésuites : les Bollandistes), celles des Lequates, celles des historio- (I) Exemple de rapport: L’état actuel de la science. Rapport de M. E. Picard. Article de Adhémar dans la Revue de Philosophie, 1901 ou 1903.


166 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 241

graphes. Ainsi : Collection des Perea de l’Eglise, Collection dea Concile», Collection des liollandiatea, Collection des mémoirea de l’Histoire de France, Recueils de truités.

  1. Le but des Recueils et des collections est de classer et publier, sans omission ni erreur, tous les documents ayant rapport à une question. L’impossibilité matérielle de rassembler certains documents existants justifie les ouvrages qui reproduisent et analysent le contenu d’originaux. Certaines rééditions ont pour but d éviter les pénibles recherches dans les publications originales. Ex. :

1 ableaux de statistiques rétrospectives publiés par la Statistique Internationale du mouvement de la population.

  1. Le recueil correspond à une opération bibliographique fondamentale, elle-même en corrélation avec une organisation intellectuelle fondamentale. Les choses se groupent ???t se réunissent d’abord dans l’esprit et se présentent sous une forme non matérielle. C’est dans ce sens que Cousin a écrit « Lhistoire est un recueil d’expériences dans lesquelles on peut étudier la loi de la pensée humaine ???. Le groupement, la réunion des documents considérés comme des unités, des entités documentaires distinctes peut se faire de manière bien différente selon le but désiré, les principes du choix, la base du classement.
  2. Les générations ont fait succéder leurs efforts pour nous donner les grandes collections de textes dans l’état où nous les possédons maintenant. Les éditions ont été sans cesse en se perfectionnant, comme texte et comme forme de présentation,
241.42 Espèces, types de recueils et collections.

Il y a un grand nombre d’espèces de recueils et collections.

  1. Histoire. — Pour ctudier les documents d’une façon historique, on a senti le besoin d’en faire des éditions critiques établies en comparant méthodiquement les différents manuscrits. On a compris l’avantage de les réunir en grandes collection» (notamment les collections allemandes pour le moyen âge). On a de même réuni les inscriptions en corpus. On a dressé le catalogue des manuscrits des auteurs antiques, on a commencé l’inventaire dr* documents inédits des archives.

En histoire on a réimprimé des pièces seules et on a formé des corpus ou recueils de pièces qui sont les principaux instruments et les principales entreprises de l’érudition historique ancienne et moderne.

La plupart des documents historiques ont été réunis dans des collections qui les ont rendus d accès facile. b Voici des exemples: sous le nom de Monumenta germaniœ on a recueilli des collections de documents relatifs à 1*histoire de VAllemagne. Le * Recueil des ordonnances des rois de France » est une vaste collection in-folio entreprise sous Louis XIV et continuée depuis.

Au commencement du XVIIIe siècle le savant Muratori réunit toutes les plus remarquables sources de l’histoire médiévale italienne, C est pour son temps un merveilleux effort de savoir et de critique et le corpus le plus complet de textes histoiiques du VI au XVIe siècle pour l’Italie, la somme indispensable de recherches. Le commandeur S. Lapî a conçu et mené à bonne fin l’édition nouvelle dite Rerum italicarum scriptores, qui après sa mort fut achevée par Cardocci et Fiorini. La découverte de manuscrits que Muratori ne connut point et qu’il crut perdus, la nouvelle direction donnée a la critique historique en ce qui concerne Vétude des sources et la préparation de leurs textes, les moyens plus amples et plus exacts de recherches et de reproduction dont nous pouvons disposer dans ce but. ont permis de renouveler l’œuvre de Muratori.

« Mon édition, dit Lapi, suivra dans chacune de ses parties l’ordre donné par Muratori o son recueil et elle en reproduira — «nui quelques exceptions justifiées — tous les textes et leurs préfaces. Chaque page portera l’indication de lu page correspondante dans l’édition de Muratori. De riches tables analytiques, fondues en une table générale à la fin de l’ouvrage, accompagneront chacun des écrits. Chaque tome conservera la numération qu’il a reçue dans l’édition originale ; mais toutes les fois que cela sera nécessaire, il sera divisé en parties dont chacune formera un ou plusieurs volumes à part, avec une numération particulière de façon que, bien que ces tomes soient publiés par intervalless et par livraisons, il sera facile de leur tendre leur place dans le tableau de l’entière collection. Une numération, en continuation de celle des volumes qui composent le recueil de Muratori, sera donnée aux volumes des Agsiume (addition») publié» par Tartini et par Mittarelli. Cette numération s’étendra aux autres volumes que j’espère y ajouter moi-meme, y comprenant des textes que Muratori ne put insérer dans la collection, soit que ces textes aient été déjà édités, soit inédits, en partie ou en entier. »

La collection des chroniques belges inédites, publiées sur ordre du gouvernement par la Commission Royale d’Histoire. comprend déjà 125 vol. in-4°. De toutes parts, on continue à publier des pièces d’archives et de manuscrits, sauvant ainsi de la destruction et de l’inutilisation relative quantité de pièces qui sont les vestiges du passé. Ce travail s’accompagne d’une révision comparée des textes pour arriver à des versions plus exactes. Le travail des Index et des Tables de ces documents se poursuit parallèlement.

  1. Littérature. — On a réuni en collections les œuvres littéraires de l’antiquité et du moyen âge; on a commencé à le faire même pour certaines œuvres modernes.

Des éditions excellentes d’ouvrages particuliers ou d’œuvres complètes des auteurs anciens facilitent à tous l’accès des trésors d’autrefois. Par ex. les Condones latinre (Harangues latines), le livre classique des rhétoriciens dans lequel Henri Estienne. il y a trois siècles, a réuni les meilleurs discours, extraits de Tite Live, Saluste,


241 DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 167

I acite et Quinte Curce ; les Narrationes, recueil de faits historiques extraits des mêmes auteurs, à l’usage des classes de seconde,

  1. Collections religieuses. — Patrologie. Canon. Il existe de vastes collections de documents religieux. La Patrologie de Migne, ouvrage qui concentre toute la littérature de l’Lglise des douxe premiers siècles. -—Les collections canoniques de l’époque de Grégoire Vli : ces collections furent composées au moyen de matériaux fournis par de vastes compilation» enttepiiHta à l’instigation, ou tout au moins avec l’aveu du Pape. Les recherches qui furent poursuivies dans les archives du Saint-Siège et dans les bibliothèques des églises et des monastères ne contribuèrent pas peu à renouveler le droit canonique. — De* Hegesta Pontificum Komonorum de Ph. Joffé, continuée par Potthast, embrassent 19 pontificats et résument plus de 26,000 lettres.

L’/l mp/issima collcctio Conciliorum (Mansi) [Concilïo-rum omnium catholicæ Ecciesiæ collectio amplissima). Lite sera complète en >0 volumes tirés à 350 exemplaires.

Il y a 279 souscripteurs. Pour les années jusqu’à 1720, ce sont des reproductions et fac-similés de l’ancien Mansi. de Coleti. du supplément à Coleti par Mansi. A partir de 1720 on a établi des continuations typographiques par Martin et Petit. L’ouvrage a pour but de centraliser en une seule collection tous les documents relatifs aux conciles.

Les /lnecdo;a AJaredsolana publiés par dom Germain Morin, moine bénédictin de l’abbaye de Maredsous, sont des recueils de pièces relatives à l’ancienne littérature chrétienne. Ces textes, pour la plupart inédits, sont publiés avec des notes critiques.

  1. KccuciU juridiques. — Les recueils juridiques figurent parmi les plus grandes collections. Ils comprennent la législation et la jurisprudence ou décisions des cours et tribunaux. Il en sera traité avec la Documentation et le Droit est à ranger dans ce groupe.

Le « Kecueil des Traités » publié par la S. D. N. en vertu de Part. 18 du Pacte, comprenait, fin 1932. 125 volumes. avec 4 index généraux ayant publié plus de 3,000 traités ou engagements internationaux. Les recueils pu blient les renseignements utiles sur la prolongation des engagements, »ur les modifications qu’ils peuvent avoir subis, sur les adhésions, les rectifications, les dénonciations dont ils ont été l’objet. Ces annexes donnent donc la situation exacte des relations entre Etats.

  1. Livres diplomatiques. — On a donné des noms de couleur aux livres diplomatiques. Ainsi le Livre rouge (Espagne), vert (Italie), blanc (Angleterre, affaires étrangères), bleu (Angleterre, affaires intérieures. Blue Book).

f) Collections de documents scientifiques. — En toute science il existe des documents ayant fait époque et devenu classiques. On en a fait l’objet des collections publiées. Ex. : Classical documents of the theory of Evo- lution. Les Maîtres de la Pensée scientifique, collection de mémoires et ouvrages publiés par les soins de Maurice Solovine et devant comprendre les mémoires les plus importants de tous les temps et de toux les pays.

La Bibliothèque égyptologique (Paris, Leroux 1879-98), fondée par M, Maspero. L’auteur annonçait son intention de rééditer dans une collection d’un format et d’un prix abordable, les œuvres des égyptologues français dispersés dans divers recueils et qui n’ont pu être réunies à ce jour. Les en extraite pour les grouper et constituer un instrument de travail, un monument.

Le service des antiquités égyptiennes, établi par la France en Egypte, élabore un catalogue général des antiquités égyptiennes, où se trouveront réunis tous les documents relatifs à l’Egypte. Le service a fait diplomatiquement, par la voie du Ministère des affaires étrangères d’Egypte, appel aux gouvernements étrangers.

  1. Collections générales. — Sous le nom de Bibliothèque ou noms analogues, des ouvrages sont publiés en série. Dans certaines collections chaque volume est indépendant mais l’ensemble forme une unité. Ex. : L’évolution de ! Humanité: toutes les Histoires fondues en une seule. Paris. La Kenaissance du Livre. — Bibliothèque utile (Alcan)-, Bibliothèque populaire; Bibliothèque des actualités industrielles; Bibliothèque de philosophie scientifique; Bibliothek der allgemeinen und praktischen Wissenschaf-ten ; Webers illustrierte Catechismus.

Les Volksbücher de Meyer forment une collection d’ouvrages populaires r. 10 pfennigs. Ils en sont au nombre de plus de 2.000 numéros. L’Universal Bibliothek de Keklam à 20 pfennigs. Nelson s six-pence classics. AU unabridged. (I)

  1. Ne pas confondre les œuvres éditées avec l’intention d en constituer des collections et les recueils factices constitués ad libitum dans les bibliothèques publiques et privées par la reliure de plusieurs ouvrages en un seul. (Voir telmic.)
  2. On donne souvent le nom de recueil aux publications périodiques et celles-ci sont de périodicité fixe ou peuvent être simplement continuées, paraissant quand il y a lieu sous des numéros de suite. Ex, : Les publications en fascicules de certains bureaux de statistiques. Autre ex. : Annales du Musée du Congo. Divisée en séries comprenant chacune un nombre indéterminé de tomes, chaque tome comprenant un certain nombre de fascicules.

On a créé des séries de monographies sous des titres généraux. Ex. : Historische Studicn (E Ebering), Lite-rarische Forschungen (E. Felber), (I) Pellisson M. — 1906. Collections de livres à l’usage du peuple. Bulletin de Bibliothèques populaires, avril 1906. Bref historique des collections qui ont été publiées.

Un vœu a été émis par le Congrès International des Editeurs de Berne 1905, sur les Bibliothèques professionnelles (juristes, médecins, architectes).


168 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 241

  1. Parmi Ica recueils on peul ranger les œuvres complètes d’un auteur.
241.43 Publications de textes.
241.431 NOTION.

Un des plus grands travaux consiste à remonter jusqu’à la source, jusqu’aux documents originaux. Les notions des anciens ? avants sont éparses dans les œuvres des citaicurt. Beaucoup de savants du moyen âge ont une partie de leurs œuvres éparses dans les ouvrages de commentaires. Ainsi quantité de livres anciens ne «ont connus que par des fragments, des traductions ou des citations.

Les fondateurs de grandes doctrines (par ex. Zenon et Cbrysipc) ne nou; sont connus que par des textes de plusieurs siècles postérieurs qui ne représentent pas leur pensée dons son intégrité. De bonne heure les disciples ou les commentateurs ont détruit l’unité du système; ils en ont retranché reion leurs principes et les besoins de* leur époque, les parties qui leur semblaient les plus andes et encore dans celles-ci ont-ils fait des choix.

Les textes sont invoqués pour une justification rapide et sûre de faits, pour une illustration commode ou frappante des idées.

Il ne faut pas confondre la matière première avec le produit fabriqué, c’est-à-dire les sources historiques avec les narrations faites nu moyen de ces sources; entre les témoignages et la transformation de ces témoignages, c’est â-dire les sources et les facilité’! de les déchiffrer. Il faut donc des textes et des textes exacts. Point de textes mutilés, tronqués ou inexactement reproduits.

La correction des textes est affaire d’importance. Comment attribuer à tel auteur tel texte si l’attribution comporte des paroles qui ne sont pas de lui, ou en supprime qui sont de lui. Gui Patin (1602-1672) dit avoir compté d’abord plus de 6.000 fautes, puis plus de 8.000 dans le Plutarque d’Amyot.

Le texte désigne les propres paroles de l’auteur par opposition aux notes, gloses, commentaires. La restitution des textes altérés appartient spécialement à la philologie et à la critique, sciences cultivées dès l’antiquité, mais qui ont pris de nos jours de grands développements, grâce surtout aux progrès de la linguistique et de l’histoire. On ne saurait trop recommander de recourir à l’étude intelligente des textes : « C’est, a dit La Bruyère, le chemin le plus court, le plus sûr et le plus agréable pour tout genre d’érudition. »

241.432 REGLES POUR LA PUBLICATION DES TEXTES.

La publication des textes a donné lieu à des règles et recommandations diverses dont voici les principales. Elles ont etc dégagées peu à peu des meilleurs usages et codifiées. ( I )

  1. Publier les textes intégraux, ce qui est différent d’un choix de morceaux ou d’une collection dite de « chefs d’œuvres » ou « de grands classiques s.
  2. Publier toutes les œuvres de la littérature d’une certaine langue ou d’un certain pays et d’une certaine époque.
  3. Etablir les textes d’après la méthode qui préside aux travaux philologiques et avec un appareil critique appropriée.
  4. Présenter les œuvres telles qu’elles se sont présentées, qu’elles sont apparues à leur contemporains et conformément à la dernière volonté de l’auteur. Reproduire le texte de la dernière édition et dans l’orthographe du temps.
  5. Accompagner l’ouvrage: 1° d’une préface d’ouvert turc large et vivante; 2” d un appareil critique; 3° de notes; 4” d’un glossaire de termes; 5° de variantes; 6° de renseignements bibliographiques.
  6. Les éditions critiques doivent être établies en fonction directe de la tradition manuscrite et non sur la base d’une édition antérieure. Le texte doit reposer sur l’ensemble des manuscrits qui peuvent avoir une autorité, et non sur un manuscrit arbitrairement isolé des autres, ce manuscrit fût-il le meilleur.

On publie les textes des éditions critiques, présentant les variantes de différentes impressions et s’il y a lieu les diverses rédactions de manuscrits. Souvent les éditions sont accompagnées de l’indication des sources et d un commentaire historique et philologique.

  1. L’apparat critique signale tous les endroits où en peut soupçonner soit une faute de composition, soit une faute d’auteur ou négligence d’auteur. Il relève toute contradiction, toute invraisemblance de fait, tout anachronisme, toute obscurité ou ambiguité, toute incorrection grammaticale, toute anomalie métrique ou prosodique, toute v pluripartition » orientée, tout manque de proportion. de symétrie,
  2. Numérotage, renvois numériques, pagination, linéa-tion. — Dans les éditions critiques des œuvres en vers, on numérote les vers de 5 un 5, de 4 en 4. de 3 en 3, ou d’après l’analyse des strophes et outres grandes unités. Pour la prose, à l’intérieur d’une division préexistante, livre, chapitre ou paragraphe, on a proposé de diviser en phrases et en incises. Les phrases formant un sens complet sont numérotées par des exposants préposés 5 sed..., 6 tamen. A l’intérieur de ces phrases, des incises
  1. Principes d’édition de In collection des Universités de France. Principes de la Société des textes français modernes. — Havel Louis: Règles pour éditions critiques. Règles et recommandations générales par l’établissement des éditions Guillaume Budé. Etablis à l’usage des collaborateurs de l’aisociation Guillaume Budé.

241 DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 169

de sens complet peuvent être distingués par des lettrines en exposant : « Sed... «nunc antom... bnon modo ne...

» scd etiam... » Sembla oie division dispense du numérotage des lignes qui augmente les irais de composition. Elle permet d’ailleurs de mettre dans l’apparat des renvois définitifs, ce qui diminue le travail, les chances d’erreur et les frais de correction. Un tel système rendrait possible pour l’avenir les renvois précis, indépendant de toute pagination et linéation.

  1. La disposition. — Lorsqu’une traduction accompagne un texte pour en faciliter l’intelligence et en constitue une sorte de commentaire suivi, chaque page de la traduction recevra le même numéro que In page de texte correspondante. Les alinéas de la traduction seront les mêmes que les alinéas du texte. Les numéros des chapitres et autres divisions importantes du texte seront répétés dans la traduction.
  1. Multiplier les alinéas (aller à la ligne) à chaque chapitre, à chaque paragraphe, à chaque grande unité matérielle, à des intervoiles de 10 à 20 vers, à chaque tronçon de texte finissant avec une phrase au sens complet et l’ensemble du tronçon constituant une sorte d’unité logique. Cela facilite la consultation et évite pendant l’impression, de trop nombreux remaniements de lignes, lorsque des erreurs sont à corriger.
  2. Entre deux renvois numériques, l’apparat critique décompose en unités critiques séparées par de doubles

traits verticaux j A chaque unité critique correspondra un tronçon de texte nettement défini, tel que ses limites* coïncident dans toutes les sources visées. Ex :

erat alius Prise : crat B. Non, alius crat DE ???j

  1. Titres courant». — Les livres, chants, chapitres, para* graphes, actes, scènes, contenus dans chaque page seront annoncés par un titre courant.
  2. Rcnooia et index. — Kicn n’est plus fatigant: à consulter qu’une série de renvois du type usuel. 1, II, 3; l!(. 4. 5; II. V, 13; XIV. VII. 22; 23. Cela tient à ce que les divers renvois n’y sont pas de meme forme, et aussi à ce qu’il faut faire attention à la nature des signes de ponctuation qui représentent des abréviations. On aura avantage, tout au moins dans les index, à employer des chiffres arubes séparés par des virgules collées, en libellant chaque renvoi sans souci des autres et sous forme înté*

grale : I, 2, 3; I. 3. 4; I, 3. 5; 2. 5, 13; 14. 7. 22; 14. 7, 25. Malgré la répétition des chiffres de divisions supérieures, ce système économise un peu de place, en même temps qu’il repose l’œil et l’esprit.

n) Parfois dans la publication des textes, après études et comparaisons des sources : 1° on conserve certaines imperfections. mais au lieu de les maintenir à l’intérieur d*ut» texte qui doit servir aux études, on peut les rejeter en notes; 2° on conserve les titTes traditionnels des articles indispensables aux lecteurs, mais qui ne se trouvent pas dans le manuscrit reproduit; 3° pour rendre le texte plus utilisable on le transcrit d’après l’orthographe moderne (latin ou langues vivantes) ; 4” on rétablit les références exactes citées dans le texte lorsque celles-ci ne le sont pas.

241.433 TYPES DE PUBLICATION DE RECUEILS.
  1. Pour expliquer Aristote, Albert le Grand se livre à une paraphrase extensive, qui suit le plan général des ouvrages et où le texte des versions latines est absorbé en entier. Paraphrase bourrée d’interpolations, émaillée d’observations personnelles, incorporant une foule de matériaux empruntés aux commentateur* arabes et juifs et qui s’inspire du souci d’initier des profanes à un immense trésor de savoir. D’interminables digressions sur divers sujets viennent entrecouper la marche des idées : prœter hoc digreasioncs facilmtia est une formule favorite. Elles donnent l’impression que l’auteur a voulu y consigner une érudition inépuisable. (I)
  2. Une récente édition de la Somme Théologique de St Thomas par A. D. ¿ertillanges O. P. (Tournai, Dcsclce 1925) se présente ainsi sur une même page, divisée en deux ; on trouve l’un sous l’autre, en bas le texte latin, en haut la traduction française. L’article comme dans le texte est encadré de ses objections et de *es réponses. Au bas des pages ses notes très brèves et peu nombreuses pour ne pas alourdir le texte s’y ajoutent chaque fois qu’il y a lieu d’élucider un point obscur on une difficulté textuelle. Chaque volume est suivi: 1° d’un appendice donnant des notes explicatives concernant le texte même du traité et les idées générales de St Thomas et concordant avec les notes exposées ailleurs; 2° d’un appendice contenant des renseignements techniques d’ordre plus général concernant la doctrine contenue dans le traité : aspects divers sous lesquels cette doctrine peut être envisagée; 3° table analytique des matières.
  3. Une nouvelle collection dénommée « Documentation internationale » vient de paraître. Le Lr volume est consacré à Constantinople et les détroits, a Non sommairement, dit M. de Lapradelle. non pas quelques aperçus, mais in extcn»o l’intégralité des pièces que le gouvernement soviétique a tirées des archives russes. Il ne pourrait s’agir ici. suivant les strictes règles de la méthode documentaire, que d’une traduction intégrale, sans aucune omission ; toute coupure semble en effet toujours plus ou moins subjective. La seule méthode vraiment scientifique, qui porte en elle-même jusque dans l’apparence, le caractère et la preuve de son objectivité, c’est la publication intégrale... »

Le Dr Mardrus, confrontant et colligeant des variantes innombrables de l’Histoire de la Reine de Saba. créa rn texte arabe dont il publia la traduction. (2)

  1. Maurice Dewulf. Le milieu intellectuel d’Albert le Grand. Rev. catholique des idées et des faits. 1933.01.27.
  2. Fasquellc, Pari* 1917.

170 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 241

241.44 Commentaires des textes.

La publication de textes ne va pas sans commentaires qui dépassent souvent le simple rétablissement de l’écrit primitif pour pénétrer jusqu’à la pensée des auteurs. Les commentaires sont immenses de la Bible, du Coran, du

I almud, des Sentences du Lombard et de nos jours des Codes, récemment des Traités internationaux.

Les commentateurs donnent des versions a eux ou reproduisent les versions d’auteurs en indiquant leurs sources. Il y a des cas (par ex. des commentaires de Dante), où l’on n’a limité les noie* que par la nécessité de donner encore du texte suffisant sur chaque page.

Pendant des siècles la culture a consisté à discuter des textes au lieu d’étudier par l’observation nu l’expérience les réalités I

241.5 Catalogues.
  1. Notions.
  1. Le catalogue constitue une espèce d’ouvrage bien caractérisée.

Le catalogue est aussi une forme élémentaire d’exposé, qu’elle soit appliquée à l’échelle d’un ouvrage entier ou qu’elle prenne place parmi les éléments d*un ouvrage complexe.

  1. Le catalogue a été défini: Liste, énumération de personnes ou de choses classées dans un certain ordre. Le catalogue donne les caractéristiques des choses telles qu’elles résultent de leur examen et analyse. Le catalogue est le «document» dans lequel sont enregistrées les choses. Les catalogues sont les inventaires (relevé), les guides dans les recherches, les clef* des collections.
  2. Il y a des termes synonymes ou équivalents employés avec des sens que l’usage a distingué, à raison surtout du but proposé. Le catalogue e»t une liste raisonnée, dressée avec soin, avec méthode, dans un ordre propre à faire connaître l’importance de l’ensemble et souvent avec des détails part’culiers sur chaque objet.

Le dénombrement tend surtout à faire connaître des choses ou des personnes. L’état tend à faire connaître l’exacte situation des choses afin que la réflexion puisse ensuite s’exercer à les modifier s’il y a lieu, a les perfectionner, à les comparer avec d’autres choses de même nature. L.’inventaire est la liste des objets, principalement pour des fins juridiques ou économiques (liste d’objets après la mort d’une personne, dans un magasin, ou une usine, dans un musée), il a pour but de faire connaître

II valeur totale de ces objets ou d’en permettre le « recollement». La liste est purement et simplement la suite des noir.» propres à désigner chacun des objets qu’on a besoin de connaître, accompagnée éventuellement de quelques indications utiles. Le répertoire signale les objets dans un ordre propre à faire retrouver chacun d’eux au besoin ; ce n’est point, comme l’inventaire, la liste des choses trou- vées, c’est plutôt celle des choses a trouver, à chercher. (Keperire = retrouver.)

  1. Le catalogue est parmi les plus utiles des ouvrages. C’est un instrument indispensable pour les chercheurs, pour les étudiants. C’est aussi In base des acquisitions scientifiques, lu forme fondamentale que prend l’inventaire de la nature des connaissances humaines, des œuvres et des richesses créées.
  2. Parmi les diverses espèces de catalogues, ceux qui concernent les livres occupent une place considérable; ce sont les catalogues d’éditeurs, de libraires, de bibliothèques et surtout les Bibliographies. Il en sera traité sous les divisions ultérieures.
  3. En dehors de la documentation proprement dite et des catalogues auxquels elle donne lieu, il y a les catalo gués des objets, des êtres, des phénomènes et des per sonnes.
  4. Un immense travail (catalographie) se poursuit, avec plus ou moins d’ordre de division dans le travail, de continuité dans l’effort, mais il se poursuit inlassablement à travers les âges. On doit par la pensée entrevoir le moment où tous ces élément» pourront être concentrés et constituer un seul ensemble homogène et organique, un Catalogue Universe! dont le Répertoire Bibliographique Universel ne serait que la partie consacrée aux Livres et aux Documents. Ce serait d’une inestimable valeur intellectuelle pour la science, les études et les applications techniques et sociales.
  1. Caractéristiques.
  1. Coopération et continuité. — Les catalogues sont par excellence des œuvres collectives et continues et tendant à la totalité. IL vont en se complétant, se supplémentant et s’améliorant sans cesse, d’œuvre en œuvre, d’édition en édition ; le travail des devanciers est incorporé à celui des suivants. Les objets à cataloguer s’accroissant ou leur position, situation se modifiant, il y a continuité nécessaire dans le travail.
  2. Progrès réalisés. — A raison de ces caractéristiques, l’œuvre catalographique s’est perfectionnée dans diverses directions : 1” règles précises et conventionnelles pour la rédaction de notices ; 2° organisation du travail, répartition des tâches et centralisation du travail accompli ; 3° recours à la photographie comme observateur, témoin objectif ; 4’ système des fiches facilitant les intercalations et par suite la coopération et la continuité,
  3. Les catalogues d objet» de collections sont souvent des contribution» de piemier ordre à l’étude de la matière. Il en est ainsi si les auteurs s’attachent à analyser minutieusement les objets catalogués, à en donner des descriptions qui correspondent à de véritables « diagnoses », si en outre ils ont soin après l’analyse de résumer les vue.» de synthèse dans quelque Introduction ou Conclusion, enfin s’il» adjoignent une bibliographie et des références aux collections similaires. (Ex. Le catalogue monumental

241 DOCUMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 171

des instrumenta de musique chinois au Musée instrumental de Bruxelles, par Victor Mahillon.)

  1. Les descriptions cataloguées permettent d’établir les catalogues de collections déterminées de spécimens ou duplicata comme de simples inventaires renvoyant pour tous détails aux numéros des descriptions faites une fois pour tous.
  1. Espèces de catalogues.

Les catalogues sont de diverses espèces :

1” Quant à l’objet auquel ils se réfèrent: a) catalogues des choses ; matières, êtres naturels, phénomènes, faits et événements; b) catalogue des documents auxquels ont donné lieu les choses.

2’ Quant à l’étendue ou champ couvert: a) catalogue d’existence (l’universalité des choses ou des documents similaires) ; b) catalogue d’un ensemble, d’un dépôt, d’une collection déterminée.

3”’ Quant à la forme matérielle: a) catalogue en forme de registre; b) catalogue en forme de fiches.

4*1 Quant au classement: les diverses bases de la classification, matière, lieu, temps, forme, langue, etc., exprimées par les divers types de notation, mots rangés dans l’ordre alphabétique, numéros, symboles, numériques ou littéruux.

  1. Types de catalogues.
  1. Catalogues d’étoiles. — Les catalogues d’étoiles sont des tables contenant, pour un lieu et une époque déterminés, lu liste des étoiles fixes visibles, avec indication, en regard de chacune, de ses cléments astronomiques, savoir: longitude et latitude célestes ou ascension droite et déclinaison. On a la longue tradition des catalogues d’étoiles d Hipparque (1022 étoiles), Ptolemée, Albategni, Ouloug-Bry, Tycho Brahé, Kepler. Hevelius (1634 étoiles), Flam-stead (2910 étoiles), Lacaille. Vers 1870, grace aux travaux de Lemonnier, Mayer, Bradley, Maskelmé, de Zach, Delambre, Piazzi, Bessel et d’autres, les observa* toires possédaient des catalogues contenant plus de 100.000 étoiles des deux hémisphères, jusqu’à la 12e grandeur, et ensuite les catalogues des nébuleuses dressé par W. Herschcll, Messier, etc. (4000). La connaissance des temps donne chaque année un catalogue des positions d’un certain nombre d’étoiles remarquables avec les variations des ascensions droites et de longitude pour tous les dix jours.

Actuellement les catalogues visuels des étoiles donnent les coordonnées équatoriales de 300.000 de ces astres. Le catalogue photographique embrasse à peu près deux millions d’étoiles. Œuvre colossale, dont l’initiative prise par les Français remonte à 1884. Immense inventaire céleste, qui transmettra aux astronomes de l’avenir l’état du ciel à notre époque. b) Flore et faune. —* Les flores, les faunes, les prodromes sont en Un certain sens des catalogues ou leur prolongement. Ils donnent une description complète des plantes et des animaux, tous ou certaines espèces, d’un pays, d’une région, d’une localité, de leurs propriétés utiles. Ils sont souvent accompagnés de cartes botaniques ou zoologiques, d’étymologie des noms, de tableaux analytiques pour arriver aux noms des familles et des genres, d un tableau synoptique des familles, d’une table alpha bétique des familles, des genres, des espèces et des synonymes. Ils sont accompagnés de figures.

Une société d’Allemagne est en voie de publier le Prodromus du règne animal.

« Das Tier reich » est le titre d’un grand ouvrage de résumé zoologique entrepris par la Société zoologique d Allemagne.

  1. Catalogues commerciaux.

Le catalogue est une liste et une description de produits, une présentation au public des qualités commerciales de ces produits. C’est un commis voyageur silencieux. Le catalogue est une publication destinée à amener des affaires. Dans son catalogue le fabricant décrit les avantages et les détails de ses marchandises, les facilités dont il dispose pour fabriquer des produits uniformes et de bonne qualité. Il y uasse en revue les procédé» de fabrication et la perfection de leur fini. Il s’y efforce par tous les moyens en son pouvoir de convaincre le lecteur que les marchandises qu’il fabrique ou qu’il vend sont justement celles qui lui conviennent le mieux, à l’exclusion des autres.

Les catalogues commerciaux ont acquis une grande importance. Les notices donnent des caractéristiques. Les objets sont numérotés : ils portent parfois aussi les mots d’un code conventionnel. Des soins considérables sont apportés : présentation esthétique, illustration abondante, rédaction technique, précision et information scientifique. Les prix, variables, sont souvent indiqués dans une liste distincte du catalogue lui-même.

  1. Catalogues-guides.

Une forme nouvelle de catalogues se multiplie. Quand le travail d’inventorier ou de publier toutes les collections dépasse les forces d’argent ou du travail, on établit un guide à travers les collections, guide donnant des indications à la fois sur l’institution, son organisation, ses fonds divers, ses ouvrages importants.

241.6 Tables et Tableaux.
  1. Notions générales.
  1. Il est en voie de s? constituer toute une technique de, table, et du tableau (tabulation). Le texte en lignes continues et paragraphes se dédouble d’une tabulation, texte en colonnes et en cases. Le résultat du tableau.

172 LE LIVRE ET LE DOCUMENT 241

c’est de mieux classer les données par affinités, de leur donner un ordre de suite, directement visible, de mettra en lumière, d’éliminer les lacunes et les répétitions, de faciliter la comparaison, d’ajouter aux corrélations entre les diverses données.

La table consiste donc en une réduction des matières présentées méthodiquement de façon qu’on puisse en voir l’ensemble d’un seul coup d’œil. (I) Elles sont souvent de simples résumés et s attachent aux points principaux.

  1. Quand il s’agit de données formant des ensembles, des collections de faits, il y a avantage: 1° à en standardiser la rédaction ; 2” à disposer les données en tableaux avec colonnes affectées à chacun des éléments à enregistrer. On peut ainsi les consulter selon des entrées diverses et on obtient une uniformité qui ajoute à la facilité de consultation.
  2. Dans l’imprimerie, on comprend sous la dénomination g